11 juillet 2014

Quand les communistes aimaient les nazis

"Polémique: Un élu compare le PS aux nazis" titra Le Matin dans son édition de lundi. Un élu de la commune de Vernier se serait ainsi livré sur son blog à une odieuse comparaison apparentant le parti-national socialiste d'Adolf à un mouvement socialiste parmi tant d'autres, dont celui des socialistes suisses...

Effacée depuis, la phrase incriminée ne put échapper à la vigilance du journaliste de garde. Il y avait péril en la demeure puisque l'individu serait un "récidiviste", ayant osé une autre comparaison du même acabit il y a trois ans à peine! Les rôles étaient distribués et le bûcher dressé. Tout était en place pour un procès médiatique retentissant... Mais le contraire se produisit. Au lieu du tollé attendu, un flot de commentaires allant en faveur de l'élu ou rappelant les accointances entre la gauche et le nazisme força Le Matin à supprimer promptement toute contribution des lecteurs sur le sujet. Caramba, encore raté!

Il faut croire que certains membres du grand public connaissent mieux l'histoire que nos journalistes au point de les troubler, car la proximité intellectuelle entre les mouvements totalitaires - nazisme, communisme, fascisme - est aussi ancienne que documentée.

Une si belle amitié

Dans le flot de l'histoire, attardons-nous sur un point particulier, la résistance française contre l'occupant nazi lors de la Seconde Guerre Mondiale où comme le mentionne l'historien François Furet "le PCF estime avoir été résistant avant même que le France ne soit occupée, avant même que la guerre ne commence". L'historiographie en marche...

L'épisode de la Seconde Guerre Mondiale est important parce que la thèse de la résistance au nazisme est centrale dans l'argumentation des communistes (et par extension de toute la gauche) pour démontrer, par sa haine du nazisme, le fossé sensé séparer les deux idéologies.

nazisme,communisme,histoireEn réalité, il n'en fut rien. Des documents d'époque établissent clairement que le Parti Communiste français ne rentra en résistance qu’en 1941, lors de la rupture du pacte germano-soviétique et l'ouverture du Front de l'Est. Si les communistes français prirent officiellement les armes contre les nazis, ce fut sur ordre de Moscou.

Mais avant? Les communistes étaient-ils prêts à en découdre en attendant juste une occasion? Pas vraiment. Comme le rappellent les professeurs Jean Marie Goulemot et Paul Lidsky dans un ouvrage au titre iconoclaste, l'ambiance fut excellente entre les communistes et les nazis aux premières heures de l'occupation, le tout au nom de la lutte contre la bourgeoisie:

Il est particulièrement réconfortant en ces temps de malheur de voir de nombreux travailleurs parisiens s’entretenir avec les soldats allemands, soit dans la rue, soit au bistro du coin. Bravo camarades, continuez même si cela ne plaît pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants ! La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante.  (L’Humanité, 4 juillet 1940)


L'Humanité ne dut sa réimpression qu'à la bonne volonté de l'occupant face aux demandes réitérées du PC français. Les communistes, bon princes, invitaient les Français à collaborer avec leurs nouveaux maîtres. Le national-socialisme cohabitait en bonne entente avec la branche locale de l'internationale socialiste. Comme le dit la déclaration d'intention du 20 juin du PCF aux nazis, "notre lutte contre Bonnet, Dal, Ray, Man cela a facilité votre victoire", "pour l'URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous".

Enfin, si les communistes finirent par prendre les armes contre les nazis, c'était non à cause d'une opposition idéologique mais seulement à cause de circonstances propres à la guerre - les mêmes qui eurent aussi pour effet d'allier l'URSS de Staline aux États-Unis de Roosevelt sans que personne n'ose prétendre qu'une vision du monde rassemblât les deux pays.

La Seconde Guerre Mondiale jeta des peuples les uns contre les autres sans la moindre unité de doctrine. Autrement dit, la lutte armée entre l'Allemagne nazie et l'URSS n'est pas constitutive d'une incompatibilité idéologique.

Le socialisme comme valeur commune

La bonne entente temporaire entre les deux courants du socialisme donna lieu à un film documentaire récent, fort peu diffusé dans la sphère francophone (tout comme le film polonais sur le massacre de Katyn) mais éclairant bien des passerelles entre les deux idéologies. Rien n'est plus faux que le premier mythe du communisme, à savoir qu'il partirait de "bonnes intentions":

Le communisme c’est la guerre des classes, et la guerre des classes implique de liquider une partie de la population. Pour restructurer la société, il faut d’abord tuer non seulement les opposants, mais aussi les intellectuels, les meilleurs travailleurs, les ingénieurs, etc. Des groupes entiers de la société. C’est le genre d’ingénierie sociale qu’ont mis en œuvre Lénine et Staline, Mao et Pol Pot, pour ne citer que les plus sanguinaires. Cette ingénierie sociale forcée répond aussi à des critères ethniques lorsque des peuples sont considérés comme trop réactionnaires. Karl Marx et Friedrich Engels prônaient eux-mêmes « l’extermination des Serbes et autres peuplades slaves, ainsi que des Basques, des Bretons et des Highlanders d’Écosse », tous des peuples trop peu évolués pour la révolution communiste et faisant ainsi obstacle à l’inéluctable « progrès » de l’humanité.


Les communistes furent donc non seulement aussi racistes que les nazis mais ajoutèrent l'épuration de classe à l'inventaire de leurs massacres. Marx écrivit dans son journal que "les classes et les races trop faibles pour maîtriser les nouvelles conditions de vie..." devaient "périr dans l’holocauste révolutionnaire".

nazisme,communisme,histoireL'idéal socialiste ne s'embarrasse pas de sentiments. Si nazis et communistes divergeaient sur la méthode (nationalisme par la conquête ou internationalisme par la révolution) l'objectif du socialisme était partagé, d'où une collaboration de bon aloi entre les deux groupes:

De septembre 1939 à juin 1941, les Soviétiques [livrèrent] aux Allemands des groupes entiers de Juifs qui avaient fui l’occupant allemand. Le NKVD communiste [aida] à former la Gestapo nazie. Soviétiques et Allemands [discutèrent] ensemble de la manière dont il fallait résoudre la « question juive » en Pologne occupée. Les images d’archive de ces officiers soviétiques et allemands qui trinquent ensemble ou de cet officier communiste qui fait le salut nazi aux officiers SS devant un groupe de prisonniers juifs apeurés « rendus » aux Allemands sont sans équivoque. (...) La coopération entre le régime nazi et le régime bolchevique était un fait bien avant le Pacte Molotov-Ribbentrop et elle ne [s'arrêta pas] au simple partage des territoires d’Europe centrale entre les deux puissances.


Si le socialisme n'est pas une forme de nazisme, le nazisme est définitivement une forme de socialisme. Cet aspect était revendiqué par Adolf Hitler lui-même:

"Nous sommes socialistes, nous sommes les ennemis du système capitaliste tel qu'il existe c'est-à-dire basé sur l'exploitation de ceux qui sont économiquement faibles avec ses salaires injustes et l'estimation de la valeur de l'être humain qu'il établit à partir des seuls critères de richesse et de patrimoine plutôt que celles de responsabilité et de performance, nous sommes déterminés à détruire ce système par tous les moyens." (Adolf Hitler, discours du 1er mai 1927)


La Seconde Guerre Mondiale mit fin au nazisme mais tous ne furent pas tués. On connaît l'histoire de scientifiques recrutés par les Américains ou récupérés par les Soviétiques pour leurs programmes spatiaux respectifs ; ceux-ci firent carrière en dépit de leurs liens avec le régime nazi. Il n'en est pas de même avec les anciens SS recrutés par Fidel Castro pour former ses troupes cubaines ; ceux-là furent recruté explicitement à cause de leur passé.

Aujourd'hui encore, le néonazisme survit en Allemagne avant tout sur les territoires de l'ancienne RDA. Ce n'est pas un hasard.

Connaître l'histoire

Les socialo-communistes de notre époque ne sont pas des adeptes du nazisme, bien au contraire. Ils ont reçu comme tout le monde l'enseignement de la vérité officielle selon laquelle nazisme et communisme se sont combattus historiquement parce qu'ils étaient l'opposé l'un de l'autre. Il n'empêche que cette thèse est fausse. Le passé brosse un portrait nettement plus nuancé des relations entre deux idéologies apparentées.

Aussi, lorsqu'un individu mentionne que les nazis formaient un mouvement socialiste parmi tant d'autres, il n'exprime rien d'autre que les faits historiques, fussent-ils dérangeants. On peut comprendre que la gauche contemporaine se sente offusquée par une telle comparaison, mais au lieu d'intenter une action en justice pour faire taire le fauteur de trouble, elle devrait plutôt faire preuve d'humilité face à son passé... Et se livrer à davantage d'introspection.

Peut-on espérer que la haine légitime de la gauche envers le nazisme l'amène un jour à remettre en question les objectifs politiques qu'elle a en commun avec lui?

Commentaires

Monsieur Montabert cet élu s'est sans doute fait l'écho de la masse populaire qui n'est pas internaute et qui n'hésite pas à dire à voix clair et haute ce que beaucoup pensent tout bas mais n'oseront jamais dire!
Même ceux qui se disent écologistes font preuve d'un totalitarisme effrayant .On dit le Suisse moins solidaire envers ses semblables ce n'est pas étonnant on a jamais connu solidarité en période de totalitarisme aigü et de plus en plus souhaité par nombre de jeunes jamais satisfaits de leur sort et qui voyant les hauts responsables en politique réaliser leurs moindres souhaits deviendront des être dominateurs ,manipulateurs de parfaits nazillons

Écrit par : lovsmeralda | 11 juillet 2014

Le fait est qu'en 1931 en Allemagne, les communistes désignèrent les socialistes comme l'ennemi principal et permirent ainsi aux nazis de gagner les élections avec plus tard à la clé l'arrivée de Hitler au pouvoir (nommé par Hindenburg parce qu'il ne pouvait faire autrement, la haine entre conservateurs et fascistes étant très forte...
Il faut donc bien se souvenir qu'il existe une contradiction antagonique fondamentale entre socialistes et communistes, et ce n'est pas parce qu'elle n'a pas encore vraiment explosé en France que cela va tarder. Les Français de gauche non social-démocrate vont à l'avant de grandes désillusions...
Mitterrand a été fonctionnaire à Vichy, ministre de l'intérieur lors de la guerre d'Algérie. Alleg était communiste et a été torturé par ses sbires...
Cela dit, le caractère fasciste du communisme stalinien apparaît très vite, bien avant le pacte Ribbentrop - Molotov. Pensez aux purges, à la guerre d'Espagne, à la répression du trotskysme, etc, etc...

Écrit par : Géo | 11 juillet 2014

Excellent article que l'on aimerait voir en une du Matin.
Par contre, si vous faites référence à Von Braun, c'est vrai qu'il était membre du parti Nazi mais plus par intérêt que par conviction. Il rêvait de fusées et de la lune et seul le pouvoir allemand pouvait lui payer ses joujoux.

Écrit par : Rastapopoulos | 11 juillet 2014

@Rastapopoulos: je faisais effectivement référence à von Braun.

@Géo: communistes et nazis étaient des mouvements politiques concurrents, ce qui était évidemment source de tensions alors qu'ils chassaient sur les mêmes terres électorales en Allemagne. Les deux vouaient une haine quasiment sans limite envers les socio-démocrates et les conservateurs.

Les nazis avaient plus de succès auprès des petits paysans et des petits commerçants mais les deux recrutaient massivement dans la classe ouvrière. Les études de l'époque montrent de gros oscillements de cet électorat entre nazis et communistes, comme quoi leurs discours séduisaient tout autant cette frange de la population.

Écrit par : Stéphane Montabert | 11 juillet 2014

"ceux-ci firent carrière en dépit de leurs liens avec le régime nazi. Il n'en est pas de même avec les anciens SS recrutés par Fidel Castro pour former ses troupes cubaines"
Oui mais là, il aurait fallu mentionner tous les nazis directement engagés dans les services secrets américains pour lutter contre les Rouges...

Écrit par : Géo | 11 juillet 2014

Mélenchon, Force ouvrière ou Besencenot n'en diraient pas moins.

" Nous sommes socialistes [...] nous sommes ennemis, ennemis mortels de l’actuel système économique capitaliste avec son exploitation de celui qui est économiquement faible, avec son injustice dans la redistribution, avec son inégalité des salaires [...] Nous sommes décidés à détruire ce système coûte que coûte [...] L’État bourgeois est arrivé à sa fin. Nous devons former une nouvelle Allemagne [...] Le futur, c’est la dictature de l’idée socialiste de l’État [...] être socialiste signifie soumettre le Je au Tu ; le socialisme signifie sacrifier la personnalité individuelle au Tout. "

(Joseph Goebbels)

http://www.wikiberal.org/wiki/Nazisme

Écrit par : D.J | 11 juillet 2014

@ Géo,

Dans le cas de ce billet il bien est plus important de mentionner " les anciens SS recrutés par Fidel Castro pour former ses troupes cubaines " puisque pour les gauchistes et autres socialos ça reste dans leurs têtes impensables qu'un " bon révolutionnaire socialiste " comme Fidel puisse recruter des nazis pour former ses troupes; tout comme c'est impensable pour ces mêmes socialos la collaboration des communistes avec les nazis avant la rupture du pacte germano-soviétique. alors que pour les services secret US ils vous diront que c'est tout bonnement normal.

D.J

Écrit par : D.J | 11 juillet 2014

Excellent article. J'ai appris pas mal de choses que j'ignorais, et pourtant j'ai déjà étudié la question.

Sinon, la photo démontre l'incontestable supériorité du communisme sur le nazisme : entre le coiffeur de Staline et celui d'Hitler, il n'y a pas de comparaison.

Écrit par : Robert Marchenoir | 12 juillet 2014

Une notion occultée pendant longtemps, celle de la nationalisation, qui permet de mettre mieux en lumière le côté du socialisme, dit "national".

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 13 juillet 2014

"il bien est plus important de mentionner "les anciens SS recrutés par Fidel Castro..."

"...La Seconde Guerre Mondiale mit fin au nazisme mais tous ne furent pas tués. On connaît l'histoire de scientifiques recrutés par les Américains "

donc la vérité, c'est que les anciens SS recrutés par Fidel Castro c'était pour l'idéologie, et ceux recrutés par les américains, c'était pour le fric...

pourriture!

Écrit par : Marcelle Jacobstein | 14 juillet 2014

Peut-on utiliser à propos du régime* que nous subissons le vocable socialo-fascisme** (même légèrement atténué) dans la mesure où par définition Benito Mussolini disait : « Tout par l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État ! » ce qui aujourd'hui en France commence à atteindre (largement dépassées) des proportion alarmantes (Mitterrand avait augmenté le nombre de fonctionnaires de plus de 60% lors de son "règne")
*le nombre de 1,6 millions d'agents de l'Etat en surnombre à l'air de faire consensus, à commencer par les plus hauts grades.
**https://fr.wikipedia.org/wiki/Fascisme

Écrit par : zelectron | 15 juillet 2014

Zelectron@ votre commentaire à mettre en relation sur le blog d'un négationniste qui signe Père Siffleur :
"Parce que bon, vous pouvez difficilement nier que dans national-socialisme, il y a socialisme. Cela veut dire socialiste égoïste, certes. Mais Montebourg, par exemple et au hasard (naturellement), il serait pas un petit peu socialiste franco-français ? Socialiste de la nation française ? National-socialiste traduit littéralement de l'allemand, aussi vrai que Chevènement vient de Schweinmann ?
Vous confondez national-socialisme avec anti-sémitisme, c'est la confusion que tout le monde fait...
Quant à l'honorable Mussolini, docteur honoris causa de L'UNIL, (comme ce fumier de Savimbi choyé par la même université...), il a commencé sa carrière par le socialisme et en a tiré une version améliorée à ses yeux.
Hitler a éliminé les SA parce que la plupart d'entre eux venaient précisément du socialisme et qu'il fallait impérativement s'en distancier. La ressemblance était trop forte...
Vous pouvez ricaner et persifler tout votre saoul, il y a une réelle question à poser. Son fondement repose sur le rôle de l'Etat (et donc une caste de fonctionnaires plus ou moins puissante) relativement à l'individu et non sur l'idéologie et quelques questions sociétales mineures par rapport à l'intérêt général...

Écrit par : Géo | 15 juillet 2014

Je partage l'avis de D.J.: Mélenchon, Force ouvrière, Besencenot (Marchais)?
Evangiles: "Vous qui exploitez"! n'en diraient pas moins... Le problème crucial n'en demeure pas moins: "dominer"!

Par quel moyen? En utilisant le désarroi, la souffrance, l'échec de son prochain moins bien installé dans la vie. Ce prochain devenant poire ou bonne à tout faire des "révolutionnaires"! de tous bords.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16 juillet 2014

P.S. Je me permets de préciser: mon père, à Paris, très proche des communistes voyait cet aspect, communisme, moins de misère, d'injustice en les possibles nazis qu'il pouvait rencontrer mais, comme tant d'autres Français d'alors sa méprise, soudain, lui sautant aux yeux, il rejoignit la Résistance, avec de Gaulle, puis, au front, une admiration sans borne concernant de Lattre de Tassigny. qu'il était décidé à venir passer à la maison m'apprendre à me laver les pieds. Réveil mien au clairon (mais Kaiser jouait faux, ce qui me faisait me tordre de rire dans mon lit), chaque matin!

Écrit par : Myriam Belakovsky-Kaiser | 16 juillet 2014

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