17 juin 2014

Du malheur de la langue française

Le français décline dans le monde, c'est une certitude. Mais pourquoi? Inspiré par un long article d'Uli Windisch sur Les Observateurs, voici mes réflexions sur les racines de ce déclin, remontant aux raisons qui ont amené le français à être promu comme langue étrangère.

Le français est une langue politique, parce que la France en a fait un outil politique depuis au moins la révolution française. Combien de langues sont touchées par la grâce d'un organisme comme l'Académie Française, organe étatique suprême et autoproclamé prétendant imposer par sa seule existence son autorité à tous les pratiquants de la langue? Loin d'être honorifique, la prétention de cette institution est infinie. L'orgueil suffit à remplir ses rangs.

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"La France éclairant le Monde", Janet-Lange, 1848

A l'Académie Française s'ajoute la Francophonie, une "ONU des pays francophones" montée par le Général de Gaulle précisément pour que la France puisse avoir la première place dans une organisation internationale, de façon indiscutable et définitive. A cette organisation appartiennent nombre d'anciennes colonies françaises mais aussi d'autres pays où le français est peu fréquemment utilisé ou non reconnu officiellement, simplement alléchés par la perspective d'une bonne tranche du gâteau payé par la métropole. Le prestige a un coût.

Citons Wikipedia sur le sujet:

"Le terme a été particulièrement popularisé par Léopold Sédar Senghor. C'est dès lors dans ce sens qu'il convient de comprendre la francophonie : il s'agit plus de la conscience d'avoir en commun une langue et une culture francophones que de décisions officielles ou de données objectives. C'est une communauté d'intérêt. On y retrouve l’idée que le français serait le point commun d’une multitude de peuples différents, les fédérant dans un idéal culturel et linguistique."


Autrement dit, la francophonie est une organisation politique, le français son prétexte et sa langue officielle. Cette situation est compréhensible: il n'y a aucune "communauté d'intérêt" aisément décelable entre un Français, un Béninois et un Vietnamien et encore moins "d'idéal culturel et linguistique" partagé. Si par miracle on leur trouvait un dénominateur commun, serait-il supérieur aux racines culturelles et historiques qui unissent par exemple un Français à un Italien, pratiquent-ils des langues différentes?

La même chose vaut pour le Québec et sa mentalité délirante de "français assiégé", où les Québecois francophones utilisent leur langue comme une arme pour infliger de multiples barrières professionnelles parfaitement artificielles à leurs concitoyens canadiens et étrangers. La francophilie forcenée de certaines élites québecoise n'est d'ailleurs pas partagée par la population. Les jeunes francophones sont défavorisés parce qu'ils ne peuvent apprendre l'anglais correctement à un jeune âge, alors que les enfants anglophones peuvent aller à l'école française et devenir parfaitement bilingues. Un sondage de 2010 illustrait que 61% des Québécois francophones souhaitaient la liberté de la langue d'enseignement pour leurs enfants!

En choisissant délibérément de faire de leur langue une composante politique de son prestige, les élites françaises l'ont condamné à suivre le destin de la France ; aujourd'hui l'heure est au déclin. Toutes proportions gardées, le parallèle est frappant avec la promotion du russe par les soviétiques. Imposé à tous les pays satellite de l'Union Soviétique, le russe a été définitivement associé au communisme. Résultat: la détestation du communisme a déteint sur le russe, qui ne se pratique plus guère aujourd'hui qu'au sein des minorités d'ascendance russe implantées dans les pays de l'ancien empire soviétique.

L'anglais quant à lui s'est aussi étendu en même temps que l'empire colonial britannique, mais a moins été une langue de conquête et de domination que simplement de commerce. Il doit d'ailleurs son succès actuel non au Royaume-Uni mais à la force politique, économique et culturelle que représentent les Etats-Unis, une ancienne colonie anglaise rebelle sans volonté impérialiste (n'en déplaise à ses détracteurs).

L'anglais est devenu aujourd'hui la lingua franca - quelle ironie! - justement parce que les connotations politiques et culturelles qui y sont attachées sont extrêmement réduites, lui donnant une force utilitaire inégalée. Le communiste chinois parle anglais, l'Indien parle anglais, le Russe parle anglais, sans pour autant adhérer aveuglément à toutes les valeurs qui fondent l'Amérique, voire sans même s'y intéresser. Un Japonais n'apprend pas l'anglais pour épouser la cause des vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale, mais simplement pour communiquer, souvent avec d'autres nationalités qui s'expriment chacune dans cette langue étrangère - un rôle utilitaire et malgré tout primordial que les "défenseurs du français" semblent souvent faire passer au second plan.

La langue française, ni aucune langue, n'appartient à la moindre autorité politique ; pourtant nombre de Français, la classe politique française et beaucoup de francophones sont malheureusement persuadés du contraire. Investis d'une mission, ils cherchent à "défendre" ou à "promouvoir" la langue à travers des actions politiques sans comprendre que c'est ce qui ruine la langue française depuis des décennies. Pratiquer le français n'est pas et n'a pas à être un geste politique.

On peut d'ailleurs s'étonner du bien-fondé de cette mission. Entend-on des gens se plaindre, des mouvements politiques émerger pour défendre le tchèque, le norvégien, le swahili? Soit ces groupes sont discrets, soit les locuteurs de ces langues ne semblent pas particulièrement préoccupés par la place de leur idiome au sein de l'humanité. Les langues sont des outils, elles fluent et refluent, et on voit mal pourquoi le français devrait faire exception. Il y a bien sûr un chagrin sincère à voir reculer la langue que l'on aime et que l'on pratique, mais quitte à la préserver, encore faut-il poser un diagnostic correct, de peur que les "remèdes" n'aggravent la désaffection à son égard.

Le meilleur service que l'on puisse rendre à la langue française selon moi est de la tenir éloignée du pouvoir et de mettre un terme à cette abominable entité qu'on nomme la "francophonie". Que les amoureux du français pratiquent leur langue, lisent et écrivent, en fassent la promotion en la laissant en-dehors de l'arène politique, des règlements, des subventions, tant de choses qui l'ont si souvent souillée et la font encore haïr.

Cela ne suffira pas ; par une cruelle logique, le français suit le destin de la France. Il est illusoire de vouloir préserver l'un sans l'autre. Mais loin de simples opérations cosmétiques, la préservation de celui-ci implique le renouveau économique et culturel de celle-là, ce qui donne une idée de la tâche à accomplir.

Commentaires

Pour commencer, je tiens à faire remarquer l'éclairage extrêmement étrange de ce tableau, et, pour tout dire, faux. Le personnage est éclairé comme si la lumière de sa torche se reflétait sur un plafond, alors qu'il est à l'air libre et qu'il s'agit d'une scène de jour (du moins si l'on en juge par le ciel et l'arrière-plan). L'ensemble crée un malaise bien en rapport avec le caractère polémique de ce billet.

Il y a un point que vous omettez dans votre analyse : la dimension identitaire et politique de la langue, évidente dans le cas du Québec, évidente aussi en cas d'immigration de masse. Voyez l'argument de la langue russe utilisé par Poutine dans le conflit ukrainien.

Cette dimension n'est pas uniquement le résultat de décisions de gouvernements. Elle est consubstantielle à l'existence des sociétés.

La langue française ne me semble pas menacée en Suisse romande. Elle aurait pu l'être, étant donné son caractère minoritaire au niveau national. Gageons que si elle l'était, vous auriez une vision différente de la francophonie.

Écrit par : Robert Marchenoir | 17 juin 2014

@Robert Marchenoir: la langue a une dimension identitaire et culturelle, j'en conviens parfaitement, tout en relevant que ces dimensions identitaires et culturelles ne doivent pas être du ressort de l'Etat, principalement parce que son incompétence ontologique amène essentiellement des désastres.

Au Québec, les anglophones auraient bien plus de raisons de protester contre les vexations dont ils sont victimes de la part des francophone, tout en sachant que ce serait impensable puisqu'ils sont la majorité au Canada et que là comme ailleurs les minorités ont tous les droits. Lisez la loi 101 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_la_langue_fran%C3%A7aise), c'est d'un interventionnisme hallucinant: " l'Assemblée nationale [québecoise] est résolue à faire du français la langue de l'État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires..."

Quant à la Suisse, le français ne s'y porte pas si bien: il recule progressivement des cantons bilingues comme Berne et l'école publique y enseigne la version dégénérée de la langue (orthographe simplifiée, etc. selon les directives venues de Paris!)

Enfin, vous avez raison, la question de la langue russe est centrale dans le conflit ukrainien, ce qui nous donne un bon aperçu d'une langue attaquée comme le russe l'a été par les rebelles de Maïdan.

On voit toute la différence d'avec les attaques fantasmées contre le français, qui ne sont que de piètres excuses face à la perte d'influence de la langue. Existe-t-il des pays où l'usage spécifique du français est interdit par la loi?

Écrit par : Stéphane Montabert | 17 juin 2014

Vision étroite et, pour le dire franchement, erronée de la langue.

Pour un libéral, vous attachez bien trop d'importance aux politiciens.

La langue est un des plus beaux exemples d'ordre spontané. Aucune décision politique ne peut réellement influer sur son destin (sauf à recourir à des méthodes très dictatoriales).

Les Bretons croient que ce salopard d'Etat français a éradiqué leur langue. ils s'en tiennent à l'apparence, à la surface des choses. Le breton a été bien plus déraciné par les changements sociaux du XIXème siècle, l'urbanisation, les déplacements de populations et l'extension des communications.

Le français était à son apogée sous Louis XV. Catherine II et Frédéric de Prusse parlaient et écrivaient français. La mode d'une langue est liée à la puissance du pays qui la parle, celle-là n'est pas le résultat d'une décision politique consciente.

La français a reculé quand la rayonnement de la France a décliné et que, parallèlement, est montée la puissance américaine. Benjamin Franklin était le premier ambassadeur à Paris depuis des lustres à ne pas maitriser le français, ô symbole !

Ce n'est pas la faute des politiciens français si notre langue décline. En revanche, ils sont coupables du déclin de notre pays, qui entraîne le français dans son naufrage.

Nota : j'ai beaucoup d'estime pour l'Académie Française. C'est un repère de vieux cons. Par les temps qui courent, j'emploie ces mots comme un très beau compliment.

Écrit par : Franck Boizard | 17 juin 2014

Le russe n'a jamais été attaqué par les rebelles de Maïdan en Ukraine. Toute cette histoire a été inventée du début à la fin par la propagande de Poutine.

Non seulement aucun russophone ne s'est jamais vu interdire l'usage du russe, non seulement cela n'a jamais été envisagé, mais il n'y a jamais eu aucune discrimination contre les russophones.

Si discrimination il y a, c'est plutôt à l'encontre de la langue ukrainienne. En effet, la plupart des locuteurs natifs de l'ukrainien parlent aussi le russe, tandis que l'inverse n'est pas vrai. Un certain nombre de russophones ne se sont jamais donné la peine d'apprendre l'ukrainien, alors qu'ils sont nés en Ukraine. Les ukrainophones, et aussi un certain nombre de russes ethniques de l'Est, leur en font à juste titre le reproche.

Timochenko, l'ancien premier ministre mis en prison par le leader pro-russe Ianoukovitch, parle aussi le russe, de même que Yatseniuk, le premier ministre mis au pouvoir par Maïdan. Porochenko, le nouveau président, est passé de l'ukrainien au russe, lors de son discours inaugural, lorsqu'il a abordé les problèmes de Luhansk et de Donetsk, les régions russophones de l'est.

Les médias russes ont publié d'innombrables mensonges concernant l'Ukraine, montrant par exemple des photos de guerre prises dans d'autres pays, à d'autres époques, en prétendant qu'elles étaient prises en Ukraine. Mais même dans les médias russes, je n'ai jamais lu un seul fait allégué de discrimination concrète, précise, contre les russophones. Très probablement parce qu'il n'y en a pas.

En revanche, depuis que la Crimée a été annexée par la Russie, les discriminations, les intimidations et les persécutions envers les Tatars, minorité historique de la péninsule, se multiplient. Et là, ce n'est pas seulement dans le but de les empêcher de parler leur langue. C'est carrément pour les foutre dehors en leur confisquant leurs biens.

Concernant le Québec, je connais bien la loi 101. Son principe est bénéfique et positif. Il est parfaitement légitime que les Québécois se donnent les moyens de garder le pouvoir et de perpétuer leur race sur leur terre ancestrale, de même que les Suisses ont parfaitement le droit de limiter l'immigration s'ils se sentent envahis.

Après, il est possible que les mesures pro-francophones aient des effets pervers. C'est un autre problème. Par exemple, l'une des conséquences funestes de la politique francophone a été de favoriser l'immigration haïtienne et maghrébine, sous prétexte que ces gens parlaient français. Erreur aux conséquences incalculables dûe à une certaine naïveté dont les Québécois sont un peu revenus.

Mais on ne saurait contester aux Québécois le droit de vouloir rester maîtres chez eux.

Concernant la politique dite de la francophonie menée par la France, elle est erronée dans la mesure où il n'y a rien de commun entre un Sénégalais et un Français. Le fait qu'ils parlent français tous les deux est anecdotique. Cela justifie, certes, une organisation internationale de soutien et de promotion de la langue française, des échanges culturels autour du français, etc. La Suisse, comme de nombreux pays, a bien un centre culturel à Paris (assez décevant, d'ailleurs). L'erreur fut, et est encore pour certaines franges de l'extrême-droite, d'accorder à la francophonie une importance excessive en tant qu'outil d'influence politique internationale.

A partir du moment où la France a renoncé à ses colonies, il était illusoire d'espérer le maintien de l'empire par la langue française. L'usage politique d'une langue est parfaitement légitime, à condition que les aspects politiques et les aspects linguistiques coïncident, justement.

Concernant la dégradation de l'enseignement du français en Suisse, vous êtes un peu gonflé de l'attribuer à la France. L'enseignement se dégrade dans tous les pays occidentaux, selon des modalités et pour des raisons similaires. Vous êtes bien assez grands pour mener vos écoles comme vous l'entendez, et prendre les modèles que vous voulez. Si la France fait pression sur la Suisse pour des questions fiscales, par exemple, j'aimerais bien qu'on m'explique à quel moment elle aurait incité la Suisse à dégrader son enseignement.

Enfin l'existence de l'Académie française est une excellente chose, que d'innombrables étrangers passent leur temps à reprocher à la France. On lit à ce sujet les âneries les plus invraisemblables, à savoir que l'Académie française donnerait des ordres sur la façon d'utiliser le français. L'Académie française n'a aucun pouvoir coercitif. On ne peut pas, à la fois, se plaindre d'un appauvrissement de l'enseignement du français en Suisse, appauvrissement qui serait sournoisement suggéré par la France, tout en dénigrant l'Académie française, qui tente au contraire de préserver la richesse et le génie du français.

Écrit par : Robert Marchenoir | 17 juin 2014

@Franck Boizard: la langue est certes née d'un ordre spontané, si vous voulez. Ce n'est qu'après qu'elle a été détournée, instrumentalisée, abâtardie et manipulée. Politisation des genres, orthographe simplifiée, novlangue et langue de bois, est-ce vraiment à moi de vous apprendre tous ces phénomènes, leur source et leur but? Minimiser l'effet des idéologies sur le langage, propagées par les politiciens et les médias qui leurs servent de courroie de transmission, est une erreur tellement énorme que je suis étonné de vous la voir commettre.

"Ce n'est pas la faute des politiciens français si notre langue décline. En revanche, ils sont coupables du déclin de notre pays, qui entraîne le français dans son naufrage."

Thèse plausible s'ils n'avaient pas décidé de s'occuper aussi de la langue dans leur manie de toucher à tout. Un exemple parmi tant d'autres:
http://grammaire.reverso.net/6_3_01_la_feminisation_des_noms_de_metiers.shtml
Et vous voilà à prendre leur défense?

@Robert Marchenoir: je vous concède bien volontiers que la situation à l'est de l'Ukraine est sujette à de nombreuses manipulations, mais dire qu'aucune n'a eu lieu vis-à-vis de la langue est erroné. Voilà juste un point de vue écrit peu avant la crise:
http://www.atlantico.fr/decryptage/ukraine-refus-peuple-russe-deuxieme-langue-alla-lazareva-414898.html

Pareil pour le Québec: vous associez de façon immédiate une langue à une culture/peuple/nation alors que c'est une facette parmi tant d'autres. La plupart des Québécois étant bilingues et souhaitant que leur descendance le soit aussi, ils ont la volonté de laisser les enfants apprendre l'anglais au plus tôt à l'école sachant qu'ils parlent déjà français à la maison.

Les Québécois sont plus ouverts que vous, et quitte à se faire envahir, autant que ce soit par leurs compatriotes canadiens, culturellement plus proches, que par des Français... Du reste, on ne voit pas très bien pourquoi les Québécois se feraient envahir même par des Canadiens vu que l'Alberta anglophone est province la plus riche du Canada, et Calgary sa capitale la ville la plus prospère. Sauf par masochisme peut-être?

"On lit à ce sujet les âneries les plus invraisemblables, à savoir que l'Académie française donnerait des ordres sur la façon d'utiliser le français."

L'Académie ne colle pas des amendes - maigre consolation. De déduire que, parce qu'elle n'a aucun pouvoir coercitif, elle n'a aucun pouvoir du tout, c'est un raccourci assez décevant.

Êtes-vous allé sur le site de ladite académie? Vous auriez pu accéder directement à ses directives sur la façon d'utiliser le français, comme par exemple: http://www.academie-francaise.fr/la-langue-francaise/terminologie-et-neologie
Lisez-la bien, elle fait même référence à des textes de loi qui assoient l'autorité de l'Académie.

Ne pas oublier que l'Académie a ses relais au sein des éditeurs de dictionnaires, des pouvoirs politiques, du monopole de l'éducation nationale, dont les écoles de journalisme et le reste.

Quant à la dégradation de l'enseignement du français en Suisse, je persiste et signe à l'attribuer à la France. La Suisse n'est pas innocente dans cette affaire, évidemment, mais la pomme ne tombe pas loin de l'arbre. La fascination quasi pathologique des politiciens romands pour la France a largement contribué à transformer les modes parisiennes en parole d'évangile.

On trouve ainsi une circulaire de la Conférence intercantonale de l'instruction publique, selon laquelle "étant donné que graphies anciennes et nouvelles coexistent déjà dans beaucoup de dictionnaires ou de grammaires de référence, aucun élève ne doit être sanctionné pour avoir utilisé l'une ou l'autre variante". Tout le monde gagne!

Sauf quand il s'agit de rédiger une lettre de motivation, bien entendu.

Écrit par : Stéphane Montabert | 17 juin 2014

@ Stéphane Montabert :

Un mot sur l'Ukraine. L'article que vous citez me donne raison. Il dit bien que si, de l'ukrainien et du russe, l'une des deux langues est en danger, c'est plutôt l'ukrainien. D'autre part, cet article été écrit sous la présidence de Ianoukovitch, le dirigeant pro-russe qui s'est enfui du pays, et il date d'avant la révolution de Maïdan.

Concernant l'Académie française, premièrement vous vous trompez, deuxièmement c'est bien dommage ! Si seulement l'Académie française pouvait faire qu'on écrive correctement le français en donnant quelques coups de schlague et en envoyant les contrevenants les plus nocifs en prison ! Ce que vous écrivez sur son influence supposée chez les éditeurs, l'Education nationale et les écoles de journalisme n'a rien à voir avec la réalité.

L'Académie française est globalement considérée par les Français comme un repaire de vieux cons poussiéreux. Si elle a une influence, c'est uniquement en tant qu'organisation intellectuelle. Et cette influence est très faible. C'est une institution largement honorifique.

Concernant le Québec, bien sûr que je suis moins ouvert que les Québécois -- ou du moins les autorités québécoises, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. C'est une vertu, de ne pas être "ouvert". Que je sache, l'UDC fait profession de ne pas l'être. C'est bien parce qu'elle est horriblement "fermée à l'Autre", "intolérante", "raciste" et "xénophobe" que l'UDC jouit, de la part du peuple suisse, du soutien qu'on lui connaît.

Écrit par : Robert Marchenoir | 18 juin 2014

@Robert Marchenoir: Eh bien, sur l'Ukraine, qui osera plaider que les langues ne sont pas utilisées à des fins politiques? CQFD. Mais à l'inverse de ce qui se passe là-bas, le français ne doit sa désaffection qu'à lui-même, c'est-à-dire ceux qui s'évertuent à en faire "bien plus" qu'une langue...

Je ne comprends pas très bien pourquoi tourner autour du pot. Les racines du problème ne sont pas difficiles à comprendre: l'étatisme - le nom bienséant du socialisme - implique de mettre la patte de l'Etat dans toute la société, que ce soit l'économie, la famille, la sexualité. Par quel miracle s'abstiendrait-il de changer le langage?

La main du gouvernement plane sur le français en tant que langue et l'Education Nationale en est le bras armé. Je vous l'accorde, l'Académie Française est un prétexte, mais celui-ci a valeur de symbole.

Écrit par : Stéphane Montabert | 18 juin 2014

Bonjour,

je me permets deux remarques, qui vont dans le sens de M. Montabert:
- le livre 1984, oeuvre de fiction certes, mais ô combien proche de ce qui a pu être réalisé en URSS
- la deviance de la langue et la perte de sens de nombreux mots, par des amalgames politiques, comme les mots: libéral, solidarité, charité, Etat( qui ne devrait jamais être sujet d'une phrase)

je passe sur la perte de logique, de précision de la langue française, qui de ce fait ne peut plus être la langue des traités internationaux...

Écrit par : Crucol | 20 juin 2014

Si seulement l'état français se contentait de faire en sorte que les élèves sortent de l'école, à la fin de leurs études, en sachant le parler et l'écrire correctement!

Écrit par : Raynote | 20 juin 2014

Une langue a l'influence du pays qui la pratique. Le grec était la langue internationale du temps d'Alexandre le grand, le latin du temps de l'empire romain, le français du temps de Louis XIV et Napoléon, l'anglais du temps de l'empire victorien et américain. On commence à voir une montée importante en puissance du Chinois corrélative à l'expansion de ce pays.
Pour en revenir au français il est clairement en parte de vitesse, non seulement du fait de l'affaiblissement de la France et de l'abandon de la volonté gaullienne par les dirigeants actuels, mais aussi de sa difficulté tant phonétique que grammaticale. A titre d'exemple personnel, savez-vous qu'en Espagne actuellement, même au pays basque et même chez les frontaliers qui ont la France en face, pratiquement personne n'apprend le français ?

Écrit par : Olivier | 21 juin 2014

Pour ma part, Stéphane Montabert, je suis entièrement d'accord avec vous, notamment lorsque vous dites: "Pratiquer le français n'est pas et n'a pas à être un geste politique." L'héritage de De Gaulle et de sa francophonie, c'est le poids qui entraîne la France elle-même dans l'abîme. Une langue est un objet culturel, et l'Etat n'a pas à essayer d'intervenir dans la vie culturelle, qui doit être libre. La langue appartient aux poètes, non aux politiques. Une langue devient morte quand on la parle par obligation, et non parce qu'on l'aime. Ce qui fait vivre une langue, c'est le désir de la parler, et ce qui est obligatoire ne suscite pas de désir.

Écrit par : Rémi Mogenet | 21 juin 2014

@ Olivier :

"Une langue a l'influence du pays qui la pratique. Le grec était la langue internationale du temps d'Alexandre le grand, le latin du temps de l'empire romain, le français du temps de Louis XIV et Napoléon, l'anglais du temps de l'empire victorien et américain. On commence à voir une montée importante en puissance du Chinois corrélative à l'expansion de ce pays."

Voilà, c'est un bon résumé. Je conçois que l'anglais et le français, langues rivales et contemporaines, suscitent les passions politiques, mais prenons le grec ancien, langue désormais disparue et qui n'enflammera pas la polémique : il fut un temps où le monde entier parlait grec.

"Pour en revenir au français il est clairement en parte de vitesse, non seulement du fait de l'affaiblissement de la France et de l'abandon de la volonté gaullienne par les dirigeants actuels, mais aussi de sa difficulté tant phonétique que grammaticale."

Là, du coup, c'est faux. C'est l'argument de ceux qui voudraient simplifier le français par décret, et qui ne réussissent qu'à le détruire.

D'ailleurs vous vous contredisez : le grec ancien et le chinois sont des langues infiniment plus complexes que le français, et pourtant vous dites vous-même que la première fut la langue internationale de son temps, et que la seconde prend de plus en plus d'importance.

Écrit par : Robert Marchenoir | 23 juin 2014

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