21 septembre 2015

Grèce: une élection pour rien

Largement disparue des écrans radars face à une actualité concentrée sur les problèmes migratoires, la Grèce n'en continue pas moins d'exister - et votait ce week-end pour renouveler son Parlement après la convocation de nouvelles élections par son Premier Ministre Alexis Tsipras.

Pour comprendre le sens de ce scrutin, il faut le remettre dans son contexte du mois de juillet: malgré le succès de son référendum anti-austérité remporté haut la main, mis au pied du mur face à une expulsion de la zone euro, Alexis Tsipras avait finalement accepté absolument toutes les conditions articulées par la Troïka.

Cédant sur l'ensemble de son programme, il amena à la Grèce des contraintes bien pires que celles qu'il avait demandé aux citoyens grecs de repousser par référendum en premier lieu. L'effondrement des positions de M. Tsipras face aux revendications européennes et le déni démocratique du référendum amenèrent une frange importante des députés de Syriza à entrer en rébellion ouverte contre leur Premier Ministre. Cela n'empêcha certes pas les réformes réclamées par la Troïka de commencer à être votées (l'opposition pro-européenne suppléant les rebelles du bloc gouvernemental pour constituer une nouvelle majorité) mais posait la question de la continuité du gouvernement Tsipras sur le long terme.

Plutôt que d'attendre une motion de censure qui finirait immanquablement par passer, Alexis Tsipras choisit donc la voie des urnes pour réaffirmer (ou non) sa majorité.

L'homme a brillamment remporté son pari:

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Les scores des élections grecques et la progression des partis politiques depuis janvier
(cliquez pour agrandir)

La victoire d'Alexis Tsipras laisse malgré tout un goût amer chez les Grecs, qui n'ont guère manifesté de joie à l'issue d'un scrutin finalement dénué de surprise. Parmi les autres aspects du vote, la progression régulière d'Aube Dorée, désormais troisième force politique du pays, et un taux d'abstention de 43.45% alors que le vote est sensé être obligatoire. Les Grecs - et en particulier les jeunes - semblent renoncer à l'idée d'un changement par les urnes ; au vu du résultat il est difficile de penser autrement.

Les nombreux citoyens grecs déçus par le spectaculaire revirements du politicien avaient deux choix pour le sanctionner. Premier choix, soutenir les dissidents de Syriza, qui préféraient respecter le référendum de juillet quitte à sortir la Grèce de la zone euro. Las! Leur nouveau parti, Unité Populaire (LAE ci-dessus) ne parvient même pas à dépasser le quorum des 3% pour entrer au Parlement.

Tant qu'à se soumettre à la Troïka, le second choix revenait quant à lui à opter pour n'importe quel autre parti pro-européen aux ordres de Bruxelles que compte le pays, Syriza ne se distinguant plus guère de ce groupe depuis juillet. Las encore! Le poulain le plus probable, Nouvelle Démocratie, ne gagne qu'un maigre 0.3% des suffrages depuis les élections du début de l'année.

En fin de compte, les électeurs grecs ayant choisi de se déplacer ont montré qu'ils préféraient l'inconstant Tsipras et ses manœuvres indéchiffrables à toute autre alternative. Mieux vaut un diable qu'on connaît...

La démocratie grecque en sort malgré tout affaiblie. En déroulant le tapis rouge à un élu qui les a ouvertement bernés, les Grecs ont montré qu'on pouvait se jouer de leur opinion et revenir deux mois plus tard aux affaires par la grande porte. Comment être encore pris au sérieux par les politiciens après cela?

Commentaires

Bonsoir Mr Montabert,

A peine élu, Tsipras va se rendre à Washington ! Pourquoi ne suis-je pas étonné ?

Écrit par : Pierre Henri | 21 septembre 2015

Quand le peuple peut se prononcer, ce n'est jamais pour rien!

Les Grecs (les courageux) sont entrés en résistance, ils n'ont pas d'autres choix. Cela peut se voir avec les pertes de Syriza qui sont allées à aube dorée, pour les Votants!

Varoufakis est parti en campagne européenne pour expliquer très clairement tout cela, il faudrait l'écouter, voire le lire! (faut toujours écouter les 2 sons de cloches)

C'est dommage que les européens de droite ne veulent pas comprendre. Quand nous sommes au bord de la guerre, se sont toujours les extrêmes qui se rejoignent et se sont elles qui font gagner la guerre....par la résistance!
(malgré les menaces, ce sera certainement par la Grèce que l'Euro va péter)

Si vous connaissez votre histoire française de la résistance vous devriez le savoir!

"Tsipras va se rendre à Washington..." Tout le monde ne va pas à Washington
pour baisser son froc comme EWS! Pour le combattre il faut connaitre les armes de son (ses) ennemi(s)!

La suite des évènements va mettre toute seule les points sur les -i-!

Écrit par : Corélande | 22 septembre 2015

« Leur nouveau parti, Unité Populaire (LAE ci-dessus) ne parvient même pas à dépasser le quorum des 5% pour entrer au Parlement » Le seuil pour être élu au Parlement est 3 % et non pas 5%.
Si le seuil était de 5 %, il n’y aurait pas au Parlement Les Grecs indépendants ni La Rivière ni l’Union des centristes

Écrit par : arnaud | 22 septembre 2015

@Arnaud: corrigé, merci.

Écrit par : Stephane Montabert | 22 septembre 2015

Qui vote pou Syriza ?? les anciens électeurs du PASOK (Parti socialiste grec) qui est le responsable de la situation actuelle de la Grèce. C’est le PASOK qui a au début des années 80 a mis en place le système clientéliste. La droite (ND) a certes, une part de responsabilité mais elle est bcp moins grande, on peut dire qu’elle est complice de la situation actuelle alors que le PASOK en est le principal responsable. C’est d’ailleurs pour cela que la Nouvelle Démocratie existe toujours alors que le PASOK a été obligé de s’allier avec un autre parti de centre gauche pour survivre.

On ne doit pas s’attendre des anciens électeurs du PASOK qu’ils votent de manière intelligente

Écrit par : arnaud | 22 septembre 2015

Ce qui m’exaspère comme tjs quand j’entends les commentaires de résultats d’élections, ce sont les articles, les commentaires parlant de décision du peuple grec, …..Je dois rappeler si on prends en compte l’abstention, Syriza a obtenu moins de 20 % des voix autrement dit ce parti est minoritaire. De quel droit considérons que 20 % des gens s’est l’ensemble du peuple. D’ailleurs, même si les grecs avaient voté en majorité pour un parti cela ne change rien, si on considère que la majorité est le peuple, la minorité c’est quoi ???

Si vous regardez le résultat réel des élections (càd en prenant en compte l’abstention, les votes blancs, les non inscrits), vous ferriez que dans bcp de pays, les partis majoritaires sont en fait clairement minoritaires. La France en est un parfait exemple (c’est une minorité qui ont élu nos dirigeants)

Écrit par : arnaud | 22 septembre 2015

@ Arnaud

Exacte, l'UDC 26,6% des voix (Syriza 35,5%) en est une preuve des plus mortifères.

Cependant j'ai bien plus d'admiration pour Syriza, qui se bat, que l'UDC qui attend toujours que les autres fassent le travail pour eux, et ceci après avoir souillé les tapis démocratiques de leur incontinence politique.

Les assassins et trafiquants d'arme d'Aube Dorée sont une honte démocratique.

Quant aux communistes ils se maintiennent et c'est tant mieux.

Écrit par : Platon | 24 septembre 2015

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