19 septembre 2014

L'Ecosse rate l'indépendance

55,3% de non à l'indépendance, et un taux de participation de 84,6%: l’Écosse ne sera pas un pays indépendant.

chateau_ecosse.jpgCouvrant environ un tiers du territoire du Royaume-Uni, l'Écosse est une contrée particulière. Il suffit d'évoquer son nom pour que les images affluent spontanément - les Highlands, les falaises et les lochs, la pluie et la brume, les kilts et la cornemuse, le saumon, le whisky. Quel pays européen d'une taille comparable peut se targuer d'une telle notoriété?

Ce jeudi 18 septembre avait tout de la date historique. Les Écossais auraient pu mettre un terme à une entente commencée il y a 307 ans. Bien entendu, la décision se serait prise tout à fait démocratiquement selon des modalités discutées depuis des mois entre Londres et Édimbourg. Mais certains rendez-vous avec l'histoire sont fait pour être ratés.

Rétrospectivement, la campagne ne se lança vraiment que dans sa dernière ligne droite lorsqu'un sondage montra pour la première fois le Oui en tête.

Les médias francophones ne se sont pas trop étendus sur le sujet mais la population écossaise est très, très à gauche - un héritage historique de l'époque de Margaret Thatcher . Les indépendantistes avaient ainsi pour idée de créer dans leur nouveau pays un régime social-démocrate selon le modèle de l'Europe du Nord, un projet empêché par le "carcan libéral de Londres".

scotland_yes.jpgNous vîmes donc David Cameron lutter avec la dernière énergie pour maintenir l'intégrité du Royaume-Uni... Contre ses propres intérêts. On comprend bien le peu d'envie qu'il avait de passer à la postérité comme le Premier Ministre qui aurait laissé filer l'Écosse, mais sur le plan politique l'opération aurait été extraordinairement bénéfique: privé des bataillons gauchistes venus du nord, les travaillistes auraient été vaincus par les conservateurs pendant au moins une génération.

Il fut également piquant d'entendre M. Cameron lancer de vibrants plaidoyers pour l'unité alors qu'il a dans ses cartons un projet de référendum pour quitter l'Union Européenne...

Parlant d'UE, celle-ci fit également preuve de bien peu de clairvoyance: l'indépendance écossaise aurait grandement affaibli le Royaume-Uni alors que celui-ci est perçu comme l'enfant terrible de l'Europe. Mieux encore, la régionalisation des pays en entités plus petites aurait comparativement renforcé son pouvoir.

Les institutions et les hommes politiques ne furent pas les seuls à raisonner à l'envers ; même la reine Elisabeth II en fut de son couplet, implorant les citoyens de ne pas devenir "la dernière reine d'Écosse" alors même que le pays à nouveau indépendant aurait été de plein droit membre du Commonwealth.

Il ne fait guère de doute que l'incertitude économique a pesé. Quid de la manne pétrolière de Mer du Nord? De la monnaie? Le niveau de vie des Écossais se serait-il amélioré ou non avec l'indépendance? Les deux camps s'affrontèrent à coup de chiffres sans apporter de démonstration vraiment décisive. Cela amena évidemment les indécis à opter pour le statu-quo.

On peut malgré tout tirer trois enseignements de cette tentative ratée d'indépendance de l'Écosse.

cameron_annoyed.jpg1. Le processus affecte tout le Royaume-Uni. "C'est un processus, pas un événement", commentaient les politiciens écossais. Comme l'explique l'historien franco-écossais Keith Dixon dans les colonnes de Libération, "l'indépendance n'apparaît plus comme un saut dans l'inconnu". Les indépendantistes obtinrent avec ce scrutin des concessions majeures de Londres en termes d'autonomie fiscale, que réclament désormais aussi le Pays de Galles et l'Irlande du Nord. David Cameron n'a pas d'autre choix que de les leur accorder.

2. Le processus affecte toute l'Europe. Les Écossais auraient pu marquer le pas en montrant qu'une indépendance démocratiquement acquise est possible, et ensuite prouver qu'elle peut se concrétiser sans catastrophe. La tentative a avorté mais le score reste serré et le processus sera cité en exemple par tous les mouvements indépendantistes (Catalogne, Vénitie, Lombardie, Pays basque...) qui ont les mêmes projets: Oui, on peut voter pour l'indépendance.

3. L'indépendance écossaise surviendra certainement. D'ici moins de vingt ans sans doute. Comme le relève Zerohedge, l'analyse des votants montre diverses choses mais l'une d'elle saute aux yeux:

  • Électeurs de 16-17 ans: Oui à 71%, Non à  29%
  • Électeurs de 65 ans et plus: Oui à 27%, Non à 73%

On voit très bien qui privilégie l'audace et qui privilégie la sécurité. Mais cette façon de considérer l'indépendance n'est pas la bonne: pareille décision représente de toute façon un saut dans l'inconnu. Il est vain de chercher à tout planifier, et il est tout aussi vain de croire que la sécurité des retraites sera assurée où que ce soit en Europe sur les décennies à venir avec la crise financière dans laquelle se débat le continent. Les choix audacieux ne sont pas toujours mauvais.

Le prochain vote indépendantiste viendra de la Catalogne le 9 novembre.

Commentaires

Le vote des jeunes n'est nullement une garantie que l'Ecosse deviendra un jour indépendante. C'est se baser sur le fait qu'on ne change jamais d'opinion au cours de sa vie. Quand on est jeune, on est inconséquent. La sagesse vient avec l'âge. Ce n'est pas parce que la mode impose de dire l'inverse depuis 1968 que ce qui est vrai, depuis que l'homme existe, est devenu faux.

Au passage, on remarquera que le désormais ancien premier ministre de l'Ecosse, le gauchiste Alex Salmond qui a raté l'oeuvre de sa vie avec ce référendum, a eu recours à une arnaque digne du nazisme ou du communisme pour tenter de parvenir à ses fins : le vote à seize ans.

Autrement dit, un merdeux pas capable de se gouverner lui-même, dépendant de ses parents pour se nourrir, n'ayant jamais assumé de responsabilités et n'ayant même pas fini l'école a reçu le droit de détruire le Royaume-Uni, le pays le plus puissant du monde il y a à peine un siècle, alors qu'un Ecossais de 70 ans, qui a versé son sang pour son pays dans les rangs de l'armée britannique, mais qui n'habitait pas en Ecosse, n'a pas eu ce droit.

Écrit par : Robert Marchenoir | 20 septembre 2014

@Robert Marchenoir: votre animosité à l'encontre du vote des jeunes de 16 ans vous fait jeter le bébé avec l'eau du bain. Les données présentées ici ne sont que les extrêmes d'une progression qui couvre toutes les tranches d'âge, hormis, curieusement, celle des 18-24 ans:

- 16-17 ans: 71% oui, 29% non ;
- 18-24 ans: 48% oui, 52% non ;
- 25-34 ans: 59% oui, 41% non ;
- 35-44 ans: 53% oui, 47% non ;
- 45-54 ans: 52% oui, 48% non ;
- 55-54 ans: 43% oui, 57% non ;
- 65+ ans: 27% oui, 73% non.

Ce sont donc les étudiants et les personnes âgées qui ont voté contre l'indépendance. A mon avis, les premiers ont été soumis à un matraquage assez inégalé dans leurs écoles et facultés ; quant aux seconds, ils ont certainement craint pour leur retraite. Mais tous les autres, des jeunes idéalistes au cœur de la population active écossaise, ont massivement voté en faveur de l'indépendance. Vos insultes à l'égard des jeunes n'y changeront rien.

Écrit par : Stéphane Montabert | 20 septembre 2014

@Monsieur Montabert soyons réalistes et prenons l'exemple de la Suisse ou chaque ado ayant des parents Socialiste voterait .hé bé elle serait belle notre Helvétie
Allez encore leur donner des idées loufoques déjà qu'ils en ont assez
Pour le coup tous les politiciens d'un autre parti que celui mentionné pourront reprendre un sac sur le dos,une pioche et redescendre à la mine à charbon/rire

Écrit par : lovsmeralda | 20 septembre 2014

Mais non, Stéphane Montabert, je n'insulte pas les jeunes, je dis simplement une vérité connue de n'importe quelle paysanne analphabète depuis des millénaires : quand on est jeune on est con, quand on est vieux on est sage.

Toutes choses égales par ailleurs, bien entendu, comme disent les économistes. Je généralise et je stigmatise, comme tout conservateur qui se respecte. Je croyais que l'UDC était en faveur des valeurs traditionnelles ? Qu'est-il arrivé à la sagesse populaire ? Ne me dites pas que vous êtes devenu soixante-huitard ? Vous ne voyez vraiment rien de scandaleux dans le fait de donner le droit de vote à des enfants ?

Je vois mal de quel matraquage vous voulez parler. Si matraquage il y a eu, ce fut celui du gouvernement régional en faveur de l'indépendance. Les cas de menace et d'intimidation ont été multiples, parfaitement documentés et sont tous venus du même côté.

Même après avoir perdu, Alex Salmond, ex-premier ministre de l'Ecosse et chef du parti indépendantiste, s'est conduit en dictateur communiste de poche : il a interdit, à certains des quotidiens les plus importants et les plus respectés du pays, l'accès à la conférence de presse où il a annoncé sa démission, parce qu'ils avaient pris position contre la sécession.

Les universités occidentales étant massivement de gauche, et l'Ecosse elle-même étant beaucoup plus à gauche que la moyenne du Royaume-Uni, je vois mal quel "matraquage" unioniste les étudiants auraient pu subir... La faute des Conservateurs, et des unionistes de façon générale, a au contraire été de ne se livrer à aucun matraquage, de laisser le champ libre jusqu'au dernier moment au SNP, jusqu'à ce qu'un sondage donne une nette majorité pour le oui.

Suite à quoi ce fut la panique, l'union nationale entre conservateurs, travaillistes et libéraux, à Westminster, pour adjurer les Ecossais de ne pas détruire la Grande-Bretagne. Fort heureusement, ils ont réussi.

Malheureusement, ils ont fait d'imprudentes promesses d'autonomie encore plus grande au cas où le non l'emporterait, ce qui risque d'encourager les Ecossais qui voudraient remettre le couvert d'ici quelques années. Et leur faute a été, de toutes façons, de consentir à ce référendum, parfaitement anti-démocratique.

Vous semblez accorder davantage de légimité aux "jeunes idéalistes" qu'aux vieux "qui ont craint pour leur retraite". Mais c'est bien ce que je dis : jeune idéaliste, c'est synonyme de jeune con. L'utopie est le plus court chemin vers la misère et l'oppression.

D'ailleurs, rien n'est plus faux que de présenter les indépendantistes comme des idéalistes. L'un des principaux motifs du vote sécessioniste a été la volonté d'empêcher toute avancée vers la privatisation du NHS, le système de santé communiste en place au Royaume-Uni, et toute renonciation à sa "gratuité".

Ce sont donc des avantages extrêmement matériels qui ont été recherchés (de façon illusoire, bien entendu, comme toujours avec le socialisme). Si votre hypothèse était exacte, les vieux auraient dû voter pour l'indépendance beaucoup plus que les jeunes, puisqu'on va beaucoup plus à l'hôpital quand on est vieux.

Enfin, j'espère que les prises de position claires de plusieurs responsables européens feront réfléchir les "jeunes idéalistes" : Alex Salmond, cet escroc manipulateur, a fait croire à ses électeurs qu'une Ecosse indépendante pourrait demeurer à l'intérieur de l'Union européenne. La campagne électorale a eu le mérite de leur montrer que non seulement l'Ecosse devrait, dans ce cas, mendier sa réadmission à partir de zéro, mais que cela prendrait des années, et qu'il n'était pas du tout sûr que les 28 pays membres veuillent d'elle.

Pas plus qu'une Ecosse indépendante pourrait conserver la livre, Londres s'y opposant en tout état de cause. Un "pays" indépendant sans monnaie, sans armée, bientôt sans pétrole, mis à la porte de l'OTAN, snobé par Washington comme par Bruxelles... et convaincu du bien-fondé des solutions socialistes. Bon courage !

A tel point que certains Britanniques ont souhaité que l'Ecosse prenne ses cliques et ses claques, pour le plaisir de la voir s'enfoncer dans la misère socialiste, et calculant que cela ferait durablement basculer le Royaume-Uni restant dans le camp libéral-conservateur, en le débarrassant du poids énorme des députés travaillistes écossais.

Écrit par : Robert Marchenoir | 20 septembre 2014

@Robert Marchenoir: "Vous ne voyez vraiment rien de scandaleux dans le fait de donner le droit de vote à des enfants?" Je suis contre le vote à 16 ans. Maintenant l'Ecosse n'est pas dans ma juridiction, et à partir du moment où le vote à 16 ans est admis là-bas, le vote de cette population mérite d'être analysé comme n'importe quel autre.

"Je vois mal de quel matraquage vous voulez parler. Si matraquage il y a eu, ce fut celui du gouvernement régional en faveur de l'indépendance. Les cas de menace et d'intimidation ont été multiples, parfaitement documentés et sont tous venus du même côté." Citez moi quelques articles de journaux enthousiastes envers l'indépendance écossaise, juste pour voir.

Je crains que vous n'ayez pas consulté beaucoup les journaux ces derniers jours. A peu près tout le monde promettait la fin du monde si l'Ecosse devenait indépendante. Cameron. Obama. Bill Clinton. Les Travaillistes anglais. Joan Rowling, l'auteur d'Harry Potter, claqua 1 million de livres pour le Non. Toutes les huiles du Royaume-Uni et d'ailleurs étaient pour le Non - jusqu'à la Bank of Scotland elle-même qui annonçait qu'elle déplacerait son siège à Londres en cas de victoire du oui. C'est d'autant plus malhonnête que la victoire du Oui aurait ouvert des négociations de plusieurs années pour régler les détails du divorce, donc comment être de bonne foi en annonçant l'apocalypse?

C'est à mon avis à cause de cette propagande massive que les 18-24 ans ont tant voté contre l'indépendance - simplement parce qu'ils y étaient soumis 100% de leur temps en résidant ailleurs qu'en Ecosse pour leurs études.

"L'un des principaux motifs du vote sécessioniste a été la volonté d'empêcher toute avancée vers la privatisation du NHS, le système de santé communiste en place au Royaume-Uni, et toute renonciation à sa "gratuité"."

Et alors? On peut prendre de bonnes décisions pour de mauvaises raisons. Si l'Ecosse choisit l'indépendance pour garder un système de soins gratuit, grand bien lui fasse - tant que ses coûts sont assumés par les gens du cru. L'indépendance amène immanquablement une plus grande responsabilité du gouvernement local, il ne peut en être autrement. L'Ecosse aurait forcément eu à faire ses preuves.

De plus, le gauchisme crasse dont l'Ecosse est affectée ne s'est pas dissipé avec le rejet de l'indépendance, bien au contraire ; il cherchera comme tout bon socialisme à s'exercer aux dépens des autres, ici le reste du Royaume-Uni.

Quant à vos piques contre Alex Salmond, j'avoue que je ne connais pas le bonhomme mais je peux très bien comprendre qu'il en ait eu gros sur la patate et refusé d'inviter à une ultime conférence de presse des médias si partisans. Il a en tout cas une qualité rédemptoire à mes yeux, qui l'éloigne définitivement des qualificatifs dont vous l'affublez: il a démissionné. C'est un geste d'honneur qui devrait inspirer même ses contempteurs.

Je ne sais pas pourquoi vous êtes à ce point contre l'indépendance de l'Ecosse - alors que cette indépendance ne peut être que synonyme de subsidiarité et de réalisme. Il est de toute façon trop tard pour refaire la campagne, et l'Ecosse a fait encore un pas vers l'indépendance. Ainsi que le Pays de Galles et l'Irlande du Nord...

Écrit par : Stéphane Montabert | 20 septembre 2014

Tout peuple a le droit a son indépendance. Penser le contraire, c'est de l'impérialisme.
Si le nouveau pays n'est pas viable, c'est un problème qui doit être résolu dans un partenariat avec ses voisins ou l'UE si la majorité le souhaite.

Aucun pays n'est vraiment indépendant, du fait même que le commerce est nécessaire, mais un pays a le choix de ses dépendances.
Bien sur que généralement, un pays divisé est plus faible, mais ce n'est pas à nous de dire si l'indépendance est mauvaise.

On a pu voir, les nationaliste anglais contre l'indépendance, ce qui montre leur hypocrisie : Oui à une Angleterre indépendante et non à l'indépendance des nations de la Grande Bretagne, évidemment pour le bien seul de la puissante Angleterre.

@Robert Marchenoir
Votre soutien à ces nationalistes anglais vous fais perdre le sens de la liberté que chaque peuple a le droit d'avoir.
Quant au fait que les Uni sont massivement de gauches, montre que vous êtes ignare. Les partis populistes auront toujours un problème de succès dans ce milieu parce que leurs politique se fait à coup de slogans simplistes, alors que ces gens perçoivent les choses de manière plus complexes et ont l'habitude de réflexions avant de faire un choix.

Écrit par : roket | 21 septembre 2014

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