21 novembre 2014

Genève découvre la grève "à la française"

Si Genève n'est pas vraiment la Suisse, comme le proclament de nombreux Genevois avec une pointe de fierté, la ville ressemble de plus en plus à la France - grèves comprises. Mais tout n'est pas perdu.

L'événement genevois de la semaine eut donc lieu mercredi 19 novembre avec une grève des Transports Publics Genevois (TPG) de 24h particulièrement suivie. Elle priva la ville de bus et de tram pendant une journée entière. L'expérience de cette privation fut riche en enseignements.

Sur le plan de la circulation d'abord. La population locale, dressée comme partout à croire en l'omnipotence du transport collectif sur l'odieux déplacement individuel en voiture, s'attendait au pire. Et en fin de compte... Rien - ou quasiment. Les gens se déplacèrent tant bien que mal, en taxi à plusieurs, en vélo, en covoiturage ou tout simplement à pied. Il faisait beau mais froid en ce mois de novembre. Quelques embouteillages eurent lieu le soir mais malheureusement ils sont monnaie courante dans la région, grève ou pas.

L'information avait été correctement diffusée: il en allait de l'influence du mouvement syndical, après tout. Mais mis à part quelques malheureux découvrant la situation le jour même, la plupart des gens eurent le temps de se préparer et de trouver des alternatives. Le chaos annoncé laissa plutôt la place à la bonne humeur, de nombreux citoyens - dont beaucoup de cyclistes - goûtant à l'absence des bus et tram qui monopolisent d'habitude la circulation au centre-ville.

Surpris et un peu déçu du manque d'impact de la disparition des transports publics sur les déplacements de la population, certains affirmèrent que les solutions trouvées ce jour-là ne sauraient être que ponctuelles ; d'autres annoncèrent au contraire que nous avions assisté en direct à la démonstration de l'inutilité des transports en commun.

Sur le plan politique les Suisses découvrirent un mouvement social à la française - on fait grève d'abord et on discute ensuite. L'idée des grévistes était de demander au Conseil d’État le retrait du contrat de prestation 2015-2018, actuellement discuté au Grand Conseil et dont le vote final est attendu le 4 ou le 5 décembre. Ce contrat remet en cause le statut des employés de la régie publique et pourrait amener un certain nombre de licenciements.

Il n'est pas anodin de constater la naïveté absolue de la classe politique face à ce mouvement de contestation. La palme en revient incontestablement à Christophe Stucki, directeur par intérim des TPG, et Luc Barthassat, le Conseiller d'Etat chargé du département de l'environnement, des transports et de l'agriculture. Les deux hommes claironnèrent ainsi que "le mouvement syndical avait été très suivi" et "les avait pris au dépourvu", justifiant ainsi l'échec de la mise en application d'un service minimal pourtant prévu dans la Constitution. Un véritable camouflet pour l'élu PDC.

La motivation des grévistes l'aurait emporté... Bel exemple de lyrisme syndicaliste comme on les aime, à un petit détail près: c'est complètement faux. Le soir même de cette journée de contestation, la RTS diffusait le reportage de journalistes embarqués avec les grévistes. On y voit un leader syndical local haranguer ses troupes et les préparer, le micro d'un haut-parleur en main:

"Mettez-vous dans tous les points stratégiques, empêchez les gens d'aller démarrer les véhicules, et on va essayer de tenir toute la journée comme on a prévu."


Autrement dit, loin des couleuvres gobées par les responsables hiérarchiques des TPG, il y avait bien un piquet de grève ce jour-là pour empêcher les non-grévistes de travailler, ce qui est évidemment illégal.

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Une voiture peu discrète bloque la porte du dépôt

Un peu moins naïfs que leurs aînés, les jeunes libéraux genevois en profitèrent donc pour déposer des plaintes à titre personnel. Nous verrons comment la justice instruira ces dossiers.

Les syndicalistes n'ont pas obtenu gain de cause et promettent de remettre le couvert en décembre. Les dégâts en termes d'image sont pourtant très importants. La grève en Suisse est contraire à l'esprit de la paix du travail, qui ne la considère comme un moyen de dernier recours. Ce n'est évidemment pas le cas ici, puisque le projet litigieux n'a même pas encore été étudié par le parlement genevois.

Non seulement les grévistes des TPG passent pour des jusqu'au-boutistes capricieux, mais aussi pour des... Français. Le rayonnement français n'est pas forcément celui que l'on croit ; ici, le pays est devenu synonyme de conflits sociaux à répétition pour un oui ou pour un non. Les internautes s'en donnent ainsi à cœur-joie:

"Genève compte tellement de Français que forcément leur mentalité revendicatrice et tire-au-flanc se transmet aux Suisses. Une horreur qui porte gravement préjudice aux citoyens."


Les Français frontaliers représentent un peu plus d'un quart des salariés des TPG. Sont-ils responsables du style du mouvement syndical? Nous n'en savons strictement rien. Mais beaucoup de Genevois y ont vu l'occasion de tirer à boulets rouges sur leurs voisins français et sur les frontaliers, et ce bien que les compagnies privées qui aient remplacé au pied levé les TPG défaillants pour assurer un minimum de service aient été... Françaises.

Dans son propre intérêt, le personnel des TPG aurait intérêt à revenir s'asseoir à la table de négociation et à essayer de trouver des solutions au lieu de se jeter à corps perdu dans le bras de fer. La grève préventive ne correspond tout simplement pas à la mentalité helvétique, Genève comprise.

Commentaires

Larbin obséquieux à la solde des Patrons!

Les Patrons doivent et sur le champ apprendre à respecter les travailleurs qui se lèvent à 2 heures du matin afin de permettre à d'autres d'arriver en toute quiétude sur leurs lieux de travail.

Cela fait des mois, pour ne pas dire des années que les patrons pourrissent l'ambiance de travail, créent des divisions, montent les personnes les unes contre les autres.

Nous avons besoin de professionnels motivés et qui aiment leur travail, pas de roquets pédants et condescendants assis derrière leurs bureaux, ne foutant rien et payé 20 fois plus que les oh combien indispensables travailleurs des TPG.

Bravo Mesdames et Messieurs les syndicalistes, vous en avez, dans ce pays servile remplit de lâches, pour affronter ces patrons voyous qui ne servent à rien et qui s’enrichissent sur le dos de autres !

N’en déplaise à certain qui ramène, en se demande bien pourquoi, tout à la France, c’est là où les syndicats sont encore plus puissants, (Allemagne, Norvège, Suède, Pays-Bas, Danemark) que les ouvriers ont les meilleurs conditions et ne se gênent pas de se mettre en grève si comme en suisse le patronat se comporte comme des voyous, des racailles en col blanc.

Écrit par : Markus Wolf | 22 novembre 2014

@wolf
Mais quels patrons? les TPG sont un service publique!
je suis moi-même un "petit patron", d'une PME d' une dizaine de personne. Vous savez, de celles dont ont dit qu'elles constituent le tissu économique et social du pays , et en font la prospérité, et la vôtre aussi j'espère.
Mes collaborateurs partent vers 17-18h, moi vers 20h, c'est normal, c'est mon job. Nous tirons à la même corde. Je crois qu'en 15 ans j'ai dû licencier 4 personnes! et la mort dans l'âme.
Le succès de ma boîte dépend d'eux, c'est clair, et leur sécurité économique de mon sens entrepreneurial, c'est aussi évidemment.
Vous êtes qui pour me traiter de racaille et voyou?! Qu'accomplissez-vous, vous-même?

Écrit par : olivier | 23 novembre 2014

Hahaha, je me permet de saluer ici l'efficacité des services secrets français, qui ont à l'évidence noyauté les TPG dans le but de diffuser le communisme à l'étranger, et de subvertir la Suisse pour la punir de l'hébergement fiscal de nos tennismen.

Bon, nous ne sommes pas encore à la hauteur du boxon monstre que l'action clandestine russe a réussi à mettre en Ukraine, mais il faut nous donner un peu de temps. Vous pensez que les syndicalistes des trams genevois sauraient se servir d'un missile Mamba ?

http://www.defense.gouv.fr/actualites/dossiers/le-bourget-2013/les-materiels-presentes/samp-t-mamba

Il y a bien un aéroport, à Genève, non ?

Écrit par : Robert Marchenoir | 23 novembre 2014

Ah, j'oubliais : merci de témoigner, grâce à cette photo, de l'efficacité de notre action de diffusion du communisme au sein de l'étranger proche. La voiture qui bloque le dépôt, c'est bien une Trabant ?

Écrit par : Robert Marchenoir | 23 novembre 2014

... encore un petit effort et que Genève devienne le 102e département français. Bon débarras !

Écrit par : petard | 23 novembre 2014

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