15 novembre 2014

Rosetta, mission de propagande?

C'était le 12 novembre. Il faisait un temps idéal dans l'espace, après un chemin de plus de 6 milliards de kilomètres parcouru par la sonde Rosetta pour larguer son atterrisseur Philae à la surface d'une comète.

Le largage du petit module sur l'objet céleste 67P, plein de suspense, était apparemment réussi. L'heure était donc le lendemain à l'appropriation de ce succès:

«La mission réussie de l'Agence spatiale européenne rappelle au monde entier que, pour fortifier le patrimoine commun de l'humanité, il vaut mieux coopérer», rappelle ainsi Paule Masson dans L'Humanité.

Pour Bruno Dive de Sud-Ouest, «hier, l'Europe a rallumé les étoiles» car «Rosetta est le fruit d'un projet européen». Et «quelle meilleure réponse à tous les professionnels de l'euroscepticisme que cette merveilleuse aventure ?» s'interroge-t-il.

«Dans notre Europe en panne», écrit Philippe Marcacci dans l'Est Républicain, «cette prouesse invite à croire, encore et malgré tout, au génie humain. Celui qui nous fit lever les yeux au ciel et nous interroger. L'espace d'un instant, rêver un peu».

Pour Jean-Marcel Bouguereau dans la République des Pyrénées, ce succès de l'Europe spatiale montre «incidemment que lorsqu'elle joue collectif, l'Europe peut gagner, ce qui n'est pas rien à l'heure où l'euroscepticisme règne en maitre».

Jean-Louis Hervois de la Charente Libre place de l'espoir dans cet exploit de l'Europe car pour lui, «en se montrant pionnière dans la recherche, elle inventera peut-être le modèle de développement qui sauvera la planète Terre de l'enfer qui lui est promis par tous les dérèglements causés par les hommes».


La fièvre médiatique ne se limita évidemment pas aux éditorialistes de la presse écrite - délire messianique inclus. Mention spéciale pour Ségolène Royal, interviewée jeudi sur les ondes de France-Info au sujet de l'actualité et trouvant le moyen de s'extasier (vers 5:00) sur l'exploration de la comète "Tchouri" en lâchant de beaux morceaux de n'importe quoi:

"C'est extraordinaire ce qui vient de se passer. C'est une prouesse européenne qui vient de se réaliser dans la conquête de l'espace. Nous allons peut-être en savoir plus sur l'origine de la vie humaine car cette comète est restée en dehors du réchauffement climatique, c'est une avancée fondamentale."

"Les informations que l'on pourra en tirer nous permettront d'agir plus efficacement afin de protéger notre planète commune, car c'est là le but de cette mission."

 
Plus tard, sur un autre sujet malheureusement, elle concèdera que "les Français sont beaucoup plus intelligents que le niveau du débat politico-médiatique." Saluons tout de même l'instant de lucidité.

C'est après ces moments-là qu'il advint progressivement que le succès de Philae n'était pas aussi parfait qu'on l'aurait cru. La sonde avait rebondi à trois reprise et fini en bien mauvaise posture, en forte pente dans un coin peu ensoleillé de la surface, un pied en l'air... La mission s'acheva abruptement avec un atterrisseur manquant d'ensoleillement pour alimenter ses panneaux solaires.

20141113PHOWWW00362.jpgNe minimisons pas le mérite de Rosetta: c'est la première fois dans l'histoire humaine qu'un engin réussit tant bien que mal à atterrir sur un objet céleste après la Lune, Vénus, Mars ou Titan. Avec cette comète, c'est aussi le record de la plus petite cible qui est battu: "Tchouri" ne pèse que 11 milliards de tonnes... La moisson scientifique, bien qu'incomplète, restera marquante. Philae a tout de même accompli 80% de son travail aux dires des scientifiques.

En tentant de s'approprier les lauriers de Rosetta, journalistes europhiles et politiciens commettent toutefois deux erreurs majeures.

1. La science est mondiale. Rosetta n'est pas un projet lié exclusivement à l'Union Européenne ; la mission embarque du matériel de multiples nationalités comme le veut la coopération internationale en pareil cas. Ainsi la Nasa américaine - félicitée à tort - explique qu'elle est responsable de trois instruments de mesure dans le projet Rosetta ; la Suisse est elle aussi impliquée avec les caméras de Philae et aussi les harpons placés sur ses pieds et qui n'ont peut-être pas fonctionné (oups).

2. La Mission Rosetta remonte à plusieurs décennies. On peut même remonter aussi loin que 1991. Le lancement eut lieu en 2004, quand l'Europe de beau temps souriait avec insouciance en regardant l'avenir. Il aura fallu dix ans pour parvenir à la conclusion du projet ; les coûts principaux furent assumés longtemps dans le passé. Nombre des politiciens qui se réjouissent aujourd'hui du succès relatif de la mission oublient fort opportunément que la réussite vient avant tout du travail de leurs prédécesseurs, qui n'étaient d'ailleurs pas forcément du même bord politique... D'autre part, l'ambition de Rosetta serait impensable en 2014: l'Europe est trop endettée et ruinée pour se lancer encore dans une aventure spatiale de ce type. Les prochaines sondes à s'élancer dans l'espace ne seront vraisemblablement pas financées par le Vieux Continent.

La mission Rosetta restera probablement comme un succès dans l'histoire spatiale et dans l'épopée de l'exploration du système solaire ; il faut malgré tout savoir faire preuve d'humilité sans chercher à tirer la couverture à soi ni à trouver des justifications idéologique au moindre succès scientifique - un exercice difficile tant pour les éditorialistes que pour les politiciens.

Commentaires

Non, attends, elle n'a tout de même pas dit ça ? :
"Nous allons peut-être en savoir plus sur l'origine de la vie humaine car cette comète est restée en dehors du réchauffement climatique..."
Ces gens ont fait l'ENA. Mais ils apprennent quoi là-dedans ? Elle a réellement dit ça ? C'est impossible, c'est un hoax, un fake, une farce, un attrape-nigaud, appelez ça comme vous voulez mais je ne peux y croire. C'est tellement con que cela dépasserait tous les standards en la matière. Mais je n'y crois pas.

Écrit par : Géo | 15 novembre 2014

Géo, je vous avoue franchement, je n'y croyais pas non plus. Alors je suis allé rechercher l'enregistrement de l'émission sur le site France-Info. Elle a vraiment dit ça. 100% authentique.

Écrit par : Stéphane Montabert | 15 novembre 2014

Bon, tout va bien , je me calme, je prends mes pilules, je double la dose. Ségolène Royal N'A PAS ETE ELUE PRESIDENTE DELA FRANCE, ELLE N'A PAS LE FEU NUCLEAIRE à portée de main. Ah dis donc, les parents Hollande/Royal vont bien. On se réjouit que les enfants fassent de la politique, ça promet.

Écrit par : Géo | 15 novembre 2014

Géo : "C'est tellement con que cela dépasserait tous les standards en la matière.
Écrit par : Géo | 15 novembre 2014"

Et pourtant, dirait Galilée ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 15 novembre 2014

Je m'attends à un édito d'Ariane Dayer demain dans le Matin-Dimanche célébrant la lucidité de Ségolène, après son ode au courage de la Trierweiler.
On vit une époque formidable. Le girl power dans toute sa splendeur...

Écrit par : Géo | 15 novembre 2014

Une ministre de la République, qui veut rendre gratuites les autoroutes en fin de semaine, peut fort bien affirmer ce qui est rapporté dans ce blog.. La bêtise n'est pas mortelle dans notre monde, bien au contraire.

Écrit par : Exprof | 15 novembre 2014

Prétendre comparer l'affirmation suivante : le réchauffement climatique, qui comme chacun le sait quand on est écolo-socialo est d'origine humaine à cause des carburants fossiles, n'a pas touché une comète à trois distances Terre-Soleil qu'il a fallu dix ans pour parcourir...
et "rendre gratuites les autoroutes en fin de semaine",
c'est se placer de facto du côté de Ségolène...
Et oui, la bêtise est mortelle mais on n'y est pas encore arrivé. Un peu de patience...

Écrit par : Géo | 15 novembre 2014

Ah, c'est votre faute, alors. Je me disais bien, les harpons suisses... On aurait pu prévoir que la plongée sous-marine, c'était pas un de vos points forts.

Écrit par : Robert Marchenoir | 16 novembre 2014

@Géo

A côté de vos pompes dans ce cas! D'habitude, vous êtes plus clairvoyant.

Si les polluants (CO2,méthane, fréons...) ne vous disent rien, alors dommage pour vous...Mais bien sûr, la comparaison ne se faisait pas au niveau de la comète, là nous sommes tous d'accord.

Écrit par : Exprof | 16 novembre 2014

Je suggère que la prochaine fois, on accroche Ségolène au bidule qui ira gratouiller Tchouri ou un autre du même tonneau. Ainsi elle pourra vérifier si le réchauffement climatique n'y est vraiment pas. L'ennui est qu'elle va apporter quelques molécules de cet infâme CO2 en respirant.

Écrit par : Zendog | 16 novembre 2014

Personnellement je me réjouis de voir des hommes et des femmes qui ont travaillé ensemble pour réussir quelque chose ensemble sans calcul politico-économique.

Sans cette formidable mobilisation entre de nombreuses nations, il n'y aurait jamais eu de Rosetta ni de Philae.

Au fond peu m'importe ce qu'à dit Ségolène Royal et tous ceux qui cherchent une récupération quelconque de l'événement qui est juste la preuve de ce que la pensée et le génie humain peuvent produire.

Écrit par : Michel Sommer | 16 novembre 2014

Vous avez raison, Michel Sommer. La recherche spatiale peut aussi bien être un motif de fierté et d'émulation nationales qu'un facteur de coopération internationale. Le propre de la science est d'ailleurs de faire passer la recherche de la vérité après le chauvinisme et les conflits politiques.

A condition de respecter les faits, l'exercice de la raison et la méthode scientifique. Ce qui est de moins en moins le cas ces temps-ci, y compris dans les pays occidentaux.

Écrit par : Robert Marchenoir | 17 novembre 2014

L'Agence spatiale européenne et l'Union européenne, ça n'a juste rien à voir.

l'ESA a été fondée en mai 1975... l'UE en novembre 1993. Et la Suisse fait partie de l'ESA depuis 1980... et pas de l'UE que ça leur plaise ou non.

Pareil pour le CERN. Un jour on viendra nous faire l'amalgame avec Bruxelles !

Écrit par : petard | 18 novembre 2014

"L'ESA a été fondée en mai 1975... l'UE en novembre 1993."

Revoyez votre histoire, Pétard.

Écrit par : Robert Marchenoir | 19 novembre 2014

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