17 août 2014

La France toujours plus proche de l'heure de vérité

La croissance était attendue, elle n'est pas venue. Selon les chiffres officiels publiés jeudi, le PIB français se débat dans la stagnation depuis deux trimestres.

Le gouvernement du Président François Hollande n'en a cure ; il maintient encore une prévision de croissance de +0,5% sur l'année, qui semble aujourd'hui aussi peu plausible que l'hypothétique 1% annuel formulé pour l'ensemble de 2014.

crise,réforme,françois hollandeQuelles sont les réformes entreprises depuis le début du quinquennat de François Hollande pour restaurer la compétitivité française? Il n'y en a aucune. Où sont l'allègement des charges fiscales et la simplification terriblement nécessaire du code du travail? Où est passée la rigueur, où est l'allègement du poids de la fonction publique sur la société civile? Il n'y a rien eu du tout.

François Hollande s'est contenté de faire de la cosmétique en misant sur un retour de la conjoncture. Après la pluie le beau temps. Celui-ci tarde tant à venir qu'on doute désormais de son existence. Le navire France est à la dérive, les voiles déchiquetées, pendant que le capitaine arpente le pont en espérant une petite brise... L'apparente stagnation de la croissance cache mal la souffrance de la société civile en termes d'emploi, de tissu économique, d'émigration des forces vives, et d'endettement.

Le secrétaire général par interim de l'UMP, Luc Chatel, a des mots très justes pour évoquer l'échec de la non-stratégie du gouvernement:

Au-delà des contradictions qui traduisent l’improvisation permanente d’un exécutif qui navigue à vue, il y a là une position commune : [MM. Hollande et Valls] restent l’un et l’autre les commentateurs passifs de la conjoncture économique.

Ils raisonnent en responsables politiques du XXème siècle, d’avant la crise : nous ne sommes pas dans un cycle et il ne suffit pas d’attendre, en croisant les doigts, l’effet d’entrainement d’une reprise économique venue d’ailleurs : la promesse d’ « inversion de la courbe du chômage en 2013 » relevait très précisément de cette profonde erreur d’analyse.

Ils n’ont pas compris que dans ce XXIème siècle d’après la crise, l’économie mondiale et européenne vivait, non pas un changement de cycle, mais un véritable changement de modèle qui exige des responsables politiques le courage d’agir et d’engager les réformes profondes qu’aucun grand pays n’a plus les moyens de différer.


Si on oublie les tournures de styles un peu faciles (comme l'opposition d'un siècle contre l'autre, alors que les mauvaises politiques sont les mêmes depuis des décennies), l'analyse est correcte. Dommage qu'elle vienne d'une droite française capable de tant de clairvoyance seulement quand elle est dans l'opposition!

Il est facile de se trouver des excuses et l'on saluera la réelle expertise des politiciens français en ce domaine. Ici, la croissance européenne est atone et le PIB allemand se contracte de 0,2%: merveilleuse explication pour maugréer, finalement, que la France ne fait ni mieux ni moins bien que ses voisins.

Malheureusement, la France ne peut pas se le permettre. Elle est vulnérable, comme l'explique l'économiste Gérard Thoris d'une façon très simple:

Il devrait être clair pour tout le monde que le piège de la dette s'est déjà refermé. Techniquement, cela s'appelle l'effet boule de neige: les intérêts de la dette sont alors payés par de nouveaux emprunts. Cela se produit lorsque la masse des intérêts sur la dette passée rapportée au PIB dépasse le taux de croissance nominal de ce même PIB. Pour la France de 2014, les prévisions optimistes donnaient une croissance nominale de 2% tandis que la masse des intérêts représentait 2,3% du PIB. Sur un PIB de 2 000 Mrds€, cela signifie qu'il faut emprunter 6 Mrds€ rien que pour payer les intérêts.


Avec une croissance réelle de 0,5% - donnons crédit aux hypothèses du gouvernement - le résultat sera encore pire. Il faudra emprunter 10 nouveaux milliards pour payer les intérêts cette année, milliards qui viendront s'ajouter au reste. Non seulement la France ne rembourse pas ses dettes mais leur entretient est une charge de plus en plus lourde.

Pas besoin d'être devin pour comprendre que le spectacle ne se poursuivra pas indéfiniment. La chute semblait inévitable, désormais elle paraît aussi très proche.

crise,réforme,françois hollandeLe pays ne peut pas persister dans son immobilisme, sa situation étant de plus en plus visible. Le Pacte de Stabilité européen préconise un endettement maximal de 60% du PIB  ; l'endettement français officiel atteint 93,5% du PIB fin 2013. Le taux de déficit budgétaire est fixé à 3% du PIB ; la France enregistrera un déficit d'au moins 4% cette année. L'objectif d'un retour à 3% en 2015 semble totalement irréaliste, ce qui ne manquera pas d'agacer les dirigeants européens qui se sont donnés la peine de faire des efforts et ruinera le peu de crédibilité dont la France pouvait encore se prévaloir.

Si les taux d'intérêt principaux de la BCE augmentent, la France sera promptement étranglée par la charge de sa dette. Si la défiance s'installe auprès des créditeurs de la France, les taux augmenteront cette fois-ci à cause du risque. Si la France continue à se complaire dans l'immobilisme, l'augmentation continue du service de la dette conduira au même résultat.

Pour éviter la faillite, les réformes restent la seule solution - en espérant que ces dernières ne provoquent pas elles-mêmes les conséquences désastreuses qu'elle sont sensées éviter. Il suffit que le PIB baisse pour que tous les indicateurs macro-économiques s'affolent...

Invité du Figaro, Eric Verhaeghe lance cinq propositions iconoclastes pour arranger la situation. Ses propositions? Réduire le de 40 milliards les dépenses publiques, faire une faillite "partielle", plafonner les dépenses sociales à 30% du PIB, quitter l'Euro ou encore... Faire payer aux autres pays européens les aventures militaires françaises. Autant d'alternative diamétralement opposées les unes aux autres. Beaucoup provoqueront une violente contraction du PIB et donc une aggravation de la situation. D'autres feront éclater l'Europe. L'heure est aux alchimistes et aux astrologues.

La France est fragilisée et n'a plus de temps. Pour désamorcer une situation qui sera bientôt incontrôlable, le gouvernement devra faire preuve de volonté, d'imagination, de talent et de subtilité - autant de qualités dont il semble singulièrement dépourvu.

Commentaires

Si vous critiquez la baisse des dépenses publiques parce qu'elle ferait baisser le PIB, que proposez-vous donc ? La relance par la dépense publique, c'est à dire la politique suivie depuis quarante ans ?

Evidemment que la baisse des dépenses publiques ferait, dans un premier temps, baisser le PIB, vu qu'elle en représente plus de la moitié ! C'est bien ce qu'il y a de pervers, et avec le culte de la dépense publique, et avec le mode de calcul du PIB qui, en effet, comprend celle-ci, ce qui est une aberration dès lors qu'on arrive à des niveaux pareils.

Avant de libérer la croissance par le dynamisme de l'économie privée, il faut bien diminuer la dépense publique. Autrement dit, il faut en passer par une baisse du PIB et une hausse du chômage avant d'espérer voir la courbe s'inverser, comme on dit à l'Elysée. C'est bien ce qui s'est passé dans l'Angleterre de Margaret Thatcher.

Comme la France se drogue depuis quarante ans à la dépense publique, à l'instigation de l'Etat et avec le consentement plein et entier de la population (pour ne pas dire à sa demande pressante), le sevrage sera effectivement douloureux. Je vois mal comment ce serait évitable.

C'est cette vérité déplaisante que personne ne veut avouer aux Français, que ce soit dans les médias ou dans les cercles du gouvernement. Alors tout le monde répète comme des perroquets qu'il faut "des réformes", sans jamais préciser en quoi elles consisteraient, ni quelles seraient leurs conséquences.

Qui peut être contre "les réformes", la paix dans le monde et les petits oiseaux ?

Écrit par : Robert Marchenoir | 17 août 2014

Je suis de plus en plus certaine que pour être bon politicien il faut savoir retourner sa veste comme le caméléon et surtout savoir raconter des witz sans rougir et sans rire,Oin Ouin lui-même apprécierait!
Que ce soit en France ou ailleurs

Écrit par : lovsmeralda | 17 août 2014

@Robert Marchenoir: même si je le souhaite bien sûr une baisse ordonnée des dépenses publiques, je pense que l'Etat français en est tout simplement incapable. Ce n'est pas comme si cette piste existait depuis à peu près aussi longtemps que la dette publique...

Baisser la dépense publique c'est renoncer à certaines "missions" dont l'Etat s'est arrogé la charge, c'est diminuer le clientélisme, licencier des fonctionnaires, faire reculer l'Etat, bref, impossible en Socialie.

Evidemment, on ne pourrait pas faire un inventaire sérieux des mesures à prendre sans mentionner cela mais nul doute que toute autre solution, aussi absurde soit-elle, sera tentée avant.

La sachant incapable de réduire son train de vie de façon contrôlée (à supposer qu'il ne soit pas trop tard) je vois mal comment la France pourrait échapper à la case "faillite" - avec des effets imprévisibles sur le château de carte financier mondial.

Je pense que la France ne deviendra libérale que lorsqu'elle ne pourra pas faire autrement, par exemple quand elle ne pourra plus se financer auprès des marchés financiers mondiaux.

On s'en approche gentiment. Mais cela va être très, très violent.

Écrit par : Stéphane Montabert | 17 août 2014

La France arrivera bien à entraîner l'Europe dans une guerre d'agression contre les Slaves, les ennemis de toujours des grands frères américains qui ont pris le contrôle du cerveau du super-président Hollande. Ce n'était vraisemblablement pas très difficile...
Il faut bien que ces foutus Rafale soient utiles à qqch, non ?

Écrit par : Géo | 17 août 2014

Il est bien évident pour tout le monde que le pays sera paralysé par les grèves et les émeutes à la seule mention officielle de la moindre mesure sérieuse. Comme c'est le pire scénario possible pour le gouvernement, celui qui atteste de sa perte de contrôle de la situation, on peut effectivement supposer que les pires absurdités seront tentées avant d'en arriver là - tant que le coût politique est inférieur, disons.

Ce qui laisse encore de la marge, à mon avis. Ça fait déjà plusieurs années que la France parvient bon an mal an à éviter la confrontation directe avec le mur de la réalité économique. Ce qui l'a sauvée jusqu'ici, c'est qu'elle n'est pas seule à être totalement droguée au puits sans fond de l'argent public, toute l'économie occidentale l'est. Une récession en France ferait mauvais genre - d'où d'ailleurs les annonces à se rouler par terre de croissance à 0% pile - et mettrait la pression sur d'autres pays qui ont eux-mêmes grand besoin de continuer à faire avaler à leurs opinions publiques les vertus de la planche à billet. On préférera sans doute utiliser des subterfuges à la nord-coréenne sur le calcul du PIB plutôt qu'admettre une récession.

Ça n'empêchera pas la situation de se compliquer encore nettement dès l'année qui vient, mais l'enlisement peut être encore long avant que les choses sérieuses ne commencent. Au surplus, poussée dans ses retranchements, il n'est pas interdit d'imaginer que la France parvienne à faire sauter in extremis tel ou tel verrou budgétaire voire monétaire européen. Reste à déterminer quel refrain progressiste pourra bien être utilisé pour divertir l'assistance pendant ce temps-là.

Écrit par : GM | 19 août 2014

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