30 novembre 2014

Un triple Non prévisible

Les résultats officiels sont publiés et ils sont sans surprise: Non, Non et Non!

Ayant cru jusqu'au dernier moment à une possible surprise, voyant dans l'écart entre les sentiments des internautes  et les sondages officiel une inexplicable différence, j'en étais même arrivé à craindre de possibles manipulations électorales ; las! L'échantillonnage des votes dans ma bonne ville de Renens - où je pris part au dépouillement - me confirma que nous allions vers un rejet franchement net des trois objets soumis à l'approbation des citoyens.

votation du 30 novembre 2014
Un résultat sans appel.

Les résultats nationaux confirment cette tendance: une Suisse monochrome sur les trois objets, sauf peut-être pour l'initiative sur la suppression des forfaits fiscaux qui obtint un Oui dans le petit canton de Schaffhouse.

Suppression des forfaits fiscaux (évoquée ici): la gauche souhaitait mettre un terme à la possibilité d'accueillir de riches étrangers avec une fiscalité avantageuse. Ce modèle, dont il existe de multiples variantes dans plusieurs pays européens, était battu en brèche par des défenseurs d'une justice fiscale qui ne pouvait évidemment se traduire que vers une égalisation par le haut des prélèvements obligatoires...

Alors que la campagne donnait initialement un certain capital de sympathie à la démarche, les adversaires du textes eurent tôt fait de pointer du doigt l'inévitable exode que l'initiative provoquerait chez ces étrangers fortunés, donc des pertes fiscales en vue - comblées par d'autres contribuables, vu qu'il n'était évidemment pas question de réduire le périmètre de l'Etat. A force de marteler le "manque à gagner" pour un oui ou pour un non le raisonnement a fini par faire son chemin dans l'esprit des citoyens, qui ont fort logiquement rejeté le texte.

Avec "seulement" 59,2% de Non, l'initiative pour l'abolition des forfaits fiscaux est l'objet le moins sèchement rejeté des trois initiatives soumises au vote. C'est tout de même un échec cuisant pour la gauche qui soutenait le texte. Même les cantons qui ont localement aboli le forfait fiscal ont rejeté le projet! Cerise sur le gâteau, les prochaines offensives du même genre ne pourront plus se reposer sur l'exemple incomplet du canton de Zurich, où les statistiques s'arrêtaient fort opportunément avant l'apparition d'une véritable tendance. Alors que le temps passe, l'évolution de la situation des contribuables zurichois montrera de manière nette que non seulement les contribuables étrangers désormais soumis au régime commun ne paient globalement pas plus d'impôts qu'avant, mais en plus qu'ils fuient le territoire et ne sont évidemment pas remplacés.

ecopop.jpgInitiative Ecopop (évoquée ici): le rejet de l'initiative a été la surprise de ce dimanche, avec pas moins de 74,1% de Non. A quelques semaines du scrutin l'institut gfs.bern donnait encore 38% d'opinions favorables à l'initiative avec une marge de progression possible... Ce n'est plus une marge d'erreur, c'est un gouffre.

Dans les états-majors politiques l'heure était évidemment à l'inquiétude après le succès surprise de l'initiative du 9 février contre l'immigration de masse, mais malgré tout le chances de victoire du texte étaient plus que minces. A l'inverse du vote du 9 février, aucun parti ne soutenait le texte - mis à part quelques sections cantonales en ordre dispersé. Médias, partis et gouvernement étaient unis dans leur rejet unanime du projet, et même si les partisans du texte - dont votre serviteur - eurent l'occasion de faire valoir leurs arguments dans l'espace de liberté que représente encore Internet, le résultat final donne un petit aperçu de la surévaluation des effets de ce médium sur l'opinion publique...

Le résultat laisse un avant-goût d'inachevé. Absolument tous les acteurs politiques peuvent crier victoire et ne s'en privent pas, puisqu'ils étaient tous opposés au texte. A droite, on verra la confirmation que le vote du 9 février était "suffisant" et qu'il n'était pas besoin de recourir à une "option nucléaire" comme Ecopop ; à gauche, on lira au contraire un revirement de l'opinion publique sur les questions migratoires, essayant de présenter le vote de l'immigration de masse comme un accident à ignorer de toute urgence. Comme je l'avais prévu, diverses voix s'élevèrent le jour même pour réclamer une nouvelle votation sur l'immigration de masse, voire l'abandon pur et simple de la mise en application du texte voté en février.

or,monnaie,crise,inflation,prise de position,votation du 30 novembre 2014Initiative sur l'Or (évoquée ici): là encore, un rejet massif avec 77,3% de Non. A l'inverse des autres initiatives, celle-ci ne donna même pas l'illusion de pouvoir l'emporter à travers le moindre sondage. Le texte était porté par une partie de l'UDC, mais du bout des lèvres, et aucune autre formation politique. L'initiative sur l'Or - qui ne demandait rien d'autre qu'un taux de 20% de métal précieux au bilan de la Banque Nationale Suisse - fut présenté avec succès par les adversaires de l'initiative comme un "carcan" empêchant la "flexibilité" de la politique monétaire helvétique - c'est-à-dire, l'impression sans limite de nouveaux francs suisses pour le lier à un euro en perdition et le suivre dans les profondeurs... On se demande d'ailleurs sur quelle partie de l'ex-Euro la BNS choisira d'aligner le franc suisse lorsque l'Eurozone éclatera!

L'initiative sur l'or arrivait trop tôt car l'effondrement des monnaies papier n'est pas encore perçu par les populations ; bien entendu, quand dans quelques années les pays sans or se retrouveront le bec dans l'eau, il sera en revanche trop tard pour sauver le franc suisse.

La confusion sur le sens de la monnaie est telle dans les esprits qu'il fallait s'attendre à un résultat de ce genre. La Suisse sera donc bientôt ruinée comme les autres pays d'Europe. En revanche, il reste à chacun la possibilité de se prémunir à titre personnel contre l'effondrement financer à venir. Si le vote de dimanche a prouvé qu'il sera désormais impossible de sauver le pays de la débâcle, chacun a encore le choix d'agir de façon individuelle ces prochaines années pour sauver sa peau et son patrimoine - ce qui tracera une frontière très nette entre ceux qui ont senti venir l'orage et ceux qui ont béatement cru les mensonges des autorités. Bonne chance à tous!


Le vote de dimanche était également l'occasion de scrutins locaux, à l'échelle cantonale. On notera que Genève-la-gauchiste refusa un deuxième projet d'abolition des forfaits fiscaux, à l'échelle du canton du bout du lac cette fois-ci ; le parlement de Neuchâtel pourra désormais destituer des Conseillers d'Etat s'ils sont gravement en délicatesse avec la justice ; le canton du Valais réduira la voilure de ses dépenses à hauteur de trente millions de francs ; et enfin, le canton de Zurich, bien que refusant une initiative limitant les élèves à 20 par classe, accepte néanmoins d'augmenter le nombre de professeurs.

La participation fut seulement de 50%.

Commentaires

Bonjour,

étant français, je suis un peu concerné par la votation sur les réserves d'or. Car l'euro est comme le dollar, c'est du papier, si le premier coule, le second le suit... et le franc suisse également. L'avenir va appartenir la Chine et à la Russie, qui échangent déjà entre eux en roubles et yuans, jettent des montagnes de dollars (la dette US) sur le marché pour s'acheter de l'or par milliers de tonnes chaque année. Le but étant une nouvelle monnaie rouble/yuans indexée sur l'or, donc stable, avec lingots non exportables.

J'ai une objection sur votre idée "si les gens sont idiots, soyez intelligents personnellement et achetez de l'or". Bonne idée, mais je crois que ces achats sont soumis à déclaration et que les paiements se font par carte ou chèque. L'achat est traçable. Souvenez vous de Roosevelt en 1933. Devant un dollar chancelant, il avait signé un executive order (décret-loi) interdisant les achats en pièce d'or et obligeant les citoyens à ramener tout leur or à la banque en échange de billets, pour 25 dollar l'once. Et quand tout l'or fut récupéré, il fit coter l'or 35 dollar l'once ! (et hop, je te pique 40% de ton capital...). Encore fut-il gentil, rien ne l'obligeait à autoriser la vente d'or.

Soyez donc prudent avec vos achats, vos 7 andouilles pourraient faire de même en taxant les détenteurs à 50% sur le capital détenu (sauf s'ils rendent gentiment et pas cher leur métal aux vrais patrons : les banques).

Je ne me prononce pas sur le reste (cela ne concerne que les suisses) mais j'aurai voté oui à eocopop et non à l'abolition des privilèges. Au moins, les riches remplissent vos coffres :)

Bonne journée à vous

Écrit par : Pierre | 01 décembre 2014

@Pierre: Non à l'abolition du forfait, Oui à Ecopop et à l'initiative sur l'or, votre bulletin de vote aurait été exactement identique au mien! Mais pour avoir fait le dépouillement je peux vous dire que cette combinaison fut bien bien rare...

J'aurai l'occasion d'écrire sur le système financier post-crise tel que je l'imagine ; mais évidemment, l'orage que nous traverserons avant laissera des conséquences impensables sur nos modes de vie.

Quant à acheter de l'or, profitez que ce ne soit pas encore interdit ; je ne suis pas fiscaliste, mais il me semble que ce soit peut-être possible de transférer légalement des fonds dans un autre pays d'Europe (Suisse, Luxembourg, Pays-Bas) et ensuite d'y acheter du métal que vous laisseriez dans un coffre sur place - ceci si vous avez de l'épargne à placer évidemment.

On n'est à l'abri de rien mais je ne crois pas qu'il soit possible d'interdire ou d'empêcher la possession d'or une fois les espèces sonnantes et trébuchantes en main ; les gouvernements ne peuvent agir qu'en amont lorsque les gens essayent d'acquérir de l'or. Après, rien de plus facile que de transporter ailleurs le magot ou de le cacher, et c'est bien ce qui embête nos "élites".

Bonne journée à vous également.

Écrit par : Stéphane Montabert | 01 décembre 2014

@Monsieur Montabert Dieu qu'il fait bon voter le jour ou l'on reçoit l'enveloppe
De un on est quitte de se laisser influencer , de deux on vote comme la majorité
merci l'intuition féminine qui permet de gagner du temps/rire
Ce qui prouve bien que les punitions d'antan entre le cachot,la pension ou la maison de redressement permettaient aux enfants de ruminer dans leur coin non pas sur les causes de leur exclusion en classe ou famille mais sur ce qu'ils auraient à affronter plus tard dans leur vie de tous le jours
Les punisseurs ne savaient pas qu'ils en feraient des redresseurs de torts en tous genres et sens
Très bonne journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 01 décembre 2014

«En revanche, il reste à chacun la possibilité de se prémunir à titre personnel contre l'effondrement financer à venir. […] chacun a encore le choix d'agir de façon individuelle ces prochaines années…»

Il se trouve que la bourse était «nerveuse»… et quand elle est «nerveuse», c’est loin d’être anodin. La bourse sait qu’il y a un souci avec le «monopoly» et que tôt ou tard tous les bidonnages et bricolages vont foirer les uns après les autres. Cette décision l’a calmée parce qu’elle permet aux «prévoyants» de se préparer calmement avant l’explosion de la caldera.

Donc la bonne nouvelle de cette votation: les cours du métal jaune vont encore baisser. Et ceux qui n’ont pas trop besoin de leur bas de laine dans l’immédiat, vont faire de bonnes affaires.

C’est même à se demander si la campagne contre l’or des Amstein, economiesuisse & Cie, n’était pas «intéressée» ?

Écrit par : petard | 01 décembre 2014

@Stephane

J'espère ne pas trop diverger du débat suisse, mais je dois vous donner quelques infos sur l'or en France (qui ne doit pas être très différent en Suisse)

- l'achat et la vente se font exclusivement sur compte bancaire, par carte, chèque ou virement. Officiellement, c'est pour éviter le blanchiment. En réalité pour vous tracer à l'administration des impôts. Si l'or doit être confisqué pour aider les banques en faillite (méthode Roosevelt) ou surtaxé parce que l'Etat est en faillite, on saura qui en a en combien on peut vous voler.

- On peut transférer de l'argent France -> Suisse et placer dans vos banques. Mais il faut tout déclarer au fisc français. Si vous revendez avec plue-value ou si vous touchez des intérêts (ou dividendes annuels), il faut les déclarer en France et payer les impôts en France. Si vous "oubliez", c'est impôt+pénalité. de plus, celui qui défiscalise pour ne pas payer l'impôt sur la fortune doit déclarer ses transfert et ce qu'ils rapportent annuellement... et tout cela est réintégré dans le calcul du patrimoine pour l'impôt sur la fortune. Celui qui oublie paiera très cher. L'évasion fiscale ne peut se faire qu'avec des liasses d'euros qui passent la frontière en fraude. Si vous êtes pris, tout est confisqué. Et des amendes arrivent ensuite.

- Si vous achetez de l'or, prenez du physique (lingot et pièce), surtout pas les ETF (or-papier). Si SURTOUT, ne le laissez pas dans la banque ! En cas de faillite, elle bloquera ses guichets et coffres et vous ne reverrez jamais votre joncaille. Quand aux ETF, ils auront la valeur des emprunts russes : zéro !

Je pense que dans la pratique, la Suisse n'est pas très différente de nous (sauf pour l'impôt sur la fortune). Mais ne rêvez pas : l'anonymat, les métaux planqués dans le mur, c'est fini. Les banques ont trop de dettes pour vous laisser jouer tout seul. Et comme la finance dirige le monde, si vous n'avez pas encore les lois françaises, vous les aurez un jour.

Au plaisir de lire vos prochains articles, et n'oubliez pas votre Prozac ce soir si vous avez lu mon message...

Écrit par : Pierre | 01 décembre 2014

C'est pour toutes ces raisons que le marché de l'art est florissant. Vous pensiez qu'un chienchien de Jeff Koons valait réellement 50 millions de dollars ? Il ne les vaut que pour des raisons fiscales. Les clubs de foot et les transferts, c'est pas mal aussi. Mais tout le monde n'a pas les moyens de se payer le Real Madrid ou le PSG. On dit que les Juifs sont de grands spécialistes du diamant parce que quand on est riche et persécuté, c'est ce qu'il y a de plus facile à planquer. Mais justement, si on n'est pas de grands spécialistes, le risque est plutôt grand.

Écrit par : Géo | 01 décembre 2014

N'en parlons plus !

De toute manière, ceux qui n'avaient pas senti l'arnaque dès le départ sont des vrais croyants !

Le jour où la Suisse se lancera dans la politique, c'est que les montres seront en chocolat !

Pourquoi faire de la politique alors qu'on a les 12 molaires dans le jus de rôtis aux morilles ?

On fait semblant, histoire de ne pas trop passer pour des pives !!

On a pu le voir sur la TSR, quand des "oui mais" on tentés de faire un massage des pieds à Eric, vous savez, celui qui vient en 3 semaines de vendre plus de bouquins (bientôt 600'000) alors que un glaire ça passe, zix-glaires ça casse, n'a pas imprimé les 100'000 en 30 ans et distribué 50'000 aux copains de l'internationale et vendu de force le reste à ses étudiants sociologues devenus gardiens à Champ-Dollon !

Ah la révolution bernoise, c'est du bon !!!

Écrit par : Corto | 02 décembre 2014

Vous pourriez être un peu honnête et dire que ce ne sont pas vraiment les 20% de fonds couverts par de l'or-métal qui posaient problème, mais l'interdiction de vendre l'or acheté. Ce qui est une absurdité économique.

Écrit par : lefredo1978 | 02 décembre 2014

leferdo, essayez d'acheter de l'or métal !!!

Écrit par : Corto | 08 décembre 2014

"leferdo, essayez d'acheter de l'or métal !" Si c'est si difficile que ça, pourquoi les prix ont-ils baissé ? Pourquoi l'offre et la demande ne joueraient-ils pas ? Vous croyez que les mines d'or sont épuisées ? Quelle blague!

Écrit par : Géo | 08 décembre 2014

99,9% de la "parité", c'est du papier !!

Voilà pourquoi le cours chute et va chuter grave !

Les réserves américaines ont été dilapidée par obama, mais c'est censé être secret !

Donc tout ceux qui ont de l'or métal le garde et le cours de l'or papier va s'écraser d'un seul coup, car les bourses ayant émises des certificats sont en rupture de liquidités !

Dans le marché de l'or et d'autres "hard commodities", tout est pipé et tout els spécialistes se demandent comment l'or "bidon" ne s'est pas déjà écroulé !!

Écrit par : Corto | 10 décembre 2014

Alors pourquoi les producteurs d'or ne profitent-ils pas de la situation pour augmenter la production, ré-ouvrir d'anciennes mines abandonnées pour cause de non-rentabilité avec l'once à 220 dollars ? Ce "défaut de couverture" est facile à combler, pourquoi cela ne se fait-il pas ?
Questions peut-être idiotes, mais merci de le démontrer...

Écrit par : Géo | 10 décembre 2014

Géo, premièrement parce que certaines exploitations ne sont pas rentables au dessous d'un certain prix !

D'ailleurs beaucoup de producteurs d'or ne vendent pas en ce moment, l'or a baissé de 1'800 $ l'once à 1140 $ l'once il y a quelques jours et il remonte vers les 1220 $ aujourd'hui, mais cela est dû à la baisse du prix du brut.

Il faut savoir que le brut croise le fer avec le métal jaune, cependant au vu de la baisse du brut, l'or aurait dû subir une hausse bien plus importante, à mon avis Obama cache la merde sous le tapi, il ne serait pas étonnant que les brookers aient fait pression sur les producteurs de brut afin de cacher les carences de l'économie américaine, ou plutôt les ventes d'or faites par obama pour financer ses égarements forts coûteux !

Les vases communiquant du marché des commodities ne semblent plus obéir à certains fondamentaux, ce qui laisse augurer quelques chutes spectaculaires dans les bourses des matières premières !

Écrit par : Corto | 13 décembre 2014

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