15 novembre 2015

Premier massacre à Paris

Vendredi soir, au beau milieu d'une rencontre de football France-Allemagne, les Parisiens ont été rattrapés par la réalité de la guerre contre l'islamisme. Trois équipes différentes ont ouvert le feu dans différents lieux de la capitale avant d'actionner leurs ceintures explosives. La salle de concert du Bataclan est le principal foyer de victimes alors que les 1'500 spectateurs seront massacrés puis pris en otage pendant deux heures avant l'assaut des forces spéciales de la police. Sur l'ensemble des sites, 129 personnes sont mortes et 352 sont hospitalisées, dont 99 encore en "urgence absolue" aujourd'hui.

Les élites du régime ont soudainement pris conscience de leur vulnérabilité, au premier rang desquelles M. Hollande soudainement exfiltré du Stade de France sous bonne garde de ses services de sécurité. En ce sens, la première intervention du chef de l’État français peu avant minuit, la voix tremblante d'émotion, était bien plus authentique que la version policée et maîtrisée qui lui fit place le lendemain matin.

padama10.jpgLe soir même des attaques, alors que la plupart des grandes chaînes françaises avaient interrompu leurs programmes pour des flashs spéciaux, France2 continuait à diffuser son débat "Réchauffement climatique: qu'allons-nous devoir sacrifier?" en toute insouciance. Même les meilleurs machines de propagande souffrent parfois d'inertie. Mais les médias se sont repris depuis. On analyse, on décortique, on place du contexte. Dans tous les pays l'opinion est malaxée comme la pâte à pain. En Suisse, il fallait un estomac solide pour assister sur la RTS à la danse du ventre des deux duettistes Jean-Philippe Schaller et Xavier Colin, le premier obnubilé par le futur score de Marine Le Pen aux élections régionales - la seule question importante à ses yeux - et le second récitant sans ciller l'homélie consacrée du Padamalgam.

Le drame suit désormais sa logique standardisée: nouveau logo, un nouveau slogan Pray for Paris, nouveau hashtag. Les journalistes sont invités à dénicher de nouveaux héros et de nouvelles initiatives citoyennes plutôt que de s'attarder sur les faiblesses de la sécurité intérieure et les errements géostratégiques de leurs gouvernements successifs. Pourtant, si l'impulsion est toujours la même, quelque chose s'est brisé. Le moteur tourne à vide. Exemple marquant, il n'y aura pas de rassemblement solennel façon Je Suis Charlie. D'une part, le danger est encore omniprésent, une manifestation étant l'endroit rêvé pour quelques nouvelles explosions de kamikazes dont certains courent certainement dans la nature ; d'autre part, la solidarité avec Charlie Hebdo s'expliquait par la volonté de s'associer avec une minorité menacée, les caricaturistes de presse. Cette fois-ci l'ensemble de la population française est visé. Une manifestation de solidarité serait donc vide de sens. On ne peut pas afficher de solidarité avec soi-même.

La légende du loup solitaire radicalisé - ou d'une meute, nous ne sommes plus à un oxymore près - ne tient plus. La France a bien eu affaire à une opération militaire professionnelle: un massacre organisé par des kamikazes équipés de bombes, d'armes de guerre et de gilets pare-balles, regroupés en équipes, suivant un timing défini; le tout dans la capitale d'un pays sûr de lui, confiant dans ses services de sécurité et surveillé au travers d'un plan Vigipirate en alerte maximum.

La vérité qui se fait jour peu à peu n'a rien de reluisant. Le passeport syrien d'un des kamikazes, retrouvé sur les lieux du massacre à deux pas de son propriétaire, a été enregistré à Lesbos en Grèce le 3 octobre de cette année. Tout porte à croire qu'une partie de l'équipe terroriste est venue en Europe au travers des flots de migrants. Ce n'est pas la première fois. En septembre, l'Etat Islamique revendiquait déjà 4'000 terroristes infiltrés dans toute l'Union Européenne...

Les Français aiment croire aux histoires que leurs racontent leurs médias, mais cette fois il y a trop de témoins pour livrer une vérité officielle. Des dizaines de familles sont endeuillées par les morts, certains égorgés. 99 personnes grièvement blessées donneront autant de vies à rebâtir après des mois de convalescence et de rééducation. D'innombrables individus directement impliqués mais physiquement indemnes resteront marqués par les horreurs dont ils ont été témoin cette nuit-là. Toute la population parisienne a été durablement traumatisée.

En quelques heures abominables la France a perdu une certaine forme d'insouciance, probablement pour toujours. Elle a compris que la menace islamique pèse directement sur elle. Le combat ne se déroule pas que dans les terres lointaines du Mali, sur les pistes poussiéreuses d'Afghanistan ou au sein des états-majors planifiant les prochains bombardements sur la Syrie ; elle se joue en Europe, au sein de ses banlieues, de ses populations immigrées, des convertis à l'islam, des prédicateurs et des fanatiques, et des flots continus de pseudo-réfugiés syriens.

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Bien sûr, les services gouvernementaux ne cessaient de mettre en garde contre une "attaque d'envergure", mais eux-mêmes n'imaginaient pas une offensive d'une telle ampleur. Et le peuple français se figurait peut-être qu'il serait sauvé in extremis par une nouvelle intervention miraculeuse dans le style de celle qui empêcha le massacre du Thalys.

Les Français ont compris que leur sécurité était une illusion. Les Suisses le croient-ils encore?

Que se passera-t-il pendant la COP21? Aura-t-elle seulement lieu comme prévu? Et l'Euro 2016 de football?

Électoralement, Marine Le Pen pourrait en profiter, c'est indéniable. Mais cela devrait surtout être le cadet des soucis d'une société menacée. Car les Français - et le reste des Européens - ont aussi compris, quelque part, que ces attentats ne seront pas les derniers.

Commentaires

D'accord avec vous.
Mais afin de lutter contre la novlangue, pourriez-vous éviter d'employer le terme "kamikaze" pour parler de terroristes islamistes, s'il-vous plait?
Les kamikazes étaient des soldats se battant contre d'autre soldats.
Les islamistes sont des assassins s'attaquant aux civils, femmes et enfants inclus, les abattants lâchement alors qu'ils sont sans défense. Cela ne me semble pas être équivalent (même si certains voudraient sans doute entretenir la confusion).

Écrit par : Niko | 16 novembre 2015

Excellente remarque de Niko. Pour la compléter:
Kamikaze signifie "souffle divin", faisant allusion à la tempête qui détruisit la flotte mandchoue qui s'apprêtait à envahir le Japon.
Cela dit, j'ai beau avoir l'estomac solide mais l'écoute des médias romands est à vomir. Un tsunami de bienpensance en direction de nos amis musulmans. Pascal Couchepin a même été jusqu'à dire hier dans Infrarouge que les premières victimes des attentats de Louxor qui ont fait 38 morts parmi les touristes suisses étaient les Égyptiens. Et il se vantait d'y être allé tout de suite après avec sa petite famille. Voilà, c'est ça, le niveau de nos conseillers fédéraux.

Écrit par : Géo | 16 novembre 2015

"Voilà, c'est ça, le niveau de nos conseillers fédéraux." Certains, certes le plus grand nombre des actuels et anciens!

M. Maurer a clairement dit à Villeneuve qu'il était inquiet, voire plus et apparemment le seul à l'être au sein du CF! Il y a un océan entre le discours sincère dans le "privé" et le discours officiel obligé.

L'UDC fait le relais mais se fait systématiquement dénigré. Pour l'instant nous allons dans la direction d'une catastrophe "style parisienne" avant que nos autorités acceptent de prendre les bonnes et radicales mesures.
L'ensemble des autres partis s'occupe en priorité de bâillonné l'UDC ça parait nettement plus important à leurs yeux, depuis la gifle des votations du 18 octobre dernier! (rien qu'à lire les commentaires ce matin des luscher, des nanas socialos vaudoises et autres cramer...et bizarrement ils viennent des cantons les plus en danger).

Écrit par : Corélande | 16 novembre 2015

Je lis dans Le Temps de ce jour l'initiative "non à l'état fouineur" et sous réserve que ce qui est écrit n'est pas une entourloupe (avec mameselle Thorens,on se méfie toujours), je voterai comme elle à cette initiative.
Quel est votre position, cher Stéphane, ainsi que celle de votre parti ? La branche libérale de l’UDC aura-t-elle le dessus sur la branche « conservatrice » et sécuritaire ?
La seule façon d’améliorer la sécurité c’est la surveillance des frontières, d’avoir une immigration choisie et non subie, une loi « concealed carry » et enfin ne pas se mettre à dos 1.5 milliards de personnes en faisant des guerres sans stratégie et sans but. J’admets néanmoins qu’il n’y a pas besoin de se fâcher avec eux pour qu’ils viennent nous tuer dans nos villes.

Écrit par : Rastapopoulos | 18 novembre 2015

@Rastapopoulos: je ne connais pas encore la position de mon parti, mais je me souviens qu'en terres vaudoises sur ce genre de thème on avait bien du 50/50 entre ceux qui se méfiaient de l'Etat et ceux qui souhaitaient la sécurité au prix de leur liberté.

Votre dernier paragraphe résume parfaitement ma pensée.

Je crois bien plus à l'efficacité d'une action en amont (gestion migratoire, expulsion des indésirables) qu'à accorder à la police des moyens d'investigation massifs violant la sphère privée et s'apparentant en tous points à des privilèges légaux.

Si je pense que la justice et la police helvétiques ont un peu plus de scrupules que leurs équivalents français, je ne crains que trop que cet arsenal législatif - que je n'ai pas encore eu l'occasion d'étudier en détail - soit à terme probablement employé davantage contre les ennemis politiques (les méchants UDC par exemple) que contre les menaces réelles sur sol suisse.

Le peuple helvétique a déjà voté à travers plusieurs initiatives toutes les décisions constitutionnelles nécessaires à la restauration de la sécurité de la Suisse. Nous avons juste une classe politique qui refuse de les mettre en œuvre parce qu'elles ne correspondent pas à sa vision, et persiste à la place à copier les stratégies inefficaces mises en place par les pays voisins.

Écrit par : Stéphane Montabert | 18 novembre 2015

Comme Géo, j'ai failli vomir mon repas en voyant le journal de la RTS dimanche soir. Petit retour sur les faits, puis interview de 3 personnes ayant perdu des proches : on y retrouvait une black, Chebir et Sipan. A croire qu'il n'y avait aucun Pierre, Paul ou Jacques pour passer à l'antenne.

Ou alors, avec ma mauvaise foi, j'ai pensé qu'une fois de plus, on voulait nous faire croire que "les musulmans sont les 1ère victimes des djihadistes".

Écrit par : Pascal | 19 novembre 2015

En signe de solidarité et de grand respect pour l'immense et glorieux combattant de l'islam Abdelhamid Abbaaoud, la télévision suisse a décidé de flouter son visage, même après sa mort.
Alors que toutes les autres télévisions montrent son visage. Comprenne qui pourra...

Écrit par : Géo | 19 novembre 2015

En fait, cette question n'est pas anecdotique. La Suisse officielle des médias nationaux est restée dans la logique judiciaire. Les terroristes sont des criminels et non des ennemis, et donc ils ont droit à la présomption d'innocence. On peut leur reprocher alors d'avoir donné le nom complet de l'honorable (à leurs yeux) Abdelhamid Abbaoud. Pour être un bon Suisse bien burkhaltérien souris grise (cf son second lors d'Infrarouge...), ils auraient dû écrire A.A...
Des criminels et non des ennemis qui n'ont rien à voir avec l'islam, même s'ils s'en réclament de toutes les manières possible.
Mais comment peut-on être aussi stupide ?

Écrit par : Géo | 21 novembre 2015

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