04 février 2015

L'UMP fait naufrage dans le Doubs

Au vu de l'actualité, vous auriez pu penser que l'activité médiatique hexagonale se tournerait vers Boko Haram et ses massacres, la guerre en Ukraine ou, s'il faut vraiment parler d'actualité intérieure, les cellules djihadistes régulièrement découvertes ici et là ou l'exposition du contribuable français à cette dette grecque que le nouveau gouvernement local souhaite "effacer".

Que nenni. A la place, l'actualité semble exclusivement se ramener à deux sujets: un procès en proxénétisme aggravé où Dominique Strauss-Kahn se retrouve sur le banc des accusés - mais on évitera soigneusement d'évoquer les mécanismes de corruption sous-jacents - et la primaire législative dans le Doubs pour trouver un remplaçant au socialiste Michel Sapin, appelé à servir dans les plus hautes sphères de l'Union Européenne.

Et encore! Le second sujet ne semble qu'une vaine excuse pour guetter les querelles au milieu d'une UMP éliminée dès le premier tour. Les ténors appelleront-ils à voter pour le PS? A s'abstenir? A poursuivre dans le "ni-ni" prôné en son temps par Nicolas Sarkozy?

france,ump,nicolas sarkozy,marine le penEn bonne politicienne engagée dans le mauvais parti, Nathalie Kosciusko-Morizet appelle à voter à gauche. L'ancien premier ministre François Fillon lance quant à lui un "pas de complaisance avec le FN, pas d'indulgence avec le PS" ambigu devant le groupe UMP à l'Assemblée. Faut-il donc s'abstenir? Non, puisque le président du groupe UMP de l'Assemblée nationale Christian Jacob se prononce, lui, pour un vote blanc. Après une attente soigneusement orchestrée, Alain Juppé invite quant à lui à "faire barrage" au Front National, donc de voter pour ces socialistes qui lui sont finalement si sympathiques. Et Nicolas Sarkozy, capitaine du Radeau de la Méduse, de réclamer une réunion du bureau politique de l'UMP dont on se demande bien quel pourra être l'effet vu qu'elle a lieu après que chacun ait dit ce qu'il avait à dire...

La question du second tour n'est pas anodine puisque le cas de figure est inédit. Les précédentes élections partielles avaient vu l'élimination de la gauche au premier tour, laissant au second l'UMP face au Front National. L'électeur socialiste moyen avait donc deux choix: soit se déplacer pour élire l'UMP et donc opter pour le "moindre mal" en présentant cela comme un devoir civique, soit rester chez lui à savourer un thé chaud. Ici, l'UMP se retrouve tiraillée entre deux rivaux: l'ancien à gauche, le nouveau à droite. Entre le PS et le FN, quel dilemme!

L'élimination de l'UMP au premier tour montre à quel point le PS a effectivement repris du poil de la bête - en particulier depuis les attentats du 7 janvier et la récupération politique le dimanche même par François Hollande lors de la marche "je suis Charlie". L'opération fut si réussie que Manuel Valls, en campagne dans le Doubs, présente désormais carrément cette manifestation comme un rassemblement historique de la gauche:

"Mobilisez-vous! Soyez fiers de cette France du 11 janvier, qui s'est retrouvée et que nous chérissons. Soyez fiers de cette gauche que nous incarnons, de cette gauche qui affronte le réel avec la force de son idéal", a lancé le Premier ministre devant une assistance d'un millier de personnes.


Vous vous sentiez Charlie en janvier? Vous aviez peut-être battu le pavé parisien pour exprimer votre rejet du terrorisme islamique, votre foi dans la société française ou la liberté d'expression? Félicitations. Vous êtes désormais socialiste honoris causa - nous ne sommes plus à une contradiction près.

Consternant spectacle d'une classe politique et d'une classe médiatique vivant complètement en dehors de la réalité - jusque dans les consignes de vote qu'elle croit donner. Saluons le collectif de droite Sens Commun de rappeler l'absurdité du mépris des choix électoraux:

La question à se poser est pourtant simple: que reste-t-il de la démocratie quand certains s'arrogent le droit de qualifier un vote de bon et l'autre de mauvais? (...) La République n'est pas un monopole: en la récupérant à son seul profit, la gauche dite «républicaine» la vide par là même de son sens. Une fois de plus, elle se juge habilitée à exclure du débat démocratique des millions de Français. Mais si elle n'aime pas un certain type d'électeurs, c'est qu'elle n'aime qu'une partie de la France et qu'elle est donc incapable de rassembler notre pays. Et si elle estime que plusieurs millions de Français ne savent pas voter, pourquoi maintenir la démocratie plus longtemps?


Pas un média en revanche pour relever la sortie du candidat UMP vaincu Charles Demouge: "ce sont les bons petits blonds qui m'emmerdent", lança-t-il en tentant visiblement de courtiser l'électorat immigré. Peine perdue. Quant à la mobilisation citoyenne et les plaintes des associations contre cette saillie indigne, on les cherche encore ; mais il est vrai que le racisme anti-blanc est pardonnable et pardonné en France.

Combien d'électeurs ont été rebutés par ces propos consternants? On ne le saura pas puisque, outre l’omerta médiatique, les grands pontes de l'UMP n'ont visiblement pas choisi de remettre en cause la qualité de leur candidat. C'est une faute.

Le deuxième aspect de cette élection partielle concerne la France entière. Après la défection de Jean-Pierre Maggi vers le groupe des radicaux de gauche plus tôt dans l'année, le siège de député du Doubs remet encore davantage en question la majorité du PS sur l'Assemblée Nationale. Autrement dit, l'affaire ne porte pas seulement sur le remplaçant d'un ex-ministre mais bien sur la continuité de l'exercice du pouvoir par le PS.

La chute progressive d'un parti disposant à lui seul du pouvoir de décision législatif reste un symbole fort. Dans ce contexte, l'existence d'un troisième député du Front National est anecdotique ; il est effarant de constater que le sujet peut à ce point obséder l'état-major de l'UMP et livrer des résultats aussi curieux. L'UMP est terrorisée par le FN, c'est un fait, mais il faut livrer bataille intelligemment. Le destin du combat entre les deux partis ne se joue pas dans le Doubs.

Le vote blanc finalement préconisé est un prétexte. En refusant aux électeurs du Doubs le droit d'élire un candidat du Front National, l'UMP montre qu'elle se complaît dans la dualité "UMPS" si souvent dénoncée par Marine Le Pen. Elle sert directement les intérêts des socialistes et de François Hollande. Renonçant de facto à son rôle d'opposition, ses consignes de vote confuses ne font finalement que la démonstration de son inutilité et préparent donc, à terme, son effondrement.

Commentaires

Je crois que l'UMP est cuite quoi qu'elle fasse. Au 2ème tour, ce sera Marine contre un socialiste, et donc encore 5 ans avec cette fine équipe au pouvoir. La France n'a pas fini de couler...

Écrit par : Géo | 04 février 2015

Ce matin, j'ai entendu Cazeneuve déclamer que dimanche, "le coeur de la République battra dans le Doubs" ! Rien que ça. Il faudra qu'on m'explique un jour ce qu'est cette république confisquée à grands coups de déclarations hors sol.En plus d'être antidémocratiques, ils sont ridicules.

Écrit par : Zendog | 05 février 2015

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