28 février 2016

28 février: Oui à la libre-circulation des criminels!

Ce 28 février était un jour important de votation avec quatre objets fédéraux.

Référendum contre le projet de percement d'un second tube au Gothard (évoqué ici): le peuple était amené à se prononcer sur la stratégie prévalant lors des travaux de réfection du Tunnel du Gothard. Reliant les cantons d'Uri et du Tessin, l'unique tube routier doit être fermé pour réfection pendant trois ans. Après de nombreuses tergiversations, le Conseil Fédéral opta pour le percement d'un second tube qui permettrait de résoudre pour toujours les lancinantes questions d'entretien et d'améliorer la sécurité. Le vote portait sur de nombreux autres aspects comme l'intérêt porté au Tessin, la politique des transports ou l'Initiative des Alpes.

La gauche à l'origine du référendum fut en fer de lance sur ce dossier. Si ce n'est en Suisse romande, la sauce eut malgré tout mal à prendre: les Suisses comprenaient fort bien que malgré la propagande anti-mobilité le percement d'un second tube au Gothard n'était pas de l'argent "dilapidé", sachant qu'il y aurait au bout des travaux une solution pérenne pour un ouvrage routier d'importance internationale. La Suisse n'aurait plus à souffrir de tragédies comme l'accident de 2001 qui coûta la vie à onze personnes.

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Au final, le projet est accepté par 57% des citoyens. Les Tessinois votèrent à 57,8% pour et les Uranais à 55%, dans la moyenne.

Initiative "Pas de spéculation sur les denrées alimentaires": Le texte lancé par les Jeunes Socialistes ne faisait que traduire l'incompréhension totale des mécanismes du marché par les militants de ce parti, et en particulier ceux ayant trait aux denrées alimentaire, une des plus anciennes activités économiques de l'humanité. L'initiative étant promise à un échec cinglant dès les premiers sondages, elle ne gardait qu'un intérêt anecdotique en termes de mobilisation. Le résultat est là, avec 59,9% d'opinions défavorables. Je vous épargne une carte quasiment rouge vif, seuls le Jura et Bâle-Ville l'ayant soutenue.

Tout négoce alimentaire n'était pas formellement interdit par le texte des Jeunes Socialistes. En interdisant la "spéculation sur les denrées alimentaires", il aurait fallu réglementer les bénéfices réalisés sur ces transactions, c'est-à-dire mettre en place toute la bureaucratie nécessaire à cet examen. La division entre "transactions spéculatives" et "transactions non-spéculatives" aurait entraîné un imbroglio juridique inextricable et de nombreux recours. De plus, dans le cas d'une loi trop contraignante, les acteurs concernés auraient tôt fait de simplement partir pour des cieux plus cléments, privant la Suisse d'emplois et de recettes fiscales.

Mais, puisqu'ils partaient du bon sentiment de vouloir lutter contre la faim, j'invite la prochaine fois les militants socialistes à plutôt critiquer les divers régimes d'extrême-gauche présents, passés et à venir de par le monde (Venezuela, Pérou, Ethiopie) qui ruinent et affament leur population plus sûrement que n'importe quelle spéculation boursière. S'ils veulent vraiment lutter contre la faim, il y là bien du travail.

L'initiative "Pour le couple et la famille - Non à la pénalisation du mariage": l'initiative visait à stopper la pénalisation fiscale des couples mariés tant au niveau des rentes AVS que de l'impôt fédéral direct. Politiquement, elle eut le mérite de démonter que le PDC est encore capable de lancer une initiative et que l'UDC, loin du sectarisme dont on l'accuse régulièrement, est capable de soutenir un texte correct fut-il issu d'une formation politique concurrente (on attend la réciproque...)

Comme souvent l'enthousiasme initial du début de campagne alla s'amenuisant au fil du temps. Le texte mobilisa contre lui les bruyants lobbies LGBT car il formalise dans la Constitution le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme, bien que cela corresponde à la pratique actuelle dans le droit helvétique ; et la gauche vit dans la réduction des injustices fiscales une possible réduction d'impôts pour les couples les plus riches, un véritable chiffon rouge agité devant ses yeux - même si l'inégalité de traitement des couples mariés est dénoncée par le Tribunal Fédéral depuis 1984.

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Au final, l'initiative est refusée du bout des lèvres par une Suisse divisée. 50,8% des votants la refusent, bien qu'elle passe l'écueil de la majorité des cantons en emportant le soutien de dix-huit d'entre eux.

L'Initiative de Mise en Œuvre du Renvoi des Criminels Étrangers (évoquée ici): last but not least, le texte de l'UDC était le phare de cette élection et sans conteste l'enjeu le plus symbolique. Il est au-delà de ce modeste compte-rendu de relater toute la campagne et les raisons de son refus, qui feront l'objet d'une analyse séparée.

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Pour l'instant, bornons-nous à rapporter que l'initiative fut sèchement rejetée avec 58,9% de Non, bien qu'elle passe la rampe dans six cantons. Le Oui le plus fort est d'ailleurs venu du Tessin avec 59,4% d'approbation.

Le rejet de l'Initiative de Mise en Œuvre fait passer à la place la loi d'application concoctée par le Parlement suite à l'initiative de 2010. Cette loi subordonne les renvois aux "cas de rigueur". Autrement dit, la justice continuera sur la lancée de la pratique actuelle: n'importe quel motif d'empêcher le renvoi d'un criminel étranger, si ténu soit-il, permettra à celui-ci de continuer à vivre en Suisse. Et d'y récidiver, ou de rencontrer à nouveau une de ses victimes... Mais qu'importe la sécurité de la population lorsqu'il s'agit d'infliger une défaite politique à l'UDC!

Il n'est pas moins ironique de constater que ce refus tombe la semaine même où l'Allemagne décide de son côté d'expulser même les requérants d'asile criminels. Les gens n'ont sans doute pas réalisé qu'ils venaient de revenir sur leur décision de 2010 et de vider cette première initiative de l'essentiel de sa substance.

En résumé, le peuple suisse vient d'approuver la libre-circulation des criminels. Espérons pour lui qu'il n'en souffre pas trop, car la saga vient sans doute de se terminer. Ayons juste une pensée émue pour les futures victimes des récidivistes, et les contribuables qui continueront à grands frais à bâtir des prisons sous-dimensionnées.

 


 

Ce 28 février représente une nouvelle victoire de la classe politique face au peuple. Trois initiatives furent repoussées et un référendum rejeté, selon l'avis du gouvernement et du Parlement - et expliquent finalement un résultat relativement sans surprise.

Grisé par le succès de quelques initiatives qui réussirent ponctuellement à survivre au barrage médiatico-politique, certains analystes (moi le premier!) ont tendance à espérer que les choses changent, que le peuple suisse s'éveille enfin et prenne son destin en main. C'est oublier un peu vite l'équilibre statique de la classe politique dans les instances élues à tous les niveaux. L'immobilisme est une des composantes principales de la politique helvétique.

Alors que les élections fédérales sont encore fraîches, ce scrutin est là pour nous le rappeler.

Commentaires

Ce qui m'a manqué dans tout ce débat, c'était l'information : que font les autres pays dans ce domaine ? (Expulsion de criminels, donc).

Écrit par : Arnica | 28 février 2016

Bon, les gars, nouveau pin's pour demain:

«Je suis Tessinois»

Quel canton extraordinaire !

Ils n'ont pas seulement le meilleur vin du pays, mais quel sens civique ! Loin, très loin des carpettes !
Complimenti amici Ticinese !!!

Écrit par : petard | 28 février 2016

Moi aussi je suis "Pétard".... :-) non Tessinoise! C'est vraiment la petite suisse en miniature de Mélide!

Ils sont déjà dans le modèle de ce que la Suisse entière sera demain!

Désolée pour vous mes Compatriotes! Mais les moutons ne sont pas dans le camp de ceux que l'on désignait, mais bien dans le camp adverse; ces votations le démontrent parfaitement. (...la fameuse société civile des élites, avec les étrangers bi-tri-nationaux ça donne l'élévation du taux de participation !?!?!)

Que Norman Gobbi continue sur sa lancée; ne pas s'occuper de Bern et prendre les initiatives pour protéger et sécuriser son canton!

Écrit par : Corélande | 29 février 2016

Les suisses ont voté pour un Etat de droit, une justice individualisé à chaque prévenu, sanctionné par un juge.
Quelle justice si les infractions mineures recevaient les mêmes sanctions que des délits important ?
De plus la mise en application de la votation précédente, prévoit l'expulsion.

Cette initiative UDC écrit avec les pieds, tellement qu'elle était mal faîte, n'avait d'autre but que de mettre la Suisse en situation difficile, que ce soit face à l'Europe et les droits de l'Homme.
Et peut-être un premier ballon d'essai pour court-circuiter la justice des juges pour une justice populaire, la "charia" populiste.

Il est prévu que les violeurs seront expulsés, mais dans un Etat de droit, c'est ce qui différencie une démocratie d'une dictature.

Écrit par : motus | 29 février 2016

Motus, c'est vrai que les violeurs et autres criminels dangereux qui auraient dû être expulsés déjà depuis longtemps, sont toujours dans nos prisons et à la charge très onéreuse pour les Contribuables.

Conclusion, en effet les juges font du bon boulot.....contre les citoyens et victimes suisses, bien évidemment!

Si vous avez regarder hier soir mise au point et le quadruple crime en Argovie, vous avez du comprendre à demi-mot quelle était l'impasse dans laquelle se trouve la justice du canton. A ce rythme-là et ça ne fait que commencer, cela va coûter vraiment très cher aux Citoyens Suisses!

Comme toujours les moutons de ce pays, qui ne sont pas ceux que l'on désignait avant, ne savent pas que pour bien gérer un pays il faut savoir
anticiper! Etre dans la réaction c'est toujours trop tard! (voir la France et l'UE toute entière avec les migrants).

Moi je suis contente de ces votations, car je ne me suis pas trompée en anticipant pour moi et mon cercle d'amis. Nous regarderons la pagaille et la dangerosité se propager dans nos grandes villes avec compassion....sans plus, car ce week-end ses habitants se sont tirés une balle dans le pied....comme à Lancy/GE!

Écrit par : Corélande | 29 février 2016

Oh quelle horreur : je suis sortie à 6h20 ce matin dans la nuit noire sans garde du corps pour me protéger ... !!!

@ Motus : commentaire excellent, rien à ajouter !

Écrit par : Marie | 29 février 2016

Sur le Gothard, une autre excellente raison d'avoir voté oui:

Tout ça c'est du boulot qui ne foutra pas le camp en Chine. Et puis, il faut bien donner du travail à tous ces gens qu'on importe.

à moins que les socialistes étaient prêts à céder leurs tartines beurrées dans l'administration...

Écrit par : petard | 29 février 2016

Cher Stéphane,

L’UDC se préoccupe-t-elle de l’essentiel ?
Je ne dis pas que la votation d’hier n’était pas importante mais il me semble qu’il y a plus urgent.
Nous nous plaignions tous de l’augmentation croissante du périmètre de l’état et du socialisme qui l’accompagne mais nous ne faisons pas grand-chose pour l’éviter. Les socialos et les trotskiste ont bien compris comment faire, à savoir verrouiller les medias et l’école.
La première étape consiste à supprimer la presse étatique et couper complètement les vivres à la RSR. C’est pas passé loin l’année dernière et il faut donc porter le coup de grâce à cet institution vérolée. On rit jaune quand on entend un Matthey-Doret moquer la télévision Russe aux ordres de Poutine. Ensuite, il faut trouver des sous (privés !) pour éduquer la jeunesse sur les bienfaits de la liberté. Ronald Reagan (un tout grand), dans sa jeunesse, était employé par les grandes entreprises US pour promouvoir l’économie de marché au sein de la classe ouvrière. Imaginez un Fabrice Luchini ventant les bienfaits du libéralisme chez Nestlé, Roche ou ABB !
Enfin, il me semble que l’initiative la plus urgente et le démantèlement de la LAMAL. Si rien n’est fait, à la prochaine votation la caisse unique passera. On aura donc pour le coup une vraie médecine étatique avec tous les ravages qu’elle provoque. Ensuite, ce sera au tour de la cotisation en fonction du revenue. Alors ce sera peut-être HeidiLand mais qu’elle intérêt si nous sommes ruinés, dans une dictature socialiste comme nous voisins français la vive au quotidien ?

Écrit par : Rastapopoulos | 29 février 2016

@Rastapopoulos
Il n'y a jamais eu plus de 2 conseiller fédéraux socialiste.
Le National et les Etats a toujours été depuis toujours largement de droite.
La Suisse est ancré à droite.

On peut dire que si les "gauchistes" ont le contrôle des médias, des écoles, alors ils sont peu efficaces !

Vous vantez le libéralisme. Depuis Reagan, il n'y a jamais eu autant de scandales financiers. Si l'honnêteté était une caractéristique humaine, la liberté en serait sa traduction. Mais l'appât du gain étant plus fort, l'Etat doit agir pour préservez l'équilibre de la société, et protéger la population contre les requins.
Les conséquence sont que les gens honnêtes doivent suivre les règles, mais ils le font aisément, parce que leur propre entreprise peuvent subir la malhonnêteté de ces prédateurs.

Seul les prédateurs souhaitent un Etat faible, sans aucune règle.

Écrit par : motus | 29 février 2016

Complétement d'accord avec Rasta. Il serait temps que l'UDC s'attaque vraiment au socialisme rampant. Petit rappel qui fait mal : Mermoud était d'accord avec le droit de préemption des communes sur les terrains, voire à l'expropriation...
On constate avec une certaine surprise que le FN en France court sur les terres de la gauche et on a beau savoir que, heureusement, les Suisse-allemands nous préservent de ce genre de stupidités, on se méfie de quelques facilités populistes chez les Romands...

Écrit par : Géo | 29 février 2016

@motus: oui oui, à part dans les médias, l'école, l'université, la justice et les syndicats, la gauche ne domine pas grand-chose!!! Et en politique pas besoin d'être adoubé par les socialistes pour faire une politique de gauche.

Quant au libéralisme, ne le confondez pas avec le capitalisme de connivence (crony capitalism) dont il est aux antipodes.

"Seul les prédateurs souhaitent un Etat faible, sans aucune règle." Ou alors ils souhaitent un Etat fort et s'en emparent, ce qui leur permet ensuite de se livrer à la prédation en prétendant défendre le bien commun.

Écrit par : Stéphane Montabert | 29 février 2016

La caste-société civile de ce pays a décidé de garder les criminels au chaud et à grands frais à la charge de tous les contribuables.
Maintenant il faut assumer et donner en toute transparence les coûts que cela impliquent pour chacun de ces détenus et par mois où année!

Que chaque citoyen de ce pays qui le veut, s'adresse à ses instances et demande des comptes. Car les "pollueurs-payeurs" sont l'ensemble des citoyens et pas les criminels.
Nous saurons vendredi quand la loi entre en vigueur, elle doit être immédiate, et quels seront ses effets, car de nombreux renvois sont déjà pendants!

Écrit par : Corélande | 01 mars 2016

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