30 janvier 2016

Temps Présent, chronique d'un dénigrement ordinaire

Sous le titre "Y a-t-il un Suisse pour lancer sa boîte?" le magazine télévisé Temps Présent lança jeudi 28 janvier un sujet bien polémique sur la relation entre les Suisses et les étrangers établis en Suisse, attaquant selon l'angle de la création d'entreprises:

Les immigrés en Suisse sont deux fois plus entreprenants que les Suisses de souche. C’est le constat surprenant fait par une étude de référence. On sait que la Suisse est l’un des pays d’Europe où le taux de chômage est le plus bas. On sait aussi que les créations d’entreprises, et le tissu de PME qui en résulte, explique en bonne partie cette belle santé du marché de l’emploi.


On sait ceci. On sait cela. De ces affirmations sur lesquelles j'aurai l'occasion de revenir, la présentation se permet ensuite de livrer son verdict avec la subtilité du rouleau-compresseur:


C’est un fait : les immigrés sont plus audacieux, plus créatifs, et plus prompts à passer à l’acte que les Suisses.


Dont acte. La supériorité est gravée dans le marbre. Les Suisses, tellement inférieurs aux immigrés! Le tout étant présenté comme un fait absolument indiscutable. Voudrait-on encore nous faire avaler les innombrables avantages de l'arrivée d'étrangers de toute sorte, des faux requérants d'asile aux criminels? À quelques semaines des votations du 28 février, difficile de penser autrement. Mais l'entame du reportage donne l'explication: il s'agit seulement d'une campagne de propagande à posteriori visant à culpabiliser le bon peuple contre l'Initiative contre l'Immigration de Masse qu'il a eu le malheur d'approuver.

"Il y a près de deux ans, le 9 février 2014, le peuple suisse votait contre l'immigration de masse, avec l'espoir notamment de protéger ses emplois contre la concurrence étrangère. Il ne devait pas avoir toute l'histoire en tête."


Qu'il est benêt ce peuple! Mais réjouissez-vous, la leçon de morale est payée avec votre redevance...

Le prochain Steve Jobs sera migrant syrien ou ne sera pas

Le reportage entier fait reposer son postulat sur une étude du Global Entrepreneurship Monitor de 2012, partiellement réalisée par sondage et présentée comme une étude de référence, pour lui faire résumer la chose ainsi:

Sur cent Suisses, il y a exactement cinq créateurs d’entreprise. Alors que sur cent immigrés de première génération, il y en a 9,1 : presque le double. Pour cent immigrés de deuxième génération, il y en a huit. Autrement dit, plus on est Suisse, moins on est entreprenant.


Même en cherchant dans la base de statistiques du site, impossible de trouver des données pour des immigrés de première ou deuxième génération. Mais acceptons l'idée: les immigrés créent plus d'entreprises en Suisse que les Suisses eux-mêmes. Est-ce vraiment parce que, comme l'affirment les journalistes de Temps Présent dans un raccourci volontairement insultant, "plus on est Suisse, moins on est entreprenant"?

L'étude comparative de la population suisse avec celle des pays voisins ne montre pas vraiment cela. En prenant une statistique vraiment significative comme le pourcentage de personnes de 18-64 ans vivant de leurs entreprises depuis 3 mois mais moins de 3 ans et demi (indicateur "KN.A7"), soit les gérants de jeunes pousses, on voit que la Suisse s'en sort plutôt bien:

jeunes_entreprises_KN.A7.png

Taux de propriétaires de jeunes entreprises en % de la population

Mais en y réfléchissant, le graphique introduit un problème curieux: les pays frontaliers de la Suisse, fournisseurs des plus gros contingents d'immigrés présents dans le pays, montrent moins de jeunes entrepreneurs qu'en Suisse. Non seulement c'est contraire à l'affirmation réductrice de Temps Présent, mais cela nous amène à un paradoxe apparent: comment des gens issus de populations plutôt moins tournées vers la création d'entreprise deviendraient subitement des entrepreneurs féconds une fois arrivés ici?

Se pourrait-il que la Suisse suscite la vocation des nouveaux venus? Ou que les immigrés aient une nature différente de leur population d'origine? Et si la vérité tenait un peu des deux?

La Suisse, favorable aux entrepreneurs de toutes origines...

La Suisse constitue depuis des siècles un terreau favorable aux entrepreneurs. La tradition helvétique du droit de propriété et sa démocratie directe contrecarrent les volontés de spoliation les plus excessives de la frange jalouse de sa classe politique. Malgré des dérives récentes, elle se situe encore dans les premières places des classements internationaux de liberté économique. Elle reste l'un des pays les plus industrialisés du monde.

Ce terreau favorable suscite depuis longtemps les vocations. Sachant qu'ils pourront compter sur une main-d’œuvre de qualité et un cadre législatif raisonnable, de nombreux immigrés fondent leur entreprise dans le pays, générant dans leur sillage la prospérité pour tous. De Nicolas Hayek, fondateur de Swatch Group, à Stefan Kudelski, fondateur de Nagra Kudelski Group, bien des grands noms d'origine étrangère méritent tous les lauriers. Le reportage de Temps Présent fait d'ailleurs la part belle à ces entrepreneurs étrangers en donnant la parole à quelques-uns de ces précieux individus.

Reste que le cadre suisse n'explique pas la différence de comportement entre les autochtones et les immigrés. Selon moi, la raison se trouve ailleurs: de part leur nature, les immigrés sont des individus un peu plus entreprenants que la moyenne et transmettent dans une certaine mesure ce trait de caractère à leurs enfants. Pas dans des proportions incroyables, mais suffisantes pour être statistiquement significatives. Un individu capable de prendre la décision de quitter son pays aura probablement une attitude plus volontariste envers la vie en général, ce qui peut l'amener plus souvent qu'un individu lambda à tenter sa chance en fondant sa société.

Là encore l'affirmation doit être tempérée par un sérieux bémol, car mettre tous les étrangers dans le même panier est une grossière simplification. Les explications précédentes ne valent sans doute que pour des individus déjà capables de travailler dans un pays donné, par exemple. Si vous êtes illettré, débutant dans la langue locale, ou d'une culture radicalement différente du cru, vous aurez peu de chances d'être couronné de succès dans votre entreprise - à supposer que vous parveniez à engager les démarches administratives pour la fonder. Les statistiques de création d'entreprise par la "manne" des migrants de Syrie ou d'Irak ces prochaines années seront certainement instructives.

Les étrangers en Suisse ne sont pas des individus supérieurs ; à la marge, face à la création d'entreprise, une petite partie d'entre eux est plus susceptible de passer à l'acte. Ce trait de caractère n'est pas lié à leur statut légal mais à leur état d'esprit, et cela affecte aussi... Les Suisses! Nous avons de sérieux indices de cette différence en contemplant, tout simplement, les expatriés helvétiques eux-mêmes.

...Et les Suisses, des entrepreneurs!

Si les individus qui changent de pays sont plus susceptibles de devenir des entrepreneurs, cela doit aussi être vrai des Suisses qui choisissent l'émigration. Y a-t-il des individus de la trempe d'un Louis Chevrolet de nos jours?

Il n'existe malheureusement pas de statistiques sur les entrepreneurs suisses de l'étranger. Ni le site des Suisses de l'étranger, ni le média public SwissInfo, ni l'Office Fédéral de la Statistique ne maintiennent ce genre d'information. Tout au plus l'OFS se contente-t-il d'agréger péniblement les chiffres de présence de ressortissants helvétiques dans chaque pays, mais même là, identifier correctement les émigrants s'avère une tâche difficile puisqu'on peut compter de nombreux cas de double-nationalité retournant dans leur pays d'origine.

immigration,mensonges,médias,temps présentEntre un Suisso-péruvien revenant dans son Pérou natal pour y couler une douce retraite ou une famille genevoise s'offrant une maisonnette en France voisine, il est difficile de tracer le véritable contour d'une émigration volontaire, miroir de l'immigration reçue par la Suisse ces dernières décennies.

Nous avons malgré tout de petits indices du comportement des Suisses à l'étranger, par exemple à travers la série documentaire "Bye-bye la Suisse" de la RTS. La série relate les péripéties de familles suisses quittant le pays pour une vie plus exotique. L'émission en est à sa cinquième saison et montre avant tout des entrepreneurs. D'un magasin de surf à l'hôtellerie en passant par la construction de bungalows, personne ne cherche un emploi salarié traditionnel.

Ailleurs, des paysans suisses lancent de vastes exploitations agricoles en profitant de terrains moins chers. Là encore, des entrepreneurs.

Quitter la Suisse implique de laisser derrière soi un pays à haut niveau de vie. Il y a énormément de raisons personnelles de le faire (l'appel de l'océan par exemple) mais pour la recherche d'un poste de salarié bien payé, cela n'a pas grand-sens. Si un jour des statistiques détaillées sont disponibles pour des Suisses émigrés et sans double nationalité au moment de leur départ, je mets ma main au feu que la proportion de créateurs d'entreprises parmi eux sera bien plus élevée que celle des immigrés arrivant en Suisse. Elle pourrait même être écrasante.

Faux procès en culpabilité

Temps Présent se garde bien d'évoquer les créations d'entreprise par des expatriés suisses ; cela contreviendrait au message si lourdement martelé. Mais l'émission s'éloigne encore d'un compte-rendu correct de la situation en évoquant les chiffres de l'École polytechnique de Lausanne sur la distribution de bourses Innogrant. Dévoilons le paragraphe en rapport:

[L'EPFL] essaye de favoriser le lancement de sociétés exploitant des découvertes issues de ses laboratoires. Un système de bourses, Innogrant, a été mis sur pied. Le système fonctionne, mais il n’est pas pris d’assaut, et, de manière plus nette encore, les Suisses se font tirer l’oreille. Sur 82 bourses accordées depuis 2005, seules 23% ont été attribuées à des autochtones. Les autres viennent du reste de l’Europe, pour 58% d’entre eux et de pays extra-européens pour 19%.


etudiants_EPFL_schema.pngLes proportions annoncées sont rigoureusement exactes, on les retrouve page 24 de la présentation du programme. Mais elles ne dévoilent pas toute la réalité. Pour la comprendre, il faut creuser dans les statistiques de l'EPFL elle-même. Prenant par exemple les chiffres 2015, ces derniers montrent que 42% des étudiants en Bachelor ou en Master sont étrangers. Mais pour les étudiants en fin d'études, les doctorants, la proportion d'étrangers monte à 80%. Cette proportion est stable.

Or, la création de start-up basée sur des résultats de recherche est typique de cette catégorie de personnes. Un ingénieur fraîchement diplômé se mettra probablement en quête d'un emploi. Un étudiant-chercheur, lui, effectuera des travaux en laboratoire jusqu'à trouver quelque chose d'exploitable, et se lancera peut-être ensuite dans la création d'une micro-entreprise pour faire fructifier ses découvertes. Ce genre de parcours est répandu et encouragé au sein de l'EPFL.

Il n'y a rien de honteux à voir les Helvètes ramasser 23% des bourses d'un programme d'aide lorsqu'ils constituent seulement 20% de la population susceptible de les recevoir.

Peut-être Temps Présent n'a-t-il pas cherché à creuser plus avant, l'analyse superficielle du programme Innogrant correspondant trop bien au message à faire passer. Mais la réalité est nettement plus nuancée que le portrait de Helvètes qui auraient "indubitablement plus de peine à se lancer que les immigrés," comme l'affirment les journalistes...

Les immigrés entreprenants, et les autres

Le postulat du documentaire de Temps Présent est que les Suisses ont eu tort d'approuver l'initiative UDC du 9 février 2014 contre l'Immigration de Masse sur le plan de l'emploi. Les immigrés qui ne viendront pas ne fonderont pas d'entreprises, forcément.

Reste à savoir de quelles entreprises l'on parle. L'imagination joue des tours. Selon les statistiques sur les entreprises, 92,3% des sociétés suisses sont des micro-entreprises avec moins de 10 employés. Ne serait-ce qu'à cause de leur jeunesse, la plupart des entités créées par les immigrés appartiennent à cette catégorie. Les exemples choisis par Temps Présent sont des exceptions, choisis à dessein pour renforcer le message.

Le procès du 9 février est particulièrement mauvais parce que l'intérêt économique de la Suisse était la seule notion préservée dans le cadre du contrôle migratoire. Par ailleurs, l'Initiative contre l'Immigration de Masse s'inscrivait dans un cadre beaucoup plus vaste. Elle concernait certes l'installation professionnelle, mais aussi les travailleurs frontaliers, les requérants d'asile, les immigrés venus en Suisse au nom du regroupement familial (dont beaucoup ne travailleront jamais), et enfin la volonté de reprendre une politique migratoire autonome face à l'Union Européenne - autant d'aspects évidemment éludés dans le documentaire.

La classe médiatique continuera encore longtemps à clamer que la Suisse a jeté le bébé avec l'eau du bain le 9 février ; mais sachant que la population étrangère souffre d'un taux de chômage double des autochtones, même le volet économique ne peut pas se réduire aux simples créations d'entreprise. Les entrepreneurs étrangers, toujours bienvenus, ne peuvent pas faire complètement oublier les autres aspects d'une immigration incontrôlée, qu'il s'agisse des criminels, de la charge sur les mécanismes sociaux ou de la qualité de vie.

Reconnaissons à Temps Présent le mérite d'avoir fourni sur ce thème un angle d'attaque original. Sur le fond, en revanche, rien de nouveau.

27 janvier 2016

L'Initiative de Mise en Œuvre en quelques questions

Assistant à plusieurs débats et lisant de nombreux articles sur l'Initiative de Mise en Œuvre pour le Renvoi des Criminels étrangers, je constate qu'un certain nombre de préoccupations reviennent souvent. De plus, les adversaires de l'initiative - et des médias pas toujours très objectifs - répandent ou répètent parfois divers mensonges à son sujet dans l'espoir de faire échouer un texte qui, il faut bien le dire, rendra nettement plus compliqué le maintien des criminels étrangers sur notre sol.

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Sans plus de cérémonie, voici donc une liste de questions-réponses qui risquent de survenir dans n'importe quelle discussion ayant trait au renvoi des criminels étrangers d'ici au 28 février - et sans doute encore après...

L'initiative est plus stricte que le texte voté en 2010!

Non. L'argument est répété à l'envi par les adversaires du texte, mais l'initiative de Mise en Œuvre n'est rien d'autre qu'une mise en application précise de l'initiative de 2010. Bien entendu, puisqu'il s'agit d'une initiative populaire, elle s'inscrit au niveau constitutionnel ; mais le texte n'est pas différent de qui aurait pu et dû être une loi d'application normale, si Parlement et gouvernement avaient convenablement fait leur travail.

Évidemment, on pourra argumenter, et c'est rigoureusement exact, que l'Initiative de Mise en Œuvre n'est pas la seule façon de transcrire dans les faits le renvoi des étrangers criminels déjà approuvé par le peuple. Malgré tout, cet argument reste relativement faible dans la mesure où:

  • L'UDC, auteur du texte de 2010 approuvé par 53% des citoyens, est probablement mieux placée et en tout cas bien plus légitime que ses opposants pour comprendre et mettre en application cette première initiative ;
  • En 2010 les Suisses s'étaient également prononcés sur un contre-projet direct concocté par le Parlement, qui ressemble à s'y méprendre à la loi d'application en projet, et l'avaient sèchement repoussé par 54% des voix. Le peuple a donc déjà voté, et rejeté, une version "light" du renvoi.

L'initiative forcera la résiliation des Accords Bilatéraux avec l'Union Européenne!

Pour toute une frange de politiciens pour qui les relations avec l'Union Européenne sont l'alpha et l'oméga de la vie politique, l'éventuelle incompatibilité de l'Initiative de Mise en Œuvre avec la libre-circulation a le même effet qu'un crucifix sur un vampire. Pour faire simple, l'Initiative de Mise en Œuvre contreviendrait peut-être aux accords de libre-circulation (pour ce qu'il en reste aujourd'hui au sein de l'UE) et déclencherait peut-être la "clause guillotine" qui lie entre eux les sept Accords Bilatéraux I, entraînant peut-être leur résiliation conjointe ou tout au moins leur renégociation dans les six mois.

Outre qu'il implique de nombreuses spéculations, ce scénario reste largement improbable sur plusieurs plans:

  • L'UE est la première à ne pas respecter ses propres règles sans que cela ne prête à conséquence, au point que plus personne n'en soit dupe. Pensons à la suspension des accords de libre-circulation face à la crise des migrants, ou simplement aux accords de Maastricht sur la dette publique (théoriquement limitée à 60% du PIB d'un pays, avec un endettement annuel limité à 3% de son PIB).
  • Les accords bilatéraux I, négociés dans les années 1990 par une classe politique europhile, sont nettement plus favorables à l'UE qu'ils ne le sont à la Suisse ; quitte à les suspendre ou à les renégocier, l'UE aurait bien plus à perdre que la Suisse.
  • Prétendre que l'expulsion des criminels briserait immédiatement les accords de libre-circulation est un argument de campagne utilisé uniquement en Suisse. Aucune source européenne n'a jamais officiellement pris position sur une interprétation aussi catégorique, et pour cause, puisque l'ordre public est une exception à la libre-circulation. Et quitte à parler du futur de la Suisse au sein de l'Espace Schengen, l'Initiative de Mise en Œuvre semble une péripétie mineure face à l'Initiative contre l'Immigration de Masse approuvée entre-temps!

Les expulsions sont impossibles sans accords de réadmission!

L'argument est recevable mais n'a rien de nouveau vis-à-vis du texte de 2010. Si les accords de réadmission sont nécessaires pour des expulsions, alors il appartient au Parlement et au gouvernement d'en signer pour que les pays tiers reprennent leurs ressortissants. C'est un travail de longue haleine mais la Suisse ne part pas démunie ; elle pourrait notamment conditionner les généreuses sommes versées au titre de l'aide au développement à l'existence de tels accords. L'absence de progrès sur ces dossiers ne traduit rien d'autre que le peu d'empressement de la classe politique à s'atteler à la tâche.

De plus, l'existence de pays réticents ne doit pas occulter les nombreux autres dans lesquels les procédures de réadmission ne posent pas de problème. Dans les cas fréquents où les criminels sont binationaux (franco-algériens par exemple) la Suisse pourrait choisir entre deux destinations.

Enfin - et c'est un avis personnel - la Suisse et le pays d'origine d'une personne ne représentent que deux pays parmi plus de 200 ; un individu obligé de quitter la Suisse et ne souhaitant pas retourner dans son pays d'origine ne manquera pas de points de chute alternatifs. L'initiative demande que les criminels étrangers soient exilés à l'issue de leur peine ; ils auront donc payé pour leurs crimes et s'ils sont indésirables en Suisse, ils seront aussi libres que n'importe qui de refaire leur vie dans un troisième pays.

L'initiative est contraire au droit international!

Le joker du "droit international" est brandi de plus en plus souvent dès lors qu'une initiative dérange la classe politique - ce qui semble systématique lorsque le texte vient des rangs de l'UDC. La carte avait d'ailleurs déjà été jouée en 2010.

Comment s'inscrit le renvoi des criminels étrangers face aux innombrables accords et traités entre la Suisse et les autres pays du monde, comme l'adhésion du pays à l'espace Schengen, ou des conventions internationales sur le regroupement familial? "Comme d'habitude" répondrai-je, sachant que les possibilités d'expulsion existent déjà dans le droit helvétique. On ne peut même pas plaider la nouveauté!

Mais pour en revenir à l'argument initial d'un texte contraire au droit international, l'initiative exclut explicitement le refoulement vers des pays où les étrangers expulsés risqueraient la torture ou l'esclavage. Elle est donc conforme au droit international impératif, ce qui la rend, de facto, recevable. Elle a d'ailleurs été soumise et validée par le Parlement.

L'initiative court-circuite les institutions!

On peut légitimement se poser la question: qui court-circuite qui? Est-ce le peuple en votant sur l'Initiative de Mise en Œuvre? Ou est-ce la classe politique en élaborant une adaptation affaiblie et peu sincère d'une initiative approuvée en 2010, alors même qu'un contre-projet direct était refusé?

Certains reprochent à l'UDC son timing, arguant que les élus n'ont pas eu le temps de mettre en place une loi d'application. En réalité, assistant aux manœuvres dilatoires de la classe politique visant à dénaturer le texte, l'UDC n'a eu d'autre choix que de lancer une Initiative de Mise en Œuvre pour sauver l'intention approuvée en 2010. Applicable dès le lendemain de son approbation, l'Initiative de Mise en Œuvre votée le 28 février sera en force encore plus vite que le projet abâtardi concocté par le Parlement.

Sur le fond, la Constitution helvétique, issue du peuple souverain, est la source suprême du droit. Partant de là, une initiative ne peut pas, ne peut jamais, court-circuiter qui que ce soit. Elle s'adresse à la source d'où découlent toutes les institutions. C'est à ces dernières de se plier aux exigences du peuple souverain, ou le régime politique suisse ne s'appelle plus "démocratie directe". Les travaux du Parlement valent ce qu'ils valent ; la critique de court-circuit est d'ailleurs cocasse de la part d'une classe politique dont les projets de loi finissent régulièrement à la poubelle suite à des référendums.

L'initiative viole les principes de la justice!

Les adversaires du texte clament à qui mieux mieux que l'automaticité leur pose problème - un argument qui les gênait nettement moins lorsqu'ils soutenaient Via Sicura, mais admettons. Ils reprochent l'absence de marge de manœuvre pour le juge. L'argument est fallacieux pour deux raisons différentes.

D'abord, le texte mentionne bien une marge de manœuvre: l'interdiction d'entrée conséquente à une première expulsion dure "entre cinq et quinze ans", à la discrétion du tribunal. Des juges pusillanimes regretteront naturellement l'impossibilité de ne pas expulser le criminel étranger du tout, mais enfin, les peines plancher ne sont pas une nouveauté.

Ensuite, le renvoi des criminels étrangers est précisément une réponse à la pusillanimité de magistrats qui disposent déjà de possibilités de renvoi mais ne les utilisent quasiment jamais. C'est bien à cause de leur laxisme que les citoyens, déçus de leur justice, visent aujourd'hui à en resserrer les boulons. Il n'y a là nulle violation de principe du Droit, pas plus que lorsque les parlementaires introduisent des peines routières automatiques ou discutent de supprimer le sursis pour les jours-amende.

Si des juges se plaignent de devoir respecter les lois en vigueur, qu'ils n'hésitent pas à changer de métier!

L'initiative expulsera les gens pour des peccadilles!

"On peut toujours trouver des exemples qui font pleurer Margot", lança Yvan Perrin sur le plateau d'Infrarouge. La formule est bien trouvée. Les adversaires de l'initiative rivalisent d'imagination pour mettre en scène des situations échevelées (et souvent très approximatives vis-à-vis de la réalité juridique) pour faire la chasse à d'hypothétiques abus dans le renvoi des criminels étrangers. Ils sont en revanche nettement plus discrets sur les dizaines de milliers de crimes bien réels qu'infligent chaque année les étrangers criminels aux habitants du pays. Le sort des victimes ne les intéressent guère.

Que le public soit juge! Le texte de l'initiative établit on ne peut plus clairement la liste des infractions au code pénal susceptibles soit d'entraîner une expulsion immédiate, soit une expulsion en cas de récidive dans les dix ans. Le fameux exemple du "vol d'une pomme" (à deux doigts de Jean Valjean et de son vol de pain) ne tient pas debout: le vol n'est susceptible d'entrer en ligne de compte que s'il est associé à une violation de domicile, c'est-à-dire un cambriolage (Art. 197, ch. I.1, al. b) ; et le tout n'entraîne une expulsion qu'en cas de récidive.

Qu'on s'en accommode ou qu'on le regrette, les voleurs de pommes n'ont rien à craindre.

L'initiative ne videra pas les prisons!

D'aucuns font remarquer que les criminels étrangers - qui remplissent 70% des capacités carcérales helvétiques - doivent purger leur peine en Suisse avant d'être expulsés, ce qui ne diminuera pas la population emprisonnée. Là encore, l'Initiative de Mise en Œuvre ne change rien à cette vieille antienne déjà abordée lors de la votation de 2010 ; mais heureusement, cette préoccupation est fausse.

Non seulement on peut espérer un comportement très différent de la part de "criminels opportunistes" d'origine étrangère lorsqu'ils seront sous la menace d'une expulsion de territoire de plusieurs années, mais l'Initiative de Mise en Œuvre aura aussi pour effet de vider les prisons suisses de leurs récidivistes étrangers. Un criminel étranger sera expulsé dès la fin de sa première peine pour un crime grave, ou dès le second pour une récidive dans les dix ans. Non seulement cette approche améliorera la sécurité de la population suisse, mais elle garantira que les pires récidivistes cesseront d'encombrer les prisons helvétiques.

Même si une expulsion est coûteuse, son prix reste dérisoire comparé au coût quotidien d'une incarcération étalé sur des années.

Conclusion

En 2010, le peuple approuva sans aucune ambiguïté le renvoi des criminels étrangers. Six ans plus tard, l'initiative n'est toujours pas appliquée de façon satisfaisante. Ces circonvolutions trouvent leur explication dans le mépris de la classe politique suisse pour la démocratie directe lorsque celle-ci ne va pas dans son sens. Le peuple est donc amené à transformer l'essai en se prononçant sur une nouvelle initiative dite "de Mise en Œuvre".

Bien que la question concerne des questions de sécurité, le vote du 28 février porte au-delà: outre le signal désastreux envoyé à tous ceux qui voient la Suisse comme un supermarché du crime, un échec conforterait également la classe politique dans ses manœuvres pour prendre les initiatives à la légère. Les enjeux du 28 février portent donc aussi sur la crédibilité du peuple en tant que source du Droit.

Mise à jour (31 janvier): Maître Nidegger donne une interview limpide dans les colonnes de la Tribune de Genève. Les personnes intéressées pourront donc avoir le point de vue d'un juriste sans langue de bois.

21 janvier 2016

Le Plan de Retraite Mohammed

Alors que la crise migratoire continue de faire sombrer l'Europe, l'UBS affirme qu'il faut doubler le nombre de migrants sur l'ensemble du continent. Le décalage entre théorie et réalité semble effarant - on regrette encore la disparition d'Andreas Höfert - mais la grande banque suisse tient exactement le même discours que d'autres entités politico-économiques, à savoir, l'idée que les migrants colonisant actuellement l'Europe permettront de résoudre les problèmes des retraites par répartition et autres mécanismes sociaux de redistribution. Finalement, oubliant l'héritage culturel propre à chaque famille, ils compenseront la natalité défaillante des Européens étouffés par la social-démocratie.

Le rapport de la banque a été composé avant la vague d'agressions sexuelles de Cologne mais dès 2015 n'importe qui de sensé pouvait comprendre que ce plan ne promettait rien d'autre qu'un désastre à l'échelle continentale. La perception des migrants par les élites est en décalage total avec la façon dont ils apparaissent de plus en plus visiblement à ceux qui les côtoient. Loin des discours où chaque "Syrien" serait une riche ressource universitaire ou un expert en informatique, l'Europe voit défiler des hordes d'individus revendicatifs, illettrés et pour la plus grande part totalement inemployables dans des économies occidentales déjà en prise avec le chômage de masse. Et la facture de leur entretien ne cesse de s'alourdir.

Au-delà d'une situation de départ fort peu idéale, le problème pourrait être plus profond encore. Sont-ils seulement venu ici pour travailler? Contribueront-ils à nos retraites? Pour éclairer ces points, Daniel Greenfield, un journaliste du Freedom Center et spécialiste de l'islam radical, composa un article corrosif dont voici une traduction.

 


 

La Mort de l'Europe

Comment le plan de retraite Mohammed tuera l'Europe.

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Les dirigeants européens parlent de deux choses ces jours-ci; la préservation des valeurs européennes en accueillant des migrants musulmans et l'intégration des immigrés musulmans en Europe en les amenant à adopter les valeurs européennes.

Il ne leur vient pas à l'idée que leur plan visant à sauver les valeurs européennes revient à détruire ces valeurs européennes.

Les mêmes valeurs européennes, qui obligent la Suède, un pays de moins de 10 millions d'habitants, à accueillir 180'000 migrants musulmans en un an, demandent également à ces nouveaux "suédois" de célébrer la tolérance, le féminisme et le mariage homosexuel. Au lieu de cela les valeurs européennes ont rempli les villes d'Europe de patrouilles de la charia, de chômeurs en colère agitant des drapeaux de l'État Islamique et d'actes de terrorisme occasionnels en public.

Les pays européens qui refusent d'investir dans la sécurité de leurs frontières se voient à la place contraints de dépenser de l'argent dans des services de lutte contre le terrorisme. Et ceux-là sont tout aussi mauvais pour les valeurs européennes.

Mais, comme les pays d'Europe centrale le découvrent, les valeurs européennes n'ont pas grand-chose à voir avec la préservation d’États européens en mesure de fonctionner. Au contraire, elles sont basées sur une sorte de socialisme statique que Bernie Sanders [candidat démocrate opposé à Mme Clinton, NdT] admire depuis l'étranger. Mais même un État-providence socialiste force les gens à travailler pour vivre. Les politiques sociales généreuses de l'Etat du Maine ont commencé à s'écrouler lorsque les musulmans somaliens ont pullulé pour en profiter. Les voix du Danemark et des Pays-Bas, entre autres modèles pour Bernie Sanders, ont désormais davantage des accents de Reagan que de Bernie Sanders ou d'Elizabeth Warren.

En 2013, le roi néerlandais déclara que "l'État providence classique de la deuxième moitié du vingtième siècle est parvenu à des règlementations sur ces terrains qui sont devenues intenables dans leurs formes actuelles." Cette même année, le ministre danois des Finances appela à la "modernisation de l'État-providence."

Le problème est pourtant moins celui de la modernisation que d'une médiévalisation.

27% des Marocains et 21% des Turcs aux Pays-Bas sont au chômage. Le taux est de 27% au Danemark pour les Irakiens. Et même lorsqu'ils sont employés, leur revenu moyen est bien inférieur à la moyenne européenne.

De par le passé, les critiques soulignaient que l'Amérique multiculturelle ne pouvait se permettre l’État-providence dont disposent les pays européens. Maintenant que ces mêmes pays deviennent multiculturels, ils ne peuvent plus se le permettre non plus.

L'Europe a investi dans les valeurs de son État-providence. Le monde musulman a investi dans les familles nombreuses. L'Europe espère du monde musulman qu'il renfloue un taux de natalité qui s'étiole en travaillant et en contribuant au système, de sorte que sa population vieillissante puisse prendre sa retraite. Les migrants musulmans s'attendent cependant à ce que l'Europe subventionne leurs vastes familles avec son État-providence alors que comme à-coté certains vendent de la drogue et coupent quelques têtes.

Une fois de plus, les valeurs européennes entrent en conflit avec la survie européenne.

Les valeurs européennes qui impliquent le suicide de l'Europe portent sur l'idéologie, pas la langue, la culture ni la nation. Mais les migrants qui arrivent ne partagent pas cette idéologie. Ils ont leurs propres valeurs islamiques.

Pourquoi Mohammed, 23 ans, devrait-il s'échiner à travailler pendant quatre décennies pour que de l'autre côté Hans ou Fritz puissent prendre leur retraite à 61 ans et s'allonger sur une plage de Majorque? L'idée que Mohammed veuille jamais faire une telle chose par amour pour l'Europe est un fantasme idiot dont les gouvernements européens gavent leurs citoyens inquiets.

Mohammed ne partage pas les valeurs européennes. Elles ne sont pas davantage susceptibles de prendre racine en lui, peu importe combien de fois essayent de les lui implanter des enseignants vieillissants qui espèrent qu'il obtienne un emploi et subventionne leur retraite. Les Européens s'imaginent que Mohammed devienne un Suédois ou un Allemand, comme s'il avait été un enfant adopté dans un pays exotique et élevé comme le leur, et qu'il travaille à subventionner leurs valeurs européennes.

Les migrants musulmans sont censés être le plan de retraite d'une Europe vieillissante. Ils sont censés garder sa collection délabrée de politiques économiques, d'État-providence et de programmes sociaux liés les uns aux autres.

Mais ils représentent davantage une sorte de dénouement définitif.

Mohammed est le régime de retraite de Fritz. Mais Mohammed a un type de plan très différent. Fritz compte sur le travail de Mohammed alors qu'il se laisse vivre. Mohammed se laisse vivre et s'attend à ce que Fritz travaille. Fritz n'étant pas lié à lui, Mohammed ne voit pas pourquoi il devrait travailler pour l'entretenir.

La social-démocratie européenne réduit la société à une sorte de régime d'assurance géant dans lequel l'argent est mis dans un pot commun. Mais l'assurance est interdite dans l'islam, qui la considère comme un jeu de hasard. La social-démocratie européenne attend de lui qu'il la renfloue, mais pour Mohammed, les valeurs européennes sont un crime contre l'islam.

L'imam de Mohammed lui dira plutôt de travailler au noir parce que verser son écot au système revient à contribuer au jeu. Toutefois, extorquer de l'argent au système est conforme à la jizya, la taxe que les non-musulmans sont obligés de verser aux musulmans. Selon la loi islamique, mieux vaut que Mohammed deale de la drogue plutôt qu'il paye des impôts.

Voilà pourquoi le trafic de drogue et la délinquance sont des professions si populaires auprès des salafistes en Europe. Il est préférable de voler des infidèles que de participer au grand jeu d'argent de l'État-providence européen.

Mohammed n'inscrit pas son futur dans les retraites fragiles du socialisme européen. Il investit dans ce que les sociologues appellent le capital social. Il envisage sa retraite en ayant une douzaine d'enfants. Si ce mode de vie est subventionné par les services sociaux des infidèles, c'est encore mieux. Et quand les services sociaux fermeront boutique, ceux de ses enfants qui ne seront pas en prison ou dans les rangs de l’État Islamique seront là pour s'occuper de lui à l'âge d'or.

En termes de régimes de retraite, cette méthode est plus ancienne et plus robuste que le modèle européen.

Mohammed ne s'inquiète pas beaucoup pour son avenir. Même s'il ne parvient pas à faire plus de six enfants, à l'âge de la retraite du pays européen dans lequel il réside, il vivra probablement dans un État islamique. Et il est confiant dans le fait que quelles que soient les dispositions qui auront cours alors, elles seront préférables et plus justes que le système conçu par les infidèles.

La Suède reçut 180'000 migrants en 2015. L'Allemagne pourrait en avoir reçu dans les 1,5 millions. La plupart d'entre eux sont de jeunes hommes qui suivent le plan de retraite Mohammed.

Les Européens s'entendent dire que les Mohammed vont équilibrer la disparité démographique d'une population vieillissante avec trop de retraités et trop peu de jeunes travailleurs. Mais au lieu de cela les Mohammed mettront encore plus de pression sur les jeunes travailleurs autochtones qui devront non seulement subventionner leurs propres aînés, mais aussi les millions de Mohammed, leurs multiples épouses et les quatorze enfants de leur régime de retraite islamique.

L'âge de la retraite sera sans cesse reculé et les services sociaux pour personnes âgées seront sabrés. L'État-providence va s'effondrer, mais il devra être maintenu coûte que coûte parce que l'alternative suscitera des troubles sociaux majeurs.

La hausse des prix du blé et des réductions des subventions alimentaires sont parmi les causes premières à la base du Printemps arabe. Les prix ont augmenté et les gouvernements sont tombés alors que les émeutes de rue se transformaient en guerres civiles. Imaginez une Suède, où 50% de la population de jeunes hommes est musulmane, la plupart au chômage, se transformant en Syrie lorsque l'économie s'effondre et que la facture arrive. Imaginez les émeutes européennes de la rue musulmane où les gangs disposent d'artillerie lourde et où chaque calife de ghetto a ses propres imams et des fatwas pour appuyer ses revendications.

L'Europe se tue lentement au nom de valeurs européennes. Elle essaie de protéger sa configuration économique en choisissant la banqueroute. Les valeurs européennes sont devenues un pacte mortifère. Les discours de ses politiciens expliquant que les valeurs européennes nécessitent une immigration musulmane de masse ont aussi peu de sens que la note laissée par un fou suicidaire.

Les valeurs islamiques ne sont pas compatibles avec les valeurs occidentales. Non seulement la liberté d'expression et la liberté religieuse, mais l'État-providence européen même sont anti-islamiques. Les musulmans ont un taux de natalité élevé parce que leur approche de l'avenir est fondamentalement différente de celle de l'Europe. Les Européens choisissent d'avoir peu d'enfants et de nombreux organismes sociaux pour prendre soin d'eux. Les Musulmans choisissent d'avoir beaucoup d'enfants et peu d'organismes sociaux. Les valeurs européennes tant admirées par les gauchistes américains n'ont aucun avenir.

L'Europe prend de la mort-aux-rats pour soigner un rhume. Au lieu de réformer ses valeurs, elle essaie de les maintenir au prix de sa propre existence. Le régime de retraite Mohammed ne sauvera pas le socialisme européen. Il l'enterrera.

-- Daniel Greenfield, Octobre 2015

17 janvier 2016

Blocher et le coup d'État silencieux

Vendredi soir l'UDC organisait sa 28e séance de l'Albisgütli. Pareille grande réunion du premier parti politique suisse ne suscite au mieux qu'un désintérêt poli de la part des médias, rapportée par un simple entrefilet dans la presse. Ce n'était toutefois pas le cas cette année, chacun attendant au tournant Christoph Blocher après l'annonce de son retrait de la vice-présidence de l'UDC. Les journalistes salivaient donc à l'idée d'un discours d'adieu, de l'abandon de la vie publique... Les débuts d'année sont toujours riches en vœux!

C'est un Christoph Blocher combatif et plein de verve qui vint à la tribune. Lorsqu'il annonça "Je n’ai pas quitté la vice-présidence pour arrêter le combat, mais pour le commencer," tous les espoirs de faire l'éloge funèbre de la vie politique de cette figure historique suisse se dissipèrent en un instant. Encore raté!

Son discours durant un peu plus d'une heure, il aborda d'autres questions que son non-retrait de la vie politique helvétique. Les reporters étant sur place, ainsi que le président de la Confédératon M. Schneider-Ammann et 1'300 invités et délégués de l'UDC, il était difficile de passer le tout sous silence. Les médias romands tentèrent notamment d'en rendre compte à travers un article de 24heures. Quant à la RTS, pour avoir un vague compte-rendu il fallut attendre le lendemain où un reportage se contenta de tourner en ridicule les propos tenus la veille:

Alain Rebetez, qu'on avait connu plus inspiré, expédia le propos en une phrase: "la volonté du peuple n'est plus respectée en Suisse, on assiste à un coup d'état silencieux et à l'établissement d'une dictature", avant de passer sans transition à la réunion PLR du lendemain où, face à un public conquis, un M. Schneider-Ammann placide put tourner en dérision les propos entendus la veille.

Le grand public en est-il vraiment quitte pour une franche rigolade? Est-il réellement dupe? Peut-on balayer comme une simple anecdote une discussion aussi cruciale sur le fonctionnement du pays, tenue publiquement par un ancien conseiller fédéral?

Alors que les citoyens helvétiques s'apprêtent à voter le 28 février pour l'initiative de mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers - un texte visant à forcer le Parlement et le Conseil Fédéral à appliquer réellement une volonté populaire clairement exprimée six ans plus tôt! - il est difficile de prétendre que M. Blocher soit complètement hors sujet. Et, histoire de partir d'une définition:

Un coup d'État est un renversement du pouvoir par une personne investie d'une autorité, de façon illégale et souvent brutale. On le distingue d'une révolution en ce que celle-ci est populaire. Le putsch est un coup d'État réalisé par la force des armes.


Le coup d'État silencieux existe bel et bien ; il suffit d'obtenir le pouvoir et ensuite abuser de sa position, sans forcément exercer de violence visible.

Il y aura bien entendu une bonne partie de la population complètement d'accord avec l'idée de limiter les droits populaires d'une façon ou d'une autre, que ce soit en rendant leur exercice plus difficile, en subordonnant la Constitution aux jugements de la Cour Européenne de Bruxelles, ou simplement en décrétant que tel ou tel texte d'initiative validé par le peuple n'obéit pas à un vague "droit international", dont il n'existe nulle formulation, avant de jeter le tout à la poubelle. Pratique.

Il y a une quinzaine d'années, seules quelques voies solitaires tenaient des propositions aussi iconoclastes. Elles gagnent progressivement en force aujourd'hui. Il faut bien l'admettre, la seule chose qui ait changé entre-temps est le succès régulier de l'UDC en votation. On peut donc dire objectivement que certains n'hésiteraient pas à détruire le mécanisme de la démocratie directe juste pour contrecarrer leurs adversaires politiques - bien que peu d'entre eux osent avouer ces objectifs aussi ouvertement.

Parfaitement défendable dans le cadre d'une discussion, cette démarche reste selon moi profondément anti-suisse dans le sens où elle s'inscrit en opposition directe à tous les principes fondateurs de ce pays tels qu’égrenés dans son histoire et l'article 2 de sa Constitution: "La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure l'indépendance et la sécurité du pays." Changer constitutionnellement les droits du peuple pour les limiter revient en définitive à demander à la Constitution de se saborder elle-même.

Pour le plus grand malheur de nos journalistes superficiels, le discours de M. Blocher lors de l'assemblée de l'Albisgütli est entièrement disponible en ligne et en français. Chacun peut donc juger sur pièce les propos tenus, et les nombreux exemples que cite M. Blocher lorsqu'il parle de coup d'état silencieux - l'accord-cadre avec l'Union Européenne, le refus d'appliquer l'initiative sur l'immigration de masse, le rejet du renvoi des criminels étrangers sur lequel le peuple sera amené à redonner son point de vue le 28 février.

M. Blocher explique que la Suisse est bien davantage menacée par des forces intérieures que par des forces extérieures ; notamment la propension de la classe politique à s'affranchir de ce peuple revêche qui refuse de reconnaître sa supériorité immanente. Je m'étais déjà exprimé précisément sur le même sujet il y a un an et demi lorsque je voyais l'avenir de la démocratie directe s'assombrir et les chemins que prenaient ces affaiblissements. L'ancien conseiller fédéral ne lit probablement pas mes textes mais a simplement fait de son côté la même observation que moi et que bien d'autres: le régime helvétique de la démocratie directe est menacé à tel point que, pour reprendre des termes médicaux, son "pronostic vital est engagé".

Le vote citoyen appartient-il au folklore, une vieille tradition désormais vide de sens? La démocratie directe - que tant de peuples européens nous envient en ces heures sombres - est-elle une singularité dont la classe politique doit débarrasser le pays pour le plus grand bien de la population, et sans lui demander son avis? Nous aurons, très vite, des réponses à ces questions ; lorsque nous voterons sur l’initiative de mise en œuvre par exemple, ou sur celle sur l'autodétermination décrétant une bonne fois pour toute que la Constitution n'a pas à se plier à des traités internationaux, mais au contraire que ces derniers doivent être renégociés en cas d'incompatibilité.

Mieux que le résultat des votes populaires, c'est le comportement des élites médiatico-politiques face aux résultats que chacun devra suivre... Et il se pourrait avant peu que le coup d'État silencieux dénoncé par M. Blocher ne soit plus aussi silencieux que cela.

11 janvier 2016

Cologne ou le point de bascule

Le nouvel an a été difficile pour l'Europe. Des femmes ont été agressées par centaines sur tout le continent européen, nouvel eldorado de prédateurs sexuels importés.

Après une Omerta de quelques jours les faits ont fini par filtrer, petit à petit, sur les réseaux sociaux. Les médias traditionnels furent plus lents, car réticents à admettre l'effondrement de la fable d'une immigration de masse aussi paisible que positive. Mais contrairement aux premières nouvelles délivrées, les violences infligées aux femmes (et parfois aux hommes qui les accompagnaient et tentaient de les protéger) ne furent en rien limitées à Cologne. Les informations sont toujours fragmentaires et ont énormément de mal à passer la censure de la bien-pensance, mais on peut compter pour l'instant pour la soirée de la Saint-Sylvestre:

  • Des agressions sexuelles en Autriche, que la police est accusée d'avoir dissimulées ;
  • Six femmes sexuellement agressées en Suisse à Zurich ;
  • A Kalmar en Suède, des femmes volées et sexuellement agressées par des gangs de migrants ;
  • En Finlande, à Helsinki, des agressions sexuelles coordonnées par des migrants selon la police ;
  • Des violences sexuelles et des agressions dans au moins cinq villes allemandes, Hambourg, Bielefeld, Cologne, Francfort et Stuttgart, perpétrées par des requérants d'asile et des immigrés en situation irrégulière.

allemagne,criminalité,immigrationBien que les victimes hésitent à contacter les autorités, les langues se délient peu à peu, balayant toutes les tentatives de minimisation. Samedi soir, juste pour le nouvel an à Cologne, on rapportait 379 plaintes et des suspects "principalement demandeurs d'asile ou immigrés en situation illégale" selon la police ; dimanche soir, les plaintes se montaient à 500, lundi à 517.

Certains journalistes perdent leurs nerfs devant la diffusion de l'information sur des canaux de "réinformation" sur Internet, les accusant sans vergogne de récupération politique. Bien que l'accusation de soit particulièrement piquante au vu de la stratégie de l'enfant mort prévalant à l'époque où les médias s'étaient engagés, à n'importe quel prix, à faire pleurer sur les migrants, les agressions sexuelles de ce début d'année montrent un phénomène qui n'a malheureusement rien de l'événement isolé.

Le Padamalgam™ est distribué par cartons entiers mais le patient ne réagit plus, la surdose provoque des symptômes de rejet. Fait marquant, le grand public semble avoir perdu le sens de l'humour. Les victimes sont trop nombreuses, les méfaits trop systématiques, les autorités trop apathiques. "J'ai senti un doigt dans chaque orifice de mon corps", raconte une femme horrifiée. Des centaines de victimes dont les témoignages font parfois froid dans le dos ainsi que toutes celles qui n'auront pas eu le courage de porter plainte resteront traumatisées pour des années, de même que les témoins, leurs familles...

Le jour de l'an, la police de Cologne communiquait pourtant:

POL-K: 160101-1-K/LEV Ausgelassene Stimmung - Feiern weitgehend friedlich

 
"Une ambiance exubérante - des célébrations dans l'ensemble paisibles" - voilà le mensonge officiel à destination des citoyens. Il fut précédé et suivi de beaucoup d'autres. Les langues se délient un peu partout. On apprend ainsi que, depuis longtemps, le quotidien suédois Dagens Nyheter passe sous silence les crimes sexuels infligés par les migrants à la population de Stockholm. Jamais syndrome n'a si bien porté son nom...

Pour les médias, seule compte la pression sur Angela Merkel et la façon dont elle va trouver une belle tournure de phrase pour s'en sortir. Les victimes? Aucune importance! Sauf, comme d'habitude, s'il peut s'agir de migrants maltraités par quelques excités. Là, l'indignation est à son comble. Face à la réaction chaotique d'une frange de la société, les autorités sortent les gros calibres: arsenal anti-émeutes, canons à eau et gaz lacrymogène. Mais des agressions sexuelles sauvages perpétrées par une véritable meute contre des femmes occidentales simultanément dans une demi-douzaine de villes, franchement, pas de quoi en faire un drame.

Malheureusement pour les Chevaliers de la Bien-Pensance, les faits sont têtus - et la réalité assez conforme à ce que les citoyens sont de plus en plus nombreux à comprendre. Presque tous les suspects sont étrangers, par exemple. Et ce n'est pas tout. Parmi eux, on trouve nombre de migrants reçus de fraîche date.

"Tant les déclarations des témoins que les rapports de la police (locale), et que les descriptions de la police fédérale indiquent que les personnes qui ont commis ces crimes étaient presque exclusivement d'origine immigrée", a déclaré Ralf Jäger, ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. (...) "Par ailleurs, il ressort de beaucoup d'éléments qu'il s'agissait de personnes originaires d'Afrique du Nord et du monde arabe (...) En l'état actuel des investigations, il y a aussi parmi les suspects des réfugiés venus chez nous l'année dernière."

 
Le ministre reconnaît également que l'action de la police avait été "inacceptable" et que, en conséquence, le chef de la police de Cologne avait été suspendu. Mais bien entendu, l'homme politique réserve ses mots les plus durs non pour ses services incompétents, non pour les mensonges des médias, non pour les actes criminels de ceux de sa caste, mais contre... Ses adversaires politiques, accusés finalement d'avoir eu raison:

"Stigmatiser un groupe comme des agresseurs sexuels est non seulement une erreur mais aussi dangereux. C'est ce que font les charognards de l'extrême droite, c'est leur seul argument."


Un seul argument suffit pourtant, s'il est correct - hors de 1984, la logique n'a pas de couleur politique et, heureusement, n'est certainement pas réservée à "l'extrême droite". Mais le ministre ne précise pas sur qui pèse ce fameux danger. La population allemande? Certainement, sachant le prix qu'elle paye et s'apprête à payer encore longtemps à cause de l'incurie de ses dirigeants.

Mais en réalité, si Cologne doit jamais avoir un effet sur la population allemande, ce devrait être au tour des politiciens de s'inquiéter, Mme Merkel en tête ; et ce ne serait que justice.

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08 janvier 2016

La guerre Irano-Saoudienne n'aura pas lieu

Entre chiites et sunnites l'année a mal commencé. Le 2 janvier, l'Arabie saoudite annonce l'exécution de 47 personnes. Bon début face aux 90 mises à mort de 2014. Au milieu d'une quarantaine d'individus liés à divers mouvements terroristes, on compte également le cheikh chiite Al-Nimr, dans le collimateur de la dynastie des Saoud depuis le lancement d'un mouvement de protestation dans l'Est du pays en 2011. Fort logiquement au pays du sabre, un tribunal de Riyad le condamna à mort pour sédition, désobéissance au souverain et port d'armes.

Les Iraniens - chiites - protestent. Et manifestent. Et incendient la représentation diplomatique saoudienne à Téhéran, face à des forces de police locale aussi impuissantes que peu motivées. L'Arabie Saoudite proteste à son tour en rompant les relations diplomatiques avec l'Iran. Le Bahrein fait de même. L'escalade continue ces derniers jours - l'Arabie saoudite interrompt toutes ses liaisons aériennes avec Téhéran. L'ambassade iranienne à Saana au Yémen est touchée par un bombardement lors d'un raid aérien saoudien, provoquant un blessé. L'Iran interdit l'importation et le transit des produits saoudiens, ainsi que la participation de ses citoyens au petit pèlerinage de la Mecque...

Certains s'inquiètent ou s'effraient d'un futur affrontement entre les deux pôles de la région, les sunnites d'Arabie Saoudite contre les chiites d'Iran. Et comme toujours en pareil cas, on commence par compter les forces en présence. Des infographies informative circulent sur Internet, comme celle-ci issue du Figaro:

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Infographie Le Figaro (cliquez pour agrandir)

L'affrontement verbal entre deux régimes autoritaires ne peut mener qu'à une dangereuse surenchère. La région est en crise ; l'Iran à cause de son programme nucléaire qui le prive de l'accès au marché international, l'Arabie Saoudite à cause de l'effondrement des cours du pétrole. Les deux pays sont déjà en guerre - l'Iran contre l'Etat Islamique par le biais de son allié syrien et du Hezbollah libanais, l'Arabie contre la rébellion des Houthis qui secoue le Yémen.

Sur le papier, l'Arabie Saoudite semble plus vaste et avec plus d'alliés - de la Turquie au Maghreb, la plupart des pays musulmans se réclament du sunnisme. Mais combien d'entre eux prendraient effectivement les armes dans une coalition contre l'Iran? Considérée seule, l'Arabie Saoudite est une terre aride bien peu peuplée. Une part importante de la population saoudienne vit de la rente pétrolière, soutenue par une énorme population immigrée vivant dans des conditions proches de l'esclavage, et parfois au-delà. Ce n'est vraisemblablement pas un pays dont la population se lancerait volontiers dans une aventure militaire incertaine.

Bien que forte du nombre, l'Iran n'a pas davantage de raisons de franchir le détroit d'Ormuz. Le seul pays qui lui soit favorable est l'Irak où la population chiite est majoritaire, quoi que grandement mise à mal par l’État Islamique. Ne disposant pas encore d'un territoire sanctuarisé par l'arme nucléaire, la crise intervient trop tôt ; et une avancée sur le territoire inviolable du sanctuaire sunnite pourrait mobiliser l'entier du monde musulman contre le pays. Hormis la guerre des mots, l'Iran ne peut guère intervenir que dans les pays du croissant chiite - l'Irak, la Syrie, le Liban.

Alors, c'est vrai, les armes circulent et ne demandent qu'à parler. Les Russes sont alliés avec la Syrie et l'Iran, les Américains soutiennent les Saoud depuis des décennies contre vents et marées... La région ressemble à une poudrière qui n'est pas sans rappeler celle des Balkans à l'aube de la Première Guerre mondiale, provoquée par l'assassinat d'un prince héritier à Sarajevo. Mais même avec de nombreuses rancœurs et la volonté d'en découdre, il y a loin entre le cheikh chiite Al-Nimr et l'archiduc François-Ferdinand.

Malgré tous les discours vindicatifs prononcés de part et d'autre, chaque régime de la région vise avant tout sa propre survie. Les gardiens de la révolution iraniens ne veulent pas davantage la guerre que la dynastie affaiblie des Saoud. La guerre implique une débauche de moyens et des victimes innombrables. Celles-ci sont injustifiables sans la perspective de gains conséquents. Quels pourraient être ces gains? Toute capture de champs pétroliers pourrait être impossible à défendre et exposerait dangereusement l'entier des capacités de production de chaque belligérant - rien n'est plus facile à mettre hors-service qu'un pipeline ou une raffinerie - sans compter les mesures de rétorsion internationales. L'affrontement stérile Iran-Irak des années 80 est encore dans les mémoires.

L'éradication de l'ennemi ancestral sunnite ou chiite est tout aussi fantasmée. Les deux frères ennemis de l'islam comptent des centaines de millions de croyants chacun et se répartissent dans des dizaines de pays. Sur le plan gouvernemental, il ne reste guère que la perspective d'une victoire morale bien peu significative.

L'idée d'une guerre mondiale entre les deux principaux états chiites et sunnites ne me paraît pas pour demain. La perspective d'une guerre civile généralisée et de basse intensité, elle, semble bien plus probable.

En guerre depuis la succession du mythique Mahomet, chiites et sunnites représentent deux branches religieuses irréconciliables sur la nature de l'islam. Les sunnites voient la volonté divine dans l'autorité du "calife", qui est aussi le chef de L’État ; les chiites, eux, ne la reconnaissent que dans les descendants de la famille du prophète. Couplée à la modeste tolérance de l'islam face à toute divergence doctrinaire, l'histoire entre chiite et sunnites peut se résumer en une guerre civile quasiment continue, quoique d'intensité variable, interrompue seulement par des menaces plus urgentes.

L'intolérance intrinsèque de l'islam a amené une répartition hétérogène entre sunnites et chiites au sein d'un pays donné. S'il y a 10% de chiites, vous n'en trouverez pas au hasard dans une maison sur dix ; pareille situation aurait tôt fait de dégénérer. A la place on trouve des enclaves, des villages, des vallées exclusivement peuplées des uns ou des autres. Les 15% de chiites du "bastion sunnite" que représente l'Arabie Saoudite sont ainsi regroupés sur la zone côtière du Golfe Persique, et quasiment absents du reste du pays.

Si en temps de paix ces enclaves permettent à des populations qui ne se supportent pas de vivre côte-à-côte, en temps de crise leur existence facilite les massacres de masse: on sait où trouver l'ennemi. A l'inverse, lorsque les populations sont relativement mélangées comme en Irak, la suspicion est généralisée et les bombes humaines explosent un peu partout sans qu'on ne sache clairement quel camp en est à l'origine.

Les différents régimes de la région se répartissent entre chiites et sunnites mais les regrouper simplement en deux blocs est une erreur d'analyse. Nulle population n'est homogène, et là réside le danger de la surenchère à laquelle s'adonnent Saoudiens et Iraniens - le risque que des groupes radicalisés de chaque pays ne se sentent soudainement investis d'une mission divine et commencent à poser quelques bombes, provoquant immanquablement des mesures de riposte brutales contre les minorités et précipitant lentement mais sûrement le pays dans une guerre civile généralisée.

J'avais déjà décrit ce scénario ici même il y a trois ans:

De la Turquie au Yémen, du Sahelistan aux montagnes afghanes, le monde islamique bascule  progressivement - mais de plus en plus vite - dans le chaos généralisé. La Syrie n'en est que l'éruption la plus visible. Le concept de guerre contre l'Occident lancé par les théoricien du jihad a échappé à tout contrôle. Il devient peu à peu une guerre ouverte, totale, contre tous les ennemis que chacun se désigne en terre d'islam, et Dieu sait s'ils sont nombreux.


Alors que les dirigeants haranguent les foules et chauffent à blanc les manifestants, les exactions continuent de plus belle - contre les sunnites en Iran, contre les chiites en Arabie Saoudite. Croyant renforcer l'unité nationale autour de leur branche de l'islam, les régimes de la région ne font que souffler sur les braises d'une guerre civile qui risque bien de les emporter.