14 novembre 2014

Renens: un conseil accidentellement animé

La séance de novembre du Conseil Communal de Renens prévoyait d'être un long fleuve tranquille mais deux sujets amenés sur la table au dernier moment donnèrent lieu à polémique.

Comme souvent en pareilles circonstances, les troubles apparurent en toute fin d'une courte séance, lors du quinzème et dernier point de l'ordre du jour - "propositions individuelle et divers." Ce chapitre du déroulement du Conseil Communal est l'occasion d'amener devant le conseil des annonces ou des commentaires de portée générale.

Les spectateurs ne furent pas déçus - parmi lesquels Cindy Mendicino, journaliste de 24Heures chargée de la couverture locale.

Les hostilités commencèrent avec une demande de "résolution" de M. Ali Korkmaz du PS. Très concerné par le destin des Kurdes et la réticence de la Turquie dans la guerre contre l'Etat Islamique autoproclamé, il demanda l'instauration de couloirs humanitaires, la facilitation du travail des organisations comme la Croix-Rouge, la fermeture des frontières pour prévenir le passage des djihadistes, l'embargo contre le trafic de pétrole, l'autonomie des provinces de Kobané et de la région de Rojava dans le Kurdistan syrien et j'en passe, lançant un appel solennel au Conseil Fédéral et au gouvernement turc.

Que venait faire cet appel Urbi et Orbi - sincère certes, mais totalement déplacé - au Conseil Communal de Renens? Imagine-t-on un tyran comme Bachar el-Assad ou un grand démocrate comme Tayyip Erdogan affectés par une telle déclaration jaillie de l'obscure séance législative d'une commune vaudoise qu'ils seraient bien en peine de situer sur une carte? M. Korkmaz avait-il le cas échéant jamais entendu parler de la neutralité helvétique?

La réaction fut pourtant toute autre et pris la forme... d'une contre-résolution, déposée cette fois-ci par M. Alberto Mocchi des Verts, estimant que la déclaration de M. Korkmaz était trop "corrosive"! Le Conseil Communal de Renens se donnait des petits airs de Conseil de Sécurité de l'ONU, pinaillant sur le Verbe qui allait changer le destin du monde.

Le débat vira à la foire d'empoigne. Trois interventions des deux orateurs, vote organisé dans la plus grande confusion, cafouillage du Président, suspension de séance... Ce hors-sujet nous tint en haleine près d'une heure, à ramener à la patience à géométrie variable de certains groupes politiques en d'autres circonstances.

Pour mémoire, M. Mocchi finit par retirer sa résolution et celle de M. Korkmaz fut acceptée.

Nous surveillerons avec intérêt les réactions du Conseil Fédéral, de l'ONU, de la Turquie, du Vatican et de l'ambassade d'Uruguay.

Mais ce n'est pas le seul point intéressant de cette soirée.

M. Richard Neal vint à son tour à la tribune pour se plaindre d'une perception qu'il éprouvait trop souvent à son goût: la désagréable sensation que la Municipalité court-circuitait le Conseil Communal, en présentant notamment à la presse comme fait accompli des décisions qui n'avaient même pas encore été votées par celui-ci...

Je rejoins totalement M. Neal sur ce point: il paraîtra évident pour tout observateur avisé de la vie politique de Renens que le Conseil Communal n'est qu'une chambre d'enregistrement des décisions municipales. L'exécutif domine le législatif. Il en va ainsi à cause de la discipline de vote de l'écrasante majorité de gauche qui règne sur la ville et de la mainmise de la Municipalité sur celle-ci. Saluons M. Neal - encarté PS - d'avoir eu le courage mêlé de candeur de relever publiquement cette triste situation, en espérant que cela ne péjore pas son avenir politique, car "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne" comme le disait si bien Jean-Pierre Chevènement!

Pareille intervention n'était évidemment pas du goût de la Municipalité. La syndique Marianne Huguenin s'empressa de prendre la parole pour expliquer que non, les décisions sont prises par le Conseil, et que les communiqués de presse envoyés trois jours avant le Conseil Communal mentionnent bien en bas de page que les décisions sont subordonnées au vote du pouvoir législatif... Qui lit encore les notes de bas de page?

Ces dénégations parurent bien faible pour une Municipalité complètement accro aux médias et à la notoriété, et qui maintient une conférence de presse les semaines de Conseil dans ce seul but. Qu'est-ce qui les empêcherait de parler de tous les projets après qu'ils ont été voté par le Conseil? Rien, si ce n'est qu'une telle démarche ne susciterait aurait aucun intérêt auprès des journalistes dont nos élus sont si friands!

Mais on ne gagne pas à tous les coups. Profitant de l'agitation de nos apprentis-diplomates s'étripant sur le second round du dossier syrio-kurde, Mme Véronique Bovey-Diagne - Verte - appuya son collègue de la majorité de gauche et vint à la tribune pour donner un exemple concret de cette dérive: un article de 24Heures sur un projet de passage sous-voie Rue du Léman, présenté comme approuvé alors que son examen en commission n'aura lieu que dans quelques jours et son adoption éventuelle n'interviendra que lors de la séance de Conseil Communal de décembre!

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Pas encore voté mais c'est pas grave, on fera comme si.

Directement mise en cause par cette intervention car auteur de l'article en question, la journaliste Cindy Mendicino éclata de colère. Plus de digression sur smartphone pour tuer le temps - la jeune femme bouillonnait en attendant la fin de la séance.

Celle-ci fut finalement levée quelques minutes plus tard. Je tentais alors d'approcher la journaliste pour connaître son point de vue ; bien mal m'en pris puisque je reçus en plein visage une réplique méprisante - "Assez de vos petites manigances!" - avant même d'avoir pu ouvrir la bouche. La légendaire objectivité de la presse, sans doute.

Mais Mme Mendicino avait déjà quitté son siège, fonçant droit sur Mme Bovey-Diagne pour mettre les points sur les i avec elle avant de s'éclipser sans piper mot. La rumeur dit qu'elles étaient bonnes amies, avant...

Cette séance de novembre permit finalement de révéler les multiples tensions entre groupes politiques de la majorité, municipalité et médias. Mais tension n'est pas rupture. Le plus important d'entre ces liens est évidemment celui, incestueux, qui unit la Municipalité aux groupes politiques du Conseil et font que ceux-ci sont entièrement sous la férule de celle-là.

L'affranchissement de cette tutelle ne se fera pas en un jour mais s'avère pourtant indispensable ; un passage obligé à l'âge adulte, en quelque sorte. Ce n'est qu'à ce prix que l'organe législatif de Renens retrouvera un semblant de légitimité et par-là même, un rôle réel sur les affaires communales.

Note: Je suis évidemment concerné au plus haut point par les délires de l'Etat Islamique en Syrie, la lutte pour l'indépendance des Kurdes et la radicalisation des musulmans un peu partout dans le monde y compris en Suisse. Il existe des lieux pour en débattre - d'un blog à une page facebook en passant par les assemblées politiques, lorsqu'elles sont compétentes - et des moyens de contribuer à soulager les douleurs des populations civiles, par exemple à travers des dons à la Croix-Rouge ou à la Chaîne du Bonheur.
Il n'empêche: tout cela n'a absolument rien à voir avec la politique communale.

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