04 septembre 2015

L'affaire Aylan Kurdi, suite et fin

Hier je postais un billet dénonçant l'instrumentalisation par les médias et la classe politique de la mort d'Aylan Kurdi, enfant noyé infligé en cinq colonnes à la une au grand public pour faire avancer la cause de l'immigration de masse de "réfugiés" partout en Europe.

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Je rappelais également, encore une fois, que les réfugiés deviennent de simples immigrés économiques dès lors qu'ils voyagent de pays en pays sans plus être en danger de mort, et que le peu que nous connaissions de l'histoire de ce petit garçon correspondait hélas à cette description...

Depuis, l'information filtre petit à petit et confirme largement cette version.

Si Aylan Kurdi est bien mort noyé, l'histoire vendue par des journaux cherchant à apitoyer le grand public est assez loin de la vérité. Comme souvent, il faut aller chercher un autre son de cloche dans la presse étrangère. C'est le Wall Street Journal qui s'en charge, sans même chercher à polémiquer, livrant du naufrage une image tout à fait différente en donnant la parole à la sœur du père survivant, habitant au Canada, pour en expliquer le contexte.

Le texte qui suit est donc une traduction de divers paragraphes de l'article original en anglais, plus une mise en gras des éléments saillants:

M. Kurdi [le père du petit Aylan] amena sa famille en Turquie il y a trois ans après avoir fui les combats d'abord à Damas, où il travaillait comme barbier, puis à Alep, puis à Kobané. Sa page facebook montre des images de la famille à Istanbul, traversant le Bosphore et donnant à manger aux pigeons à côté de la célèbre Yeni Cami ou Nouvelle Mosquée.

Mercredi depuis son lit d'hôpital, M. Kurdi expliqua à une radio syrienne qu'il avait travaillé sur des sites de construction pour 50 livres turques par jour - environ 17 dollars - mais que ce n'était pas suffisant pour en vivre. Il dit qu'ils dépendaient de sa sœur, Tima Kurdi, qui vivait au Canada, pour les aider à payer le loyer.

Mme [Tima] Kurdi, parlant jeudi depuis une banlieue de Vancouver, expliqua que leur père, toujours en Syrie, avait suggéré à Abdullah d'aller en Europe pour faire soigner ses dents et de trouver un moyen d'aider sa famille à quitter la Turquie. Elle dit qu'elle commença à envoyer des virements bancaires à son frère trois semaines plus tôt, en montants de mille euros, pour l'aider à payer le voyage.

Peu de temps après, elle dit que son frère l'appela et lui affirma qu'il voulait amener toute sa famille en Europe, sa femme n'étant pas capable de s'occuper de leurs deux garçons seule à Istanbul.

Mme Kurdi se souvient des propos que lui tenait son frère: "Si nous partons, nous partons tous". Elle dit qu'elle parla à sa femme la semaine dernière, laquelle lui confia sa peur de l'eau alors qu'elle ne savait pas nager.

Je lui ai dit "Je ne peux pas vous pousser à partir. Si vous ne voulez pas y aller, ne partez pas", explique-t-elle. "Mais je suppose qu'ils décidèrent qu'ils voulaient le faire tous ensemble.“


Puis Abdullah Kurdi donne une description de la nuit fatidique:

"Nous étions parti en mer depuis quatre minutes et alors le conducteur du bateau vit que les vagues étaient hautes, ensuite il vira de bord et nous fûmes frappés immédiatement. Il paniqua et s'enfuit en plongeant dans la mer. Je pris les commandes et commençai à virer, mais les vagues étaient si hautes que le bateau se retourna. Je pris ma femme dans mes bras et je réalisais qu'ils étaient tous morts."


Le récit est quelque peu confus mais on le serait à moins. L'embarcation chavira très près de la côte, ce qui explique sans doute pourquoi le "courageux capitaine" préféra directement se jeter dans la mer en pleine tempête. Se pourrait-il qu'il y ait eu une dispute à bord entre ceux qui voulaient avancer coûte que coûte et ceux qui souhaitaient faire demi-tour? Cela expliquerait l'attitude étrange du capitaine sautant à l'eau, mais nous n'aurons probablement jamais le fin mot de l'histoire.

M. Kurdi avait payé 4000 euros pour la traversée jusqu'en Grèce, à seulement quelques kilomètres de là. Quatre Syriens suspectés d'être les passeurs ont été arrêtés depuis.

En Turquie, la famille Kurdi vivait pauvrement mais en sécurité depuis trois ans - Aylan manqua de peu de naître là-bas. Ils quittèrent le pays pour des motifs discutables, mais sans menace directe pour leur survie ; enfin, ils payèrent le voyage grâce à de l'argent envoyé par des membres de leur famille au Canada pour s'offrir les services d'une bande de passeurs.

La mort d'Aylan Kurdi est avant tout un accident, un mélange d'imprudence, d'impatience et de malchance transformant de très mauvais choix en drame. L'histoire de cette famille est triste et terrible mais très éloignée de la légende qu'on en tisse, et le père lui-même en tire une conclusion radicalement différente lorsqu'il appelle à plus de solidarité de la part des pays arabes:

En pleurs, Abdullah Kurdi a assisté à l'enfouissement des corps au cours d'une "cérémonie des martyrs" dans la ville à forte majorité kurde située à la frontière turque. Il a dit espérer que la mort de ses proches encouragerait les pays arabes à venir en aide aux réfugiés syriens. "Je veux que les gouvernements arabes, pas les pays européens, voient (ce qu'il est arrivé) à mes enfants et en leur nom, qu'ils apportent leur aide", a-t-il dit dans une vidéo diffusée sur le site internet d'une radio locale.

 

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Les riches pays arabes à l’Union Européenne :
« Bon sang, ouvrez la porte aux réfugiés syriens, bande de glandeurs indifférents ! »

Le grand public n'est d'ailleurs pas dupe ; des sondages en ligne sur plusieurs journaux (rapidement balayés sous le tapis) montrent que pour 80% des internautes cette affaire n'a pas changé leur perception de la crise des migrants. Mais, pour les décideurs de l'Europe, peu importe les sondages ; ils ont une excuse et c'est tout ce qu'il leur faut. La mort de ce petit garçon leur donne le prétexte qu'ils attendaient pour ouvrir toutes grandes les frontières de l'Europe et précipiter son destin.

Mise à jour (6 septembre 2015): une photo très différente du corps d'Alyan Kurdi circule sur le réseau:

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Elle tend à accréditer la thèse d'une mise en scène du cadavre, déplacé sur un coin plus charmant de la plage pour qu'il soit plus "photogénique". Il ne semble décidément pas y avoir de limites à l'indécence lorsqu'il s'agit de faire plier l'opinion publique.

Mise à jour (8 septembre 2015): La blogosphère ose prononcer l'hypothèse indicible: le père n'aurait pas été sur le bateau.

Le père aurait envoyé sa femme et ses enfants seuls - sans gilet de sauvetage alors qu'aucun ne savait nager. Ce qui expliquerait pourquoi il a raconté tantôt avoir rejoint la plage à la nage, tantôt avoir été secouru par les garde-côtes ; pourquoi il a été le seul survivant du naufrage, totalement indemne ; pourquoi il aurait découvert le sort de ses enfants dans la presse et leur corps seulement une fois arrivé à l'hôpital, contrairement à plusieurs variantes de son récit où il dit les avoir vu mourir devant ses yeux ou dans ses bras.

On sait également qu'ils n'ont jamais déposé de demande d'asile au Canada, et non que cette demande aurait été "refusée" comme les premières versions du récit l'affirmaient.

Enfin, des internautes font remarquer que, outre le fait qu'ils vivaient paisiblement en Turquie depuis trois ans avec la branche canadienne de la famille payant le loyer à leur place, ils n'avaient pas non plus fui l'Etat Islamique quel que soit l'endroit où la famille prétendait se trouver auparavant ; ni Damas, ni Alep, ni Kobané n'étaient le moins du monde menacés par l'Etat Islamique en 2012, époque où la guerre civile syrienne commençait à peine à poindre à l'autre extrémité du pays.

A aucun moment ils ne furent donc des réfugiés, même lors de leur installation en Turquie.

Commentaires

Voilà un bel exemple de désinformation et de manipulation. Tout se passe comme si on voulait la fin de l'Europe toujours coupable de toute manière. Cette histoire me rappelle celle du "massacre de Timisoara".
Maintenant, il nous faut supporter le déluge de bons sentiments. Ce que vous nous dites aujourd'hui est connu depuis hier et pourtant des journalistes continuent à nous raconter la misérable histoire de réfugiés fuyant le danger. Ils nous prennent vraiment pour des abrutis, ils ignorent sans doute que les sources d'informations sont variées.
Merci d'en être une, fiable.

Écrit par : Zendog | 05 septembre 2015

Cette histoire ressemble de plus en plus aux corps allongés sur le bitume lors de la chute du Dictateur Roumain
Ces abus de photos prouvent un non respect face à la mort qu'elle soit celle d'un enfant ou d'un adulte sans compter le respect pour les endeuillés
Ce qui en 2002 avait déjà fait réagir de nombreux internautes lassés de toujours recevoir les éternels bulletins de versement avec un petit noir toujours aussi famélique que dans les années 60 et toujours positionné de la même manière
Beaucoup ont alors demandé ou était allé leurs dons pour nourrir cet enfant ?
Ce fut la fin du jeu de la faim de la part d'une église qui était encore non officielle à cette époque et qui parait-il posséde ses propres studios de cinéma

Écrit par : lovejoie | 06 septembre 2015

Pardonnez-moi d'avoir été présent à Bucarest, ce 21 décembre 1989 et laissez moi vous dire que ce que vous avez pu voir, était bien loin, trop loin de la vérité.

Les prisons remplies, les hôpitaux et les morgues débordaient.
Un sacré souvenir ...

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu | 06 septembre 2015

Certes, cette photo circule, mais a-t-on vérifié ce qu'elle représente ? Sait-on où elle a été prise ? Qui sont les personnages sur la photo ?

Il ne manque pas d'enfants noyés rejetés sur les plages de cette région. Ce n'est pas parce que tous les médias nous parlent d'un enfant en particulier que c'est le seul !

Les vérifications doivent s'exercer dans les deux sens. A elle seule, cette photo ne prouve nullement qu'il y ait eu manipulation.

Le photographe qui a pris la photo emblématique est connu. On connaît son nom, on sait pour quelle agence il travaille. Il a été interviewé. Rien n'est plus simple que de connaître la vérité.

Écrit par : Robert Marchenoir | 07 septembre 2015

@Robert Marchenoir: rien ne vous empêche d'être circonspect. Pour ma part, je vois un éclairage identique, une couleur de sable identique, des chaussures identiques, des vêtements identiques (pour ceux qu'on arrive à voir) et une tenue et une corpulence identique pour le fonctionnaire turc qui manipule le corps.

Donc c'est peut-être un faux habilement conçu par des individus mal intentionnés, on ne peut pas l'exclure, mais il est aussi plausible que ce soit vrai.

Si nous connaissons l'auteur du cliché (qui raflera tous les honneurs de la profession avec ce document "historique") celui-ci n'aura pas forcément envie de dévoiler toute la vérité. Donc à moins que de vrais journalistes délient la langue de tiers, peut-être n'en saurons-nous jamais rien.

Écrit par : Stéphane Montabert | 07 septembre 2015

@ Stéphane Montabert

Je ne pense pas que la photo soit fabriquée. Je remarque simplement qu'on ne voit rien du tout dessus.

Surtout, c'est la deuxième fois que je croise cette photo sur Internet, avec à chaque fois la même insinuation (le cadavre a été déplacé pour mieux faire pleurer les foules) ; mais, jusqu'à présent, je n'ai pas vu de lien qui donne son origine, ni d'explication sur son contexte.

J'applique donc le rasoir d'Occam : des centaines de milliers d'immigrants illégaux ont traversé la Méditerranée sur des barcasses depuis plus d'un an, des milliers en sont morts, le Syrien dont il est question a perdu sa femme et ses deux enfants lors de sa tentative de traversée, cinq enfants au total sont morts noyés dans ce même canot, les médias ont assisté à l'enterrement des enfants Kurdi et à l'arrestation des passeurs, etc, etc.

D'autre part, la photo reproduite par les médias est trop belle pour être vraie, mais il y a des milliers de photos trop belles pour être vraies dans l'histoire de la photographie de presse (qui étaient vraies bien entendu). Ça s'appelle le talent et le professionnalisme, c'est un métier.

Il y a donc une chance sur un milliard pour que la photo des rochers représente le même cadavre (si c'est un cadavre) que la photo de la plage, lequel aurait été déplacé pour faire plus joli (par qui ? par le photographe ? par le Maître du Monde qui Organise Tout ça Pour Nous Enfumer ? par Bernard-Henri Lévy ?).

En supposant qu'elle ait été prise le même jour et sur le même rivage que la photo principale, il y a toutes les chances pour qu'elle représente l'un des quatre autres enfants qui se sont noyés lors de cette même tentative de traversée. Peut-être même est-ce le frère du bébé emblématique, ce qui pourrait expliquer la vague ressemblance de vêtements que vous croyez y voir (avec un gros microscope à rayons X).

Dans tous les cas, il appartient à ceux qui soutiennent la thèse la plus extraordinaire et la plus invraisemblable de la démontrer, et pas l'inverse.

Pour moi, toute photo circulant sur Internet à l'appui d'une thèse complotiste, mais dépourvue de lien d'origine et de toute information contextuelle donnée par écrit, n'existe pas. Il est, du coup, dérisoirement facile de lancer n'importe quelle rumeur sur Internet en s'appuyant sur une photo floue dont on ne sait rien, et il ne manque pas de personnes à travers le monde pour se livrer à ce petit sport.

Écrit par : Robert Marchenoir | 07 septembre 2015

@Robert Marchenoir: pourquoi chercher midi à quatorze heures? Un photographe en action fait facilement des centaines de photos en une seule session, jouant sur les angles, la luminosité, etc.

La photographe - qui "espère faire bouger les choses" - a peut-être vu le corps et pris cette photo et d'autres encore. Et ensuite, réalisant le potentiel du cadavre d'enfant pour faire un cliché mémorable, aurait demandé au gars de le mettre un peu plus loin pour mieux le "mettre en valeur".

Le cliché compromettant se sera tout simplement retrouvé par accident dans la liste des photos diffusées le matin même à l'agence de presse.

Quand on voit ce dont les photographes sont capables ( https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSnqFAf9IoPGgwwlDQYQzy60bnszKkz1L87-FaoAemotDBU-P3k ) cela me paraît tout à fait possible, tout en respectant le rasoir d'Occam.

Mais je vous avouerai que comparé à tout le reste de cette affaire c'est un détail plutôt mineur.

Écrit par : Stéphane Montabert | 07 septembre 2015

Enfant Aylan Kurdi mort sur la plage : ce que la photo recadrée vous a caché

http://www.dreuz.info/wp-content/uploads/Enfant-Aylan-Kurdi.png

La photo tragique de cet enfant mort sur une plage et reprise par la presse internationale pour attendrir les occidentaux et leur faire accepter les réfugiés syriens – alors qu’ils saturent d’une immigration islamiste imposée, la photo de l’enfant Aylan Kurdi, mort sur les côtes turques, a été recadrée par des médias populistes, pour émouvoir et endormir la raison.

Photo - Enfant Aylan-Kurdi: Ce qu'on vous a caché

Regardez à droite la partie encerclée : alors qu’un garde cote prend des notes, qu’un autre, avec son appareil photo, semble occupé ailleurs, deux turcs, à quelques dizaines de mètres, sont en train de pêcher à la ligne, imperturbables, indifférents à la présence de l’enfant mort.

Oui je sais, certain diront que c’est un détail. Vraiment ?

Voir le flegme du garde cote à l’appareil photo, et ces deux pêcheurs insensibles, tandis que des médias honorables, y compris Le Monde, tombent dans le populisme le plus vulgaire pour émouvoir, a quelque chose d’obscène.

Les bobos peuvent appeler à la « solidarité » avec les réfugiés, alors que le sort de leurs compatriotes sans abris ne leur a pas fait couler une larme, ni empêché de dormir, l’hiver dernier. Ils ne parviennent à tromper personne.

La photo de propagande non plus.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

Écrit par : Patoucha | 08 septembre 2015

Merci, très bon article, dommage qu'il n'apparaisse pas sur le site des libéraux bisounours.

Écrit par : marc | 09 septembre 2015

La photo du gamin entre les rochers dont seules les jambes sont visibles est le frère aîné.
http://www.arcturius.org/chroniques/il-sappelait-aylan-kurdi-et-sa-famille-souhaitait-venir-vivre-au-canada/

Dans un autre entretien le père déclare avoir tenté un premier passage, mais ils ont été stoppés par les garde-côtes; puis un second, mais les passeurs ont fait faux bond; puis un troisième en "récupérant" un bateau. C'est donc à bord d'un bateau volé que le drame est survenu.

En France les parents de Bastien 3 ans sont jugés pour infanticide: le père a mis le gamin dans le lave-linge et a mis ce dernier en route. Je ne comprends pas pourquoi le père d'Aylan et de son frère n'est pas jugé pour infanticide: embarquer sur un bateau de fortune, certainement surchargé, de nuit par une mer démontée avec deux enfants en bas âges sans gilet de sauvetage est un crime qui serait jugé comme tel dans n'importe lequel de nos pays.

Écrit par : Charles | 09 septembre 2015

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