03 mai 2015

Le poison des taux négatifs

Les taux négatifs constituent la dernière recette en date concoctée par nos élites financières pour résoudre la crise. Depuis qu'une banque centrale a marqué le pas ils se sont répandus comme une traînée de poudre. Sont-ils la panacée, ou le dernier soubresaut d'un système à l'agonie? Cette modeste explication vous aidera peut-être à vous faire une idée de la question.

Déconstruction de la monnaie-dette

Pour faire simple, deux écoles de pensées s'affrontent concernant la monnaie: l'école autrichienne dans laquelle la monnaie est une convention sociale longuement construite et destinée à faciliter les échanges de biens et services, et les autres pour lesquelles la monnaie est un outil manipulable à loisir afin de servir des intérêts politiques.

Puisque sans intérêt pour lui, l'école autrichienne est méprisée de l'establishment ; les leviers de la finance mondiale, banques centrales et organisations financières internationales sont donc réservés aux Keynésiens et autres doctes manipulateurs de la monnaie. Ils ne sont jamais à court de théories pour expliquer pourquoi leurs manœuvres échouent.

Dans le monde réel, un prêt correspond à une privation que le prêteur concède en échange d'une indemnité ; sa valeur par rapport à celle du bien prêté détermine ce qu'on appelle le taux d'intérêt. Le taux dépend d'énormément de choses comme la relation entre le prêteur et l'emprunteur, le risque que la chose louée soit dégradée, détruite ou volée, ou encore le degré de privation ressenti par le prêteur. Les taux d'intérêts sont donc éminemment variables. Ils peuvent être élevés ou au contraire faibles lorsque "tous les voyants sont au vert" ; mais ils ne sauraient être négatifs puisque cela reviendrait à dire que le prêteur paye pour voir quelqu'un d'autre utiliser ses propres biens, ce qui est absurde (ou au moins masochiste).

Si pareille situation serait ubuesque avec n'importe quel bien matériel, elle est désormais appliquée dans le monde de la monnaie-papier dans lequel nous évoluons pour l'instant. Au lieu de louer une voiture pour un an, louez un million de francs pour un an et voilà, les taux sont négatifs. Comment est-ce possible?

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa monnaie-papier est une monnaie-dette. Formellement, un billet de 10 euros est une reconnaissance de dette de 10 euros que la Banque Centrale Européenne signe en faveur du détenteur du billet. A une époque, ce genre de billet aurait pu être retourné à la banque centrale émettrice en échange d'une certaine quantité d'or ; on disait que la monnaie était adossée à l'or ou encore qu'il en était le sous-jacent. Cette épée de Damoclès pesant sur les banques centrales les empêchaient de faire n'importe quoi, comme créer des billets à tort et à travers. Aujourd'hui ce n'est plus le cas et si quelqu'un vient au guichet de la BCE pour demander ce qu'il peut obtenir en restituant des reconnaissances de dettes libellées en euros (autrement dit, nos billets de banque) on lui adressera un sourire gêné tout en lui indiquant la porte.

Nos monnaies-papier, dollar, yen, livre sterling, franc suisse ou euro ne sont adossées à rien. Ce sont des dettes émises en contrepartie de rien. On peut les échanger les unes contre les autres, mais rien n'empêche les banques émettrice d'en pondre quasiment à l'infini ; et depuis quelques années, c'est exactement ce qu'elles font.

La monnaie-papier n'a de valeur que par la force de la loi qui en impose l'usage. En outre, son caractère abstrait et manipulable permet toutes les entourloupes. Par exemple, que représente le sacrifice de la privation d'une somme d'argent purement imaginaire? Question un peu absurde, n'est-ce pas ! Elle est pourtant totalement d'actualité, puisque c'est en répondant à cette interrogation que les banquiers centraux déterminent le taux directeur.

Le taux directeur est le taux d'intérêt de base, totalement arbitraire, que la banque centrale décide d'appliquer aux reconnaissances de dettes qu'elle émet. Puisque cette monnaie ne repose sur aucune contrepartie matérielle, rien n'interdit en pratique de lui assigner un taux d'intérêt négatif, même si cela heurtera les gens avec un peu de sens commun. Cette décision s'avèrera lourde de sens lorsque la monnaie-papier se confrontera au monde réel, comme nous allons voir.

Mais avant, demandons-nous pourquoi nous sommes passés à la mode du taux négatif.

L'inflation sans l'inflation

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtL'inflation est un mécanisme bien connu lié à une création monétaire excessive sans lien avec l'économie sous-jacente. L'inflation est l'effet d'une trop grande abondance d'argent. Elle a pour conséquence d'éroder le pouvoir d'achat de l'unité monétaire. Elle "rapetisse" l'argent. Les prix donnent l'impression d'augmenter alors qu'en fait ils ne bougent pas - c'est simplement la puissance de la monnaie dans laquelle ils sont exprimés qui diminue.

L'inflation est activement recherchée par les gouvernements puisqu'elle permet à la fois de diminuer le poids de la dette publique (exprimée dans une monnaie valant de moins en moins) et d'augmenter les impôts (les contribuables glissant dans des tranches de plus en plus "progressives" du barème d'imposition). Le mantra d'une "inflation à 2%" ne correspond à aucune démonstration économique mais seulement à un compromis permettant aux politiciens d'atteindre leurs objectifs sans provoquer trop de grogne de la part d'une population dont les salaires font du sur-place.

L'inflation a toutefois le fâcheux défaut d'être incontrôlable. De nombreux pays l'apprirent à leurs dépens comme l'Allemagne, le Zimbabwe ou l'Argentine. L'emballement de l'hyper-inflation est effrayant, mais en Europe aujourd'hui il s'agit exactement du contraire. Malgré tous les efforts pour la déclencher depuis 2008, l'inflation ne vient pas. La faute à une économie moribonde et à des perspectives encore pires. Les gens se retiennent de dépenser et les entreprises d'investir. Le circuit économique, à l'arrêt, ne permet pas au surplus monétaire de circuler.

Comment obtenir les mêmes effets que l'inflation lorsqu'il n'y a pas d'inflation? Par les taux d'intérêt négatifs, pardi!

Des taux d'intérêts négatifs représentent une taxe sur les comptes bancaires. Même faiblement négatifs, ils s'appliquent souvent sur de gros montants et provoquent une addition douloureuse. La valeur détenue sur le compte s'étiole avec le temps, mais aussi la valeur des dettes contractées par l'Etat puisque les intérêts de la dette publique sont calqués sur le taux directeur du moment!

Un taux d'intérêt négatif permet donc théoriquement de:

  • pousser les gens à consommer, dans le plus pur style de la relance keynésienne, puisqu'il vaut mieux brûler son argent en achetant n'importe quoi plutôt que de le laisser pourrir sur son compte ;
  • diminuer la charge de la dette publique puisque l'entretient de cette dette est tout d'un coup beaucoup moins cher.

Les deux effets rappellent sensiblement les conséquences de l'inflation. De plus, à l'inverse de l'inflation, les taux d'intérêt (négatifs ou non) sont contrôlables: la Banque Centrale peut décider quasiment n'importe quand de réviser sa politique de taux. Rien à voir avec le mauvais génie de l'inflation si difficile à faire retourner dans sa boîte.

Malheureusement pour nos brillants expérimentateurs économiques, la pratique risque d'être un peu moins sympathique que la théorie.

Le cerveau des acteurs économiques

Les hommes ne sont pas des pions. Leurs aspirations et leur libre-arbitre contreviennent au planisme et à l'approche mécanique de l'économie pratiquée par les banquiers centraux. Les taux d'intérêt négatifs ne poussent pas la majorité des gens à consommer de manière effrénée, pas plus que la hausse illusoire des cours boursier ne mène à l'euphorie. Les politiques monétaires des banques centrales peuvent susciter des bouffées d'optimisme mais celles-ci n'affectent pas durablement la réalité.

Si elles ont un effet, c'est bien au contraire sur les politiciens - en particulier les politiciens au pouvoir. Bien qu'ils prétendent perpétuellement le contraire, les politiciens professionnels travaillent essentiellement à court terme. Leur horizon se limite le plus souvent à l'échéance électorale suivante. Pour ceux-là, l'embellie temporaire des comptes de l'Etat suite à l'application des taux négatifs (obtenue essentiellement parce que le boulet de la dette est tout d'un coup moins lourd) leur permet de plaider que le pays vit une embellie économique dans son ensemble.

Alors que l'introduction des taux négatifs serait au mieux un répit à court terme qu'il faudrait mettre à profit pour engager des réformes courageuses, les politiciens font exactement le contraire: ils en tirent de merveilleuses excuses pour ralentir le rythme poussif des réformes et passent plutôt leur temps à s'attribuer les mérites de l'embellie temporaire des comptes de l’État. Pire, ils sont enclins à s'endetter encore plus puisque, clament-ils, les crédits n'ont jamais été aussi abordables!

Comme on le comprend aisément, pareille attitude a peu de chance d'arranger la trajectoire catastrophique qui a amené les banques centrales à adopter des taux négatifs comme mesures de dernier recours.

Les taux directeurs négatifs affectent de fil en aiguille toutes les perspectives de rendement liées au crédit - parmi elles, les fruits de l'épargne. Or, l'épargne est indispensable pour permettre la constitution de capital qui permet à son tour de financer une activité économique. Pour reprendre la limpide formule de Charles Gave, l'épargne représente le capital de demain et la croissance et l'emploi d'après-demain.

Dans un contexte de taux négatifs, l'épargne perd toute raison d'être, ce qui amène des conséquences terribles pour l'avenir économique d'un pays.

La bascule

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa plupart des gens n'ont pas un compte courant suffisant pour réellement souffrir des taux négatifs, mais il suffit de peu de choses pour que la situation se détériore jusqu'à un point de non-retour.

Pour des raisons légales, de nombreuses organisations (comme les gestionnaires de fonds ou les caisses d'assurance-maladie) ont l'obligation de disposer de grandes réserves fiduciaires directement disponibles. Elles sont donc frappées de plein fouet par les pénalités dues aux taux négatifs - et donc indirectement, leurs clients.

Un gestionnaire raisonnablement compétent ne peut pas accepter de perdre de l'argent sur de simples raisons techniques. La tentation sera donc grande de retirer ces énormes montants des comptes bancaires, par exemple pour les mettre dans un coffre comme argent liquide. Or, pour une banque, un million de francs sur un compte ou sous forme d'une liasse de billets déposée dans un safe n'ont pas du tout la même signification: le premier est compté comme masse sous gestion, le second n'a aucune existence au bilan.

Autrement dit, si tous les clients (et en particulier les gros clients, ceux qui ont le plus d'argent en banque) retirent leurs avoirs sous forme d'argent liquide pour éviter les taux négatifs, les banques feront faillite.

Ce comportement rationnel s'avérant fatal aux banques, les banquiers et les politiciens travaillent main dans la main pour l'empêcher. Nous assistons donc au développement d'une guerre contre le cash et d'un contrôle des capitaux de plus en plus marqué - et c'est assez tristement que l'on voit la Suisse aux avant-postes de cette nouvelle offensive contre la liberté économique, cherchant à empêcher chacun disposer de son compte en banque comme il l'entend.

Le mouvement a déjà commencé et prendra de l'ampleur, les capitaux migrant naturellement vers des lieux où les taux sont plus favorables. Pour ceux qui restent sur place, il y a encore la possibilité de convertir son argent en métal précieux ; l'or est souvent décrié comme étant quelque chose d'inerte voire inutile - "l'or ne se mange pas" nous assène-t-on - mais cette inertie devient une qualité extrêmement recherchée lorsque le simple fait de posséder du cash en billets de banque amène votre fortune à s'étioler. Bien sûr, toutes ces manœuvres de la clientèle assècheront progressivement les banques en les poussant à la faillite.

Le système financier s'effondrera-t-il?

Éthique et priorités

Les taux négatifs ne sont pas intenables à proprement parler ; ils le sont seulement dans une économie ouverte. De fait, les dirigeants de la zone euro et de tous les pays à taux négatifs sont face à un dilemme: soit ils renoncent aux taux négatifs, soit ils renoncent à l'économie ouverte.

Comme on peut s'attendre au pire de la part de cette caste, toute une série de mesures seront donc probablement prises pour mettre un terme à la liberté économique. Ces mesures seront de trois types:

  • le contrôle des capitaux ;
  • l'interdiction des paiements en cash (ou au moins leur plus sérieuse restriction) ;
  • le contrôle de l'or et des placements non-monétaires.

Les deux premiers points serviront à éviter que quiconque échappe à la dépréciation planifiée des avoirs bancaires ; l'urgence de la crise justifiera le premier objectif, la lutte contre le terrorisme le second. Quant au troisième, il servira à empêcher la conversion locale du cash en une autre forme de monnaie à l'abri des taux négatifs et on se réjouit de découvrir l'excuse qu'auront concoctées les autorités.

Et il faudra bien sûr mater les rebelles.

Les taux négatifs représentent le dernier acte du drame de l'agonie d'un système économique artificiel comme la monnaie-papier - en quelque sorte, le miroir de l'hyper-inflation, une autre forme d'explosion connue et spectaculaire. Reconnaissons tout de même que dans le cas présent il n'y a pas de précédent historique ; l'effondrement d'un régime de monnaie-papier par le biais des taux négatifs implique un degré de contrôle sur la société civile qui était impossible à atteindre à l'ère pré-informatique.

Nous ne sommes qu'au début de l'époque des taux négatifs, mais à moins de faire marche arrière immédiatement les dégâts qu'ils provoqueront marqueront notre génération.

Commentaires

Excellent billet...

«l'effondrement d'un régime de monnaie-papier par le biais des taux négatifs implique un degré de contrôle sur la société civile qui était impossible à atteindre à l'ère pré-informatique»

Eh oui, le virus qui permet de faire payer pour payer se répand insidieusement. Bientôt il ne sera plus possible d'acheter quoi que ce soit avec de la monnaie papier. Il faudra obligatoirement passer par la carte bancaire avec laquelle n'importe quelle transaction sera taxée ou facturée.

L'idée de supprimer les billets (qui ne rapportent rien aux banques ni aux Etats lorsqu'ils sont planqués à l'abri de ces prédateurs) suit son cours.

C'est le moment d'acheter des pièces jaunes... les chinoises sont très jolies... et moins chères !

Écrit par : petard | 04 mai 2015

L’erreur de l’école Autrichienne est la même que celle de l’école orthodoxe (néoclassique). Toutes deux considèrent la monnaie comme seulement un facilitateur d’échange de marchandises. Toutes deux restent dans le paradigme de l’économie de troc : on échange une marchandise contre de la monnaie pour acheter une autre marchandise. La monnaie est uniquement un intermédiaire. Dans ce modèle l’échange monétaire ne diffère pas fondamentalement du troc, la différence étant qu’il y a une contrainte dans l’échange de troc : on est obligé de troquer contre une marchandise particulière (la monnaie). Dans une économie de troc (avec monnaie ou non), l’objectif de la transaction est l’obtention d’une marchandise, la monnaie n’est qu’un moyen nécessaire pour l’obtenir. Dans une économie monétaire, au contraire la monnaie est l’objectif de la transaction, pour sa simple possession. L’économie de troc est une économie qui ignore le temps, contrairement à une économie monétaire où le temps est fondamental, c’est pour cela que la monnaie est recherchée pour elle-même. Cette distinction peut paraître anodine mais elle est au contraire essentielle. Dans une économie de troc la loi de Say s’applique, dans une économie monétaire elle n’est pas valide. C’est d’ailleurs parce qu’elle n’est pas valide que le capitalisme est possible. Le capitalisme est possible dans une économie monétaire mais pas dans une économie de troc. Vous voyez à quel point cette distinction est fondamentale. Dans une économie monétaire, comme celle dans laquelle nous vivons, ce sont les crédits qui font l’épargne et non pas l’épargne qui fait le crédit. C’est le crédit qui est essentiel au, qui est le fondement du, capitalisme et non pas l’épargne comme vous le dites plus loin.

Passons maintenant à la question des taux d’intérêts négatifs. Il est certain qu’en apparence cela semble absurde. Pourtant on peut tout de même trouver quelques justifications. Imaginez que vous gardez votre argent chez vous. Vous n’êtes pas rassuré car vous estimez que ce n’est pas assez sécurisé. Vous pouvez préférer prêter votre argent à une entreprise à un taux négatif plutôt que de débourser une plus grosse somme d’argent pour sécuriser votre maison. Dans le cas de biens c’est encore plus flagrant. Imaginez que vous partez pendant un an aux USA, votre voiture reste dans votre garage en Suisse. Vous pouvez préférer payer quelqu’un pour qu’il utilise votre voiture plutôt qu’elle reste un an sans rouler dans votre garage. Idem avec votre maison. Vous partez en voyage pendant deux semaines. Vous pouvez préférez payer quelqu’un pour que celui-ci loge pendant ces deux semaines dans votre maison plutôt qu’elle reste sans surveillance (cela s’apparente à un loyer négatif). Imaginons maintenant que vous avez de l’argent sur votre compte en banque, vous pouvez préférer prêter cet argent à une entreprise à un taux négatif si par exemple vous perdez confiance dans la banque dans laquelle vous conservez votre dépôt. Ou encore vous pouvez préférez prêter à un taux négatif à une entreprise parce que vous savez que grâce à ce prêt elle va pouvoir développer un produit dont vous avez envie, ou encore parce que vous savez qu’en prêtant à cette entreprise, cela va l’amener à investir et acheter des biens d’une autre entreprise dans laquelle vous avez des participations, ce qui va valoriser vos actions. Bien entendu, toutes ces situations sont extraordinaires (au sens littéral) mais elles montrent que les taux d’intérêt négatifs ne sont pas aussi impossibles, absurdes ou masochistes qu’ils paraissent.

Concernant l’inflation. Vous prétendez que l’inflation est due à une « création monétaire excessive sans lien avec l’économie sous-jacente. » En réalité, c’est loin d’être évident. Les travaux de l’économiste d’entre-deux guerres A. Aftalion montrent une non corrélation entre inflation et création monétaire. Aftalion va plus loin et explique qu’en réalité, la création monétaire suit l’inflation, elle en est la conséquence et non la cause, la cause se trouvant la relation de confiance qu’entretient la société, l’ensemble des agents économiques (en tenant compte de leur hétérogénéité la confiance d’un banquier, d’un entrepreneur, d’un consommateur n’ayant pas le même poids) avec la monnaie. A propos de l’Allemagne, je rappelle que l’hyperinflation n’a pas grand-chose à voir avec une création monétaire excessive. La création monétaire excessive a au contraire était la conséquence de l’hyperinflation. Les causes de l’hyperinflation sont plutôt à recherchées dans la hausse du prix des importations puis la perte de confiance dans la monnaie ayant pour conséquence la hausse de la vitesse de circulation de la monnaie.

Écrit par : brasty | 05 mai 2015

@Brasty: Merci pour ce commentaire structuré et détaillé auquel je vais répondre, parce que je ne suis bien sûr pas de votre avis!

Abordant le sens de la monnaie, vous affirmez que la possession de monnaie est un but, mais cela n'a pas de sens: que que soit le système, la monnaie n'est qu'un potentiel qui ne se réalise que dans une transaction. Celle-ci peut être aussi lointaine que nécessaire dans le futur, et c'est ce qui rend la monnaie supérieure au troc car à l'inverse de ce que vous écrivez, il n'y a pas plus dépendant du temps que le troc, qui oblige l'échange à avoir lieu sur-le-champ avec des biens parfois périssables, et ne permet quasiment pas le commerce des services, l'emprunt ou la location.

La seule exception est une monnaie qui a des caractéristiques non-monétaires qui peuvent entraîner son retrait du circuit économique dans certaines circonstances (exemple: dans les prisons où les cigarettes servent de monnaie alternative, un prisonnier peut tout simplement décider de fumer les siennes...)

"Dans une économie monétaire, comme celle dans laquelle nous vivons, ce sont les crédits qui font l’épargne et non pas l’épargne qui fait le crédit."

Dans un système sain les deux sont les deux faces d'une même pièce: l'épargne permet la constitution de montants disponibles pour des prêts. Dans le système de monnaie-dette, en effet, la banque centrale peut émettre une quantité illimité de monnaie pour répondre aux demandes de crédit à un coût nul voire négatif, donc l'épargne n'est pas "nécessaire" au sens strict, mais les conséquences sont pires, puisqu'il y a augmentation continue de la masse monétaire et les épargnants (fonds de retraite, compagnies d'assurance...) sont privés de rendement.

On peut discuter des avantages comparés des deux systèmes ; pour ma part, le spectacle actuel de l'effondrement du second suffit à le disqualifier.

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Concernant les taux négatifs, vous vous êtes donné de la peine pour trouver des exemples très particuliers où quelqu'un peut réellement souhaiter qu'un tiers utilise ses biens à sa place parce que l'inaction entraînerait elle-même une dépréciation du bien. D'une part ce sont des exception, d'autre part le parallèle est inutilisable pour justifier les taux négatifs, pour deux raisons:
1. Les taux négatifs sont imposés par la banque centrale à tout le monde.
2. Ils s'appliquent à la monnaie, c'est-à-dire un bien non périssable par essence.

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Enfin, sur l'inflation, il me semble que vous mélangez les causes et les conséquences. L'inflation a TOUJOURS pour source l'augmentation de la masse monétaire. Il y a des ajustements importants comme sa disponibilité dans l'économie réelle, sa vitesse de circulation ou celle de l'information sur les prix qui en modifient la teneur et parfois annulent complètement l'inflation, mais il n'y a jamais d'inflation lorsque la masse monétaire est stable. Nous en avons de nombreux exemples historiques ; la monnaie-or métallique assura ainsi une continuité des prix quasiment de Louis XIV à 1914 pour des biens non soumis aux progrès technologiques (comme une coupe chez le coiffeur ou un costume sur-mesure).

Puisque c'est lui qui décide de la créer, la responsabilité de l'inflation est donc toujours à chercher du côté de l'émetteur de monnaie-fiat. Un petit article corrosif pour corroborer tout cela:
https://www.contrepoints.org/2012/10/30/102580-une-breve-histoire-de-lhyperinflation

"je rappelle que l’hyperinflation n’a pas grand-chose à voir avec une création monétaire excessive." vos propos n'engagent que vous... Lors de la période d'hyper-inflation de Weimar chaque Allemand avait dans la poche (ou dans sa brouette plutôt) davantage de Deutschemarks que la masse monétaire de l'Allemagne toute entière quelques années plus tôt. A moins qu'ils ne soient tous des faux monnayeurs, comment aurait-ce été possible sans création monétaire?

Vous ne vous posez guère la question des raisons pour lesquelles les gens "perdent confiance dans la monnaie" comme vous dites. En réalité il n'y a pas d'érosion de la confiance dans la monnaie mais une érosion de la confiance dans la quantité de monnaie disponible. Voilà pourquoi, tout en continuant à utiliser la monnaie en question comme base monétaire, la valse des étiquettes fait son apparition. En effet, les importations jouent un rôle-clef dans ce mécanisme puisque dans un circuit totalement fermé (et avec des prix bloqués) l'inflation ne peut pas s'installer. A la place apparaissent pénurie et marché noir, c'est-à-dire un système parallèle à valeur authentique, et dommage pour tous ceux qui n'y ont pas accès.

Gardez vos théories en réserve, d'ici peu entre la BCE, la BNS ou la Grèce nous continuerons à avoir de nombreux exemples de ce qu'il ne faut pas faire.

Écrit par : Stéphane Montabert | 05 mai 2015

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