24 septembre 2015

De la grandeur du Conseil des Droits de l'Homme

Il y a deux jours de cela, vous n'aviez probablement jamais entendu parler d'Ali Mohammed al-Nimr. Le portrait du jeune Saoudien s'affiche désormais partout. Les médias font leur travail, mais un peu tard: cela fait un an déjà qu'il a été condamné à mort. Son dernier appel vient d'être rejeté. Il peut donc être exécuté à tout moment. Et pas de n'importe quelle façon:

Le condamné sera décapité. Son corps sera ensuite monté sur une croix et exposé publiquement jusqu'au pourrissement de ses chairs.


ali mohammed al-nimr,arabie saoudite,justice,onuEn réparation de quoi la justice d'un pays peut exiger cette débauche de barbarie? De quel crime inqualifiable Ali Mohammed al-Nimr s'est-il rendu coupable?

Il a manifesté.

Il aurait - le conditionnel est de rigueur - participé à une manifestation en 2012 dans la région de Qatif et, employant toujours le conditionnel, aurait lancé des projectiles en direction des policiers. Il est difficile de savoir avec exactitude de quoi il retourne malgré ses aveux complets, ceux-ci lui ayant été extorqués sous la torture.

Ali Mohammed al-Nimr était mineur au moment des faits. Il était encore mineur lorsqu'il fut torturé par les autorités du royaume pour lui faire avouer tout ce que ses geôliers voulaient entendre.

Dire qu'il suffit de contempler l'Arabie Saoudite pour se retrouver au Moyen-Âge serait une insulte vis-à-vis du Moyen-Âge. Il y a une explication derrière la sévérité de la sentence à l'encontre du jeune homme: il est le neveu d'un des plus fervents opposants au régime, le dignitaire religieux Nimr Baqer Al-Nimr. Comme ce dernier, Ali Mohammed est chiite, une minorité bien peu tolérée au pays du sunnisme absolu. Il s'agit donc de tuer le neveu pour frapper l'oncle. En Arabie Saoudite, on ne fait pas dans la dentelle.

Peut-être verrons-nous des manifestations spontanées de part le monde pour tenter de sauver la vie d'Ali Mohammed al-Nimr, mais je n'y crois pas trop ; d'expérience - et sans même effleurer l'à-propos du verdict dans cette affaire - les manifestants contre la peine de mort se font plutôt rares lorsque le pays désigné n'est pas les Etats-Unis. Les Saoudiens ont pourtant le sabre leste: depuis le début de l'année, le royaume a déjà exécuté 134 condamnés.

Tout au plus voyons-nous quelques manifestations de mauvaise humeur surgies de certains officiels des Nations unies, à Genève. Le timing choisi par la justice saoudienne est mauvais: le lundi, on nomine l'Arabie Saoudite à la tête d'un groupe stratégique du Conseil des droits de l’homme, et le jeudi de la même semaine, on décapite et on crucifie jusqu'au pourrissement des chairs. Quel agenda chargé!

Notez bien que depuis la première condamnation du jeune Ali Mohammed, les vaillants diplomates de nos instances internationales auraient pu se pencher davantage sur le royaume des Al Saoud. Ils savaient très bien ce qui s'y passait. Quelques-unes des 2'208 victimes de la peine de mort depuis 1985 - parmi lesquelles plus d'un millier d’étrangers, de mineurs et de handicapés mentaux - auraient pu amener une petite enquête. Même récemment nos bureaucrates ont des piqûres de rappel sur les droits de l'homme, comme les 10 ans de prison et les mille coups de fouet infligés à Raif Badawi, un abominable blogueur.

Ils n'ont rien fait.

Et ils ne feront rien.

C'est pour cela et nulle autre chose que le hasard de la date de la décision de justice saoudienne déplaît en haut lieu: une coïncidence de l'actualité met sous le feu des projecteurs l'inaction et la corruption si caractéristiques des organisations internationales. Voilà ce qui les dérange et rien d'autre - et certainement pas ce qu'il adviendra d'Ali Mohammed al-Nimr.

Alors, faites-vous bien à cette idée: l'Arabie Saoudite est membre de plein droit du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, comme 46 autres pays, comme le Pakistan qui prodiguait récemment encore ses bons conseils à la Suisse. Et non seulement un membre de plein droit mais un membre respecté, puisque désormais à la présidence du comité qui nomme ses experts. Trois fois rien en somme!

ali mohammed al-nimr,arabie saoudite,justice,onu,peine de mort
On avait dit "Droits de l'Homme", alors pour le reste on verra plus tard.

Il paraît qu'il y a encore des gens pour avoir la foi dans les nids de vipères que sont les institutions internationales. On en trouve de grands fans jusque dans le gouvernement helvétique. Ils pensent que ces bureaucraties supranationales sont l'avenir de l'humanité. Suivant ce qui leur tient lieu de logique, leur suggestion la plus appropriée pour sauver Ali Mohammed al-Nimr aujourd'hui serait probablement... De convoquer le Conseil des droits de l'homme.

Commentaires

Cette planète est un asile d'aliénés !
Ce qui est inquiétant dans tout cela, c'est que si on observe le sens dans lequel va le monde, sous l'angle purement religieux, sous l'angle purement économique, sous l'angle purement énergétique, sous l'angle purement environnemental, sous l'angle de la morale... on aboutit a la même conclusion: effondrement et fin des temps...

Écrit par : Pierre Henri | 25 septembre 2015

@Pierre Henri: il y a des périodes sombres dans l'Histoire et nous nous dirigeons à grands pas vers l'une d'elle. Mais nos aïeux en ont vu d'autres: imaginez le moral qu'ils devaient avoir en 1941...

Ici, nous assistons à la fin de plusieurs systèmes non viables: la monnaie papier, le socialisme parasitique, l'économie basée sur la dette. Ce système qui s'effondre renforce les barbares à nos portes et dans nos murs, pour la meilleure place dans le pillage à venir ; mais vous auriez tort de croire que l'islam mondial représente le futur, je crois que cette sphère-là est aussi à l'agonie (comptez le nombre de pays musulmans qui sombrent dans la guerre civile...)

Dans ce genre de situation, la plupart des gens sont déboussolés et curieusement, alors qu'il faudrait une saine remise en question, ils ont plutôt tendance à faire n'importe quoi, comme réclamer encore plus de ce qui les empoisonne (donc encore plus de socialisme, de dirigisme et de collectivisme, d'endettement et de sabotage de leur culture...)

Il va y avoir de sérieux troubles dans un avenir proche. Voyons le bon côté des choses: de nombreuses hystéries collectives comme le réchauffement climatique d'origine humaine ou l'utopie d'un gouvernement mondial partiront dans les poubelles de l'histoire, et il y aura toujours des individus au sein des populations les plus décervelées qui maintiendront allumée la flamme de l'espoir et quelques havres de paix reculés (Australie et Nouvelle-Zélande peut-être?) pour préserver les acquis de notre civilisation pendant la période sombre.

Mais pour nous autres, évidemment, l'avenir proche s'annonce difficile.

Écrit par : Stéphane Montabert | 25 septembre 2015

@Stéphane Montabert

Tout-à fait d'accord avec vous. (Quand vous dites monnaie papier, vous voulez bien dire la monnaie basée sur du vent, sans couverture or ? Vous ne voulez pas dire argent liquide ?) Je suis né peu après la fin de la 2ème guerre mondiale et me souviens de mes parents ou grand-parents qui ont vécu les 2 guerres mondiales et qui en parlaient. Mais à l'époque, les gens avaient la vie plus dure que maintenant et ne vivaient pas dans du coton comme aujourd'hui. Ma grand mère marchait pendant 1 heure sur des routes avec 18% d'inclinaison pour aller faire la lessive chez des gens 3 fois par semaine pour pouvoir manger et mon père marchait aller et retour 10 kilomètres pour aller livrer un chapeau. Il étaient beaucoup plus durs face à des événements très rudes et en plus n'avaient pas d'anti-dépresseurs ou de tranquillisants quand les sirènes hurlaient. Aujourd'hui, dans notre civilisation hyper moderne et technologique, il apparaît totalement irréel de pouvoir se faire décapiter dans son propre pays. Et je ne vous explique pas, car vous vous en doutez, de la panique que cela pourrait engendrer, comme si les gens vivaient dans un cauchemar éveillé. Sans compter qu'aujourd'hui, on ne saurait pas trop où aller se réfugier et aussi, nous avons à faire face à des armes terrifiantes. Aussi, les gens de l'époque (1941, pour reprendre une date que vous mentionnez) avaient beaucoup plus le sens de la réalité et du bon sens qu'aujourd'hui avec une grande partie de la population lobotomisée et à qui il est difficile d'avoir une saine remise en question, saine remise en question que je souhaiterais autant que vous.

Écrit par : Pierre Henri | 25 septembre 2015

@Pierre Henri: Oui, je faisais référence à la monnaie fiat, sans couverture or. Ce système est gentiment en train de s'effondrer et il ruine déjà toutes les classes moyennes des pays occidentaux.

Ma vision politique a peu à peu évolué. Jeune (et naïf) je pensais que les gens n'étaient pas informés et qu'une bonne conversation rationnelle pouvait par exemple ramener un socialiste à la raison simplement en le mettant face à ses contradictions. Quelle idée idiote!

La plupart des gens haut placé qui nous amènent vers le précipice savent parfaitement ce qu'ils font. Mais ils continuent à le faire simplement parce qu'ils célèbrent le pouvoir par-dessus tout et qu'il leur importe peu de brûler Rome s'ils peuvent la diriger entre-temps.

Aussi, je crois que les révolutions et les massacres qui nous attendent sont plus ou moins inéluctables. Entre les cyniques, les pervers profitant du système sous de faux-semblants et la masse amorphe de la plus grande partie de la population, j'ai peu à peu compris que le combat n'avait guère de chances d'être remporté. Ce qui ne veut pas dire qu'on doive laisser faire. Certains pays peuvent s'en sortir d'un cheveu - pensons à la Suisse et au vote du 9 février par exemple. Si le pays tient assez longtemps pendant que le reste de l'Europe tombe autour de lui, peut-être que les gens d'ici se réveilleront.

Écrit par : Stéphane Montabert | 25 septembre 2015

@Stéphane Montabert

Comme vous, je suis convaincu que les gens haut placé qui nous amènent vers le précipice savent parfaitement ce qu'ils font et le font délibérément. Par contre, je ne sais pas s'ils ont vraiment pleinement conscience d'où tout ça va nous mener ou s'ild le réalisent vraiment. Un peu comme le fumeur qui sait que fumer tue, mais comme ça ne tue pas instantanément, ça devient moins réel que la fumée tue vraiment. Ou comme donner un coup à quelqu'un dans la cours d'école en pensant que le coup ne viendra jamais en retour parce que vous croyez que lui n'a pas le droit de vous frapper, jusqu'à ce que la réalité vous smashe en pleine figure.

Comme vous, j'étais naïf quant-à vouloir essayer de ramener un socialiste à la raison par une bonne conversation rationnelle. Les seuls que j'ai vu revenir à la raison ont été ceux qui se souciaient vraiment du bien-être des gens et qui croyaient y arriver par le socialisme et beaucoup tombaient dans le piège de la sémantique associant "socialisme" avec "sociabilité", puisque l'homme est un être sociable, mais le socialisme n'a rien à voir avec ça et je crois même que ce soit le truc le plus antisocial qui soit.

Ce qui me rassure ici, et qui terrifie certains, c'est qu'il y a énormément de citoyens armés contrairement aux pays alentours...

Écrit par : Pierre Henri | 25 septembre 2015

Bonsoir Monsieur Montabert

Je me demandais si les usa faisait partie du Conseil des droits de l’homme des Nations unies ?

Écrit par : absolom | 25 septembre 2015

Dans le même ordre d'idées, à voir absolument:

http://arretsurinfo.ch/video-larabie-saoudite-bombarde-le-yemen-sans-repit-avec-le-soutien-de-loccident/

Écrit par : Mireille | 25 septembre 2015

Et les notables de ce pays ignoble envahissent les quais de Genève et de Montreux... beurk !!!

Et le Charlie (lot) Hollande qui leur vend des avions de chasse... Grotesque !!!

Écrit par : petard | 26 septembre 2015

De façon générale, vous savez, les pays musulmans...Tenez, prenez l'Egypte. Un pays de gentils, n'est-ce pas l'Egypte ? Des gens modérés, cultivés, héritiers des pharaons... Aux alentours de 1995, les autorités égyptiennes faisaient la chasse (tout à fait légitimement) à un mouvement islamiste extrêmement déplaisant et barbare, auteur de plusieurs attentats, dont il suffira de savoir qu'il était allié à Al-Qaeda.

Un jour, les services secrets égyptiens repèrent le fils de l'un des chefs de ce mouvement, qui avait quatorze ans. Ils l'attirent dans un appartement, sous prétexte de lui offrir du jus d'orange. Là, il est drogué, violé et filmé.

On le somme de collaborer avec les services, sous peine de montrer la vidéo à son père. L'enfant, persuadé (avec raison) que son père le tuerait dans ce cas, accepte d'espionner ce dernier. Plusieurs arrestations s'ensuivent. Sachant que lorsque la police égyptienne arrête des opposants, la torture est de rigueur.

Les services secrets demandent ensuite à l'enfant d'attirer l'un de ses camarades dans un guet-apens similaire. Là encore, viol, vidéo, etc.

Finalement, les autorités apprennent, par ce moyen, la tenue prochaine d'une réunion des chefs du mouvement. Ils confient au camarade du fils du terroriste une valise, qui ne contenait pas du jus d'orange. Celui-ci, à peine arrivé sur les lieux de la réunion, est démasqué et arrêté par le service de sécurité du mouvement terroriste.

Les deux garçons sont jugés par un "tribunal" ad hoc et condamnés à mort, pour tentative de meurtre et... sodomie. Le président du tribunal était le médecin qui soignait à l'hôpital l'un des deux garçons, atteint de malaria.

Parmi l'assistance (de terroristes islamistes endurcis, donc), s'élèvent tout de même quelques voix pour dire : l'islam interdit qu'on tue des enfants. Le président du tribunal les fait alors déshabiller, et rétorque : vous voyez bien que ce ne sont pas des enfants. Les deux garçons sont fusillés.

Voilà. Une historiette parmi d'autres. L'islam, c'est spécial. S'il fallait grimper au cocotier international à chaque fois que des musulmans se livrent à des horreurs quelque part dans le monde, on n'aurait plus le temps de vivre.

Écrit par : Robert Marchenoir | 26 septembre 2015

Pour continuer dans le même ordre d'idées, les exploits de Bachar el-Assad :

"It is easy to forget the crimes of Bashar al-Assad in the ongoing crisis blighting the Middle East... Forces loyal to President Assad have a deliberate policy of targeting civilians in areas beyond government control in order to maintain disorder and fear..."

"These victims are not collateral damage caught in the fog of war. The Syrian regime has repeatedly and deliberately conspired in killing some of its most vulnerable citizens. In May 2012, forces loyal to President Assad stormed the town of Houla and massacred 108 people. A United Nations report found that almost all had been subject to “summary executions” among them, 49 children under the age of 10. Some had their skulls cracked open through blunt force. Others were stabbed to death..."

"Indeed, violence against children helped fuel the uprising during its incipient phases. That time it was Hamza Khatib, a 13-year-old boy who was disappeared into the labyrinthine web of Assad’s subterranean torture chambers in April 2011. A month later he was dead. When his parents collected the body they found it in a state that would have made even the Marquis de Sade wince."

"Khatib was covered in bruises and cigarette burns. Once the cigarettes were finished, his captors simply used the cavities formed from bullet wounds to his knees as a repository. Another cavity was also present, further up his body where his penis had been cut off and mutilated."

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/syria/11892319/Bashar-al-Assad-is-still-the-problem.html

Et j'écris cela sans exclure que nous devions soutenir Bachar el-Assad. Je ne connais pas suffisamment la situation pour me prononcer sur ce point. Je sais simplement qu'il ne s'agit pas de gagner à un concours des droits de l'homme.

Incidemment, les deux abominations que je viens de rapporter (certainement pas des incidents isolés) montent qu'il faudra s'interroger, un jour, sur le rôle tenu par la pédophilie et la perversion sexuelle au sein de l'islam...

Écrit par : Robert Marchenoir | 26 septembre 2015

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