24 mars 2014

La France démunie, si pâle...

(Merci à un commentateur éclairé pour le jeu de mots!)

Or donc, il advint qu'en l'an de grâce 2014, le Peuple de France prit le chemin des urnes pour exprimer son mécontentement à l'égard du pouvoir en place et, accessoirement, décider de la prochaine équipe municipale à endetter sa commune.

Comme il sied à n'importe quel cérémonial folklorique, l'examen des entrailles des urnes donna lieu à diverses interprétations pas forcément incompatibles entre elles.

Commençons par les libéraux. Ah, les libéraux! Toujours aussi cohérents avec eux-mêmes, ils enjoignirent les citoyens à ne pas aller voter tout en relevant le dimanche même du vote, suivez un peu, des listes électorales plus ou moins libérales pour lesquelles il aurait fallu se décider. Après, ils analysèrent les résultats de la même façon biaisée que d'autres analystes politiques, comparant les suffrages à la population totale pour clamer que finalement, personne n'est représentatif et que le cirque continuera.

C'est sans doute vrai mathématiquement, c'est sans doute satisfaisant intellectuellement, mais c'est aussi parfaitement inutile. Dès le lendemain du second tour, les chiffres de participation seront immédiatement remisés dans le tiroir poussiéreux d'où ils ne seront ressortis qu'à la prochaine échéance électorale. Je connais peu de politiciens capables de se rappeler le taux d'abstention de leur élection; quant à en trouver pour faire preuve d'humilité face à une participation médiocre, c'est carrément une espèce inconnue.

La posture du cynique satisfait est d'autant plus regrettable que les élections municipales se jouent d'abord avec des enjeux locaux et des personnalités locales, permettant l'émergence de "noyaux" libéraux ici ou là, avec peu de moyens et de bonnes idées. Mais visiblement, ne comptons pas trop sur les libéraux de l'Hexagone - s'il en reste - pour sortir la France de l'ornière.

A la place, faute d'alternative, nous verrons comme d'habitude de terribles duels sur le prochain projet immonde de médiathèque (sera-t-elle à 20 ou à 35 millions d'euros? Suspense!), un appel à financer encore plus les associations lucratives sans but, ou le meilleur tracé de la prochaine ligne de tram vide destinée à enquiquiner les automobilistes...

Les médias nationaux se cristallisent sur une poignée de villes érigées en symboles parce qu'ils ne s'adressent pas au public local. Il leur faut des scoops, des tendances nationales. Et quel meilleur exemple que Hénin-Beaumont et la victoire retentissante du candidat Front National, Steeve Briois, au premier tour s'il vous plaît? Peu importe que la plupart de ceux qui en parlent soient incapables de situer la commune sur une carte!

La réussite du Front National reste très relative avec 7% des votes à l'échelle nationale, faute de listes en nombre suffisant. Mais les chiffres n'ont pas besoin d'être élevés pour susciter l'intérêt médiatique. Marine Le Pen a ainsi annoncé que son parti disposerait de 1'000 conseillers municipaux à l'issue des élections, un objectif atteignable avec la présence de 315 listes au second tour.

france,élections,marine le penA l'UMPS, c'est la panique: il faut faire barrage au Front National... Ou en tous cas le prétendre. Grâce à l'astucieuse politique du ni-ni, aucune liste UMP ne se retirera en faveur des socialistes. Qui parmi les ambitieux candidats locaux accepterait de renoncer à toute représentation municipale pendant une législature? A gauche, la potion sera tout aussi imbuvable: le parti socialiste flirte avec une impopularité historique et ne jettera l'éponge que là où il n'a pas l'ombre d'une chance.

Qu'on les appelle "cordon sanitaire" ou "front républicain", les vieilles rengaines employées pour tenter de faire barrage au FN ne sont plus que des coquilles vides. Quoi qu'il en soit, on ne peut que s'étonner de la propension hallucinante des politiciens français à combattre par tous les moyens la représentation fidèle des citoyens dans les instances élues.

Le Front National n'est ni infréquentable, ni un danger pour la démocratie. Il séduit des électeurs dans toutes les couches de la société. Election après élection, il rejoint péniblement la représentation électorale qu'il devrait avoir depuis vingt ans. La "gifle" infligée tant aux socialistes qu'à l'UMP n'est rien d'autre qu'un retour à la normale, avec beaucoup de retard.

Ce retour n'est pas sans danger pour un système électoral aussi tortueux que possible dans le but de favoriser le bipartisme. Le bipartisme à trois, ça ne marche pas très bien. Alors que le FN progresse, les mécanismes de filtrage destinés à écarter le troisième larron pourraient se retourner contre leurs instigateurs, mettant sur la touche soit le PS soit l'UMP. Face à ce risque, il n'est pas exclu que les partis au pouvoir ne décident au dernier moment de réintroduire de la proportionnelle dans le seul but de se sauver eux-mêmes... Nous verrons dans quelques années.

Des libéraux voteraient-ils pour le FN? La tentation est grande, simplement pour envoyer paître la pseudo-alternance prévalant depuis des décennies. D'autres, sur le thème du disque rayé, le considèrent comme le diable en invoquant Ludwig von Mises. Comme d'habitude chez les libéraux on trouve de tout.

Pour ma part, les imprécations stériles me laissent froid. Si je regrette le manque de variété de l'offre politique française, un mouvement réclamant avec force une baisse des impôts ne peut pas être entièrement mauvais:

Marine Le Pen a assuré lundi 24 mars que dans toutes les municipalités FN, il y aurait des baisses d'impôts. "Dans toutes les villes que nous dirigerons, nous ferons baisser les impôts", a déclaré sur RMC la présidente du Front national. "Systématiquement", a-t-elle insisté, "c'est une urgence, parce que les Français n'en peuvent plus".


Quant à la meilleure façon d'y parvenir, c'est extrêmement simple:

Il faudra "mettre fin au communautarisme, mettre fin au clientélisme et nous pourrons le faire parce que justement, nous n'avons pas de clientèle, nous, à la différence de l'UMP et du PS".


On comprend les tremblements de terreur de toute la galaxie des assistés face à la perspective de devoir démontrer leur utilité à la faveur d'un renouvellement de subvention. Voir aussi le reportage de la RTS à Annecy: non, tous les candidats FN ne sont pas des imbéciles bas du front (national).

Bien sûr, les politiciens ne sont pas avares de promesses et il n'est pas certains que celles-ci soient plus appliquées que les autres. Les socialistes et l'UMP ont depuis longtemps épuisé toute crédibilité en la matière. On peut être sûr cependant que les médias attendent le mouvement politique au tournant ; les électeurs, eux, jugeront sur pièce là où ils lui ont confié leur ville.

Comme le dit un fin analyste de la vie politique française, il est agréable de voir le FN faire un carton, même si on n'est pas pour eux, parce qu'il rend possible ce qui semble à première vue impossible: faire perdre à la fois la majorité et l'opposition!

Commentaires

" un mouvement réclamant avec force une baisse des impôts ne peut pas être entièrement mauvais: "

Marine Le Pen est une anti-libérale forcenée. Elle dénonce un gouvernement qui fait de ultra-libéralisme elle à même parlé de thatchérisme pour la politique de Hollande et de son gouvernement. Alors que ce gouvernement est à des années lumière d'une politique libérale. Qu'Est-ce que Cela va être sa politique anti-ultralibéral? Comment va t'elle financer une France encore plus étatiste et socialiste avec des baisses d'impôt?

https://www.youtube.com/watch?v=pZRCS8DCxHk#t=13

D.J

Écrit par : D.J | 24 mars 2014

@D.J: Certes. Personne d'un peu sérieux en France - comprendre: avec des ambitions politiques nationales - ne se réclamera jamais du libéralisme: pareille étiquette donnerait droit à un enterrement de première classe. Il n'est pas de mot plus vilipendé à l'heure actuelle.

Cependant, il y a plusieurs facettes au libéralisme, qu'il s'agisse de mœurs, le liberté de commerce, de consommation de stupéfiants et autres vices, de droit du travail, d'échanges internationaux ou de fiscalité avec le poids de l'Etat dans la société. Les adversaires du libéralisme se gardent bien de préciser quelle(s) facette(s) ils combattent, et je ne crois pas qu'il existe un mouvement politique luttant contre tous les aspects à la fois, même à l'extrême-gauche.

Si Marine Le Pen est probablement conservatrice sur les questions de mœurs et nationaliste sur le plan commercial, elle n'est définitivement pas socialiste en matière de fiscalité.

C'est un début.

Les Français ont désespérément besoin qu'on desserre le collet fiscal qui les étouffe. Réduire la fiscalité et le poids de l'Etat est la mesure numéro 1 pour arranger la situation de la France.

Marine Le Pen est probablement une anti-libérale forcenée (selon la conception erronée qu'elle se fait du libéralisme) mais elle sera peut-être amenée à le pratiquer sans le vouloir, voire sans le savoir, tel M. Jourdain faisait de la prose. Le FN n'est pas engoncé dans les jeux de pouvoirs et les renvois d'ascenseur comme les autres partis. Au moins peut-on espérer un certain pragmatisme de sa part.

Écrit par : Stéphane Montabert | 25 mars 2014

Je vous cite :
« Bien sûr, les politiciens ne sont pas avares de promesses et il n'est pas certain que celles-ci soient plus appliquées que les autres. »
Ma réponse : au moins en ce qui concerne le front national, il y a de bonnes chances qu'elles le soient.
En effet :
"L’opinion médiatique est unanime : la gestion des mairies FN (conquises en 1995 et 1997) a été catastrophique… Il n’y a qu’un seul problème : cette opinion médiatique est complètement à l’opposé de la réalité. Tous les maires FN, ou ex-FN, ont rétabli la situation financière de leur ville. Ce n’est pas ici une question d’opinion, c’est une question de chiffres."
La suite ici : http://www.polemia.com/histoire-economique-mairies-fn-elles-auraient-merite-le-triple-a/

Écrit par : AP34 | 25 mars 2014

Le site français Contrepoints n'est pas une référence en matière de libéralisme : la preuve, j'en suis banni, sans explications... bien que libéral.

Écrit par : Robert Marchenoir | 26 mars 2014

Une petite chansonnette pour illustrer cette France:

www.youtube.com/watch?v=73FxP1E5-uc

Écrit par : petard | 28 mars 2014

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