02 juin 2014

En attendant les autres

Mehdi Nemmouche est le dernier avatar de la longue liste des terroristes islamistes soit-disant surgis de nulle part, bien que connus des services de police. Français de naissance en vertu du droit du sol, il eut droit à un parcours de petite frappe en règle avec plusieurs passages en prison dont il ressortira totalement endoctriné. S'ensuit un voyage en Syrie via le Liban et la Turquie ; il y passera un an à commettre des atrocités au nom du mouvement pompeusement autoproclamé État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) mais en accord avec nos valeurs puisque selon Bernard-Henri Lévy, à l'aune duquel se mesure la conscience occidentale, Bachar el-Assad est le seul vrai barbare du coin.

Mehdi Nemmouche a été arrêté par hasard à la faveur d'un contrôle de police inopiné d'un bus assurant la liaison entre Amsterdam et Marseille:

Le suspect a été arrêté à la gare routière Saint-Charles à Marseille par les douaniers, alors qu'il se trouvait dans un autocar en provenance d'Amsterdam via Bruxelles.

Selon des sources proches de l'enquête, il était en possession dans ses bagages d'un fusil d'assaut Kalachnikov et d'un revolver avec des munitions. "Des armes du type de celles utilisées le 24 mai à Bruxelles", a expliqué une de ces sources.

Il avait aussi une caméra portative de type GoPro. Parmi ses vêtements, il y avait une casquette semblable à celle que portait le tireur du Musée juif d'après les images de vidéosurveillance diffusées par la police belge.


Arrêté par des douaniers en quête d'herbe! Et François Hollande de claironner dimanche que le suspect de la fusillade au Musée juif de Bruxelles avait été arrêté grâce à la vigilance des forces de l'ordre "dès qu'il a mis le premier pied en France"... Toutes les victoires sont bonnes à prendre!

Comme son nom fleure bon l'immigration, les médias suisses s'évertuent à ne pas mentionner le nom de Mehdi Nemmouche et sa consonance trop "stigmatisante". Apparemment il vaux mieux taire certaines vérités, de peur de susciter des sentiments négatifs... Cette inadéquation face aux enjeux est symptomatique de l'incapacité de l'Occident à faire face à ce qui l'attend. Prenons pour exemple un échange surréaliste entre la présentatrice du journal de la RTS et Christian Chesnot, journaliste à Paris, au sujet de cette affaire:

Voilà la transcription du dialogue, les points saillants sont en gras:

Agnès Wuthrich: Il y avait eu Mohammed Merah, il y a maintenant cette deuxième affaire, les similitudes entre les deux cas sont frappantes.

Christian Chesnot: La grande différence c'est que Mohammed Merah a été faire le jihad en Afghanistan où il a été attrapé à Kandahar par les Américains, les Français n'ont pas pu le récupérer à la sortie ; cette fois-ci le suspect a passé un an en Syrie et le problème c'est que des gens comme celui-ci il y en a beaucoup, on parle de 600, 700, 800 Français sur place... Peut-être de dix mille étrangers qui combattent en Syrie, et le problème c'est que si ces gens reviennent en France ou en Europe évidemment ils peuvent être dangereux, ils peuvent commettre des actes comme on a vu à Bruxelles.

AW: Vous dites, la Syrie c'est un peu l'autoroute du jihad?

CC: Eh bien oui, c'est même le low cost du jihad parce que vous prenez un billet à Paris pour aller à Istanbul ça va vous coûter 200 euros, vous prenez un bus d'Istanbul à la frontière c'est 50 euros et donc en moins de 300 euros vous êtes à la frontière, donc c'est vraiment très facile, en plus pour aller en Turquie il n'y a pas besoin de visa pour les Européens, un simple tampon sur le passeport suffit, et donc vous avez plein de jeunes qui partent...

Si on compare avec l'Afghanistan ou le Mali ou le Sahel c'est un jihad très facile à faire, à la portée de tout le monde malheureusement, et donc même un jeune qui est tout seul peut aller jusqu'à la frontière turco-syrienne et puis là-bas, il est pris en charge par des groupes, des passeurs, qui vont l'amener sur les zones de guerre à Alep ou dans le nord, il y a même des femmes qui passent, on a même vu un Américain qui a fait une opération kamikaze... Donc vraiment c'est un vrai problème et tous les services de renseignement en Europe sont maintenant sur les dents parce qu'on assiste au retour de ces djihadistes en Europe.

AW: Ca veut dire que la guerre est perdue d'avance pour ces services de renseignement? Personne n'a les moyens de surveiller autant de gens...

CC: Ça va être très compliqué... C'est-à-dire que évidemment il faut les suivre au départ, il est vrai que la destination Istanbul-Ankara, la Turquie, il va vraiment falloir regarder de très près... Mais c'est vrai qu'au retour le problème c'est comment localiser ces gens, comment les surveiller, encore une fois Mohammed Merah était sous surveillance, il a échappé à la surveillance, il a commis son attaque à Toulouse... Donc pour les services de sécurité c'est un vrai défi, pas simplement pour les Français, pour les Belges, les Anglais, les Allemands, pour tous les Européens, parce que là c'est une masse de personnes, c'est pas une ou deux personnes comme l'Afghanistan ou comme le Mali. Là on a des centaines de personnes, donc forcément ça pose des problèmes de coordination entre les Européens, et trouver une parade pour les arrêter au retour.


Dix mille étrangers fanatiques s’aguerrissant au combat urbain et aux techniques terroristes les plus extrêmes sur le champ de bataille syrien, et ils ne visent pas à passer toute leur existence là-bas. Comme Mehdi Nemmouche, ils disposent du passeport européen et peuvent franchir toutes les frontières de Schengen. En vertu de leur nombre, ils sont incontrôlables - même M. Chesnot ne semble pas croire sérieusement que les services de renseignement européens soient en mesure de surveiller simultanément un si grand nombre de terroristes potentiels. Pour revenir de Syrie, Mehdi Nemmouche est passé par Singapour et Bangkok avant d'atterrir à Francfort en Allemagne, puis s'est déplacé par voie terrestre sans laisser de trace, allant en Belgique, aux Pays-Bas, en France. Comment surveiller tous les mouvements de milliers de personnes?

Et que dire de ceux qui apparaissent pendant ce temps dans les banlieues, les prisons?

On peut croire en notre bonne étoile permanente et se réjouir comme François Hollande que l'ennemi public numéro 1 ait été si promptement arrêté, fut-ce par le plus grand des hasards. On peut penser, la foi républicaine chevillée au corps, que nos Etats occidentaux, bien qu'en faillite, arriveront à mettre en place les institutions, les procédés de désendoctrinement nécessaires à la lutte contre le terrorisme islamiste. On peut espérer que les vaillantes forces de l'ordre suffiront à prévenir la plupart des massacres à venir.

Soyons réalistes. Les élites occidentales n'ont ni la compréhension, ni la compétence, ni la force de caractère de s'opposer à ce qui va déferler sur l'Europe dans peu de temps.

Des milliers de djihadistes reviendront de Syrie dans quelques années si ce n'est moins. Soit ils auront vaincu, soit ils estimeront que l'Europe est un champ de bataille plus profitable. Dans les deux cas ils auraient tort de se priver. En Europe, la peine de mort est interdite. On se contorsionne pour respecter la foi des islamistes emprisonnés. Les allocations familiales payent le voyage en Syrie pour faire le jihad.

Osons l'écrire: nous vivons peut-être nos dernières années de paix.

Hier, aller en Afghanistan était long et compliqué. Aujourd'hui, 300 euros suffisent pour devenir candidat au jihad en Syrie. Demain, le prix sera-t-il celui d'un billet de bus pour la banlieue voisine?

Commentaires

N'oublions pas qu'un nombre appréciable de ces djihadistes meurent sur place. D'abord parce qu'ils sont partants pour ça (ils gagnent le paradis), ensuite parce que les chefs locaux s'en servent évidemment dans les missions les plus dangereuses. En somme, les musulmans s'exterminent entre eux.

Il y a donc un petit côté "ouinne-ouinne" dans cette affaire qui n'est pas pour me déplaire.

A part ça, je ne vois pas pourquoi un Etat civilisé et démocratique ne pourrait pas interdire à ses ressortissants de se rendre dans un pays en guerre qui menace sa sûreté nationale, sauf exceptions justifiées (diplomates, journalistes...).

Objectivement, la Syrie est en guerre avec la France (et les autres pays occidentaux), puisqu'elle entretient sur son sol un djihad dont l'un des buts est de se propager à l'Ouest. Une telle loi permettrait d'emprisonner les petits soldats d'Allah à leur retour (voire à leur départ), sans attendre qu'ils s'intéressent au rayon des caméras Go Pro sur Amazon, ou qu'ils se découvrent un intérêt subit pour les musées juifs.

En tant que libéral, je suis pour la liberté d'aller et venir et même de s'expatrier, mais si vous étiez en Angleterre entre 1939 et 1945 et que vous ayez annoncé à la douane que vous alliez faire du tourisme en Allemagne par goût de la bière et des culottes de peau, je doute qu'on vous ait laissé partir sans vous poser quelques questions.

Écrit par : Robert Marchenoir | 02 juin 2014

Je perçois un net revirement chez les Juifs de France, qui n'hésitent plus à dénoncer leurs institutions et leur personnalités représentatives pour leur lourde responsabilité dans l'immigration de masse et l'idéologie anti-raciste, et leur diabolisation de l'extrême-droite au nom de l'antisémitisme, alors que la quasi-totalité des violences antisémites en Europe, depuis 1945, viennent des musulmans ou de l'extrême-gauche.

Deux signes, ce billet d'Hervé Roubaix sur Dreuz :

http://www.dreuz.info/2014/06/pourquoi-le-terroriste-du-musee-juif-de-bruxelles-nest-pas-dextreme-droite-neo-nazie/

Roubaix lui-même n'est pas juif, à ma connaissance, mais il écrit sur Dreuz, site dirigé par un Juif et qui défend une ligne pro-juive et pro-israélienne intransigeante.

C'est la première fois que je lis une condamnation aussi explicite et forte du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et de la LICRA (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme) sur un média voué à la défense des intérêts juifs.

Et ce communiqué de la Ligue de défense juive, qui fait le coup de poing à l'occasion contre ceux qu'elle accuse d'antisémitisme, et qui ne peut pas être suspectée de tiédeur pro-juive ou d'un sens de la nuance excessif lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts juifs :

http://www.liguedefensejuive.com/le-tueur-de-bruxelles-ne-serait-pas-membre-du-front-national-2014-06-01.html

Voir les nombreux commentaires de Juifs en dessous du billet, qui soutiennent cette position, voire votent pour le Front national.

Écrit par : Robert Marchenoir | 03 juin 2014

@Robert Marchenoir: le problème chez les juifs et les politiques est que la partition de "l'antisémitisme-d'extrême-droite", systématiquement exagérée, s'est étiolée face à un antisémitisme musulman qui n'a jamais tant eu le vent en poupe et qui, lui, est minimisé. Vous avez raison, si les Juifs français (de droite ou de gauche) veulent pouvoir survivre sur ce continent dans les décennies qui viennent il va leur falloir réactualiser la liste des gens qui leur en veulent, et très vite.

Maintenant, sur la Syrie, je ne suis pas sûr que ce soit tant un "win-win" que ça. Je doute que la guérilla syrienne souffre autant que la population locale par exemple. C'est une boucherie, mais surtout pour les civils. D'ailleurs, j'avais lu un ministre français je crois qui affirmait qu'on n'avait qu'une trentaine de morts sur l'ensemble du "contingent français" parti pour la Syrie...

En outre, les islamistes étrangers sont précieux précisément à cause de leur passeport qui leur permet de procéder à l'approvisionnement (humain et économique) depuis l'Europe, voire d'y frapper. J'imagine que les grands stratèges du jihad y ont bien pensé et ne doivent pas les sacrifier bêtement avec une ceinture explosive contre le premier checkpoint venu.

Compte tenu du flot grossissant de "jeunes européens" en direction de la Syrie, de leur année de guérilla là-bas et de leur retour, on peut pratiquement établir une prévision de l'évolution du nombre de Mehdi Nemmouche au cours du temps. Une chose est sûre, lui et Mohamed Merah n'étaient que l'avant-garde.

Écrit par : Stéphane Montabert | 03 juin 2014

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