01 mars 2016

Renens, la Nuit des Couteaux à Beurre

Sur l'échelle strictement locale, le 28 février fut également l'occasion du premier tour des élections communales vaudoises. Le scrutin eut une saveur particulière à Renens, quatrième ville du canton, puisqu'à l'inverse de Lausanne les jeux était ouverts, chaque parti se lançant séparément à la Municipalité.

Il s'agit donc d'une analyse un peu plus exhaustive que celle, sommaire, que j'ai pu livrer sur le plateau de La Télé dimanche soir.

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A l'aube du dépouillement.

Commençons par les résultats du Conseil Communal.

Conseil Communal (80 sièges)
  2016 2011
Parti Socialiste 24 (+6) 18 (-3)
PLR 20 (+1) 19 (-4)
POP - Fourmis Rouges 17 (-6) 23 (+3)
UDC 10 (-) 10 (+10)
Les Verts 9 (-1) 10 (-1)

Les chiffres entre parenthèses renvoient à l'évolution vis-à-vis du scrutin précédent. La variation indiquée entre parenthèse pour 2011 (montrant l'écart avec 2006) doit être relativisée, une liste de cinq sièges disparaissant lors de cette élection.

L'extrême-gauche POP / Fourmis Rouges subit la loi d'un Parti Socialiste hégémonique au sein de la gauche plurielle. Le PLR grignote un siège aux Verts. Au coude-à-coude avec eux en 2011, l'UDC prend la tête. La stabilité du parti est plutôt une bonne surprise pour ces élections qui ont vu l'UDC affronter un vent contraire avec le mauvais score vaudois de l'Initiative de Mise en Œuvre. Merci aux électeurs qui nous ont fait confiance!

Il n'y a guère de glissement gauche-droite au Conseil Communal de Renens, mais le premier tour de l'élection à la Municipalité s'avère plus instructif.

Municipalité (7 sièges)
  2016 2011
Jean-François Clément (PS) 1'634 2'163
Myriam Romano-Malagrifa (PS) 1'587 2'113
Patricia Zurcher Maquignaz (PS) 1'344 -
Didier Divorne (POP) 1'281 -
Olivier Golaz (PLR) 1'279 911
Jean-Marc Dupuis (PLR) 1'188 777
Tinetta Maystre (Les Verts) 1'073 2'040
Karine Clerc (POP) 1'071 -
Florian Gruber (PLR) 1'036 -
Johnson Bastidas (POP) 952 -
Nathalie Jaccard (Les Verts) 761 -
Stéphane Montabert (UDC) 678 504
Gérard Duperrex (UDC) 606 -
Roland Delapierre (PEV) 144 -

Les résultats sont donnés par ordre décroissant. La comparaison avec les scores de 2011 est purement indicative: à l'époque, la gauche partait unie avec un ticket de cinq candidats (2 POP, 2 PS et 1 Vert) qui furent tous élus dès le premier tour. Il n'y eut pas de second tour à Renens, les deux candidats du PLR Olivier Golaz et Jean-Marc Dupuis obtenant leurs sièges tacitement.

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Dans le premier tour ci-dessus, chacun des six sortants emmena avec lui un ou plusieurs colistiers qui purent profiter de sa notoriété - la fameuse "prime au sortant". Les partis représentés à la Municipalité n'eurent donc aucun mal à occuper le haut du classement. Les six sortants et leurs cinq colistiers occupent fort logiquement les onze premières places. L'UDC vient ensuite, selon un résultat somme toute assez logique. J'obtiens un score personnel d'un peu moins de 16%, à comparer aux 38,5% engrangés par Jean-François Clément.

L'intérêt de cette élection à Renens portait surtout sur la recomposition de la gauche. En avançant trois candidats tout en annonçant briguer le poste de Syndic, les socialistes affichèrent leurs ambitions - et leur appétit. Ce premier tour ouvert permit de mesurer la force réelle de chaque parti. La figure historique du POP Marianne Huguenin s'étant retirée du jeu, les candidats socialistes dominèrent largement. Le "tout-juste-sortant" Didier Divorne, en poste depuis moins d'un an, se fit distancer alors qu'il est encore le mieux placé de son groupe. Vinrent ensuite les candidats du PLR. La Municipale verte se vit sévèrement sanctionnée, obtenant le plus petit score parmi les sortants, derrière la droite.

Renens, à la lausannoise

Lundi soir, les groupes politiques définirent donc leur stratégie pour la conquête des sept sièges de la Municipalité. Le terme de Nuit des Longs couteaux est sans doute trop ambitieux pour les petites cuisines de la politique renanaise!

Approché dès le dimanche par l'UDC pour une alliance électorale formelle au second tour, le PLR refusa sèchement. Contrairement aux discussions qui avaient pu avoir lieu en amont, ses responsables expliquèrent alors que leur objectif était de conserver leurs deux sièges et qu'ils n'auraient "rien à gagner" à déterrer la hache de guerre avec la majorité de gauche. Les électeurs de droite apprécieront. Bien entendu, cette fin de non recevoir douchait tout espoir d'un troisième siège de droite à la Municipalité, marque d'un rééquilibrage nécessaire. Écœuré par cette passivité, c'est avec un certain dégoût que je ressortis de cette entrevue déconcertante.

De leur côté, lundi soir, dans une ambiance de veillée d'armes, les trois partis de gauche installés dans trois salles différentes de la Salle de Spectacle de Renens tinrent conseil jusque tard dans la nuit. Le résultat du premier tour les avait en effet placés devant une situation apparemment inextricable. Compte tenu de ses cinq sièges sortants, comment respecter les vœux de toute la gauche plurielle? Le souhait du POP de garder la tête haute, le PS d'obtenir les trois sièges auxquels il prétendait et les Verts de préserver leur unique Municipale, gage de leur participation dans une alliance de gauche?

La continuité aurait voulu que le POP concède le transfert d'un siège municipal au PS, mais ajouté à la perte de la syndicature, cela commençait à faire beaucoup. J'imagine qu'à un moment quelqu'un s'interrogea naïvement à haute voix: "Au nom de quoi infliger ce sacrifice à la gauche? Pour que le PLR continue d'occuper joyeusement les deux derniers sièges de la Municipalité?"

Pas besoin d'être devin pour comprendre que la réponse était dans la question. L'équilibre d'une gauche renanaise "apaisée" passerait par la prise d'un siège de la minorité de droite. Toute la gauche serait satisfaite: le POP trouverait la continuité, les Verts le salut et le PS la victoire. Cette idée fut confortée par l'exemple de Lausanne où, la veille, un ticket de la gauche unie rafla 6 sièges municipaux dès le premier tour.

Il faut préciser que ce scénario avait été envisagé et expliqué au PLR par votre serviteur, mais le comité de ce parti refusa d'en tenir compte. Des rumeurs vraisemblables laissent entendre que des responsables de gauche auraient "promis" au PLR qu'il garderait ses deux sièges minoritaires s'il ne s'alliait pas avec l'UDC. Mais, en revanche, qu'il fasse mine d'attaquer un siège de la gauche dans une alliance PLR-UDC et la gauche le "punirait" en lui prenant un de ses deux sièges. Et le PLR aurait servilement acquiescé à ces conditions!

Mal lui en prit.

Le coup de Jarnac de la gauche s'explique facilement: quitte à trahir quelqu'un, les gauchistes préféreront toujours prendre pour cible la droite plutôt qu'un des leurs. Douloureuse leçon que le PLR de Renens vient, un peu tard, de comprendre!

En route pour le second tour!

L'assemblée de l'UDC se passa sereinement: comme le PLR nous avait fermé la porte, nous n'avions plus d'autre choix que de partir seuls. Même sans savoir ce qui se tramait, eu égard à nos électeurs, il eut été impensable de priver la population renanaise d'un second tour.

Mon co-listier Gérard Duperrex, arrivé deuxième, se retira avec élégance. Je fus fort logiquement acclamé pour me lancer.

Le second tour pour la Municipalité de Renens verra donc s'affronter:

  • Une liste "Renens, rose rouge vert" avec:
    • Jean-François Clément (PS)
    • Myriam Romano-Malagrifa (PS)
    • Patricia Zurcher Maquignaz (PS)
    • Didier Divorne (POP)
    • Karine Clerc (POP)
    • Tinetta Maystre (Les Verts)
  •  Une liste PLR avec:
    • Olivier Golaz (PLR)
    • Jean-Marc Dupuis (PLR)
  •  Une liste UDC avec:
    • Stéphane Montabert (UDC)

Neuf noms pour sept sièges. Il y aura des perdants. Autant dire qu'avec une droite désunie, nous ouvrons un boulevard pour que la gauche s'empare de six sièges à la Municipalité, laissant un strapontin à la droite.

Les électeurs de droite de Renens seront sans doute déçus, mais ils doivent savoir que le refus de l'alliance est le fait du PLR. Nous sommes les premiers à le regretter. Nous avons tendu la main au PLR et nous souhaitions faire un ticket commun au second tour, mais notre offre fut déclinée. Mis devant le fait accompli du coup de force de la gauche, ces messieurs du PLR ne pensèrent même pas à nous contacter ce matin, car pour qu'un désastre soit complet, il fallait également renoncer à tout plan de rechange...

Calculer ce qu'on a à perdre et se compromettre ne mène à rien. La leçon est rude mais nécessaire. Tout au plus peut-on espérer que le PLR sorte assagi de cette cure d'amaigrissement à l'exécutif. Je me réjouis de pouvoir en discuter avec MM. Golaz ou Dupuis sur les bancs du Conseil Communal, selon lequel y siégera à nouveau au soir du 20 mars.

Commentaires

Ce PLR renanais est en-dessous de tout. Ses élus sont totalement compromis. Si nous avons la preuve de cet accord entre la gauche et le PLR, ils devraient avoir la décence de démissionner de tout mandat politique. Les électeurs de droite méritent mieux.

Pas possible d'élire un troisième PLR à la place, comme ce Gruber? Ou alors vous-même? tant qu'à avoir un seul élu non-gauchiste à la municipalité, autant qu'il représente une vraie opposition!

Écrit par : Roboratif | 01 mars 2016

Jaloux, je me gausse.

Écrit par : Stalinator | 01 mars 2016

@Roboratif: M. Gruber se présente comme Vert-Libéral alors comme opposition à la gauche on a déja vu plus résolu! Quant à moi, disons que ce n'est pas impossible mais il faudrait une sacrée mobilisation à Renens...

Mais l'accord dont vous parlez existe, il apparaît dans des discussions sur facebook entre les sortants. Apparemment PS et PLR s'étaient mis d'accord pour que la droite n'attaque pas la Verte en échange de garder ses deux sièges. Le POP a fait voler tout cela en éclats.

@Stalinator: pas compris votre commentaire.

Écrit par : Stéphane Montabert | 01 mars 2016

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