19 mai 2014

Ni Gripen ni salaire minimum

Ce dimanche, 56% des citoyens se sont déplacé pour s'exprimer sur plusieurs objets fédéraux et cantonaux. Le résultat est historique: pas moins de deux initiatives populaire ont passé la rampe.

Référendum contre le Gripen (longuement évoqué ici ou ): le projet d'acquisition du futur chasseur suédois est refusé par 53,4% des votants. C'est une demi-surprise: d'un côté, la première fois qu'une demande d'équipement de l'armée ne passe pas la rampe, et de l'autre, la conclusion d'une campagne où les adversaires du Gripen ont fait la course en tête du début à la fin. La carte des votes montre un clivage romand-alémanique assez marqué.

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La presse unanimement engagée contre le Gripen se délecte de "l'échec personnel" d'Ueli Maurer. Aujourd'hui encore on appelle à demi-mot à sa démission et on annonce fièrement le rejet de "son" avion, comme si le choix de ce modèle était le fait d'un seul homme et les conséquences limitées à sa carrière politique. Les analyses livrées par les intervenants pro-Gripen dès dimanche laissent tout aussi songeur: le peuple aurait rejeté le Gripen pour "se venger" du vote du 9 février, surtout en Romandie, et cherché à jouer un bon tour à un conseiller fédéral UDC.

Cette analyse, si elle est exacte, serait terrible: le peuple ne serait plus capable d'appréhender les enjeux militaires sur le long terme, ramenant les questions stratégiques à des bisbilles politiciennes et des querelles de cour d'école. Rappelons que les avions militaires servent pendant des décennies, bien au-delà du mandat d'un politicien ou d'un autre, et surtout de la situation géopolitique qui préside à son acquisition.

Dès les premières tendances en faveur du Non connues, l'inénarrable écologiste Christian van Singer clama que l'argent du Gripen devrait être dévolu à tout un tas de choses (éducation-aide-sociale-santé...) le plus loin possible de l'armée, dans l'objectif avéré de lui ôter le maximum de moyens. Les adeptes de l'armée-doit-répondre-aux-nouvelles-menaces-style-cyberguerre en seront pour leurs frais. Idem pour le camp bourgeois le-Gripen-n'est-pas-le-meilleur-avion: en rejetant dédaigneusement l'acquisition d'une poignée d'exemplaire de l'appareil le moins cher, ces gens pensaient-ils vraiment que l'armée pourrait un jour disposer d'avions plus performants et plus coûteux comme le Rafale? La gauche et le GSsA ne seront décidément jamais à court d'idiots utiles!

L'armée suisse, elle, entre désormais dans une terre inconnue ; terre qui n'a visiblement plus grand-chose à voir avec la défense physique du territoire. Peut-on encore appeler "armée" un groupe d'hommes en uniformes dont les missions semblent se réduire à l'aide en cas d'inondation et à l'encadrement de la Patrouille des Glaciers?

Face à ce résultat lourd de sens dans une Europe à l'avenir indéchiffrable, les autres objets semblent anecdotiques, même s'ils ont chacun leur importance. Mais nul besoin d'ajouter d'autres cartes des votes, la Suisse étant monochrome dans tous les cas.

L'initiative pour un salaire minimum (évoquée ici) a été sèchement rejetée. Le projet de l'union syndicale suisse de 4'000 francs par mois a rassemblé 76,3% contre lui, une véritable déconvenue pour une gauche syndicale qui ne semble même pas avoir réussi à mobiliser ses propres rangs. Le rejet est encore plus fort que pour des textes utopiques comme l'initiative 1:12.

Beaucoup a été dit sur ce projet, asséné comme un marteau sur l'économie sans tenir compte des particularités locales, du coût de la vie ou des difficultés de telle ou telle branche économique. On ne peut qu'espérer que devant un résultat aussi lisible les syndicalistes comprennent le message et reviennent enfin à la table des négociations entre partenaires sociaux, avec un soupçon de réalisme.

L'initiative pour que les pédophiles ne travaillent plus avec les enfants (évoquée ici) a enfin été adoptée, à l'issue d'une campagne très dure où la classe politico-médiatique a constamment asséné des mensonges sur le texte de la Marche Blanche, jusqu'au Conseil Fédéral lui-même.

Qui souhaiterait que des pédophiles condamnés puissent travailler à nouveau avec des enfants? Contre toute attente, seuls 63.5% des électeurs ont admis cette évidence. C'est assez inquiétant quant au sens des priorités - ou au niveau de crédulité - de la minorité battue dans les urnes, en espérant qu'il ne s'agisse pas de quelque chose de pire encore.

Encore une fois, la conseillère fédérale socialiste Simonetta Sommaruga va avoir la tâche difficile de concocter une loi d'application donnant le change aux initiants et ménageant le courroux du Veau d'or de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, devant lequel toutes les élites suisses se prosternent...

L'initiative pour la médecine de famille a elle aussi été plébiscitée avec des scores jamais vus, 88% d'approbation en moyenne. Les Suisses ont exprimé leur attachement à la médecine de famille et à l'importance d'une couverture médicale dans le pays, mais il est à craindre qu'ils aient en fait approuvé tout autre chose.

Attendons la loi d'application pour y voir plus clair.

Ces quatre objets fédéraux ont retenu l'attention de l'actualité mais de nombreux objets cantonaux étaient soumis au vote, à vous de trier le bon grain de l'ivraie:

  •  Les Genevois refusent de financer de 5 parkings relais d’intérêt transfrontalier situés en France voisine, un coup d'arrêt au colonialisme transfrontalier de la cité du bout du lac. Ils ont aussi rejeté une hausse du tarif des transports publics et, plus important encore, retiré cette responsabilité du gouvernement pour la confier au parlement.
  • La centrale nucléaire de Mühleberg ne sera pas arrêtée immédiatement comme le réclamaient les écologistes bernois.
  • La région viticole de Lavaux ne se transformera pas en musée à ciel ouvert. Contre toute attente (et mes propres pronostics) les Vaudois ont massivement préféré le contre-projet du gouvernement à l'absolutisme de Franz Weber, permettant une survie de l'activité viticole de la région.
  • Les Tessinois ont aussi retoqué une initiative de salaire minimum, cantonale celle-ci.
  • Les Lucernois acceptent que des sociétés privées puissent octroyer des prêts aux étudiants ne remplissant pas les critères cantonaux d'octroi de bourse.
  •  A Neuchâtel, les autorités ont obtenu le feu vert pour l'implantation de cinq parcs éoliens, autorisant l'enlaidissement de leurs crêtes et acceptant à terme que 20% de l'énergie du canton dépende du bon vouloir des vents.

En une seule journée de votation, les Suisses se sont prononcé sur plus de sujets que la plupart des autres peuples européens en une décennie!

Commentaires

En tous les cas on peut dire que notre système de démocratie directe fonctionne parfaitement.

Moi, j'ai mis un "oui" très timide pour le Gripen, histoire de ne pas voter comme van Singer.
Pour le reste, ma copie était encore une fois dans les clous de «l'opinion du peuple».

Écrit par : petard | 19 mai 2014

" En tous les cas on peut dire que notre système de démocratie directe fonctionne parfaitement. "

On verra avec l'application l'initiative marche blanche si la démocratie directe fonctionnera aussi admirablement comme ce fut le cas avec le renvoie des criminels étrangers et l'internement à vie des délinquants sexuellement dangereux.

D.J

Écrit par : D.J | 19 mai 2014

A propos de la Patrouille des Glaciers et de ce qu'elle est devenue : j'espère vraiment que l'armée cesse toute participation à cette manifestation strictement romande. Les Romands et les Valaisans veulent saboter l'armée et il faudrait leur subsidier leur joujou ? Les petits péteux du monde politique radical et PDC, les prétentieux de la téloche (qui ne font d'ailleurs que la demi-patrouille, bien sûr...), qu'ils aillent courir la Pierra Menta chez leurs Maîtres !

Écrit par : Géo | 19 mai 2014

La répartition est très similaire au référendum sur les étrangers réalisé il y a quelques mois. Après tout, ce n'est pas si surprenant, mais quand même !

Écrit par : Leo Forex | 19 mai 2014

C'est effarant de lire les commentaires et réactions notamment ceux des opposants. Il semble qu'ils ne savaient même pas quel était l'aboutissement de la votation, puisqu'ils demandent maintenant que les 300 millions soient destinés à des "aides sociales" quelconques....!!!!

Pour rappel, le sujet était d'accepter la constitution d'un fonds alimenté par 300 millions annuellement sur le budget de la Défense pour constituer le montant final de 3.4 milliards permettant l'acquisition de 22 Gripen E dans 10 ans.

Le sujet -Défense d'un pays- devrait relever du secret défense et en aucun cas être mis sur la place publique, surtout quand on voit les "navets bi-nationaux" qui siègent comme parlementaires à Berne!

Les bisounours peuvent aller se coucher et commencer à cauchemarder!

Écrit par : Corélande | 19 mai 2014

@Corélande: je pense qu'effectivement ils ne savaient pas pour quoi ils votaient. Du reste une bonne majorité des partisans du Gripen était aussi persuadé qu'avec 22 appareils la Suisse disposerait d'une armée de l'air, ce qui n'est pas moins ridicule.

Pour avoir une chance de conjuguer l'aléa démocratique avec les impératifs de long terme, je pense qu'il faudrait inscrire dans la constitution le pourcentage minimal de PIB à dépenser pour la défense plutôt que de voter qui pour des chars, qui pour des avions au coup par coup...

Aujourd'hui la Suisse dépense 0,8% de son PIB pour la défense, c'est extrêmement faible, au niveau de la République Dominicaine ou du Nigéria. A titre de comparaison:
- Suède, un autre pays neutre: 1,2% (50% de plus)
- France, 2,3% (le triple)
- USA, 4,2% (le quintuple!!)

La liste complète, très instructive:
http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/MS.MIL.XPND.GD.ZS

Sinon, j'en profite pour glisser des nouvelles du front économique:
http://www.romandie.com/news/Pres-de-200-postes-menaces-chez-Ruag-apres-le/479213.rom

Écrit par : Stéphane Montabert | 19 mai 2014

Les plus gros risques actuellement sont les piratages informatiques. L'Iran en a déjà fait l'expérience. Et bien sur le terrorisme. Et les USA,l'ont compris. La Suisse et ses chefs armées bisounours, non.

Parler de l'Ukraine, c'est vraiment prendre les gens pour des imbéciles.
Nos voisins, sont potentiellement, l'Otan, nos ennemis ? !

Il n'y a pas d'urgence. L'urgence pour l'indépendance de la Suisse est de faire entrer l'armée dans le 21eme siècle. Et de ne pas faire comme les français en 40, qui avait une armée avec une vision stratégique de 1914.
Commençons par redessiner cette armée, notamment avec les nouvelles technologies (drone,...). Les spécialistes, et j'ai des doutes sur les chefs de notre armée devraient définir cette stratégie.
Uli Maurer est mauvais, mais il n'est pas un spécialiste de l'armée, je ne lui en veux pas.

Bref, les suisse en majorité ne croient plus en cette armée de papi. Un mauvais avion, c'est trop cher pour cette armée d'un autre siècle.

Écrit par : roket | 20 mai 2014

«On verra avec l'application l'initiative marche blanche si la démocratie directe fonctionnera»

La démocratie directe ça concerne le fait ou le volet de la décision populaire. Ça c'est ok !

L'application, c'est du ressort du groupe des "élus" des élus qui sont la "démocratie participative". C'est ça qui fonctionne pas.

Donc la démocratie directe n'a rien à voir dans le dysfonctionnement de la caste des élus. En fait, si les élus et les collabos des élus (fonctionnaires), ne font pas leur boulot. Ils devraient être lourdement sanctionnés.

Écrit par : petard | 20 mai 2014

«Les Romands et les Valaisans veulent saboter l'armée et il faudrait leur subsidier leur joujou ?»

Les Romands ou plutôt les urbains se la coincent sur la claque qu'ils viennent de prendre en retour avec le salaire minimum: Allez les urbains, au turbin pour cacahuète avec ou sans Gripen !

Sur le résultat du scrutin, je reste dubitatif... Au regard des chiffres, ce sont clairement les PLR et PDC qui ont semé la beuse pour le Gripen.

Écrit par : petard | 20 mai 2014

@roket: ne répétez pas le prêt-à-pensé distillé par des médias dont les colonnes abritent d'innombrables experts militaires autoproclamés.

Saviez-vous qu'en 1990 la Suisse disposait de... 497 avions? Là, nous avions une véritable armée de l'air - alors que le 18 mai les citoyens viennent de refuser la dotation d'une simple force de police.

L'armée suisse ne vous a pas attendu, ni le tournant du siècle, pour s'adapter à la nouvelle donne et réduire son équipement là où il n'était plus nécessaire. Mais comme le faisaient remarquer des experts (des vrais) les nouvelles menaces ne font pas disparaître les anciennes ; elles s'y ajoutent.

Quant à ceux de nos amis gauchistes qui ne prévoient qu'un avenir de paix, qu'ils se rappellent les quelques offensives territoriales récentes (Géorgie, Crimée) tout ce qu'il a de conventionnel, et aussi l'émergence de mouvements néo-nazis un peu partout en Europe (Jobbik en Hongrie, Aube Dorée en Grèce...)

On ne sait pas du tout ce que sera l'évolution du continent sur les dix ou vingt prochaines années.

Écrit par : Stéphane Montabert | 20 mai 2014

Comment peut-on prétendre que les menaces cybernétiques ont remplacé les menaces militaires traditionnelles ? J'aimerais bien qu'on me cite un seul pays qui a supprimé son armée au seul profit de guerriers sur Internet.

Écrit par : Robert Marchenoir | 20 mai 2014

Les banques à la place de faire des conneries, elles auraient pu payer ces avions cash !

Écrit par : petard | 20 mai 2014

les banques ont beaucoup à faire pour payer leurs amendes à nos grands amis américains. Et peut-être que ce n'est pas leur rôle, comme ce n'est pas le rôle des citoyens de voter sur le choix d'un avion de guerre...

Écrit par : Géo | 20 mai 2014

"Au regard des chiffres, ce sont clairement les PLR et PDC qui ont semé la beuse pour le Gripen."

Cela avait déjà commencé au début de la campagne, puisqu'ils n'ont pas voulu assumer la campagne, comme ils devaient le faire.

Depuis l'éviction de M. Blocher, on voit que leurs stratégies sont toujours les mêmes....tout faire pour discréditer l'UDC et encore plus quand elle détient une charge publique; cela se voit de manière effarante avec O. Freysinger en Valais. Mais aussi à la Chaux-de-fonds, sur le canton de Vaud à Neuchâtel la politique de l'hypocrisie.
C'est lamentable et il faudra bien que les Votants se réveillent et cherchent à voir clair d'ici l'automne 2015.

Les buts des PLR-PDC se sont leurs survies politiques et rien d'autre! le peuple, sa défense sa sécurité sa protection et ses intérêts ils s'en foutent complètement.

Écrit par : Corélande | 20 mai 2014

Paul Bär@ Puisqu'il y a bien longtemps qu'on n'a pas vu apparaître votre signature, je vous demanderais de réfléchir à ce qui suit :
Est-il normal que le peuple suisse ait à se prononcer sur le choix d'un appareil de guerre alors que tout le contrôle de l'aide au développement lui échappe ?

J'ai appris au Mozambique où j'ai travaillé pour la plus grosse ONG suisse non confessionnelle (pas difficile à savoir de qui je parle...) que la DDC s'était arrangée pendant des années pour ne pas avoir d'accord de siège, de manière à payer un maximum de taxes douanières, de manière à favoriser un gouvernement communiste sans que le parlement ne soit au courant...

Nous savons tous depuis des années que l'aide au développement est un parfait gâchis. Personne ne proteste et à côté de cela le peuple refuse le Gripen, jugé par les experts comme étant le meilleur avion possible...

Écrit par : Géo | 20 mai 2014

" Les plus gros risques actuellement sont les piratages informatiques. "

Vous raisonnez à la Isabelle Chevalley qui s'imagine que défendre la Suisse c'est d'avoir juste une armée d'informaticiens derrières un ordi. La cyberdéfense ne sert à rien si l'on ne peut pas assurer ses arrières avec du matériel de guerre moderne comme des avions. Et la raison pour laquelle le terrorisme existe c'est justement que les terroristes comme Al Qaeda n'ont pas les moyens de lever des forces en hommes et en matériel pour nous envahir en rivalisant avec nos armées. Si c'était le cas il ne se gêneraient pas pour le faire. Ces gens là n'attendent que ça que nous nous affaiblissions militairement.

" Bref, les suisse en majorité ne croient plus en cette armée de papi. Un mauvais avion, c'est trop cher pour cette armée d'un autre siècle. "

Qu'elle majorité de suisses? Ceux qui ont voté pour garder une armée de milice obligatoire que les adversaires à ce type d'armée parlait d'armée de grand-papa ou d'un autre âge?

On nous bassine que la Suisse avec ses chars d'assauts, ses avions à une armée d'un autre temps. bref que le me donne des exemples d'armées modernes dans le monde qui ont banni chars et avions.

" Nos voisins, sont potentiellement, "

Oui heureusement que nos voisins ne raisonnent pas comme vous et tous les anti-armée de Suisse. Si tout nos voisins décident de compter sur leurs autres voisins on est mal barrés.

D.J

Écrit par : D.J | 20 mai 2014

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