16 octobre 2014

Un petit jeudi noir bien serré

Jeudi. Octobre. Nous ne sommes pas en 1987 et encore moins en 1929 mais aujourd'hui, encore, les bourses dévissent. Jeudi noir, alors? Il y a encore de la marge avant que la période que nous vivons ne s'inscrive dans l'histoire, mais le recul est net. Les marchés financiers n'aiment pas qu'on leur rappelle la réalité, surtout quand elle n'est pas agréable à entendre.

crise,detteCette réalité inconfortable est évoquée par de nombreux indices et intervenants au premier rang desquels Angela Merkel, qui déclara aujourd'hui "l'importance du pacte de stabilité" à ses yeux - c'est-à-dire, un comportement responsable aux antipodes de la frénésie de dépense des régimes de la zone euro. Et d'enfoncer le clou: la crise de l'euro n'est pas finie.

Comment aurions-nous pu croire qu'elle le soit alors que l'Europe se débat dans le chômage, la croissance en berne, les déficits publics, l'endettement? Certes, l'inflation est pour l'instant maîtrisée, c'est bien la seule chose que les Banque Centrales soient d'ailleurs parvenues à contenir. Mais le reste part à vau-l'eau.

Il serait facile de mettre la responsabilité de cette chute boursière sur les épaules, certes larges, de la Chancelière. Mais la chute a commencé hier avec des chiffres attestant de troubles en Chine et surtout d'une reprise américaine pas si solide que cela. Stocks en hausse, ventes de détail et activités industrielles en baisse, l'économie américaine semble engluée dans la mélasse - exactement comme l'Europe en fait.

Aux mauvais chiffres américains succédèrent de mauvais indicateurs allemands, laissant paraître le spectre d'une stagnation économique associée à une déflation monétaire. Aujourd'hui, l'Espagne rate un emprunt à dix ans: les créanciers ne se sont pas bousculés à l'horizon. Les propositions n'ont atteint qu'une fois et demie la somme demandée et les taux d'intérêt sont en hausse. Ailleurs en Europe des emprunts sur de telles durées ne sont carrément plus possibles, car les taux s'envolent: 9% à nouveau pour les taux à dix ans de la fameuse Grèce "sortie d'affaire". Les taux italiens, portugais et français se tendent également.

Jouons-nous à nous faire peur? Est-ce le début de la Grande Fin ou un petit accident de parcours, vite étouffé par l'odeur enivrante des billets neufs? La meilleure tenue de Wall Street en fin de journée tend à accréditer la seconde hypothèse. La perte des indices est encore relativement faible, et vraisemblablement passagère.

Il n'empêche, peu de gens oseront prétendre à des lendemains qui chantent. Le calme actuel est fragile. Le niveau élevé des bourses est dé-corrélé de l'activité économique. Les dettes s'accumulent, l'Allemagne, locomotive de la zone euro, s'attend à une nouvelle récession. Le budget français pourrait être retoqué par Bruxelles à la fin du mois, et s'il ne l'est pas, n'être accepté qu'avec un marchandage de réformes qui jetteront la France syndicaliste et corporatiste dans la rue. La bataille s'annonce toujours plus rude entre les tenants d'une dépense maîtrisée, Bundesbank en tête, et les partisans keynésiens du déficit illimité.

Si ce jeudi n'est finalement qu'un jeudi à peine gris sombre, deux choses sont en revanche certaines: une sérieuse correction boursière nous pend au nez, proche, et aux proportions catastrophiques ; et un "chyprage" se prépare sur les épargnants, au moins en France. Il n'est pas anodin d'entendre une intervenante de C dans l'air d'hier, économiste de surcroît, annoncer qu'elle avait clôturé son assurance-vie...

Parce qu'un jour, toutes ces dettes, il faudra bien que quelqu'un les paie.

21:53 Publié dans Economie, Monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : crise, dette |  Facebook

Commentaires

"un "chyprage" se prépare sur les épargnants, au moins en France".

N'oubliez pas la fameuse directive européenne, donc dans toute l'EU, qui permettra aux banques des prélèvements sur les comptes individuels de leurs clients, qui entrera en vigueur au 1.1.2016.

D'ici là il y aura du bricolage, des hauts et des bas, histoire de pouvoir faire de l'argent.....une petite douzaine de mois devant vous, avant de vider vos comptes! La grand crise cataclysmique c'est pour 2016.

Écrit par : Corélande | 18 octobre 2014

Il ne vous aura pas échappé qu'un malheureux propriétaire de Saint-Prex voulait construire une villa sur son terrain précédemment occupé par un gallo-romain quelconque. D'où la venue obligatoire de pseudo-spécialistes de l'archéologie mais vrais amateurs de monnaie sonnante et trébuchante. Et ils sont goulus, plus que des avocats genevois. Ils boivent beaucoup et du meilleur et bouffent comme trois cochons, ça se paie ! Regardez la bedaine terrifiante de Flütsch (oui, c'est son vrai nom...). Et c'est aux frais du propriétaire, pour faire comme les Français, ce peuple d'extrémistes partageux! Vous êtes propriétaires, donc maudits ! Si les vestiges archéologiques sont d'intérêt public, il appartient au public de payer pour leur étude. Cela paraît le minimum du minimum de bon sens, non ? Qu'est-ce que c'est que cette loi de tarés ? Qui a voté pour ça ?

Écrit par : Géo | 18 octobre 2014

Corélande@ "une petite douzaine de mois devant vous, avant de vider vos comptes!"
Même en Suisse ? Il faudra voir si les socialistes arrivent à supprimer l'arme à la maison...et après on s'inquiétera. Cela va devenir très inconfortable d'être banquier en Suisse, si on vous comprend bien.

Écrit par : Géo | 18 octobre 2014

"Même en Suisse"! Oui Géo certainement, en raison de l'interconnexion des banques entre elles, et parce qu'elles sont déjà pour 70% au bord de la faillite! L'effet domino plus la panique des retraits feront le reste!
Donc les 12 mois vous pouvez les compter dès à présent!!!!

Écrit par : Corélande | 19 octobre 2014

Pardonnez cet encart, mais c'est aussi une histoire de "blé"!

Un camion étranger sur l'A1 qui perd ses céréales, étonnant!?!?!?

Oui parce qu'en Suisse on veut leur diminuer les prix sur les récoltes des Paysans Suisses, parce qu'il y a surproduction!?!?!? Et on retarde par tous les moyens les paiements. ( A ce jour, ils ne connaissent toujours pas le prix qui leur sera -offert-)

Bravo! Merci la globalisation, les bilatérales et l'anarchie qu'elles provoquent! Bon se sont toujours les mêmes friqués qui en profitent.

Écrit par : Corélande | 20 octobre 2014

@Géo voici un article bigrement intéressant et vous m'aurez comprise rien qu'en les 2 derniers paragraphes:

http://lilianeheldkhawam.wordpress.com/2014/10/23/le-trafic-de-paiement-de-la-suisse-finance-t-il-la-zone-euro-par-liliane-held-khawam/

Écrit par : Corélande | 24 octobre 2014

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