24 février 2016

Et pourquoi pas une RTS de droite?

Un lecteur me pose la question:

Vous dénoncez régulièrement et à juste titre la SRG/SSR pour sa vision de gauche... J’ai lu que 70% des journalistes sont de gauche. J’imagine que les dirigeants de la SRG/SSR aussi.

J’ai alors deux questions à ce sujet.

  • Qui nomme ces dirigeants ?
  • N’y aurait-il pas moyen d’avoir des personnes de droite à la direction de la SRG/SSR ?


Bonnes questions qui appellent évidemment une réflexion plus profonde sur le sens des médias et de leur orientation en général. Mais commençons par le commencement.

Entre un temps de parole minimisé dans Infrarouge à des reportages biaisés visant à inférioriser la population helvétique en passant par une couverture totalement partisane des sujets en votations, la RTS se distingue particulièrement. Elle ne fait même pas semblant.

médias,propagande,redevance,roger de weckMon interlocuteur se doute que le directeur de la SRG/SSR est un homme de gauche, et il a évidemment raison: non seulement Roger de Weck, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est partisan en diable, mais il en est en plus extrêmement fier. Et rudement bien payé. Roger de Weck fut nommé en 2010 par le conseil d'administration de la SRG SSR, comportant neuf membres:

  • Les quatre présidents des sociétés régionales.
  • Trois membres nommés par l'Assemblée des délégués.
  • Deux membres désignés par le Conseil fédéral.

Les présidents des sociétés régionales sont mentionnés sur Wikipedia. Le grand public ne connaît pas forcément les personnalités de ce sérail, mais on trouve assez facilement un engagement à gauche - ou à tout le moins anti-UDC - de la plupart de ces gens.

Deux tiers des membres sont choisis par des instances politiques disparates (le Conseil Fédéral et un système complexe de représentation linguistique des cantons), un tiers par la propre corporation des journalistes. Ce mode de désignation laisse les coudées franches à des individus carriéristes et politiquement "bien orientés", avec tout ce que cela implique sur les débats du moment: condescendants envers l'UDC et son électorat, pro-européens, pro-migrants, réticents face à la démocratie directe, etc.

Fiction médiatique

Imaginons que par un étrange concours de circonstances (accident cérébral, erreur de casting, remplacement par un clone extraterrestre) la SRG/SSR se retrouve avec un directeur de droite. Que se passerait-il alors? Probablement rien. Outre que les entités régionales de la régie publique représentent autant de citadelles idéologiques inexpugnables, les autres directeurs se contenteraient de courber l'échine en attendant que l'orage passe, opposant une résistance passive à toute tentative de réforme sérieuse.

Si le directeur devenait un peu trop pressant, il suffirait de monter contre lui une cabale (relayée par exemple par des copains dans les rédactions de presse histoire de donner l'illusion d'un point de vue extérieur) pour dénoncer l'odieuse tentative de "droitisation" d'un service public. Des procès en sorcellerie ont mené au bûcher pour moins que ça.

Autrement dit, le directeur de la SRG/SSR n'est que la partie émergée de l'iceberg. Si ses positions et sa rémunération peuvent énerver, il n'est que le symptôme d'une affliction profondément ancrée dans le monde journalistique: la certitude de faire partie d'une élite intellectuelle, le besoin de "guider" l'opinion publique, de critiquer la société hôte et de dénoncer ses impairs, le tout enchâssé dans une solidarité sans faille avec les partisans de la même ligne, collègues de travail ou politiciens, entraînant un deux-poids-deux-mesures permanent.

Des médias de droite, pourquoi faire?

Les nombreux Suisses indignés par le parti-pris des médias publics se satisferaient-ils d'une couverture médiatique tout aussi biaisée dans l'autre sens? Probablement pas. Si l'idée d'un directeur de droite relève de la science-fiction, elle n'est même pas souhaitable. Les gens aimeraient avant tout une couverture médiatique aussi équilibrée que possible, sans aucune omertà. Et là, il y a du travail.

L'exemple américain de Fox News est intéressant. La chaîne - vouée aux gémonies en Europe par des gens qui n'ont sans doute jamais vu une seule de ses émissions - détrôna la très démocrate CNN non en proposant une information de droite, mais une information équilibrée. Le slogan fair and balanced de la chaîne renvoie à une attitude non-partisane. Par exemple, un présentateur appellera un Républicain et un Démocrate à commenter chacun leur tour un sujet politique. Bien entendu, imaginer un temps de parole égal est déjà une hérésie pour la plupart des journalistes européens ; de là leur haine viscérale contre la chaîne.

Soyons clair: l'existence de médias de gauche ne pose pas de problème particulier. Lorsqu'ils s'efforcent de vivre par leurs propres moyens, comme Le Courrier, la démarche est même parfaitement respectable. La question est plus épineuse lorsque les médias en question bénéficient d'un monopole légal. Elle devient carrément dérangeante lorsqu'ils vivent de surcroît de l'argent des contribuables.

La solution n'est probablement pas de nommer ou d'espérer la venue d'un directeur de droite à la SRG/SSR, mais de laisser les gens libre de s'informer au lieu de les assommer de propagande avec leurs propres impôts. Je soutiens donc l'initiative No Billag.

Face à une information officielle tendancieuse, moralisatrice, et choisissant soigneusement ses sujets pour empêcher la population de réaliser l'ampleur des dangers qui la menacent, le terme récent de "réinformation" prend de l'ampleur. Le succès de canaux parallèles sur Internet, à commencer par Lesobservateurs.ch en Suisse, démontre clairement un besoin de la population. Car sans information correcte, la démocratie n'a plus aucun sens.

Commentaires

Un sujet que vous n'abordez pas : beaucoup de ces médias sont soutenus par des milliardaires de gauche. Dont les intérêts financiers n'ont rien à voir avec les intérêts des peuples suisses ou européens. Au contraire...

Écrit par : Géo | 24 février 2016

@Géo: Vous soulevez un point tout à fait intéressant, les fortunes qui choisissent de s'acheter des groupes de presse. Sachant que ces entreprises sont en déficit chronique ce n'est évidemment pas pour le profit, ni par amour de la presse (même si beaucoup aimeraient y croire), mais bien pour influer sur l'opinion publique.

Dans un monde normal, cela devrait évidemment entraîner une suspicion générale envers les titres concernés et des enquêtes journalistiques des concurrents pour voir de quoi il retourne. Typiquement, c'est ce qui arriverait (et qui arriva d'ailleurs) dès qu'un certain Christoph Blocher fit mine de s'intéresser à la Basler Zeitung. Levée de boucliers avant même qu'il ne se passe quoi que ce soit de concret!

Outre que toute démarche n'est pas forcément malsaine en soi (à quand une Weltwoche romande!) le problème vient d'une méfiance à deux vitesses. Voilà que le milliardaire en question soit de gauche, et tout passe comme une lettre à la poste, circulez! C'est un autre exemple de ce deux-poids-deux-mesures si caractéristique de la corporation des journaliste.

Heureusement qu'il nous reste Internet... Pour l'instant.

Écrit par : Stéphane Montabert | 24 février 2016

Et pourquoi pas une Police, une Armée et un Patronnat de Gauche?

Les intellectuels, les artistes, les créateurs, les progressites sont généralement de Gauche; les policiers, les militaires, les chasseurs, les exploiteurs sont généralement de droite.

Votre démonstration est plutôt piteuse!

Écrit par : Orange Mécanique | 26 février 2016

@Orange Mécanique: je connais bien la dialectique matérialiste que vous essayez d'employer - "lorsque tout échoue, essayer de ramener l'adversaire à son niveau pour montrer que l'un ne vaut pas mieux que l'autre."

Outre qu'il existe bien un patronat de gauche (je préfère le terme "mondialiste") la police et l'armée sont composées d'individus comme vous et moi qui votent comme ils l'entendent, à droite ou à gauche. Et cela n'a aucune importance, parce qu'ils sont légalement astreints au silence. Ils n'ont de toute façon pas vocation à influer sur l'opinion publique.

Quand avez-vous vu pour la dernière fois la police ou l'armée donner des consignes de vote?

En guise de démonstration piteuse, vous nous donnez un bel exemple.

Écrit par : Stéphane Montabert | 26 février 2016

Pas nécessaire d'avoir une RTS de droite, suffit de continuer à proposer des marmelinpinpin au CF et il n'y aura plus de médias pour critiquer l'UDC. C'est fou ce que les médias sont condescendants avec lui !

Écrit par : petard | 28 février 2016

Le Courrier est abondamment subventionné.

Écrit par : noelmace | 06 mars 2016

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