15 mars 2016

Allemagne, un parfum de changement

L'étrange explosion d'un véhicule à Berlin ce mardi aura eu lieu trop tard pour justifier un changement soudain de l'opinion publique. Les citoyens allemands ont voté ce dimanche dans trois régions et pour Angela Merkel - "Mutti" comme la surnommaient les Allemands à une époque insouciante - le temps du retour à la réalité est venu.

Le  week-end aurait dû être l'occasion d'échéances électorales tout à fait habituelles, trois Länder allemands renouvelant leurs autorités. Mais après une campagne fut dominée par les inquiétudes des Allemands autour de l'afflux de réfugiés, les choses ne se passèrent pas exactement comme prévu.

angela merkel,immigration,allemagne,élections,alternative pour l'allemagne,frauke petryEn Bade-Wurtemberg (ouest), un fief historique de la CDU de Mme Merkel, les conservateurs furent devancés par les Verts. Comme ces derniers sont encore plus pro-immigration que la Chancelière, il est évident que ce score s'explique avant tout parce que les électeurs traditionnels de la CDU ont choisi de rester chez eux. Il s'agit donc plus d'une démobilisation que d'un réel changement d'opinion.

En Rhénanie-Palatinat (ouest), Land de l'ex-chancelier Helmut Kohl, le scénario fut pratiquement identique: la CDU se vit battre par les sociaux-démocrates selon la même logique.

Pour voir du nouveau, il faut s'attarder sur le Saxe-Anhalt (est) où le jeune parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) se plaça deuxième (24%) en talonnant la CDU (29%) - permettant bien commodément aux médias d'annoncer une "victoire" de la CDU dans la région, histoire de ménager la casse auprès de l'opinion publique.

L'Alternative pour l'Allemagne a donc créé la surprise, et a d'ailleurs réussi à rentrer au Parlement dans chacun des trois Länder concernés par le scrutin de dimanche. L'AfD est désormais présent dans la moitié d'entre eux.

Les médias et les élites allemandes sont quelque peu déconcertées par la percée de ce parti vieux d'à peine trois ans. Ils n'ont rien su faire d'autre que de déballer les mots-clef habituels de leur boîte à outils - "populisme", "racisme", "droite dure", "extrémisme" - et dénigrent bien entendu l'ampleur du changement à l'œuvre. Il est pourtant bien là: autour de 40 % de personnes qui ne s’intéressent habituellement pas à la politique sont allées voter pour l’AfD. Alors qu'il paraît de plus en plus évident que l'insouciance politique ne mène qu'à la catastrophe, l'attrait renouvelé des Allemands pour leur système démocratique profitera certainement aux tenants d'une ligne politique différente.

angela merkel,immigration,allemagne,élections,alternative pour l'allemagne,frauke petryFrauke Petry, dirigeante du parti, a beau être une femme (zut, il faudra remettre le sexisme sur son étagère...) mère de quatre enfants et clamer que "l'AfD n'est pas un parti raciste et ne le sera jamais", il n'y a personne pour en rendre compte. La politicienne a décliné poliment mais fermement une alliance avec le mouvement Pegida: peu importe, pour nos journalistes de garde, ce n'est qu'une façon d'abuser le chaland. Dans un procès de l'inquisition médiatique, tout comportement contraire à l'acte d'accusation ne montre rien d'autre qu'un esprit retors prêt à toutes les manipulations pour échapper à sa juste condamnation.

L'explication du nouveau succès de l'AfD s'explique pourtant fort simplement, par la bouche même de sa présidente:

"Nous aimons notre pays, nous voulons que notre culture soit protégée. On respecte les autres cultures mais nous ne voulons pas qu'elles nous dominent."


Et c'est en français qu'elle répond aux journalistes de France2:

"Je ne crois pas que l'islam [soit] compatible avec la culture allemande. L'islam traditionnel est très différent de la culture européenne."


Vraiment un retour aux heures des plus sombres de notre Histoire. En guise d'appel à la violence Mme Petry lance ce furieux assaut sur les faux réfugiés qui affluent en Allemagne:

"Si la frontière est franchie illégalement, si celui qui commet cette infraction ne se soumet pas aux sommations, on peut, selon la loi et en dernier recours, faire usage d'armes à feu."


Évoquer la loi, des sommations, un geste de dernier recours! On est glacé par cette démonstration d'extrémisme.

Conçu à la base comme un mouvement politique opposé à la monnaie unique et à l'uniformisation européenne voulues par Bruxelles et Berlin, l'AfD s'est désormais emparé du dossier de la crise des migrants, menace plus pressante révélée depuis. Les cyniques taxeront pareille attitude d'opportunisme, mais il s'agit avant tout d'offre politique. Quel sens y a-t-il à voter si tous les partis, tous les candidats proposent peu ou prou la même chose?

Sur cet aspect comme bien d'autres, l'Alternative pour l'Allemagne porte bien son nom et montre que la contestation s'empare même de bastion pro-européens et pro-migrants théoriquement imprenables. Il y a d'autres chemins que ceux de l'invasion applaudie et célébrée par les élites, et qui vire peu à peu au désastre.

Et pendant que la Chancelière Angela Merkel, affirmant à qui veut l'entendre qu'il n'y a pas de plan B, marchande avec la Turquie un impossible accord de réadmission avec les milliards des contribuables, les rues allemandes s'emplissent de manifestants appelant à sa démission.

Le plan B pourrait bien être un changement de Chancelière.

Commentaires

"Le plan B pourrait bien être un changement de Chancelière". Hélas, trois fois hélas non, malheureusement, il n'y a pas grand monde qui pourrait prétendre au poste. Il n'y a personne - comme en France d'ailleurs - qui ait de l'envergure. Mais en Allemagne, les media sont un "poil" plus équilibrés et reconnaissent même le sens protestataire du vote AfD qui est le seul parti qui ait gagné, car le SPD a nettement perdu de son "aura" grâce à Sigmar Gabriel et son million supplémentaire de migrants/réfugiés!

Écrit par : eole | 15 mars 2016

"Le plan B pourrait bien être un changement de Chancelière."

Et vous pensez que cela changera quelque chose? Vous êtes persuadé que le successeur mettra tout en oeuvre pour stopper - n'ayons pas peur des mots - l'invasion?

J'ai de gros doutes. Je pense que les Allemands, comme les Suisses, les Français, etc... sont des veaux, De Gaulle n'avait pas tort, ils voteront dans leur grande majorité pour des membres de leur parti préféré. Regardez ce qu'il s'est passé aux régionales en France, au premier tour, on pouvait penser que le FN allait faire un bon score au second. Que dalle! Toute la machine infernale de désinformation s'est mise en branle, des alliances contre nature se sont scellées, et ces c*** de Français sont retournés dans leur ornière. Le fond n'a pas encore été atteint, donc comme à la veille de la seconde guerre mondiale, il faudra attendre d'être acculé pour réagir. Problème, à la différence de 39-45, l'ennemi est bel et bien implanté dans nos murs. Il faudra donc s'attendre à une guerre comme l'ont connu le Liban et les Balkans.

Et quand un journaliste du Figaro parle de guerre civile qui vient, ça prend un autre sens que les propos que tiennent, avec raison, les identitaires et autres patriotes.

http://www.tvlibertes.com/zoom-ivan-rioufol-la-guerre-civile-arrive/

Écrit par : G. Vuilliomenet | 15 mars 2016

Et pendant ce temps, des "artistes" zurichoises font des stages pour apprendre l'islam à l'usage des citoyens suisses. Comment prier, comment jeûner, faire ses ablutions et tout le toutim. C'est notre chère radio (464.20 CHF...) qui nous apprend ça ce matin. La soumission est en marche...

Écrit par : Géo | 16 mars 2016

Dans les années cinquante, la droite manifestait déjà à Leipzig contre le gouvernement de l'époque, la Saxe a pratiquement toujours été contestataire à l'égard de Berlin !

Si Mme Petry se distance de Pegida, elle utilise plus ou moins les mêmes arguments.

Il y a aussi beaucoup de migrants/réfugiés, en Allemagne comme ailleurs, qui repartent dans leur pays : à Berlin, un voyagiste s'est spécialisé dans les vols retours !

Écrit par : M.A. | 16 mars 2016

"un voyagiste s'est spécialisé dans les vols retours".

Trop drôle, on avait déjà vu ça avec ceux des balkans....et quand on voit tout ce qui est resté ici...!

Bonjour les 10 millions d'habitants en Suisse en 2020!

Écrit par : Corélande | 16 mars 2016

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