20 mars 2015

Florissant: un revers pour le bétonnage massif

La nouvelle a été envoyée aujourd'hui à tous les conseillers communaux de Renens et aux médias: le "Projet Florissant" est abandonné.

Florissant? Un quartier de Renens composé de huit barres de logement de dix étages et construit dans les années soixante (dans "l'essor lausannois de l'Expo 64", ajoute avec lyrisme Le Temps). Le genre même de paysage urbain qu'on imagine à chaque fois qu'on évoque les banlieues... Mais toutes les banlieues ne sont pas à problèmes.

florissant,immobilier

Parfaitement intégré à la ville et proche de toutes les commodités, à deux pas de la patinoire de Malley et bordé de plusieurs lignes de transports en commun, Florissant est un quartier ouvert et apprécié de ses habitants, dont 20% ont plus de 65 ans. Bien que d'aspect massif, les immeubles ont été intelligemment placés sur la parcelle avec de grands espaces verts pour les séparer. Malgré les ombres portées, tous les logements disposent de la lumière naturelle, même au rez-de-chaussée. Et il y a de la place pour se garer.

Le confort du quartier aurait toutefois connu une fin abrupte avec un projet municipal de "densification" de l'endroit. Avide de bétonner tout ce qui peut l'être dans une course hystérique à la croissance démographique, la Municipalité envisageait de construire pas moins de cinq immeubles de 4 à 8 étages intercalés entre les bâtiments existants. Des tours au milieu des tours! Adieu parkings, espaces verts, lumière naturelle et calme! Mais une juteuse opération immobilière pour le propriétaire du terrain Swiss Life, sortant de terre autant d'immeubles de rendement pour des centaines de nouveaux locataires au prix du marché, comme on dit...

La démocratie participative est à la démocratie ce que la musique militaire est à la musique, et à Renens, on connaît la musique.

Entre une syndique communiste empressée d'importer de nouveaux électeurs et une municipale verte offrant un mandat d'étude à cent mille francs à son ancien professeur, tout était parti pour que l'affaire soit rondement menée "à la renanaise":

  • dossier monté de toutes pièces sur de prétendus problèmes à Florissant justifiant une intervention de la Municipalité ;
  • maquette d'architecture suffisamment outrancière pour réserver de quoi faire une petite marche arrière comme preuve de bonne foi ;
  • réunions de quartiers hâtives permettant de prétendre que la "démocratie participative" avait joué à plein et que bien entendu tout le monde se satisfaisait du projet final concocté par la Municipalité.

Ne restait plus qu'à convoquer les journalistes pour la pose de la première pierre, sous les flashes des photographes!

La mécanique bien huilée trouva son grain de sable à travers quelques habitants vigilants qui décidèrent de s'opposer à ce qu'il faut bien appeler la destruction de leur cadre de vie. Fondant l'association GIF (Groupement d'Intérêt de Florissant) ils s'opposèrent férocement au Monopoly communal, rejetèrent les compte-rendus dithyrambiques et mensongers des rencontres avec la population, rassemblèrent et informèrent les habitants sur ce qui les attendaient - à Florissant d'abord, dans d'autres quartiers ensuite!

Face à une opposition aussi résolue qu'inattendue, la volonté municipale commença lentement mais sûrement à se fissurer. Un immeuble en projet, puis deux autres, furent retirés. On discuta de divers "aménagements" pour faire passer la pilule. Las! Alors qu'il s'étiolait le projet de plan de quartier perdait peu à peu de son intérêt, mais sans jamais vraiment mourir.

De pétitions en menaces de référendum, le danger politique se précisa. Il amena assez vite une partie de la gauche à jeter l'éponge, avec rupture de collégialité à la clef. Mais c'était encore trop peu: l'extrême-gauche et les Verts (oui, les Verts!) restaient alliés au centre-droit PLR jamais à court de compromis au nom de l'obsédante "croissance"...

Le revirement final des deux municipaux de centre-droit acheva de faire basculer la majorité municipale alors même qu'au Conseil Communal du 12 mars il était encore question de choisir entre "geler" et "abandonner" le projet et qu'une décision n'était pas attendue avant mi-avril.

Cinq ans d'efforts

Il aura fallu cinq ans d'efforts, de vigilance et d'opiniâtreté de l'équipe du GIF (notamment Willy Grandjean et Jean-Marc Reymond) pour combattre et finalement vaincre la soif de bétonnage de la Ville.

Les lauriers de la victoire leur appartiennent et à eux seuls. Ils commencèrent leur combat alors que l'UDC n'était même pas présente au Conseil Communal. Depuis, nous prîmes connaissance de la situation et assez vite il apparut que nos objectifs étaient convergents: l'UDC se bat pour un maintien de la qualité de vie urbaine et celle-ci ne permet certainement pas une densification à n'importe quel prix. Quant à la croissance, elle n'est pas un but en soi et doit être maîtrisée (comme les Suisses eux-mêmes le reconnurent en acceptant l'initiative contre l'immigration de masse le 9 février dernier). Nous nous serions tenus prêts aux côtés du GIF en cas de référendum ; heureusement le projet n'arriva pas jusque là.

Cinq ans d'efforts de la part de citoyens renanais avec une vie à vivre et prenant sur leur temps libre et leurs week-ends pour s'opposer à une Municipalité entourée de professionnels et jouant avec l'argent des contribuables. Quelle lutte inégale! Mais comme dans les légendes David l'emporte contre Goliath.

Depuis la Syndique Marianne Huguenin se découvre un talent pour l'écoute et affirme avec une sagesse toute rétrospective qu'on ne "densifie pas un quartier contre ses habitants". Dans la bouche d'une politicienne aussi expérimentée la formule suscite un sourire amer. Non seulement elle refusa mordicus d'écouter lesdits habitants toutes les fois où elle les rencontra - d'où son surnom de "rouleau-compresseur" dans certains cercles - mais elle défendit elle-même son projet jusqu'à la dernière extrémité, obligée d'y renoncer non pas parce "qu'on ne densifie pas un quartier contre ses habitants" mais bien parce qu'elle finit par être lâchée même par le reste de l'équipe municipale.

Le Projet Florissant était un train fou qui avait déraillé depuis longtemps mais il fallut cinq ans avant que l'information ne parvienne au chef de convoi. Espérons que la leçon sera comprise - si ce n'est de Mme Huguenin, au moins de ses collègues - et que les futurs projets de densification de Renens se feront davantage avec les habitants plutôt que dans leur dos en connivence avec des promoteurs. C'est en tout cas le souhait de l'UDC Renens.

Commentaires

La prochaine fois que vous rencontrerez Von Crick, demandez-lui de vous parler de "Comité populaire", cela vous fera tout drôle.

Écrit par : Géo | 21 mars 2015

Bonjour,
Vous citez le nom de Monsieur Jacques Depallens, celui-ci ne fait pas partie du comité du GIF c'est une erreur.
le comité du GIF se composait, au moment de la mise ligne de votre texte, comme suit:
Willy Grandjean Coprésident
Jean-Marc Reymond Coprésident
Georges Oberson Trésorier
Nathalie Velloni
Daniel Desponds

Merci de bien vouloir corriger votre billet.

Jean-Marc Reymond
Coprésident

Écrit par : Reymond | 22 mars 2015

@Jean-Marc Reymond: C'est chose faite.

Écrit par : Stéphane Montabert | 23 mars 2015

Cela supprime mon commentaire sur cette étrange connexion de l'extrême-gauche avec l'UDC...
J'ai beaucoup aimé ce passage du livre de Zemmour, à ce propos. Vous noterez que Huguenin est communiste...
"Après guerre, le général de Gaulle, qu’on surnommait en 1939 le colonel Motor, conduisit la droite même la plus traditionaliste sur les chemins du progrès technique et industriel au nom de la grandeur de la France et la défense de son rang, laissant certains de ses aficionados effarés devant les dégâts causés sur les paysages harmonieux du cher et vieux pays. « Comment le général de Gaulle qui aime tant la France éternelle peut-il tolérer ça ? » demandait, incrédule, François Mauriac dans son Bloc-notes.
De grands esprits originaux et iconoclastes comme Bertrand de Jouvenel remettaient en cause nos choix industriels et productivistes, mais leur réflexion demeurait confinée à de petits cercles intellectuels. C’étaient des voix solitaires, voix chevrotantes. Voix désuètes, ridiculisées, inaudibles.
Mais bientôt recouvertes et décuplées par des soutiens juvéniles qu’elles n’attendaient plus. Quelques années plus tôt, le chanteur d’obédience communiste Jean Ferrat avait fait le lien entre les deux générations avec son magnifique « Que la montagne est belle », brocardant la frénésie consumériste des paysans quittant leurs paysages sublimes pour manger leur poulet aux hormones dans leurs HLM ; mais cette mélancolie passéiste n’était pas dans la ligne du Parti qui restait productiviste et industrialiste. Progressiste, on disait.
Les jeunes gens chevelus qui reprenaient les chansons de Nino Ferrer et de Jacques Dutronc (« La maison près de la fontaine » 1971 et « Le petit jardin » 1972, note du transpositeur), qui occupaient le Larzac, qui élevaient des chèvres en Ardèche, refusaient la société de consommation. Leur archaïsme était furieusement moderne. Politiquement, ils se voulaient aux antipodes de la droite maurrassienne et traditionaliste qu’ils abhorraient en reprenant pourtant toutes ses intuitions. Leur pacifisme était inspiré de Gandhi et non du maréchaliste Giono (« Mieux vaut être un Allemand vivant qu’un Français mort »), mais leur haine du sionisme deviendrait bientôt proche de l’antique antisémitisme ; leur rejet du capitalisme avait des accents marxistes, mais reprenait en réalité la vieille méfiance du catholicisme pour l’argent."

Écrit par : Géo | 24 mars 2015

"Entre une syndique communiste empressée d'importer de nouveaux électeurs" PURE SPECULATION ! Vous auriez aussi pur dire une syndique soucieuse de répondre à la pénurie de logement

Écrit par : Céline | 24 mars 2015

@Céline: non, je n'aurais pas pu le dire, parce que cela aurait été faux.

Si la Municipalité était soucieuse de répondre à la pénurie de logement comme vous dite, elle aurait depuis longtemps révisé le plan général d'affectation de la commune qui date des années 40, à une époque où l'Ouest Lausannois n'était que campagne, pour permettre une densification douce du bâti.

De plus, elle ne permettrait pas le gaspillage d'innombrables bâtiments du patrimoine communal qui:
1) tombent en ruine faute d'entretien ;
2) sont régulièrement laissés au squatteurs ou accordés à diverses associations lucratives sans buts plutôt qu'à des familles en quête de logement ;
3) pour les rares qui sont effectivement employés comme logements, sont détournés par des familles intouchables qui habitent dans des "logements d'urgence" pendant des décennies.

Croyez-moi, il y a une sacré différence entre bétonner tous azimuts et chercher à loger des familles.

Écrit par : Stéphane Montabert | 24 mars 2015

Effarant de constater cette incapacité des élus UDC à lancer des projets, à amener des idées, à faire avancer les choses vers un mieux vivre Ensemble.

Ceux-ci, les élus UDC, n'ont qu'une flèche malodorante à leur arc, la critique de tous ce que les autres créent, entreprennent.

De leur côté c'est le néant total, rien, juste baver sur les visions de leurs adversaires politiques.

Écrit par : Valentin de Mercier | 29 mars 2015

@Valentin de Mercier: Le capotage du projet Florissant n'est pas le fait de l'UDC mais des habitants du quartier. Par ailleurs en réponse à Céline j'offre quelques pistes constructives pour densifier sans brutaliser personne.

Votre fixation sur odeurs, salive et autres émanations corporelles vous empêchent visiblement de lire.

Écrit par : Stéphane Montabert | 31 mars 2015

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