29 mai 2015

Un mois de juin difficile pour la Grèce

La Grèce fera officiellement défaut au mois de juin. L'information a été très publiquement révélée il y a quelques jours par le ministre de l'intérieur Nikos Voutsis sur la chaîne privée Mega, interrogé à propos des échéances dues au FMI dès le 5 du mois jusqu'au 19 et totalisant 1,6 milliards d'euros:

"L'argent ne sera pas versé. Il n'existe pas."


Les coffres de la Grèce sont à sec. En réalité, la Grèce aurait dû échouer à rembourser le FMI dès le mois de mai. On raconte qu'il serait resté moins de 30 millions dans les caisses. M. Tsipras avait même rédigé une lettre en ce sens au FMI de Mme Lagarde, faute d'argent. L'échéance fut remplie au dernier moment par l'utilisation inopinée d'un fonds d'urgence du FMI de 650 million d'euros théoriquement réservés aux circonstances exceptionnelles (catastrophe naturelle par exemple) et remboursable sous un mois, dont le gouvernement grec n'avait pas connaissance!

On croit rêver mais c'est la stricte vérité: la Grèce paya les traites du mois de mai au FMI avec de l'argent soutiré au FMI. Bel exemple de circularité.

grèce,faillite,euroMême si la Grèce pratique la cavalerie aux yeux de tous depuis des années (comme toutes les social-démocraties occidentales d'ailleurs) la ficelle fut cette fois-ci suffisamment grosse pour que le FMI jette l'éponge. Il demanda à être relevé des négociations sur un prochain plan d'aide européen pour la Grèce.

Depuis et indépendamment de cette anectdote, la Grèce se démène pour tenter d'arracher un allègement de la dette du pays - ce qui implique évidemment que les prêteurs assument des pertes sur leurs créances, articulées entre 60 et 85%. Inacceptable pour les pays européens qui sont devenus les principaux bailleurs depuis la dernière restructuration de la dette consécutive à la faillite de 2012. Ce n'était jamais que la sixième du genre...

Pour ne pas provoquer une panique bancaire (qui arrivera quoi qu'il arrive dans les prochains jours) le gouvernement grec passe son temps à souffler le chaud, selon lequel un accord va bientôt être trouvé, alors que l'Europe souffle le froid à l'aide de démentis cinglants.

Les positions sont tout simplement irréconciliables.

Côté grec, on estime avoir fait tous les efforts possibles. Le gouvernement accepte l'idée des réformes mais a posé certaines "lignes rouges" sur ce qu'il est prêt à accepter de la part de la Troïka ; malheureusement, ces  lignes rouges concernent la privatisation de services publics, la diminution du nombre de fonctionnaires et d'autres mesures qui vont totalement à l'encontre de la base idéologique de Syriza, le parti au pouvoir (sans compter qu'elles ne ramèneraient jamais assez d'argent.)

Côté européen, la position grecque exaspère. Le gouvernement Tsipras a perdu l'essentiel de sa crédibilité. Sachant que la Grèce est sur une trajectoire impossible à stopper, l'Europe n'a guère d'envie de lui accorder les milliards d'euros de la dernière tranche du "plan d'aide" bloqué depuis l'automne dernier.

Après des années de lutte, de tergiversations et de faux-semblants, la situation est arrivée à son dénouement. La Grèce n'a plus aucun expédient pour payer les échéances de ses dettes, et probablement plus assez pour payer les traites des fonctionnaires, les retraites ou simplement les fournitures de base de ses hôpitaux.

Incapable d'honorer les remboursements de ses ses créanciers, incapable de faire face à ses engagements intérieurs, le gouvernement d'Alexis Tsipras est promis à l'effondrement. Le gouvernement grec est loin de reposer sur une base solide. Le parti Syriza, peu accoutumé aux compromis qu'implique l'exercice du pouvoir, se partage entre les "pragmatiques" et les "idéalistes". Une motion de la "plateforme de gauche" (un courant dans le parti) demandant une cessation de paiement explicite fut rejetée de justesse dimanche dernier avec une avance de seulement 20 voix. Dans le contexte actuel ce vote n'a plus aucune importance, mais il révèle les fractures au sein du parti d'extrême-gauche.

Le 5 juin, la Grèce sera en cessation de paiement. Elle ne pourra pas allouer d'argent à son créancier le plus prioritaire. Il faudrait trouver pour cela 2,2 milliards d'euros d'ici au 16 juin! Et ce n'est que le remboursement pour le FMI ; la Grèce doit encore rembourser un total de 7,8 milliards d'euros d'ici au 25 juillet. L’Europe peut faire une croix sur ses versements, tout comme la BCE d'ailleurs, qui n'avait même pas le droit de donner de l'argent au pays mais qui s'est permise de le faire tout de même...

Lorsque M. Tsipras enverra pour de bon la lettre avouant au FMI que son pays est incapable d'honorer ses engagements, il ouvrira une période de négociation d'un mois pendant laquelle il faudra que quelqu'un cède - mais quoi qu'il advienne, l'addition sera forcément pour l'Europe. Ce sera un saut dans l'inconnu.

Décidément, le mois de juin sera bien difficile pour la Grèce.

Commentaires

Voilà, le but des mondialistes est atteint ! Endetter à vie tous les pays de la planète car c'est le moyen le plus puissant d'asservissement et de contrôle ! La main qui donne est toujours au dessus de la main qui reçoit et la main qui reçoit ne peut pas mordre la main qui donne. Et pour boucler la boucle, il sera bientôt interdit de payer avec du cash. Quand votre "argent" ne sera plus qu'une écriture virtuelle informatique dans une banque aux portes fermées, il sera tellement facile de couper le robinet de nos avoirs. Vous avez remarqué comme on aime de moins en moins vous vendre quoique ce soit et qu'on préfère vous louer. Nous devenons des locataires pour tout et si l'on nous ferme le robinet, et bien nous n'avons plus rien car nous ne possédons rien. Alors que l'on voit l'UE s'écrouler, les pays faire faillite les uns après les autres, il y a encore des Suisses qui veulent adhérer à ce Titanic en parlant de prendre le train en marche pendant qu'il est encore temps ! Oui, mais en marche vers où ? Contre le mur ? Non merci ! De toutes les accusations bizarres qu’on lance contre les eurosceptiques, la plus étrange est que « nous voulons vivre dans les années 50″ ou nous replier sur nous-mêmes, ou nous isoler. En vérité, c’est l’UE qui est le produit de cette décennie-là. Le reste du monde a avancé entre temps, mais les eurocrates restent attachés à leur corporatisme, leur croyance dans les grands blocs, leurs prix fixes, leur protectionnisme contre Uber, et Google, et Apple. Nous replier sur nous-mêmes et nous isoler ? C'est justement l’UE se soucie trop d’elle-même, et qui ne s’intéresse que trop peu au reste
du monde. L’UE a interrompu ses négociations de libre-échange avec l’Inde, alors que nous, Suisses, sommes en cours de négociations avec l'Inde, mais aussi la Thaïlande, l'Indonésie, le Vietnam, la Malaisie, les Philippines. L’UE ne mène aucune négociation commerciale
avec la Chine, alors que nous, la Suisse, et l'Islande venons juste de signer des accords de libre échange avec elle. Qui s'isole, et qui se replie ?
Vous aurez compris, Monsieur Montabert, que la raison de mon commentaire n'est pas de contrer le vôtre. Ce n'est que le coup de gueule d'un eurosceptique.

Écrit par : Pierre Henri | 30 mai 2015

Il est normal qu'un pays, un Etat qui n'assume pas ses créances soit déclaré en faillite. Il n'y a pas de mal à çà bien au contraire. C'est de la saine gestion et pour le cas de Grèce (mais de la France aussi) cela aurait déjà dû arriver. Ce n'est pas en masquant la réalité à un malade que nous le rendons plus heureux. Il sait que nous lui mentons mais il est complice et joue le jeu du semblant, "je fais comme si". Mais cela ne rend pas responsable.
Donc la Grèce va tomber économiquement et c'est très bien et ce n'est pas grave car elle va se relever. c'est juste un moment difficile passer. C'est surtout difficile pour les habitants qui sont là au mauvais moment. Mais que la Grèce se rassure, finalement elle va avoir un peu d'avance sur la France qui devrait suivre dans peu de temps.

Bien sûr que nous sommes locataires!
Mon Bien, Ma Propriété ne va m'appartenir que 40 ou 60 ans. Après ce n'est plus rien. En plus la location permet de ne pas être saisissable sur ses biens.
Bien sûr que nous sommes locataires!
Et c'est bien pour çà qu'il faut respecter notre bien : La Terre et l'Autre!

Écrit par : LE BERRE | 02 juin 2015

Les commentaires sont fermés.