09 décembre 2015

Guy Parmelin, nouveau Conseiller Fédéral UDC

C'est désormais chose faite, le gouvernement helvétique est sous toit.

Une matinée à suspense, surtout vers la fin

Le seul suspense concernait, il faut bien le dire, l'élection d'un éventuel second Conseiller fédéral UDC au gouvernement. Le reste de la matinée se déroula comme du papier à musique avec la réélection convenue des 6 sièges des sortants avec force applaudissements complaisants - de quoi occuper les journalistes sur des fils d'actualité en continu, brodant sur le nombre de voix réunies par celui-ci ou celle-là face à une Assemblée fédérale absolument placide.

Pour mémoire, voici donc les scores obtenus par les différents sortants, réélus par ordre d'ancienneté (compte tenu d'une absence, il fallait 123 voix pour être élu):

  • Doris Leuthard, PDC, 215 voix.
  • Ueli Maurer, UDC, 173 voix (10 voix allèrent à Thomas Hurter, conseiller national UDC de Schaffhouse, que certains considérèrent dès lors comme l'éventuel "candidat sauvage" contre le ticket UDC officiel.)
  • Didier Burkhalter, PLR, 217 voix.
  • Simonetta Sommaruga, socialiste, 182 voix.
  • Johann Schneider-Ammann, PLR, 191 voix.
  • Alain Berset, socialiste, 210 voix.

Après ce passage obligé laborieux et débordant de complaisance - Eveline Widmer-Schlumpf eut droit à deux ovations... - vint le seul petit suspense, savoir qui allait l'emporter entre Thomas Aeschi et Guy Parmelin. Le sort du tessinois Norman Gobbi semblait déjà joué mardi soir après l'interview des candidats par les différents groupes politiques, les socialistes ayant déclaré que "jamais" ils ne voteraient pour lui.

Vint enfin l'élection du nouveau venu.

  • Premier tour, Guy Parmelin, 90 voix ; Thomas Aeschi, 61 voix ; Norman Gobbi, 50 voix ; Thomas Hurter, 22 voix ; Viola Amherd (Conseillère nationale PDC haut-valaisanne), 16 voix. Le score de Norman Gobbi fut étonnamment bon, et les voix éparses entre Thomas Hurter et Viola Amherd illustrèrent le manque de coordination de la tentative de putsch opérée par une partie de l'Assemblée Fédérale.
  • Deuxième tour, Guy Parmelin, 117 voix ; Thomas Aeschi, 78 voix ; Norman Gobbi, 30 voix ; 14 voix éparses. Guy Parmelin n'était plus qu'à six petites voix de l'élection.
  • Troisième tour, Guy Parmelin, élu avec 138 voix. Thomas Aeschi reçut 88 voix et Norman Gobbi ferma la marche avec 11 voix.

Pourquoi si peu de suspense? Pourquoi, au grand dam de tous ceux qui détestent l'UDC, les partis politiques ne décidèrent-ils pas de réitérer leur "coup" de 2007 avec Eveline Widmer-Schlumpf? Les éditorialistes se pencheront longuement sur la question dans la presse demain matin. Pour ma part, j'estime qu'il y a plusieurs explications. Par exemple, la force électorale accrue du groupe UDC-PLR, qui, s'il n'a rien d'une alliance, représente tout de même une grande quantité de parlementaires prêts à jouer le jeu du ticket UDC. Celle-ci s'étant pliée de bonne grâce aux contraintes imposées par les autres formations politiques, personne n'avait d'excuse commode. On aurait pu citer aussi l'absence d'effet de surprise et l'absence de candidat sauvage suffisamment à gauche comme l'UDC pré-PBD parvenait à en fourbir à Berne. Mais, comme je l'évoquais il y a quelques jours, je ne doute pas que le PS se soit échiné à en chercher jusqu'au dernier moment.

Roger Nordmann, chef de groupe pour le PS, n'exprime pas autre chose dans son discours d'avant-vote:

Du point de vu du PS, le siège vacant doit revenir au centre. A l'intention de M.Cassis, le pays n'a pas vécu de crise institutionnelle au cours de ces 8 dernières années. Nous regrettons donc que le centre ne revendique pas le siège de Widmer-Schlumpf.
Le ticket UDC est tout sauf enthousiasmant et nous regrettons que le centre ne choisisse pas un candidat, même UDC, mais hors du ticket. (...)


Essayé, pas pu.

En fin de compte, je pense que la première raison est à chercher du côté du Conseil Fédéral actuel. Il ne comporte qu'un seul UDC bien esseulé. En 2007, il fallait impérativement éjecter l'incontrôlable Blocher ; en 2015, il n'y a personne à évincer. Il n'a jamais été question de chasser Ueli Maurer, affaibli après son échec dans l'acquisition du Gripen. Les candidats fournis par l'UDC, pour inacceptables qu'ils paraissent aux yeux du centre et de la gauche, ne peuvent se comparer avec le sentiment d'horreur que suscitait M. Blocher à l'époque - et suscite encore - auprès de ses adversaires politiques.

Quoi qu'on en dise, il n'y a ni respect des institutions, ni candidat UDC séduisant, ni retour de la formule magique ; les parlementaires helvétiques n'ont certainement pas renoncé à leurs intrigues de couloir, seulement à déclencher une nouvelle crise politique.

En ce 9 décembre 2015, ils ont simplement conclu que pour cette fois, le jeu de la candidature surprise n'en valait pas la chandelle.

Guy Parmelin élu

Parmelin.jpgGuy Parmelin est donc au Conseil Fédéral après 17 ans d'absence du canton de Vaud. Il est probable que face à la terreur que M. Aeschi suscitait à gauche, nombre de parlementaires auront choisi le "moindre mal" que représentait le viticulteur de Bursins, malgré ses faiblesses linguistiques. Comme dit l'adage, mieux vaut frayer chemin avec le diable qu'on connaît...

Il est clair que les voix de M. Parmelin sont bien venues de quelque part, ce quelque part pouvant être la gauche. Cela en chagrinera certains, qui voyaient en sa personne la candidature la plus faible du ticket UDC, comme le rappelle une célèbre caricature du processus par Mix et Remix.

Est-ce pourtant le cas? Seul l'avenir le dira. N'oublions pas que M. Parmelin a été soutenu par l'ensemble du groupe UDC à Berne, ce qui en dit long sur sa force à l'interne. Ayant désormais les coudées franches, le soutien de ses pairs et la confiance de l'Assemblée Fédérale, il a désormais toute latitude pour agir selon ses convictions, sans perdre sa bonne humeur habituelle.

Nous verrons donc assez vite au Conseil Fédéral de quel bois M. Parmelin est fait. Mais, pour rappeler une litote typiquement romande, j'espère que nombre des militants UDC méfiants envers Guy Parmelin seront déçus en bien.

Commentaires

Lu chez Jean-Claude Péclet, sur son blog "Béquilles" :
"Reste un certain étonnement face au choix proposé par l’UDC. Tactiquement, faire élire un deuxième conseiller fédéral romand peut être un atout pour un parti dont le potentiel de progression se situe surtout dans les parties francophone et italophone du pays. Mais c’est aussi courir le risque, non négligeable, d’un sévère retour de manivelle si, au terme d’une législature marquée par d’importants défis, les deux représentants du parti ont déçu."

Et croyez-moi, il n'est pas le seul à voir les choses sous cet angle...

Écrit par : Géo | 09 décembre 2015

«j’espère que nombre des militants UDC méfiants envers Guy Parmelin seront déçus en bien.»


Ben, espérez toujours… parce que dans mon cas c’est à tort. Je suis vraiment extrêmement déçu en mal, c’est donc cette m.. de poisse qui me colle au corps depuis des semaines qui a eu le dessus. À cause d’elle, j’avais parié dix caisses de bière sur ce cauchemars, j’aurais pu inclure la brasserie…

C’est affligeant !

Ce matin donc, c’était hommages à Emiles Gardaz et Claude Blanc: Milliquet (Schneid.-Amm.) et Oin-oin au pinacle… les coups de coeur d’Alain Morisod rétro-diffusés du samedi au mercredi… ils auraient pu élire Marie-Thérèse Porchet ou Denise Pahud pendant qu’ils y étaient, la parité féminine aurait été sauve…

Ben, en attendant de se reposer sur ses larbins, marmelinpinpin pourra utiliser son abo général en première classe pour une virée au Gornergrat avec bobonne. Ah, mais que non! il l’a pas encore le général… faut qu’il attende janvier. Saperlipopette !

…non mais, c’est quand-même fou, c’est sans se marrer que des élus de gauche, du centre, de la droite courbe, sont venus nous dire qu’il est vraiment capable l’homme de dossier… même si ça se voit pas sur sa tête qu’il n’a pas trois traits d’Hubert Reeves ou deux d’Albert Einstein… mais c’est sûr, il a le melon de Bertrand Piccard… aucun doute là-dessus, il l’a…

En tout cas maintenant on a la preuve que le CF n’a pas besoin d’effectifs supplémentaires… il pourrait faire à six… ou même à cinq…

Écrit par : petard | 09 décembre 2015

Qui a tout fait pour empêcher la "nouvelle garde"? Se sont les parlementaires gauchistes et les centristes. Faut juste se rappeler le soir du 18 octobre dernier.
Ils l'ont voulu, ils l'ont eu.
L'UDC Suisse voulait le 2ème siège, maintenant c'est fait!
Mon préféré c'était A.Amstutz; la classe,l'élégance, l'autorité naturelle, donc aucun regret!

Ce n'est que le temps d'un relais, on a bien dû se farcir les déculottés d'EWS pendant 8 ans, alors 4 ans avant que les jeunes compétents arrivent c'est potable. Ce n'est pas Parmelin qui va faire le mal de strumpfette, malgré toutes les éloges que les journaleux veulent étiqueter la grisonne.

Merci à Pétard, il m'a bien fait rire!

Écrit par : Corélande | 09 décembre 2015

"Qui a tout fait pour empêcher la "nouvelle garde"? Se sont les parlementaires gauchistes et les centristes." Ben, il fallait pas leur tendre le bâton pour vous battre. Y a quelque chose qui cloche dans la tête des UDC, franchement.

Écrit par : Géo | 10 décembre 2015

Je ne pensais pas que Parmelin passerait...tant mieux pour lui.
Mais franchement, si les blocher and Cie refond le coup du "demi conseiller fédéral", ca va grincer sérieux dans quelques chaumières.
J'espère qu'il est conscient qu'il a été élu, par défaut, par la gauche.
Qu'il ne sera épargné, donc, ni par la gauche, ni par la droite. J'aimerais pas être à sa place.
On verra dans 4 ans, mais je crains que l'UDC vienne de refaire le coup de Perrin. Un type pas taillé pour le rôle qu'on lui donne.
Alors il fera certes pas grand mal, mais bon, 3 boulets dans un collège de 7, ca commence à faire un peu lourd à trainer...

Écrit par : lefredo | 10 décembre 2015

Enfin un homme de la terre pour représenter le Peuple
Nous sommes nombreux à féliciter Monsieur Parmelin qui devra affronter un monde de statisticiens qui eux ne rêvent que chiffres oubliant et le respect envers le citoyen et surtout que les chiffres varient en fonction des saisons
Les chiffres c'est comme les planètes qui n'enrichiront que ceux oubliant trop souvent qu0un humain reste libre arbitre de ses actes et pensées
Et j'en profite malgré tout pour signaler qu'à trop de réformes sans laisser le temps aux citoyens de s'adapter ce qui varie aussi d'une personne à l'autre on créera un monde de bipolaires avec tous les dangers que cela représente pour l'aide sociale
Très belles fêtes de fin d'année pour Vous Monsieur Montabert

Écrit par : lovejoie | 10 décembre 2015

C'est l'échec de la stratégie Blocher qui a surestimé son influence. Il croyait que face à des candidats très moyen, son poulain qui suit sa ligne ultralibéral serait élu. D'autant plus qu'il pouvait espérer le plein des voix au PLR+UDC.

Il suffisait de voir le sourire de Toni Brunner pour comprendre que beaucoup de voix venant du courant paysan de l'UDC, ont voté pour Parmelin.

Certes Blocher reste le demi-dieu de l'UDC, mais l'après Blocher a commencé.
Les ultralibéraux de l'UDC qui se prennent claque après claque dans leur parti, doivent se poser des questions sur leur avenir, lorsque Blocher ne sera plus là pour les soutenir.

Écrit par : Glob | 11 décembre 2015

Le caporal Parmelin au Département de la Défense. Tout va bien. L'UDC vaudoise exulte.

Écrit par : Géo | 11 décembre 2015

Le cheval de Troie de Blocher au CF a fonctionné et il a roulé la gauche dans la farine avec sa stratégie. Il a mis Parmelin au CF et c'est ce qu'il voulait. Parmelin est un UDC "fréquentable" qui va faire augmenter la popularité de l' UDC en Suisse Romande. Il savait que Gobbi ne passerait pas car trop dur (pas pour moi, mais pour les gauchos) et il savait que Aeschi ne passerait pas rien que parce qu'il était recommandé par lui-même. Et voilà Parmelin subrepticement enfoncé dans la gorge des gauchistes par Blocher. C'est tout au moins ce que j'en déduis par mon observation.

Écrit par : Pierre Henri | 12 décembre 2015

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