13 avril 2015

De l'immobilisme électoral zurichois

Des élections ont eu lieu ce dimanche à Zurich, le canton le plus peuplé de Suisse. A quelques mois des élections fédérales d'automne, et sachant que ce canton réunit à lui seul un sixième des citoyens helvétiques, le scrutin avait valeur de test.

Le résultat est mauvais.

"Les Conservateurs, grands gagnants des élections cantonales zurichoises", titre le Nouvelliste. Le triomphe est encore loin mais il est vrai qu'à première vue, le résultat semble correct: le vert Martin Graf a été sèchement écarté du Conseil d'Etat, l'électorat n'ayant semble-t-il pas digéré l'affaire Carlos. A la place le PDC récupère un siège avec Silvia Steiner, offrant au gouvernement une répartition marquée au centre avec 2 PS, 2 UDC, 2 PLR et 1 PDC. Le remplacement d'un Vert (d'extrême-gauche) par un PDC (de centre-gauche) ne laisse donc pas présager d'un énorme changement de trajectoire gouvernementale. En évoquant "un léger glissement à droite", le Nouvelliste est dans le vrai. À peine un frémissement...

Mais, quitte à nous projeter dans les élections fédérales, laissons tomber l'élection de l'exécutif puisque celle-ci n'est pas du ressort du peuple. Penchons-nous donc sur l'évolution du Grand Conseil zurichois:

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Infographie RTS

L'UDC tient toujours la part du lion dans l'assemblée (30%) mais ne gagne pas le moindre élu. Le deuxième parti du canton, le PS, se renforce un peu d'un siège, ainsi que l'extrême-gauche. Seuls les Verts et Verts Libéraux perdent réellement des plumes dimanche, mais là encore on est loin de l'effondrement: les deux partis gardent encore plus de deux tiers de leurs sièges. Même le renouveau gouvernemental du PDC ne se concrétise guère au niveau du parlement.

Le vainqueur du jour est évidemment le PLR, doté de huit nouveaux sièges et passant en termes de force électorale de 12,9% à 17,3% des voix.

Quatre virgule quatre pour cent

En 2011, un mois après l'accident de Fukushima, un Vert avait profité de la confusion pour s'emparer d'une place à l'exécutif ; après un mandat les citoyens s'en sont lassé.

Que s'est-il passé depuis? Oh, quasiment rien. L'Europe a continué de s'enfoncer dans la crise économique et financière. Le printemps arabe a fait plonger de nombreuses dictatures dans le chaos. Les Français ont eu la joie d'expérimenter dans les faits le socialisme après l'avoir porté au pouvoir par pure détestation de Nicolas Sarkozy. La guerre civile ravage l'Ukraine. L’État Islamique est né, déplaçant le curseur de la violence islamique à un niveau encore jamais atteint. La Syrie draine de nombreux "jeunes européens" dans une guerre civile dont on ne sait de quelles exactions seront capables les gens qui en reviennent. Divers attentats terroristes ont été perpétrés en Europe, jusqu'aux portes de la Suisse.

Sur le plan strictement helvétique, la BNS a mis en place puis retiré un taux de change plancher avec l'euro, abandonnant la souveraineté du franc en embarquant des milliards d'euros dans son bilan. Les frontaliers et les immigrés n'ont jamais été aussi nombreux, malgré le vote du peuple suisse contre l'immigration de masse. Celui-ci attend toujours, d'ailleurs, la mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers. Deux visions de moins en moins compatibles de la loi opposent les apôtres du culte du droit international aux tenants de la démocratie directe, les premiers disposant de tous les leviers médiatiques et politiques hormis le vote populaire. Le gouvernement fédéral n'a toujours pas retiré sa demande d'adhésion à l'Union Européenne, et continue en fait de faire la promotion d'une adhésion "en douce" à la bureaucratie de Bruxelles.

Tout cela n'est bien sûr qu'une maigre sélection de ce qui s'est passé ces derniers temps. Le résultat? +4,4% pour le PLR, et à peu près autant de perdu pour la gauche - les Verts plus ou moins rouges perdent davantage mais les socialistes et l'extrême-gauche compensent. Pire encore, en guise de "droite" les gagnants du jour sont ceux qui prônent entre autre l'ouverture sans limite des frontières aux personnes, la soumission à l'UE et qui cautionnent les manœuvres d'apprenti-sorcier de la BNS! Et les médias de célébrer la victoire des "Conservateurs"?

Voilà à quoi nous en sommes réduit: un basculement à peine perceptible de l'électorat. Les lignes sont figées. Comme on pouvait le craindre, l'évolution du rapport de force entre gauche et droite s'avère dérisoire. De quoi refroidir les ardeurs de tous ceux qui pouvaient espérer un réveil des citoyens.

Vent mauvais pour l'automne

Ceci n'est évidemment pas de bon augure pour les élections fédérales de la fin de l'année. Si les mêmes tendances se poursuivent - et rappelons-nous que les Zurichois sont plutôt plus à droite que le reste de la Suisse et en particulier que des Romands - le nouveau Parlement ne se distinguera pratiquement en rien du précédent ; et il en sera de même pour le Conseil Fédéral.

Le statu-quo est-il précieux au point de devoir tout lui sacrifier? La question se pose de façon cruciale alors que l'heure tourne et que les options se réduisent. Entre les bulles financières et le jihad global, la dilution de la citoyenneté et les pressions transfrontalières du chômage de masse, l'avenir de la Suisse semble constellé d'écueils qu'il faudra contourner avec habileté sous peine d'éventrer la coque.

Le dernier chiffre remarquable du scrutin est celui d'une participation qui frise l'insulte: 31,3% pour le Conseil d'Etat et 32,6% pour le Grand conseil. Moins d'un électeur sur trois s'est donné la peine de se rendre aux urnes - ou de voter par correspondance plusieurs semaines en avance...

Il est de bon ton de s'intéresser à la politique lorsque des initiatives et des référendums sont proposés au souverain, mais les citoyens devraient se rappeler que 95% des lois au moins ne passent jamais devant le peuple, concoctées par des élus ayant acquis leur siège dans l'apathie générale. Comme ce dimanche.

Dans un pays tel que la Suisse où l'offre politique est si vaste et si libre (deux des partis du Grand Conseil zurichois, PBD et Verts Libéraux, n'existaient même pas il y a dix ans) pareil désintérêt de la population pour la politique est proprement terrifiant. On peut y voir la marque d'un certain ennui, d'une offre insatisfaisante, d'une démobilisation... A moins qu'il ne s'agisse de lassitude mêlée de fatalisme. Dans tous les cas, cette posture du corps électoral n'annonce rien de bon pour le fragile futur de la démocratie helvétique.

Commentaires

J'aimerais bien que cet automne Adrian Amstutz remplace Evelyn Widmer-Schlumpf, qui semble n'avoir plus aucun soutien.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 14 avril 2015

@Victor-Liviu DUMITRESCU: Adrian Amstutz au Conseil Fédéral? vous rêvez! Et encore plus au vu des résultats zuirchois de ce week-end, où l'UDC n'a pas bougé d'un poil!

Si Evelyn Widmer-Schlumpf choisit de se représenter (et je pense qu'on l'y poussera) elle aura tous les soutiens nécessaires, aussi longtemps qu'elle permettra d'éviter à un UDC d'entrer dans la place.

Je ne peux pas présager d'un éventuel retrait politique de la Grisonne, mais si tel n'est pas le cas je n'ai aucun doute qu'elle gardera sa place au CF. Je tiens les paris.

Écrit par : Stéphane Montabert | 14 avril 2015

C'est bien pour cela qu'il faut absolument évincer les parlementaires PDC, les vers- et vers-libéraux, le PS lui va s'effriter tout seul!
(ces gens depuis 8 ans nous ont apportés tous les dégâts que l'on constate maintenant tous les jours).
A voir le virement très à droite de toute l'Europe, la Suisse ne va pas manquer le virage!
Après, on reparlera des Conseillers Fédéraux! (Amstutz me ferait vraiment plaisir aussi, mais je crois que ce n'est pas sa tasse de thé....le CF)

Écrit par : Corélande | 14 avril 2015

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