24 février 2015

Taxer l'énergie?

Dans moins de deux semaines, le peuple suisse sera invité à se prononcer sur l'initiative des Verts Libéraux "Remplacer la TVA par une taxe sur l'énergie."

On prévoit un rejet cinglant avec 29% de Oui et 58% de Non selon un sondage établi fin janvier, mais oublions un peu les opinions populaires du moment pour nous pencher sur l'idée: taxer l'énergie au lieu de la valeur ajoutée, est-ce une bonne idée?

Les premières formulations d'une Taxe sur l'Énergie avaient de quoi susciter l'intérêt: d'une part, elle viendrait en remplacement de la fameuse TVA qui grève de 8% à peu près tout ce qui est consommé en Suisse, mais d'autre part, à l'inverse de l'indiscriminante TVA, en recourant à des sources d'énergie renouvelables il serait possible de l'éviter!

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Vous avez dit simpliste?

Le projet initial avait de quoi susciter un intérêt poli, même si certains trous béants subsistaient dans le raisonnement ; par exemple, l'inefficacité crasse de certaines énergies renouvelables sensées suppléer aux autres. Et pour les nécessités incontournables comme l'essence, le projet de Taxe sur l'Énergie survivrait-il à des gens se contentant simplement de faire le plein de l'autre côté de la frontière?

Depuis, le projet de Taxe sur l'Énergie ne s'est que très vaguement précisé et plus on y réfléchit, plus il semble dénué de toute crédibilité.

Chacun imagine aisément de quelle façon il pourrait échapper à la nouvelle Taxe sur l'Énergie: éteindre les appareils énergivores, baisser un peu le chauffage, ce genre de choses. Mais ces mesures de bon sens à l'échelle personnelle ne sont qu'une goutte d'eau dans un océan qui échappe totalement à notre emprise. Qu'adviendrait-il de ce qui reste de l'industrie d'exportation si les entreprises devaient assumer une Taxe sur l'Énergie sur leurs coûts de production? Que deviendraient les denrées alimentaires sur les étals une fois leurs prix renchéris des pénalités énergétiques liées au transport ou à la chaîne du froid?

Selon l'adage, l'écologie est un caprice de riche. Le célibataire urbain n'aura aucun mal à se permettre une voiture électrique dernier cri et à acheter du bio de saison dans le petit commerce trendy de son quartier. La famille de la classe moyenne, elle, habitant là où les loyers le lui permettent, se prendra la Taxe sur l'Énergie de plein fouet. La nourriture importée sera pénalisée. L'utilisation de l'unique voiture d'occasion hors d'âge pour trimballer les enfants de la famille deviendra hors de prix.

Il n'y a pas plus antisocial qu'une Taxe sur l'Énergie. Ayons une pensée pour tous les locataires qui subiront une hausse des charges délirantes alors que rien ne saurait forcer les propriétaires à faire des travaux d'isolation dans leurs logements - et si tel était le cas, ils répercuteraient ces travaux sur le loyer...

Peut-être conscient de ces faiblesses mais cherchant malgré tout à séduire l'électorat de gauche, les Verts Libéraux choisirent délibérément d'associer à leur projet une notion de fiscalité constante, c'est-à-dire un mécanisme assurant que le montant de la Taxe sur l'Énergie variera de façon à stabiliser les recettes de l’État malgré la disparition de la défunte TVA. Les Verts traditionnels jubilent:

La taxe sur l’énergie doit être fixée afin qu’elle génère autant de recettes que la TVA actuelle (moyenne sur 5 ans). Si les rentrées baissent, la taxe est augmentée.

Si nécessaire, il sera aussi possible de taxer l’énergie grise (soit l’énergie consommée pour fabriquer, transporter, stocker, vendre et éliminer un produit). Une taxe générale sur la consommation des ressources naturelles, comme le prévoit l’initiative « Pour une économie verte » serait, au final, préférable.


Des taxes, des taxes et encore des taxes! Comme s'il en pleuvait! Et tout ce qui sera économisé par les uns sera compensé par les autres - voire, le plus souvent, les mêmes. Le gain de consommation de fuel domestique acquis en vous ruinant dans une nouvelle isolation sera perdu à travers des taxes plus élevées sur votre essence et votre électricité.

Pour le fonctionnaire de base s'indignant et se rebellant à l'idée que l’État rogne un centime sur son budget, pareille mesure a peut-être quelque sens ; pour les gens normaux, elle fait perdre à la Taxe sur l'Énergie toute signification. La pression fiscale sera exactement identique, et probablement pire pour la plus grande partie de la population dont les stratégies énergétiques sont des plus limitées.

votation du 8 mars 2015,prise de position,écologie,initiative,fiscalité,tvaL'appel du pied à la gauche a échoué: même le Parti Socialiste rejette le texte, c'est dire s'il est mauvais. Seuls les Verts marxistes restent en lice avec leurs compères prétendument centristes.

Les adversaires du texte axent leur campagne sur la terreur que devrait susciter un litre d'essence à 5 francs ; c'est un peu court. La plupart d'entre nous paye au quotidien bien plus en TVA que ces taxes supplémentaires sur l'essence. S'il n'y avait que cela, la Taxe sur l'Énergie semblerait peut-être supportable ; mais le litre d'essence à 5 francs ne changera pas que votre façon de faire le plein. Il affectera toute la chaîne logistique, du magasin d'alimentation au bâtiment, de l'industrie de transformation au tourisme.

L'étendue de la TVA cache une omniprésence de l'énergie qui lui est encore supérieure. La "valeur ajoutée" se taxe dès qu'un bien est acquis par son consommateur final ; l'énergie, elle, intervient en amont, avant même le moindre bénéfice pour quiconque. En d'autres termes, la taxation de l'énergie rend toute production et même toute recherche plus coûteuse et donc plus incertaine.

Certains pays comme les États-Unis, l'épouvantail à écologistes par excellence, se sont pratiquement bâtis sur l'accès à une énergie bon marché et facilement disponible. Cet aspect est un des composants les plus fondamentaux de leur succès. Dans son sens le plus large, l'énergie permet de raccourcir les distances ; de rendre habitable des zones qui ne le sont pas à l'aide de la climatisation ou du chauffage ; de créer richesses et emplois dans le sillage d'entreprises compétitives. A l'inverse, les pays les plus pauvres du monde sont invariablement ceux où l'énergie est chère et disponible par intermittence.

La prospérité helvétique repose énormément sur l'énergie, que ce soit pour alimenter son industrie, assurer la production agricole ou faire vivre ses zones de montagnes à travers les remontées mécaniques de ses stations de ski. Et que consomment donc les trams et les trains dont nos écologistes sont si friands si ce n'est de l'électricité en grande partie nucléaire? Avec la Taxe sur l'Énergie il faudrait fermer du jour au lendemain toutes les centrales nucléaires avec à la clef 40% d'électricité disponible en moins!

En s'attaquant à l'énergie les Verts s'en prennent directement au poumon de notre civilisation, et ce n'est pas un hasard. Jamais avares de misanthropie, ils plaident pour une société rationnée à 2000 Watts mais s'ils étaient vraiment écologistes - et en particulier libéraux - ils commenceraient à faire eux-même la démonstration du succès du mode de vie qu'ils préconisent avant de tenter de l'imposer à quiconque.

L'initiative pour remplacer la TVA par une Taxe sur l'Énergie sera nettement repoussée le 8 mars, c'est absolument certain. Mais le résultat du scrutin donnera une bonne mesure du degré d'utopie mâtiné de totalitarisme encore enraciné dans une partie du corps électoral.

Commentaires

Le simple fait qu'une telle initiative soit proposée au peuple est déjà consternant. Les énergies dites renouvelables sont intermittentes par essence. Il faut aller voir ce qui se passe en Allemagne où, pour suppléer aux dites énergies, on a dû recourir à des centrales à charbon ! Et on ne parle jamais de l'énergie qu'il faut pour construire ces éoliennes ou ces panneaux solaires et ensuite pour les recycler, sans compter la nécessité de recourir à des matières premières qui se trouvent soit en Bolivie ou au Chili pour les piles au lithium, soit en Chine et en Mongolie pour les terre rares(Néodyme, Phraseodyme ..)et qui ne sont pas inépuisables. De plus l'obtention des ces matières premières se fait dans des conditions "écologiques" et humaines des plus contestable.

Écrit par : Zendog | 25 février 2015

Monsieur Montabert il y a plus rentable comme par exemple taxer la stupidité humaine ou le manque de valeurs comme le savoir vivre qui consiste pour autant que le politicien en posséde quelques grammes à s'excuser par devant caméra pour avoir trompé l'électorat !
Sciemment ou pas peu importe mais on ne peut pas dire que la politesse règne vraiment au sein de la classe politique actuelle
On remarque aussi que financièrement parlant les deniers publics étaient beaucoup mieux gérés sans économistes

Écrit par : lovejoie | 25 février 2015

À Lugrin, à Intermarché le Diesel est à 1,12 !

Je me réjouis !

Comme il n'y aura plus de TVA en Suisse, on pourra encore acheter les produits en France avec -20% de TVA

Sont chouettes nos politiciens !

Ca allait trop bien la Suisse, normal que des crétins s'y mettent pour la faire couler !

Écrit par : petard | 25 février 2015

Il y a des biens de première nécessité. Parmi ceux-ci: le chauffage. Si un logement n'est plus chauffé, la température peut descendre bien en dessous de 10 degrés en hiver. Donc augmentation massive pour ce poste des dépenses et non seulement pour les résidents, mais aussi pour tous les métiers qui ont besoin d'un local chauffé: médecins, avocats, écoles, usines, etc. et qui répercuteront leurs frais. Donc pour eux pas besoin de se serrer la ceinture, puisque c'est le client ou le consommateur final qui va payer. Rappelons qu'il n'y a pas de TVA sur la santé. Et quand les résidents près d'une frontière vont aller faire du tourisme d'achat massif entraînant une baisse des rentrées fiscales, cette taxe énergétique va peser chaque année de plus en plus lourd et va écraser ceux qui n'auront pas les moyens de s'acheter une nouvelle voiture moins gourmande ou de calfeutrer leur logement, etc. Le prix de l'essence va grimper en flèche et ce sera l'occasion de nouvelles contrebandes quand la différence de prix avec l'étranger deviendra significative.

Jamais une initiative n'a été aussi stupide et anti-sociale et les arguments pour la promouvoir aussi mensongers.

Un exemple:

"La Turquie taxe nettement plus les carburants que la Suisse, ce qui ne nuit pas à sa croissance."

http://juliennicolet.blog.tdg.ch/archive/2015/02/08/quand-vous-aurez-lu-ce-texte-vous-vision-de-la-tva-sera-boul-264408.html

Mensonge dévoilé ici:

http://www.lepetitjournal.com/istanbul/a-la-une-istanbul/101475-carburants-en-turquie-le-prix-a-la-pompe-est-le-plus-eleve-du-monde.html

A noter: 4,70 livres turques = 1.78725 CHF. Et en 2012, j'ai pas souvenir que le prix du litre d'essence coûtait moins cher ici, sans parler des pays voisins. Et le diesel est moins taxé en Turquie.

Sans parler que la croissance peut être stimulée par les investissements de l'Etat grâce aux taxes prélevées.

Et comparer la Turquie à la Suisse... faut oser. Mais certains osent tout.

(Le blog mentionné ci-dessus ne passe aucun de mes commentaires. Un grand démocrate partisan de la liberté d'expression. Mais des verts on peut TOUT attendre.)

Écrit par : Johann | 28 février 2015

Et si on veut être honnête, on donne l'information suivante:

http://fr.globalpetrolprices.com/gasoline_prices/

La Norvège, producteur de pétrole, est en tête. Et la Suisse prétend à cette place d'honneur avec un litre à 5 CHF... Ils sont fous ces helvètes? Et bien non, puisque cette initiative va se prendre une claque monumentale.

Écrit par : Johann | 28 février 2015

"cette initiative va se prendre une claque monumentale."

Ce qui est confirmé aujourd'hui. Le sort mérité pour une initiative stupide.

Écrit par : Johann | 08 mars 2015

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