10 mars 2016

Le PLR renanais s'encouble

Empêtré dans les conséquences de ses propres intrigues, le PLR de Renens se prépare à une grosse crise interne au soir du 20 mars à l'issue du second tour des élections municipales.

Plongeons-nous dans les profondeurs troubles de la politique locale...

Le contexte du Premier Tour

Tous les partis de Renens (POP, PS, Verts, PLR, UDC) partirent en ordre dispersé, donnant lieu à un ballottage général. Il était donc prévu que les forces se rassemblent à gauche comme à droite. Quelle allait être la nouvelle répartition des forces politiques face à la composition sortante, 2 POP, 2 PS, 1 Vert et 2 PLR, soit 5+2, cinq de gauche et deux de centre-droit?

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Dramatis personae (montage 24Heures - cliquez pour agrandir)

Chaque camp devait faire face à ses propres défis. La gauche devait composer avec une coalition disparate mêlant ambition socialiste, volonté de maintien du POP et sauvetage du siège écologiste. Les composantes de la gauche plurielle devraient trouver la quadrature du cercle pour composer leur ticket à cinq sièges.

La droite devait s'unir de son côté, le PLR ayant finalement accepté une alliance pour le second tour pour enfin tenter de prendre un siège à la gauche - probablement le siège vert ou le second siège du POP. M. Gruber n'ambitionnant de toute façon pas d'être Municipal, il était prévu qu'il se retire pour nous laisser sur un ticket à trois.

Évidemment, rien ne se passa comme prévu.

Le PS, faiseur de rois contrarié

Les résultats du premier tour furent conforme aux attentes jusque dans le mauvais score de l'écologiste sortante, Mme Maystre. Elle arriva en septième position, derrière le PLR, avec seulement deux voix d'avance sur la huitième, la candidate du POP choisie pour remplacer Marianne Huguenin. Le décor d'une lutte fratricide POP-Vert pour l'obtention de ce siège était donc planté.

La droite unie avait une chance réelle de s'en emparer.

Prenant finement conscience du danger, le PS proposa un deal au PLR. Qu'il accepte de renoncer à l'affrontement et la gauche reconduirait la formule 5+2 ; qu'il s'allie dans une coalition de droite pour tenter un troisième siège et la gauche riposterait en s'attaquant à son tour à un des siens. La mêlée générale pourrait donc tout aussi bien déboucher sur une formule 5+2 que 4+3 ou 6+1.

Pesant gains et pertes potentiels, le comité du PLR accepta (dans le plus grand secret) la proposition socialiste. Il refusa dès lors toute alliance avec l'UDC. Il nous conseilla même de renoncer à nous lancer au second tour pour obtenir une élection tacite! Ce manque de combativité pour des raisons que nous ne soupçonnions pas entraîna une profonde déception dans nos rangs. Partant divisée, la droite n'avait aucune chance de conquérir un nouveau siège.

Malheureusement pour les comploteurs, même à gauche les choses ne se passèrent pas comme prévu. Le POP refusa d'abandonner un siège aux socialistes, déclenchant une crise interne. Les palabres entre partis de gauche s'étalèrent de six heures à minuit le lundi soir. Sous la pression d'un POP intransigeant, la seule solution trouvée fut de passer à un ticket à 6. Au nom de l'apaisement, l'équilibre de la Municipalité passerait à 6+1. Le siège capturé au PLR reviendrait à une candidate d'extrême-gauche, Karine Clerc, probablement bien moins conciliante avec les socialistes que l'élu sortant qu'elle remplacerait...

Contre toute attente, le PS se retrouva à renier les promesses tenues au PLR alors que celui-ci avait tenu sa part du marché. Ambiance!

Le PLR empêtré dans ses compromissions

Le dépôt des candidatures pour le second tour fut plutôt houleux, le PLR découvrant qu'il avait été perdant sur tous les fronts. Non seulement il n'attaquerait pas la gauche (ce à quoi il s'était engagé) mais en plus il perdrait un siège là où seule une alliance avec l'UDC aurait pu lui donner une chance de se maintenir. Perdant-perdant.

Différents protagonistes passèrent donc leurs nerfs sur Facebook, révélant au passage le pot-aux-roses:

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Les "5 promis face aux 2 PLR" ? Que de beaux engagements entre prétendus adversaires! S'il était besoin, le PS confirma par la plume de Mme Romano-Malagrifa:

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Chacun certifie la main sur le cœur qu'il était pour garder la formule 5+2, morte dès le dépôt des listes...

Outre la belle entente entre adversaires politiques, les pièces du puzzle tombent en place sur la législature écoulée.

Nous nous étions demandé cinq ans durant pourquoi le PLR était une si piètre force d'opposition. Nous avons désormais la réponse. Depuis cinq ans, le PLR se donne le rôle de membre de la majorité. Les Municipaux du PLR avaient une si haute vision de cette "belle équipe unie" qu'ils finirent par se bercer de leur propre discours. Tombant des nues en découvrant que leur partenaire PS leur préfère la gauche plurielle, ils subissent un douloureux retour à la réalité.

L'entente PLR-PS explique bien des aberrations dont nous avons été témoins. Le manque de combativité des Municipaux PLR. La complaisance du groupe PLR votant main dans la main avec la gauche au Conseil Communal pour approuver budgets, dépenses et même l'augmentation de salaire des Municipaux. Pendant toute une législature, le PLR renanais s'est bel et bien comporté comme le partenaire de coalition des socialistes!

L'opposition, la vraie

Placés dans ce contexte, entendre les mêmes clamer aujourd'hui qu'il faudrait voter PLR au nom de la "santé financière de la ville" ou de la "sécurité" relève d'une hypocrisie que seuls ceux qui suivent les votes au Conseil communal peuvent apprécier pleinement.

Tout le PLR n'est pas à jeter, évidemment ; certains voyaient d'un bon œil la création d'une section UDC en ville et m'encouragèrent même à me lancer en politique pour dynamiser la droite locale. Ils n'auraient jamais imaginé le niveau de compromission atteint par les édiles de leur propre parti avec leurs prétendus adversaires de gauche.

Que les choses soient claires: le 20 mars la droite de Renens n'aura plus qu'un siège. Dans cette ville la gauche est encore plus forte qu'à Lausanne, c'est tout dire! Le seul enjeu de cette élection, le seul suspense en quelque sorte, consiste à savoir qui occupera ce septième siège. Il n'y a que trois candidats en lice, deux PLR et un UDC. L'incertitude électorale se produira donc uniquement à l'intérieur de la droite.

Bien entendu, une campagne digne de ce nom amène son lot de coup pourris jusqu'à la dernière seconde. Les deux sortants du PLR savent compter ; n'ayant absolument aucune chance de sauver leurs deux sièges, leurs appels "solennels" sonnent bien creux. Ils ne visent qu'à siphonner les voix de la droite pour couper l'herbe à l'UDC, car là se situe pour eux la menace. Les électeurs déçus par leur pseudo-opposition pourraient se tourner vers l'UDC.

De par leurs compromissions avec la gauche, j'estime que MM. Dupuis et Golaz sont discrédités. Quoi qu'il advienne, leurs carrières politiques respectives s'achèvent le 20 mars. L'un sera éjecté, l'autre réduit dans ce qui sera probablement son dernier mandat au rôle de croupion d'une Municipalité massivement à gauche. Il est évidemment possible qu'ils soient évincés tous les deux.

Le choix en revient aux électeurs de droite de Renens. Souhaitent-ils perpétuer ce système de fausse opposition en soutenant le PLR, ou créer une réelle alternative avec l'UDC? Contraindre le PLR à un passage dans l'opposition le forcerait à se régénérer et enfin adopter une politique de droite. Il serait temps!

Il faudra probablement attendre 2021 pour voir émerger au niveau municipal une véritable opposition à Renens, entre une UDC expérimentée et un PLR enfin débarrassé de ses manigances politiques. Cela fait bien loin.

Mise à jour (11 mars): un débat sur le second tour a eu lieu jeudi soir sur La Télé, dans lequel j'ai pu lâcher quelques vérités bien senties.

Pour ceux qui n'ont pas une heure à perdre à regarder cette émission, voici le timing de mes interventions:

08:51 Analyse du premier tour
12:33 Les propos de Jean-Marc Dupuis et une petite riposte...
26:52 Développement urbain et fiscalité
39:32 RIE III
46:40 Des impôts élevés qui rapportent peu, un dilemme renanais

Commentaires

Si le PLR s'encouble, l'UDC trébuche souvent ... sans commentaire de votre part ?!?!

Écrit par : M.A. | 14 mars 2016

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