18 mars 2015

La dernière initiative

C'est avec une immense tristesse que j'ai découvert dans les médias le lancement de la dernière initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" - la dernière du premier parti de Suisse, et peut-être la dernière tout court.

On le savait, le projet couvait depuis quelques temps déjà, alors que Christoph Blocher avait annoncé son retrait du Parlement pour s'adresser directement au peuple souverain, l'organe suprême de la démocratie helvétique. Mais tout semble s'accélérer, en particulier les circonstances qui rendent soudainement ce texte terriblement nécessaire.

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Beaucoup, à commencer par moi, auraient aimé que ce texte ne voie pas le jour, non pas à cause d'un désaccord avec son contenu mais au contraire parce qu'il égrène des évidences. Dans une situation normale, il est difficile de démontrer des évidences. Allez non pas expliquer mais démontrer au sens mathématique la commutativité de l'addition à un jeune enfant! Pas simple.

La Constitution helvétique est issue du peuple suisse. La chose est acquise dès son préambule. Tous les autres organes de l'Etat émanent de cette Constitution et sont donc subordonnés à la collectivité des citoyens qui lui a donné naissance. Viennent donc dans l'ordre de priorité des institutions fédérales le Peuple Suisse, puis le Parlement, puis le Conseil Fédéral - chacun étant aux ordres du précédent.

À Berne, la chose a été oubliée depuis longtemps. Le divorce entre le peuple et les partis politiques remonte sans doute à ce "jour noir" de 1992 où la Suisse refusa les fiançailles avec l'Union Européenne, infligeant un affront cinglant à ses élites. Convaincue de dominer un troupeau d'ânes incapables de comprendre le grand ordre des choses, la classe politique œuvre depuis à contourner, museler et finalement se passer de ces citoyens revêches.

Pendant très longtemps la transformation du régime se fit par petites touches, en toute discrétion: une adhésion par la bande à une organisation supranationale présentée comme de peu de conséquences ; la ratification d'un traité tellement flou qu'on le dote d'une cour de "justice" chargée de définir son contenu, lui garantissant une extension à peu près infinie, peu importe l'éloignement du texte initial ; l'abandon de la convertibilité-or du Franc Suisse, préalable à l'adhésion à l'euro ; des jugements de la Cour Européenne des Droits de l'Homme niant sans contestation les dispositions constitutionnelles fédérales ; la disparition des frontières pour que le territoire suisse ne fasse enfin plus qu'un avec celui de ses nouveaux maîtres.

Longtemps le peuple helvétique fit preuve d'une bienveillance coupable, berné et bercé dans l'idée que ses représentants - jamais mot ne fut plus mal choisi - œuvraient dans le sens de l'intérêt commun. Il y avait bien quelques cahots mineurs lors d'un référendum, mais dans l'ensemble rien de bien grave.

Les choses s'accélérèrent de façon notable au tournant des années 2000 puis ensuite lors de la crise de la dette publique de 2008. Désormais, les avancées se font carrément au grand jour, qu'il s'agisse de l'adhésion de la Suisse à la zone euro à travers les manipulations de la BNS ou de la soumission voulue et assumée de la législation du pays à Bruxelles à travers "l'accord institutionnel" concocté par M. Burkhalter, totalement incompatible avec la démocratie directe - et il le sait très bien!

Par ailleurs et en parallèle le gouvernement n'a jamais été aussi sourd aux cris du peuple qui s'incarnent dans un nombre inégalé d'initiatives acceptées: contre les pédophiles, pour le renvoi des criminels étrangers, contre l'immigration de masse... Mais ces initiatives sont ignorées, perverties, détournées autant que le permet la loi et même au-delà. Il ne s'agit pas d'une évolution progressive face à des opinions qui auraient pu changer depuis le précédent scrutin sur le sujet il y a quinze ou vingt ans. L'objectif avoué est d'ignorer les décisions populaires lorsqu'elles contreviennent à la doxa collectiviste et internationaliste des élites.

Parmi tous les pays du monde, il n'y a probablement qu'en Suisse où le respect du moindre traité international suscite une piété quasiment religieuse. Les autres n'hésitent pas à les dénoncer, à les renégocier, ou à rejeter leur ratification. Même dans les rares cas où l'adhésion à un traité supérieur est établie et attestée, comme dans le cas des États-Membres de l'Union Européenne, cette situation est source d'innombrables débats sur les manœuvres possibles au sein du collège. Chaque pays de l'UE n'hésitera pas et n'hésite d'ailleurs pas à tirer la couverture à lui autant que le permettent les textes ; les autres discutent carrément de leur retrait éventuel de l'Union... C'est, tout simplement, le monde réel.

Rien de tel en Suisse où un respect aveugle, soumis et unilatéral aux traités internationaux semble l'incarnation d'une curieuse naïveté alliée à une bêtise stupéfiante. En fait l'attitude obéit à un objectif intérieur assumé: la soumission à l'international est aussi le meilleur moyen de museler la démocratie directe en réduisant progressivement son champ d'application jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.

Minée sans relâche depuis vingt ans, la démocratie directe est si vermoulue qu'elle est à deux doigts de l'effondrement. L'initiative pour la primauté du droit suisse vise à restaurer la charpente. La démarche est louable mais s'apparente aussi à un quitte ou double.

Si le texte est rejeté, alors, il en sera officiellement fini de la démocratie directe. C'est une possibilité bien triste mais tout à fait légale ; la démocratie est ainsi faite qu'elle a le droit de voter son suicide. On continuera à voter certes mais sur des choses triviales, la couleur des volets, les dates des vacances scolaires ; le reste sera décidé à Berne (et Bruxelles, et Strasbourg) sans que personne ne puisse y redire quoi que ce soit. La "démocratie directe" sera réduite à un simulacre plus ou moins folklorique.

Mais si le texte est accepté? Les élites, les médias, le Parlement et le Gouvernement accepteront-ils alors de résilier les traités en conflit avec la Constitution suite à diverses votations passées et futures? Vous avez le droit de le penser ; pour ma part je n'y crois pas une seconde. On expliquera que cela nous mettrait en porte-à-faux avec nos partenaires internationaux et puis que tout cela est bien compliqué, et ensuite on ne fera rien.

L'initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" est la dernière initiative pour laquelle voter ait encore un sens - à condition que son adoption soit suivie d'effets. Malheureusement, il est sans doute déjà trop tard. Son refus enterrera pour de bon la démocratie directe, mais son acceptation ne fera probablement rien d'autre que révéler à tous que le coup d’état institutionnel a déjà eu lieu.

Le combat pour la restauration de la démocratie directe ne fait que commencer. Il sera long, incertain et difficile, et demandera bien plus qu'une initiative.

Commentaires

La dernière qui sonne sera les élections de cet automne. Finis les Conseillers nationaux bi-nationaux, car ceux-là se sont clairement distingués pour leurs ambiguïtés et leurs attitudes pro-européenne et contre le Peuple Suisse.

Nous devons revenir à nos fondamentaux; ce qui fait que nous étions un peuple soudé avec la conviction que sa force était dans son union: Un pour tous, tous pour un. Ceux qui sont venus d'ailleurs, même après la 3ème génération n'ont aucun sens de cette valeur primordiale et prioritaire pour notre survie!

Même France 2 hier soir ricanait de ces Suisses qui acceptaient de travailler 5h. de plus par semaine, sans salaire supplémentaire, pour contrer les effets négatifs du franc fort pour certaines entreprises.

Se sont nos vraies valeurs et si nous perdons par le biais de tous ces socialos-verdâtres notre force, nous serons gobés par l'UE et traités comme les Grecs actuellement, avec dédain et dénigrement.

Écrit par : Corélande | 18 mars 2015

A quand une initiative pour interdire les doubles voire triples nationalités? C'est tout simplement une question d'égalité des droits. Un binational a plus de droits qu'une personne qui n'a qu'une seule nationalité. Certains pays interdisent les passeports multiples.

Il suffit de voir que Laurent Ségalat échappe à sa peine grâce à sa double nationalité.

Écrit par : Johann | 18 mars 2015

En 1989, après la chute du mur de Berlin, certains avait cru bon de déclarer la mort du communisme.

De mon point de vue, le centre de gravité s'est juste déplacé de l'Europe de l'Est, vers celle de l'Ouest.

Les lois et les ordres ne viennent plus de Moscou, mais de Bruxelles.
Et parfois de Strasbourg.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18 mars 2015

L'UDC-Genève n'a rien à voir avec les autres sections cantonales.
Depuis l'arrivée de la famille Amaudruz à sa tête, il y a une sorte de capitulation devant les autres forces politiques du canton.

Avec le décès de Soli Pardo, fondateur de la section genevoise, beaucoup de membres ont abandonné le parti, devenu l'instrument de la clique Nidegger-Amaudruz.

Dommage.

L'UDC pactise maintenant avec le comploteur Darbellay.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18 mars 2015

" Le divorce entre le peuple et les partis politiques remonte sans doute à ce "jour noir" de 1992 "

Divorce surtout avec le peuple " UDC ". Où comment chaque initiative UDC ou soutenu par lui est systématiquement un viole du droit international.

Vous évoquez bientôt plus que le droit de voter sur la couleur des volets. le jour où l'UDC voudra lancer une initiative pour que les volets soient tous bleu vous verrez que l'on nous dira que mettre du bleu sur des volets viole les droit de l'homme.

D.J

Écrit par : D.J | 18 mars 2015

@Corélande: vous avez l'air de placer un immense espoir dans les élections fédérales de cet automne. Je me battrai pour obtenir le meilleur résultat possible bien sûr mais je doute que cela change fondamentalement quoi que ce soit - même avec une UDC à 30% et d'autres partis perdant 1% par ci, 2% par là, les rapports de force changeront-ils vraiment? Quelque part, j'en doute.

@Johann: je suis double-national, comme quoi il y a de tout dans ce tonneau. Votre point de vue se défend mais j'ai du mal à croire que l'essentiel des problèmes de la Suisse trouve sa source dans cette population très minoritaire et généralement peu politisée (sauf exception). On peut se poser la question de la loyauté réelle d'élus double-nationaux mais si Ada Marra ne gardait que son passeport suisse, pensez-vous qu'elle agirait de façon fondamentalement différente?

@Victor-Liviu DUMITRESCU: je ne vois pas très bien que ce votre tirade contre l'UDC Genève vient faire là-dedans. Le seul que je suive vaguement est Me Nidegger et ma foi je suis d'accord avec ses arguments la plupart du temps.

Écrit par : Stéphane Montabert | 18 mars 2015

Ma tirade, monsieur Montabert, signifie la perte et l'abandon des valeurs suisses par une section cantonale UDC.

Je suis déçu de voir l'évolution de l'UDC dans un mauvais sens, forcément.
L'UDC n'est plus ce que c'était.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18 mars 2015

@Victor-Liviu DUMITRESCU: Ah, merci de vous être expliqué, je comprends mieux ce que vous vouliez dire.

Si l'UDC n'est plus ce que c'était, eh bien vous m'en voyez désolé. D'un autre côté je doute que l'UDC Genevoise soit vraiment l'incarnation d'une ligne "parfaite" de l'UDC, chaque section cantonale ayant ses petites nuances (rappelons-nous la section grisonne qui nous donna cette merveilleuse Evelyne Widmer-Schlumpf!) donc voilà, il faudra faire avec.

D'un autre côté si vous êtes mécontent de la conduite de votre section cantonale de l'UDC et que vous voulez agir vous avez deux choix: fonder votre propre parti, ou intégrer le parti et y faire entendre votre voix...

Écrit par : Stéphane Montabert | 18 mars 2015

"Il suffit de voir que Laurent Ségalat échappe à sa peine grâce à sa double nationalité."
En principe, la France se doit d’incarcérer Segalat et de lui faire subir sa peine. On ne voit pas comment cela pourrait ne pas se faire...

Écrit par : Géo | 18 mars 2015

Quand on sait que les 2 tiers du parlement fédéral sont prêt à vendre la Suisse, contre la volonté populaire, à l'UE, il y a de quoi se mobiliser en effet pour enrayer ce funeste destin que tous ces "doublons" nous préparent.

Johann a été clair, ces gens jouent sur trop de tableaux et ont des avantages multiples. Nous devons nous défendre avant qu'il ne soit trop tard, et qui d'autres que les UDC pour respecter cette volonté. M. Amstutz l'a dit clairement et M. Maurer le répète toujours; les Elus sont les employés du peuple et rien d'autres....ok! Vos passeports vous vous les mettez où je pense, mais quand il s'agit de l'intérêt des Suisses vous suivez les ordres du peuple qui majoritairement s'est exprimé.

On doit déjà assez se défendre contre ces rh frouzes qui sont en train de liquider au propre comme au figuré nos concitoyens de leur emplois pour engager leurs copains français qui nous pourrissent nos routes et la vie!
Le dernier en date une certaine clinique sur la riviera vaudoise!

Écrit par : Corélande | 18 mars 2015

«Si le texte est rejeté, alors, il en sera officiellement fini de la démocratie directe. C'est une possibilité bien triste mais tout à fait légale ; la démocratie est ainsi faite qu'elle a le droit de voter son suicide.»

Moi aussi, j'aurais aimé qu'on n'en arrive pas là. Si le texte est rejeté, ne restera plus qu'à appeler le bon Dr Sobel...

Écrit par : petard | 18 mars 2015

A vous lire, vous souhaitez que la Suisse soit une île au milieu de l'Europe !

Je vous rappelle - pour mémoire - qu'en 1992, la Suisse a refusé l'EEE et que le parti, dont vous êtes membre, souhaitait des Bilatérales, ce qui a été fait.

Affaiblir la Suisse tel est votre crédo : ce n'est pas le mien !

Écrit par : Hélène | 20 mars 2015

"A vous lire, vous souhaitez que la Suisse soit une île au milieu de l'Europe !"
Je crains que S.Montabert ne soit pas le seul à avoir quelque crainte envers le IVème Reich...

Écrit par : Géo | 21 mars 2015

Jolis vitraux, en tous cas.

Écrit par : Robert Marchenoir | 21 mars 2015

À méditer....

à 6 minutes 22...

rts.ch/play/tv/pardonnez-moi/video/edward-snowden?id=6641472

Écrit par : petard | 23 mars 2015

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