07 février 2014

La dernière ligne droite

C'est avec un certain soulagement que je verrai se terminer la campagne pour l'initiative UDC "contre l'immigration de masse". Une période intense qui aura décillé les yeux de nombreux suisses sur leur classe politique et leurs médias, quel que soit le résultat.

Depuis trois mois, tout ce que la Suisse compte de corps constitués travaille l'opinion publique pour quelle vote "correctement". Reprendre le contrôle de notre immigration même de façon symbolique serait un suicide économique, un non-sens historique, entraînerait de fortes et immédiates mesures de rétorsions de la part de Bruxelles (avec qui nous sommes très amis tout de même, allons!) provoquerait la fonte des calottes glaciaires et la mort du petit cheval...

marionnettes.jpg

Bien entendu encore, les élites admettent du bout des lèvres qu'il y a tout de même un petit souci d'immigration, celui-là même qu'ils s'évertuent à ne pas voir depuis dix ans. Alors elles se mettront au travail dès le lundi 10 février au matin pour plancher sur de nouvelles mesures d'accompagnement et un contrôle des abus, promis juré! Il suffit juste de voter NON entre-temps. Vous avez compris? Pour que la classe politique aille dans votre sens, il faut rejeter un texte qui la force à agir. Par pure gratitude, vous obtiendrez le même résultat! La logique de la manœuvre laisse pantois.

S'il n'y avait les étranges sondages de gfs.bern dont l'échantillonnage semble avoir été effectué à la sortie d'un congrès socialiste, j'aurais presque confiance dans les résultats du dimanche. Cet espoir n'est pas basé sur la Méthode Coué mais la simple observation.

Ma modeste expérience de terrain a été très différente de celle de Yohann Ziehli, vice-président des jeunes UDC de Suisse romande, filmé dans un reportage de la RTS à la gare de Lausanne. La seule "anecdote" méritant d'être montrée à l'antenne pour ce dernier était naturellement celle d'un individu réclamant ostensiblement un tract pour mieux le déchirer devant lui, avant de lui avouer qu'il était étranger. Les étrangers seraient donc pétris de haine contre l'initiative...

Rien de tel sur le marché de Renens dans la banlieue lausannoise, dans une ville pourtant largement à gauche et où les étrangers représentent plus de 50% de la population. Si une poignée d'individus refusa nos tracts la plupart les accepta sans hésitation, les autres nous gratifiant d'un "nous avons déjà voté!" assorti d'un sourire complice. Les affiches de l'initiative furent étonnamment peu vandalisées.

Enfin, si la presse romande a inondé le public d'articles de propagande contre l'initiative (mention spéciale au Matin avec un voire deux articles quotidiens sur le sujet!) la teneur des commentaires en ligne, et plus encore les votes des internautes en faveur desdits commentaires, ont semblé tracer une réalité bien différente de celle des instituts de sondage. Le tout dans une région de suisse sensée être acquise à la cause de la libre-circulation et à la fusion dans le Grand Tout européen.

Alors, peut-être tout ceci n'est-il qu'une illusion, et que ce dimanche l'initiative sera balayée comme le sont traditionnellement la plupart des initiatives. Dans les rédactions et les état-majors des partis, on soufflera un gros ouf de soulagement avant le retour au business as usual - tout en regrettant bien entendu que tant d'esprits aient cédé aux propositions populistes et simplistes, forcément populistes et simplistes, de l'UDC.

Peut-être même oseront-ils asséner un "nous vous avons compris" face caméra pendant qu'ils jettent à la poubelle leurs dossiers de refonte des mesures d'accompagnement.

En attendant, il n'est pas trop tard pour voter.

Commentaires

«Faut pas vendre la peau de l'ours…» dit-on. Reste qu'à croiser les doigts.

Si jamais, on se consolera avec cette reprise en main - "par gratitude" -, des mesures d'accompagnement, promise par le PLRS, si le peuple s'est montré bien sage.

Au fait, on sait pas où ils ont la tête, ces gens de "l'économie". Parce que l'intérêt de l'immigration de masse, c'est de faire baisser les salaires et de créer la concurrence la plus féroce sur le marché du travail. Et accessoirement, pour les PME et les petits commerçants, s'offrir de nouveaux "marchés". Et là, il y a quand même un souci: des consommateurs potentiels sans le sou, ou sans trop de moyens, c'est embêtant...

Enfin, on aura découvert tout au long de cette campagne, le sérieux déficit de bon sens élémentaire de ceux qui se prennent pour les dieux. Ça c'est pas rassurant.

Écrit par : petard | 08 février 2014

"Et accessoirement, pour les PME et les petits commerçants, s'offrir de nouveaux "marchés". Et là, il y a quand même un souci: des consommateurs potentiels sans le sou, ou sans trop de moyens, c'est embêtant..."
Sans oublier les heures perdues dans les bouchons de l'autoroute un peu partout. Cela doit coûter un max à ces mêmes PME qui sont si enthousiastes pour bétonner tout partout. Et ça, ce n'est que le court terme. A plus long terme, on voit bien que plus rien ne va. Dans ma région, au pied des alpes, ils ne sont plus fichus d'avoir assez d'eau et l’État de Vaud veut les obliger à admettre deux mille habitants de plus. Les pannes électriques, chose impensable il y a 20 - 30 ans, cela commence à arriver. Vous verrez votre gueule quand vous découvrirez que votre chauffage est au gaz, mais qu'il ne fonctionne pas sans électricité...
L'hôpital du Chablais à Rennaz sera inatteignable le dimanche dès l'après-midi, en raison des retours du Valais. Et il y a de moins en moins de médecins généralistes en campagne, de plus en plus de spécialistes en ville. De plus en plus d'hélicoptères, utilisés pour de plus en plus de tâches.
Une qualité de vie déjà fortement dégradée. Deux millions de personnes en plus, il faut être limite cinglé pour l'envisager calmement comme le font les radicaux et les socialistes.

Écrit par : Géo | 08 février 2014

Si le NON l'emporte, le PLR et ses affidés se dépêcheront bien entendu d'oublier leurs promesses de renforcement des mesures d'accompagnement.

Et si c'est le OUI qui passe, le Conseil fédéral fera subir à l'initiative le même sort qu'à celle sur le renvoi des criminels étrangers. Et les mesures d'accompagnement ne seront pas non plus renforcées.

Écrit par : Belphégor | 08 février 2014

@Belphégor: je partage votre analyse, et j'en parlerai plus en détail la semaine prochaine selon le résultat sorti des urnes...

Écrit par : Stéphane Montabert | 08 février 2014

"le Conseil fédéral fera subir à l'initiative le même sort qu'à celle sur le renvoi des criminels étrangers" et celle sur l'enfermement à vie des criminels dangereux...

Écrit par : Géo | 08 février 2014

Ce qu'il y a de bien avec l'Europe, c'est que les européens insatisfaits de leur sort peuvent se barrer... en Suisse.

Mais quand la Suisse sera pleine à craquer et que les amis de Micheline auront réussi à la faire "adhérer"... où c'est qu'ils iront, les européens ?

Écrit par : petard | 08 février 2014

Les commentaires sont fermés.