30 novembre 2014

Un triple Non prévisible

Les résultats officiels sont publiés et ils sont sans surprise: Non, Non et Non!

Ayant cru jusqu'au dernier moment à une possible surprise, voyant dans l'écart entre les sentiments des internautes  et les sondages officiel une inexplicable différence, j'en étais même arrivé à craindre de possibles manipulations électorales ; las! L'échantillonnage des votes dans ma bonne ville de Renens - où je pris part au dépouillement - me confirma que nous allions vers un rejet franchement net des trois objets soumis à l'approbation des citoyens.

votation du 30 novembre 2014
Un résultat sans appel.

Les résultats nationaux confirment cette tendance: une Suisse monochrome sur les trois objets, sauf peut-être pour l'initiative sur la suppression des forfaits fiscaux qui obtint un Oui dans le petit canton de Schaffhouse.

Suppression des forfaits fiscaux (évoquée ici): la gauche souhaitait mettre un terme à la possibilité d'accueillir de riches étrangers avec une fiscalité avantageuse. Ce modèle, dont il existe de multiples variantes dans plusieurs pays européens, était battu en brèche par des défenseurs d'une justice fiscale qui ne pouvait évidemment se traduire que vers une égalisation par le haut des prélèvements obligatoires...

Alors que la campagne donnait initialement un certain capital de sympathie à la démarche, les adversaires du textes eurent tôt fait de pointer du doigt l'inévitable exode que l'initiative provoquerait chez ces étrangers fortunés, donc des pertes fiscales en vue - comblées par d'autres contribuables, vu qu'il n'était évidemment pas question de réduire le périmètre de l'Etat. A force de marteler le "manque à gagner" pour un oui ou pour un non le raisonnement a fini par faire son chemin dans l'esprit des citoyens, qui ont fort logiquement rejeté le texte.

Avec "seulement" 59,2% de Non, l'initiative pour l'abolition des forfaits fiscaux est l'objet le moins sèchement rejeté des trois initiatives soumises au vote. C'est tout de même un échec cuisant pour la gauche qui soutenait le texte. Même les cantons qui ont localement aboli le forfait fiscal ont rejeté le projet! Cerise sur le gâteau, les prochaines offensives du même genre ne pourront plus se reposer sur l'exemple incomplet du canton de Zurich, où les statistiques s'arrêtaient fort opportunément avant l'apparition d'une véritable tendance. Alors que le temps passe, l'évolution de la situation des contribuables zurichois montrera de manière nette que non seulement les contribuables étrangers désormais soumis au régime commun ne paient globalement pas plus d'impôts qu'avant, mais en plus qu'ils fuient le territoire et ne sont évidemment pas remplacés.

ecopop.jpgInitiative Ecopop (évoquée ici): le rejet de l'initiative a été la surprise de ce dimanche, avec pas moins de 74,1% de Non. A quelques semaines du scrutin l'institut gfs.bern donnait encore 38% d'opinions favorables à l'initiative avec une marge de progression possible... Ce n'est plus une marge d'erreur, c'est un gouffre.

Dans les états-majors politiques l'heure était évidemment à l'inquiétude après le succès surprise de l'initiative du 9 février contre l'immigration de masse, mais malgré tout le chances de victoire du texte étaient plus que minces. A l'inverse du vote du 9 février, aucun parti ne soutenait le texte - mis à part quelques sections cantonales en ordre dispersé. Médias, partis et gouvernement étaient unis dans leur rejet unanime du projet, et même si les partisans du texte - dont votre serviteur - eurent l'occasion de faire valoir leurs arguments dans l'espace de liberté que représente encore Internet, le résultat final donne un petit aperçu de la surévaluation des effets de ce médium sur l'opinion publique...

Le résultat laisse un avant-goût d'inachevé. Absolument tous les acteurs politiques peuvent crier victoire et ne s'en privent pas, puisqu'ils étaient tous opposés au texte. A droite, on verra la confirmation que le vote du 9 février était "suffisant" et qu'il n'était pas besoin de recourir à une "option nucléaire" comme Ecopop ; à gauche, on lira au contraire un revirement de l'opinion publique sur les questions migratoires, essayant de présenter le vote de l'immigration de masse comme un accident à ignorer de toute urgence. Comme je l'avais prévu, diverses voix s'élevèrent le jour même pour réclamer une nouvelle votation sur l'immigration de masse, voire l'abandon pur et simple de la mise en application du texte voté en février.

or,monnaie,crise,inflation,prise de position,votation du 30 novembre 2014Initiative sur l'Or (évoquée ici): là encore, un rejet massif avec 77,3% de Non. A l'inverse des autres initiatives, celle-ci ne donna même pas l'illusion de pouvoir l'emporter à travers le moindre sondage. Le texte était porté par une partie de l'UDC, mais du bout des lèvres, et aucune autre formation politique. L'initiative sur l'Or - qui ne demandait rien d'autre qu'un taux de 20% de métal précieux au bilan de la Banque Nationale Suisse - fut présenté avec succès par les adversaires de l'initiative comme un "carcan" empêchant la "flexibilité" de la politique monétaire helvétique - c'est-à-dire, l'impression sans limite de nouveaux francs suisses pour le lier à un euro en perdition et le suivre dans les profondeurs... On se demande d'ailleurs sur quelle partie de l'ex-Euro la BNS choisira d'aligner le franc suisse lorsque l'Eurozone éclatera!

L'initiative sur l'or arrivait trop tôt car l'effondrement des monnaies papier n'est pas encore perçu par les populations ; bien entendu, quand dans quelques années les pays sans or se retrouveront le bec dans l'eau, il sera en revanche trop tard pour sauver le franc suisse.

La confusion sur le sens de la monnaie est telle dans les esprits qu'il fallait s'attendre à un résultat de ce genre. La Suisse sera donc bientôt ruinée comme les autres pays d'Europe. En revanche, il reste à chacun la possibilité de se prémunir à titre personnel contre l'effondrement financer à venir. Si le vote de dimanche a prouvé qu'il sera désormais impossible de sauver le pays de la débâcle, chacun a encore le choix d'agir de façon individuelle ces prochaines années pour sauver sa peau et son patrimoine - ce qui tracera une frontière très nette entre ceux qui ont senti venir l'orage et ceux qui ont béatement cru les mensonges des autorités. Bonne chance à tous!


Le vote de dimanche était également l'occasion de scrutins locaux, à l'échelle cantonale. On notera que Genève-la-gauchiste refusa un deuxième projet d'abolition des forfaits fiscaux, à l'échelle du canton du bout du lac cette fois-ci ; le parlement de Neuchâtel pourra désormais destituer des Conseillers d'Etat s'ils sont gravement en délicatesse avec la justice ; le canton du Valais réduira la voilure de ses dépenses à hauteur de trente millions de francs ; et enfin, le canton de Zurich, bien que refusant une initiative limitant les élèves à 20 par classe, accepte néanmoins d'augmenter le nombre de professeurs.

La participation fut seulement de 50%.

26 novembre 2014

Or: même Marine Le Pen s'y met!

Dire que l'initiative sur l'or aura provoqué des remous est un euphémisme. Qu'elle soit acceptée ou refusée le 30 novembre, elle crée derrière elle un véritable tsunami.

Dernier chapitre en date: une lettre ouverte de Marine Le Pen demandant des comptes à M. Christian Noyer, président de la Banque de France. A l'attention de quelques lecteurs trop effrayés par l'idée de naviguer même ponctuellement sur le site du Front National, voilà donc ladite lettre reproduite in extenso.

Monsieur le Gouverneur,

Au nom des Français et en ma qualité de principal chef de l’opposition, j’ai l’honneur de vous écrire, car il est de mon devoir de vous présenter une requête sur les réserves d’or de la France, relevant de l’intérêt supérieur de notre nation.

marine-le-pen.jpgAvant même le déclenchement de la crise de 2008, le Front National avait anticipé et informé les institutions politiques de l’aggravation à venir du contexte macro-économique et géopolitique. Dans le cadre du modèle économique de plus en plus ultralibéral adopté par la France sous la pression de Bruxelles, aucun des fondamentaux économiques ne peut s’améliorer durablement. Tous les Français peuvent constater que les politiques d’austérité exigées par l’Union Européenne et la BCE et menées par le gouvernement sont un échec avéré et grave pour notre pays.

L’institution monétaire que vous dirigez a pour mission historique d’être la banque centrale dépositaire des réserves monétaires nationales et notamment des réserves d’or. Selon notre vision stratégique et souveraine, celles-ci n’appartiennent ni à l’Etat, ni à la Banque de France mais bien au peuple français et de surcroît servent de garantie ultime à la dette publique et à notre monnaie.

Dans la guerre froide monétaire qui se joue entre les pays occidentaux et les pays des BRICS, l’or reprend progressivement un rôle important. Selon le Conseil Mondial de l’Or, les réserves officielles d’or de la Chine, de l’Inde et de la Russie ont fortement augmenté entre 2007 et 2013.
Pour ces raisons et compte tenu de l’accroissement rapide des risques systémiques mondiaux, il est de la plus haute importance pour la solvabilité future de notre nation d’engager, d’ici mi-2015, une procédure d’audit détaillé dont les résultats feront l’objet d’un rapport. Ce rapport devra obtenir la validation des autorités macro-prudentielles françaises, l’ACPR, puis sera rendu public dans l’année.

Cet audit exhaustif devra contenir :
– un inventaire complet des quantités d’or physique affichées actuellement à 2435 tonnes ainsi que leur qualité (numéro de série, pureté, barres ‘Good Delivery’…), réalisé par un organisme français indépendant (à définir). Cet inventaire, sous contrôle d’huissier, devra indiquer le pays dans lequel les réserves d’or sont stockées, en France ou à l’étranger.
– Un recensement de tout contrat d’engagement financier officiel ou secret vis-à-vis de banques et sociétés privées, ou de prêt bilatéral entre la France et des institutions nationales ou internationales, ayant gagé l’or de la France afin de garantir le sauvetage de l’euro. Dans ce cas, l’audit exhaustif devra contenir les conditions des contrats d’engagement ou de prêts.

Par ailleurs :
Attendu que le 30 novembre prochain, aura lieu en Suisse une votation suite à une demande de référendum d’initiative populaire « Sauvez l’or de la Suisse » du parti UDC (Union Démocratique du Centre) qui propose le rapatriement de leurs réserves d’or sur leur sol.
Attendu qu’à la demande de certaines banques centrales nationales avisées, ce phénomène de campagne pour le « retour des réserves d’or nationales » et le contrôle démocratique existe depuis 2013 en Allemagne (Bundesbank), en Pologne etc.
Attendu que la Banque centrale néerlandaise a indiqué récemment qu’elle avait rapatrié 122,5 tonnes d’or.
Attendu que le 19 mai 2014, la Banque de France au côté d’autres banques de l’Eurosystème, a annoncé avoir signé l’accord de Washington des ventes d’or CBGA 4 (Gold sales Under the Central Bank Gold Agreements) qui ne prévoit pas de quotas de cession sur cette période quinquennale (2014 à 2019), contrairement aux trois accords précédents.
Attendu qu’en effet, la Banque de France déjà indépendante, a procédé dans le cadre de l’accord CBGA 2, à des ventes d’or décidées en 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Raffarin.
L’objectif officiel affiché était de gérer plus activement les réserves de change de l’Etat afin de générer 100 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires dès 2005. N. Sarkozy déclarait aussi que cette vente d’or serait utilisée « soit pour financer des investissements qui préparent l’avenir, soit pour réduire la dette, mais en aucun cas pour financer les dépenses de fonctionnement ».
Sur la période 2004-2012, environ 614,6 tonnes d’or auraient été vendues par la France alors que dans le même temps les autres banques centrales de l’Eurosystème dont la BCE se sont engagées à limiter leurs ventes d’or. Selon un rapport de la Cour des Comptes de 2012, cette opération s’avère extrêmement coûteuse pour la puissance publique et constitue une atteinte grave au patrimoine national, effectuée sans aucune consultation démocratique.
Monsieur le Gouverneur, d’après vos déclarations, « l’or demeure un élément important des réserves monétaires mondiales». Pour les Français, vous êtes considéré comme le garant en dernier ressort de la sûreté de cette réserve d’or et donc de la stabilité de notre monnaie et de la stabilité financière nationale. En conséquence, votre responsabilité est immense.

Aussi, en fonction de la situation que nous découvrirons, je vous exhorte à procéder :
– Au rapatriement urgent sur le sol français de la totalité de nos réserves d’or se trouvant à l’étranger.
– A l’interruption immédiate de tout programme de cession d’or.
– A l’inverse, à une réallocation progressive d’une partie significative des réserves de devises au bilan de la Banque de France par l’achat d’or, lors de chaque baisse significative du cours de l’once (recommandation 20%).
– A la suspension de tout contrat d’engagement financier ou de prêt qui gagerait nos réserves d’or.
– Au bilan patrimonial et financier des opérations de cession d’or de 2004 ordonnées par N. Sarkozy.

La mise en œuvre de ces mesures est décisive pour l’avenir de la France face aux troubles socio-économiques qui risquent de se produire.

Tout comme vos héroïques prédécesseurs de la Banque de France en 1939 et 1940 avaient organisé l’évacuation de l’or français, vous vous devez d’entreprendre cette vaste opération de sécurisation du trésor national, acte patriotique qui sera reconnu le moment venu par l’opinion publique.

Je forme le vœu que, respectueux de vos devoirs de haut fonctionnaire au service de l’Etat, vous sachiez faire preuve de la lucidité et du courage nécessaires à la défense de l’intérêt général de notre pays. L’enjeu est considérable, c’est de l’avenir de la France dont il s’agit !

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Gouverneur, l’expression de ma considération distinguée.

Marine Le Pen


Marine Le Pen n'ayant aucun statut légal particulier - sa qualité de "principal chef de l’opposition" autoproclamée étant sujette à débat et certainement pas reconnue au sein des institutions de la République Française - on peut imaginer que cette lettre ne suscitera aucune réponse de l'intéressé. Mais le but de la manœuvre n'est pas là.

D'abord, la missive traduit l'état d'esprit de la Présidente du Front National, un parti français qu'on peut aimer ou détester mais qui s'annonce comme incontournable dans la vie politique hexagonale. Et celle-ci ne considère définitivement pas l'or comme une "relique barbare" qu'on peut négligemment solder lorsqu'on a besoin d'argent... Au contraire, elle pointe les récentes opérations de rapatriement d'or en Europe et les soupçons qui pèsent sur les stocks d'or français - tant leur volume que leur qualité et les éventuels engagements qui pourraient peser sur eux. Des inquiétudes que le silence compassé des dirigeants politiques et de la Banque de France elle-même ne vont certainement pas calmer.

Ensuite, elle n'hésite pas à reprendre les 20% de couverture de l'initiative sur l'or de l'UDC pour demander le même genre de ratio au niveau des réserves de la Banque de France - le tout au nom d'une méfiance accrue envers les monnaies-papier et les risques de déstabilisation de la finance mondiale qui laissera l'or comme seul garantie monétaire acceptée. Nous nous dirigeons à grands pas dans cette direction, d'autres pays s'y préparent, mais c'est la première fois que j'assiste à l'aveu aussi limpide de la situation par un responsable politique de premier plan - une attitude qui ne manque pas de faire du bruit.

Enfin, elle met les responsables du passé en face de leurs responsabilités: Nicolas Sarkozy qui solda des tonnes d'or français à vil prix sans justification aucune sauf probablement pour payer les dépenses courantes ; et bien sûr, le président de la Banque de France Christian Noyer lui-même dont la responsabilité serait effectivement "immense" s'il s'avérait que les réserves d'or françaises ne sont finalement pas ce qu'elles sont sensées être... De quoi donner des sueurs froides à nombre de coquins s'abritant fort opportunément derrière le secret de leur fonction pour éviter d'avoir à rendre des comptes sur des coffres peut-être vides.

Une chose est sûre, Mme Le Pen suit l'actualité économique de près, et avec plus de prévenance qu'on pourrait croire sur les questions monétaires.

25 novembre 2014

Dernière ligne droite pour Ecopop

A peu près tout ce que la Suisse compte de corps constitués est vent debout contre Ecopop - le patronat, les syndicats, les médias, tous les partis politiques, les élus, le gouvernement, et j'en oublie peut-être - mais tel le roseau qui plie mais ne rompt pas, l'initiative refuse de se laisser enterrer dans les sondages...

Il faut dire que l'initiative a pour elle un allié de poids: la réalité.

ecopop.jpgCertes, la réalité est bien malmenée ces temps-ci - par ceux-là même qui sont sensés en rendre compte, c'est-à-dire les médias. Pas un jour ne passe sans qu'un ponte ne vienne pleurer dans les pages d'un journal les malheurs d'une Suisse refermée sur elle-même. Parce qu'un pays avec plus de 23% de population étrangère sur son sol, record européen hors Luxembourg, est visiblement un lieu fermé et hostile aux étrangers, comprenez-vous! Et selon d'autres modes de calcul, on pouvait même arriver à 33% d'étrangers... En 2001 déjà!

Mais la Suisse doit rester un pays ouvert - aux quatre vents, sans portes ni fenêtres. Avec la subtilité d'un boxeur poids-lourds, le message est cogné dans les esprits. La réalité, toujours elle, fait malgré tout son chemin jusque dans ces mêmes médias, comme si le filtre était imparfait et laissait passer quelques gouttes. Il faut juste parvenir à saisir l'instant dans le flot d'inepties.

Pareil sursaut de réel eut lieu en 2013 dans le 24Heures, répétant une étude révélée par le Tages Anzeiger sur la pression exercée sur les salaires du secteur tertiaire. L'étude provenait bien de l'Université de Genève mais il fallait qu'elle soit publiée dans la presse alémanique pour que les rédactions romandes en fassent finalement l'écho... Le titre de l'article? "La libre circulation a bel et bien fait des perdants". Oups.

votation du 30 novembre 2014,ecopop

Comme on voit, quiconque avec moins de trente-et-un ans d'expérience a souffert entre 2004 et 2010 de la libre-circulation. Les rares personnes à en avoir profité sont proches de la retraite, et probablement dans des positions hiérarchiques élevées. À noter que des économistes de l'Université de Berne étaient également arrivés aux mêmes conclusions en étudiant cette fois-ci les rémunérations de Suisses très qualifiés entre 2002 et 2008.

On pourrait aussi citer un article récent du Matin: la Suisse est un eldorado pour les travailleurs étrangers. À mettre sous le nez de tous les crédules qui sont persuadés que le vote du 9 février a fermé les frontières, alors qu'il n'y a pas le moindre début d’ersatz de mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse! (Révélation choquante: il n'y en aura jamais.)

Malgré le site web des adversaires d'Ecopop n'hésitant pas à employer un champ lexical connoté ("arbitraire", "radicale", "drastique", "relents de Malthusianisme") le principal argument en faveur d'Ecopop est malheureusement formulé par... Le Conseil Fédéral lui-même.

Pas celui de 2014, pro-UE, pro-multiculturalisme, pro-immigration, et sourd à la démocratie directe, mais celui du tournant des années 2000 qui était pro-UE, pro-multiculturalisme,  pro-immigration et tout aussi sourd à la démocratie directe... Comment? Confus? Comme vous y allez! Pourtant, l'argumentation de l'époque n'a pas disparu:

"Le Conseil fédéral [de l'an 2000] dispose désormais du travail de Thomas Straubhaar, économiste bernois, où il est clairement démontré que l'émigration des Européens en Suisse n'excéderait pas les 10 000 personnes par an et qu'elle serait le fait de personnes qualifiées. (...) Il ressort de réflexions de plausibilité que la limite supérieure du potentiel d’immigration (net) se situe autour de 10’000 ressortissants de l’UE par an. Il est toutefois plus probable que ce chiffre se situe en dessous de 8’000 (net signifie immigrations moins retours)"


Cet argumentaire fut repris jusque dans le matériel de campagne utilisé pour diluer les frontières de la Suisse dans l'espace Schengen et la libre-circulation des personnes, que le peuple approuva béatement.

Ecopop est traitée de tous les noms pour proposer une immigration nette pourtant le double de ce que le Conseil Fédéral prévoyait lui-même il y a une dizaine d'années!

Sans doute le Conseil Fédéral du passé était-il lui-même "extrême et radical" - à moins que toutes ces postures politiciennes ne soient que de la pure mauvaise foi, l'essentiel étant de préserver l'alliance impie entre la droite et la gauche. Tant pis pour les apparences et les batailles de chiffres, l'intérêt de deux castes doit prévaloir: l'immigration est à la fois l'armée de réserve du capital et le réservoir électoral de la gauche.

Nous sommes à quelques jours du verdict des urnes. Les citoyens ont déjà commencé à voter. Ecopop concerne bien plus que la simple gestion de l'immigration - c'est une ode à l'indépendance d'esprit, à la capacité du peuple souverain de prendre ses décisions à l'écart des pressions des élites, à rester maître de son destin dans une Suisse promise à la dilution.

Ecopop est un (ultime?) acte de résistance.

L'initiative passera-t-elle la rampe? Tout dépend où vous regardez. Si vous examinez les sondages officiels, on vous dira que l'initiative s'apprête à être assez sèchement rejetée. Si vous examinez les commentaires des lecteurs de toutes les publications des journaux ayant trait à Ecopop, la proportion de commentaires pro-Ecopop écrase les autres.

Le trait est encore plus marqué lorsque les internautes de passage peuvent voter pour ou contre les commentaires, comme sur Le Matin ou 20 Minutes ; on voit carrément une proportion de trois ou quatre contre un entre ceux qui sont en faveur de l'initiative et ceux qui lui sont opposés.

votation du 30 novembre 2014,ecopop
Un commentaire pro-Ecopop pris au hasard sur le site du Matin

Comment peut-il y avoir un tel décalage entre les sondages et ce que montre le Web? Je ne parviens pas à l'expliquer. Je ne vois aucune raison pour laquelle les pro-Ecopop, sensés être minoritaires, seraient plus nombreux ou plus motivés à faire connaître leur point de vue à autrui - ni pourquoi ils voteraient massivement et anonymement sur des contributions allant dans leur sens. Il n'y a pas plus de raison que les pro-Ecopop se recrutent en majorité parmi le lectorat en ligne de ces publications plutôt que dans la presse papier.

J'accueillerai avec plaisir toute explication vraisemblable, mais en réalité, je pense que nous sommes face à un mystère. Un mystère que je ne peux m'empêcher de trouver porteur d'une sourde menace, avec un enjeu aussi élevé.

Nous en saurons davantage le soir du 30 novembre.

21 novembre 2014

Genève découvre la grève "à la française"

Si Genève n'est pas vraiment la Suisse, comme le proclament de nombreux Genevois avec une pointe de fierté, la ville ressemble de plus en plus à la France - grèves comprises. Mais tout n'est pas perdu.

L'événement genevois de la semaine eut donc lieu mercredi 19 novembre avec une grève des Transports Publics Genevois (TPG) de 24h particulièrement suivie. Elle priva la ville de bus et de tram pendant une journée entière. L'expérience de cette privation fut riche en enseignements.

Sur le plan de la circulation d'abord. La population locale, dressée comme partout à croire en l'omnipotence du transport collectif sur l'odieux déplacement individuel en voiture, s'attendait au pire. Et en fin de compte... Rien - ou quasiment. Les gens se déplacèrent tant bien que mal, en taxi à plusieurs, en vélo, en covoiturage ou tout simplement à pied. Il faisait beau mais froid en ce mois de novembre. Quelques embouteillages eurent lieu le soir mais malheureusement ils sont monnaie courante dans la région, grève ou pas.

L'information avait été correctement diffusée: il en allait de l'influence du mouvement syndical, après tout. Mais mis à part quelques malheureux découvrant la situation le jour même, la plupart des gens eurent le temps de se préparer et de trouver des alternatives. Le chaos annoncé laissa plutôt la place à la bonne humeur, de nombreux citoyens - dont beaucoup de cyclistes - goûtant à l'absence des bus et tram qui monopolisent d'habitude la circulation au centre-ville.

Surpris et un peu déçu du manque d'impact de la disparition des transports publics sur les déplacements de la population, certains affirmèrent que les solutions trouvées ce jour-là ne sauraient être que ponctuelles ; d'autres annoncèrent au contraire que nous avions assisté en direct à la démonstration de l'inutilité des transports en commun.

Sur le plan politique les Suisses découvrirent un mouvement social à la française - on fait grève d'abord et on discute ensuite. L'idée des grévistes était de demander au Conseil d’État le retrait du contrat de prestation 2015-2018, actuellement discuté au Grand Conseil et dont le vote final est attendu le 4 ou le 5 décembre. Ce contrat remet en cause le statut des employés de la régie publique et pourrait amener un certain nombre de licenciements.

Il n'est pas anodin de constater la naïveté absolue de la classe politique face à ce mouvement de contestation. La palme en revient incontestablement à Christophe Stucki, directeur par intérim des TPG, et Luc Barthassat, le Conseiller d'Etat chargé du département de l'environnement, des transports et de l'agriculture. Les deux hommes claironnèrent ainsi que "le mouvement syndical avait été très suivi" et "les avait pris au dépourvu", justifiant ainsi l'échec de la mise en application d'un service minimal pourtant prévu dans la Constitution. Un véritable camouflet pour l'élu PDC.

La motivation des grévistes l'aurait emporté... Bel exemple de lyrisme syndicaliste comme on les aime, à un petit détail près: c'est complètement faux. Le soir même de cette journée de contestation, la RTS diffusait le reportage de journalistes embarqués avec les grévistes. On y voit un leader syndical local haranguer ses troupes et les préparer, le micro d'un haut-parleur en main:

"Mettez-vous dans tous les points stratégiques, empêchez les gens d'aller démarrer les véhicules, et on va essayer de tenir toute la journée comme on a prévu."


Autrement dit, loin des couleuvres gobées par les responsables hiérarchiques des TPG, il y avait bien un piquet de grève ce jour-là pour empêcher les non-grévistes de travailler, ce qui est évidemment illégal.

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Une voiture peu discrète bloque la porte du dépôt

Un peu moins naïfs que leurs aînés, les jeunes libéraux genevois en profitèrent donc pour déposer des plaintes à titre personnel. Nous verrons comment la justice instruira ces dossiers.

Les syndicalistes n'ont pas obtenu gain de cause et promettent de remettre le couvert en décembre. Les dégâts en termes d'image sont pourtant très importants. La grève en Suisse est contraire à l'esprit de la paix du travail, qui ne la considère comme un moyen de dernier recours. Ce n'est évidemment pas le cas ici, puisque le projet litigieux n'a même pas encore été étudié par le parlement genevois.

Non seulement les grévistes des TPG passent pour des jusqu'au-boutistes capricieux, mais aussi pour des... Français. Le rayonnement français n'est pas forcément celui que l'on croit ; ici, le pays est devenu synonyme de conflits sociaux à répétition pour un oui ou pour un non. Les internautes s'en donnent ainsi à cœur-joie:

"Genève compte tellement de Français que forcément leur mentalité revendicatrice et tire-au-flanc se transmet aux Suisses. Une horreur qui porte gravement préjudice aux citoyens."


Les Français frontaliers représentent un peu plus d'un quart des salariés des TPG. Sont-ils responsables du style du mouvement syndical? Nous n'en savons strictement rien. Mais beaucoup de Genevois y ont vu l'occasion de tirer à boulets rouges sur leurs voisins français et sur les frontaliers, et ce bien que les compagnies privées qui aient remplacé au pied levé les TPG défaillants pour assurer un minimum de service aient été... Françaises.

Dans son propre intérêt, le personnel des TPG aurait intérêt à revenir s'asseoir à la table de négociation et à essayer de trouver des solutions au lieu de se jeter à corps perdu dans le bras de fer. La grève préventive ne correspond tout simplement pas à la mentalité helvétique, Genève comprise.

20 novembre 2014

Il y avait bien des ADM en Irak

"J'adore entendre des gens dire qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak. Il y en avait plein." -- Jarod Taylor, sergent vétéran US


L'histoire suit son cours, inéluctable. La désinformation du passé se mélange peu à peu aux faits réels pour former une brume de mémoire collective, un lot d'approximations et d'erreurs qui passera pourtant à la postérité. Mais Benny Huang ne peut pas se contenter de ces mensonges. Il décrit pourquoi sur son blog, dont voici une traduction.

 


 

[En octobre 2014] le New York Times révéla que les troupes US avaient bien trouvé des armes chimiques en Irak après tout. Cinq mille munitions chargées d'agents neurotoxiques furent découvertes entre 2004 et 2011. La révélation fit les titres pendant un jour ou deux avant de s'évanouir à nouveau.

irak,george w. bush,mensonges,médiasIl se trouve en fin de compte que l'Administration Bush était au courant de ces armes et choisit, de façon contre-intuitive, de garder leur existence secrète. On se perd en conjectures sur les raisons qui amenèrent l'équipe Bush à décider de s'abstenir de revendiquer ces preuves. Certains ont suggéré que personne ne voulait raviver des controverses du passé.

L'information n'était pourtant pas réellement révolutionnaire. En 2006, un rapport du Congrès fut publié sur la découverte d'à peine cinq cents de ces armes chimiques, un dixième du total actuel. Quelques élus républicains claironnèrent la nouvelle mais, de manière prévisible, les médias se contentèrent de l'ignorer complètement. Les munitions étaient vieilles, voyez-vous, et les vieilles munitions ne "comptaient pas" parce qu'elles étaient dégradées au point d'être devenues inutilisables et parce qu'elles n'étaient pas celles que nous recherchions. Après tout, elles avaient été fabriquées avant l'accord de cessez-le-feu signé avec Saddam en 1991. Nous n'avions pas envoyé nos fils et nos filles en danger pour dénicher de vieilles douilles poussiéreuses, dirent-ils.

Avec la découverte de dix fois plus d'engins que les cinq cents rapportés en 2006, les médias ont changé leur fusil d'épaule, mais d'un rien. Ils ne prétendent plus que les armes sont inoffensives parce qu'on sait qu'elles ont blessé au moins six soldats américains et un nombre indéterminé d'Irakiens, mais continuent à proclamer que les armes pré-1991 "ne comptent pas".

"La découverte de ces armes chimiques ne donne pas plus de poids au raisonnement gouvernemental pour une invasion", écrit CJ Chivers, lauréat du prix Pulitzer.

Chivers est-il un escroc ou un banal journaliste paresseux? Je ne parviens pas à trancher. En fait, ces armes sont exactement celles que nous étions venu chercher. En novembre 2002, le Président Bush demanda à l'ONU et obtint la résolution 1441, qui dénonçait la violation patente de la résolution 667 par l'Irak, c'est-à-dire l'accord de cessez-le-feu qui mit fin à la Guerre du Golfe. La Résolution 667 exigeait que Saddam détruise toutes ses armes chimiques et documente le processus en satisfaisant l'attention des inspecteurs en armement de l'ONU. Il n'en fit rien.

Si Chivers s'était donné la peine de lire la résolution il aurait su qu'elle disait:

"[Le Conseil de Sécurité décide] d’accorder à l’Iraq par la présente résolution une dernière possibilité de s’acquitter des obligations en matière de désarmement qui lui incombent en vertu des résolutions pertinentes du Conseil, et décide en conséquence d’instituer un régime d’inspection renforcé dans le but de parachever de façon complète et vérifiée le processus de désarmement établi par la résolution 687 (1991) et les résolutions ultérieures du Conseil."


L'offensive diplomatique de 2002 était le dernier avertissement du monde à un dictateur pour qu'il renonce à des armes connues pour être en sa possession en 1991. La résolution est limpide. Maintes et maintes fois elle fait référence à l'échec de Saddam à se débarrasser de son armement d'avant la guerre du Golfe. CJ Chivers ne se contente pas d'avoir un point de vue biaisé, il réécrit carrément l'histoire.

L'idée que Saddam ne dispose d'aucune arme de destruction massive était quelque peu farfelue, et pourtant ceux d'entre nous qui insistaient là-dessus étaient dépeints comme des types un peu dérangés, adeptes de la théorie du complot et accrochés au moindre soupçon. Il avait utilisé ces armes contre les Iraniens et les Kurdes. Nous savions qu'elles existaient en 1991. S'étaient-elles simplement volatilisées?

Nous savons maintenant qu'elles étaient toujours sur place. Dans l'histoire de Chivers fut cité Jarod Taylor, un ancien sergent de l'armée qui traita certaines de ces armes. Il fit remarquer, "J'adore entendre des gens dire qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak. Il y en avait plein."

J'ai pourtant accueilli le récit du New York Times avec une certaine indifférence. Pendant cinq années j'ai passé la plus grande partie de mon temps à discuter de l'impopulaire Guerre d'Irak, nageant à contre-courant la plupart du temps. Les débats avaient tendance à commencer et se terminer avec des slogans bas de gamme sur Bush-le-menteur et les soldats mourant pour ses mensonges. Cela m'usa au point de ne plus vouloir aborder le sujet.

La pagaille de l'Irak s'observe (en quelque sorte) dans le rétroviseur désormais et j'en suis content. Je ne m'attendais certainement pas à ce qu'il faille huit ans et le coût de 4'806 vies de braves soldats pour atteindre quelque chose qui ressemblerait à une victoire, fragile qui plus est. L'Amérique a déplacé son attention vers d'autres sujets de discorde et c'est aussi bien ainsi.

Aussi, lorsque le Times révéla que les armes de destruction massive de Saddam n'étaient en fait pas des fantasmes comme nous avions été amenés à le croire, je me suis demandé si cela valait la peine déterrer un vieux débat.

Je décidai que oui. Parce que la vérité a de l'importance.

Le grand public mérite de savoir ce qui s'est réellement passé, mais il pourrait ne jamais parvenir à l'entendre maintenant que le récit guerre en Irak a été tellement répété qu'il est devenu résistant à toute remise en question. Les livres d'histoire de demain raconteront probablement une histoire simpliste et fondamentalement inexacte sur un méchant pétrolier texan envoyant ses troupes dans une mission impossible à accomplir. Ce n'est pas le cas et il est important que le mensonge ne devienne pas la "vérité" simplement parce qu'on le répète continuellement.

Les effets du mensonge pernicieux "pas d'ADM en Irak" ont prélevé leur tribut sur nombre de vétérans. Je connais personnellement des gens avec qui j'ai servi sous les drapeaux et qui considèrent leur temps passé en service comme fondamentalement sans valeur parce que fondé sur le prétendu mensonge des armes de destruction massive irakiennes. Je me demande souvent quelle proportion de l'épidémie actuelle de suicides chez les anciens combattants est attribuable à des gens brisés dans leurs corps et leur esprit, mais incapables de citer une seule raison valable pour laquelle ils ont été envoyés à la guerre en premier lieu. Une petite dose de vérité pourrait les apaiser.

D'autres virent leur réputation professionnelle traînée dans la fange. Tony Blair, par exemple, était l'un des Premiers Ministres les plus populaires de Grande-Bretagne jusqu'à ce qu'il décide de prendre le parti de l'Amérique contre Saddam. Il est maintenant rejeté comme un criminel de guerre sans honneur. George Tenet, ancien directeur de la CIA, est aujourd'hui la risée de Washington parce qu'il avait dit au président Bush que les armes de destruction massive de l'Irak étaient un "slam dunk" [Une évidence frappante]. Tenet avait raison. Où peut-il aller pour qu'on lui rende sa réputation?

La piste menant à l'invasion de l'Irak peut sembler de l'histoire ancienne aujourd'hui. A vrai dire, la plupart des enfants maintenant à l'école secondaire ne peuvent même pas s'en rappeler. Il n'est pas trop tard cependant pour insister sur la vérité, parce que la vérité a une valeur propre.

-- Benny Huang


 

Notons sur le sujet que dès 2010, une nouvelle vague de révélation sur la découverte d'ADM en Irak survint à travers les révélations de Wikileaks - ce qui n'est guère surprenant au milieu du flot de documents classifiés accessible par ce biais. Là encore, les médias mainstream, pourtant très à l'écoute des croustillantes révélations du site d'information controversé, choisirent de taire complètement ces éléments. Cette unanimité dans l'Omertà ne pouvait être que le résultat d'une volonté délibérée. Il ne fallait pas nuire à la présentation biaisée de la Guerre d'Irak patiemment mise en place pendant des années.

Il est difficile de savoir exactement quand on été produites les armes chimiques découvertes, et rien ne prouve de façon certaines qu'elles sont toutes antérieures à la Guerre du Golfe de 1991. En fin de compte, quelle importance devrait avoir pareil détail? Dix ans se sont écoulés depuis le début de l'invasion américaine en Irak et la mission des troupes sur le terrain n'était certainement pas de dater ces produits chimiques terrifiants mais de les détruire. On se rend compte de l'absurdité de ce débat alors que les ADM irakiennes conservent leur létalité à travers le temps, aujourd'hui encore.

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Quelques épisodes évoqués dans l'article du NY Times:
1. Mai 2004 - Deux soldats exposés au gaz sarin d'un obus près de Yarmouk dans la banlieue de Baghdad.

2. Été 2006 - Plus de 2400 roquettes à agent neurotoxique trouvées dans cet ancien complexe de la Garde Républicaine de Saddam.
3. Juillet 2008 - Six Marines exposés à du gaz moutarde d'un obus d'artillerie dans un bunker abandonné.
4. Août 2008 - Cinq soldats américains exposés à du gaz moutarde alors qu'ils détruisaient une cache d'arme.
5. Fin 2010 ou début 2011 - Des centaines de munitions au gaz moutarde découvertes dans un container dans l'enceinte d'une base de la sécurité irakienne.

Pourquoi le sujet est-il enfin abordé avec un minimum d'honnêteté après tout ce temps? Peut-être que la vérité sur les ADM en Irak est devenue tellement spectaculaire qu'il n'est tout simplement plus possible de la cacher ; peut-être faut-il finalement lâcher le morceau pour préparer l'opinion à une intervention militaire contre l'EI maintenant que certaines caches d'armes sont tombées entre leurs mains ; mais peut-être aussi, et c'est encore plus inquiétant, que les médias estiment que leur matraquage continuel a tellement bien porté ses fruits qu'ils peuvent désormais même se permettre, grands princes, de lâcher finalement la vérité sans provoquer la moindre réaction.

C'est évidemment l'hypothèse pour laquelle je penche. Face au revirement à 180° d'une vérité officielle qui suscita des manifestations anti-Bush un peu partout dans le monde - y compris aux États-Unis! - l'apathie du grand public semble totale.

L'opération de formatage des esprits a réussi au-delà de toute espérance. Elle résiste même à la vérité.

Mais à travers la mémoire collective que représente Internet il est important de ne pas baisser les bras et de témoigner pour qu'à travers le temps des esprits plus libres que les nôtres puissent, peut-être, avoir accès aux différentes versions de la Guerre d'Irak et se faire leur propre idée des événements historiques de ce début de millénaire.

15 novembre 2014

Rosetta, mission de propagande?

C'était le 12 novembre. Il faisait un temps idéal dans l'espace, après un chemin de plus de 6 milliards de kilomètres parcouru par la sonde Rosetta pour larguer son atterrisseur Philae à la surface d'une comète.

Le largage du petit module sur l'objet céleste 67P, plein de suspense, était apparemment réussi. L'heure était donc le lendemain à l'appropriation de ce succès:

«La mission réussie de l'Agence spatiale européenne rappelle au monde entier que, pour fortifier le patrimoine commun de l'humanité, il vaut mieux coopérer», rappelle ainsi Paule Masson dans L'Humanité.

Pour Bruno Dive de Sud-Ouest, «hier, l'Europe a rallumé les étoiles» car «Rosetta est le fruit d'un projet européen». Et «quelle meilleure réponse à tous les professionnels de l'euroscepticisme que cette merveilleuse aventure ?» s'interroge-t-il.

«Dans notre Europe en panne», écrit Philippe Marcacci dans l'Est Républicain, «cette prouesse invite à croire, encore et malgré tout, au génie humain. Celui qui nous fit lever les yeux au ciel et nous interroger. L'espace d'un instant, rêver un peu».

Pour Jean-Marcel Bouguereau dans la République des Pyrénées, ce succès de l'Europe spatiale montre «incidemment que lorsqu'elle joue collectif, l'Europe peut gagner, ce qui n'est pas rien à l'heure où l'euroscepticisme règne en maitre».

Jean-Louis Hervois de la Charente Libre place de l'espoir dans cet exploit de l'Europe car pour lui, «en se montrant pionnière dans la recherche, elle inventera peut-être le modèle de développement qui sauvera la planète Terre de l'enfer qui lui est promis par tous les dérèglements causés par les hommes».


La fièvre médiatique ne se limita évidemment pas aux éditorialistes de la presse écrite - délire messianique inclus. Mention spéciale pour Ségolène Royal, interviewée jeudi sur les ondes de France-Info au sujet de l'actualité et trouvant le moyen de s'extasier (vers 5:00) sur l'exploration de la comète "Tchouri" en lâchant de beaux morceaux de n'importe quoi:

"C'est extraordinaire ce qui vient de se passer. C'est une prouesse européenne qui vient de se réaliser dans la conquête de l'espace. Nous allons peut-être en savoir plus sur l'origine de la vie humaine car cette comète est restée en dehors du réchauffement climatique, c'est une avancée fondamentale."

"Les informations que l'on pourra en tirer nous permettront d'agir plus efficacement afin de protéger notre planète commune, car c'est là le but de cette mission."

 
Plus tard, sur un autre sujet malheureusement, elle concèdera que "les Français sont beaucoup plus intelligents que le niveau du débat politico-médiatique." Saluons tout de même l'instant de lucidité.

C'est après ces moments-là qu'il advint progressivement que le succès de Philae n'était pas aussi parfait qu'on l'aurait cru. La sonde avait rebondi à trois reprise et fini en bien mauvaise posture, en forte pente dans un coin peu ensoleillé de la surface, un pied en l'air... La mission s'acheva abruptement avec un atterrisseur manquant d'ensoleillement pour alimenter ses panneaux solaires.

20141113PHOWWW00362.jpgNe minimisons pas le mérite de Rosetta: c'est la première fois dans l'histoire humaine qu'un engin réussit tant bien que mal à atterrir sur un objet céleste après la Lune, Vénus, Mars ou Titan. Avec cette comète, c'est aussi le record de la plus petite cible qui est battu: "Tchouri" ne pèse que 11 milliards de tonnes... La moisson scientifique, bien qu'incomplète, restera marquante. Philae a tout de même accompli 80% de son travail aux dires des scientifiques.

En tentant de s'approprier les lauriers de Rosetta, journalistes europhiles et politiciens commettent toutefois deux erreurs majeures.

1. La science est mondiale. Rosetta n'est pas un projet lié exclusivement à l'Union Européenne ; la mission embarque du matériel de multiples nationalités comme le veut la coopération internationale en pareil cas. Ainsi la Nasa américaine - félicitée à tort - explique qu'elle est responsable de trois instruments de mesure dans le projet Rosetta ; la Suisse est elle aussi impliquée avec les caméras de Philae et aussi les harpons placés sur ses pieds et qui n'ont peut-être pas fonctionné (oups).

2. La Mission Rosetta remonte à plusieurs décennies. On peut même remonter aussi loin que 1991. Le lancement eut lieu en 2004, quand l'Europe de beau temps souriait avec insouciance en regardant l'avenir. Il aura fallu dix ans pour parvenir à la conclusion du projet ; les coûts principaux furent assumés longtemps dans le passé. Nombre des politiciens qui se réjouissent aujourd'hui du succès relatif de la mission oublient fort opportunément que la réussite vient avant tout du travail de leurs prédécesseurs, qui n'étaient d'ailleurs pas forcément du même bord politique... D'autre part, l'ambition de Rosetta serait impensable en 2014: l'Europe est trop endettée et ruinée pour se lancer encore dans une aventure spatiale de ce type. Les prochaines sondes à s'élancer dans l'espace ne seront vraisemblablement pas financées par le Vieux Continent.

La mission Rosetta restera probablement comme un succès dans l'histoire spatiale et dans l'épopée de l'exploration du système solaire ; il faut malgré tout savoir faire preuve d'humilité sans chercher à tirer la couverture à soi ni à trouver des justifications idéologique au moindre succès scientifique - un exercice difficile tant pour les éditorialistes que pour les politiciens.