29 mars 2016

Le dilemme de la Burqa ou la gauche face au réel

Le Matin Dimanche se fait l'écho des tourments de diverses élues de gauche face à l'initiative populaire "Oui à l'interdiction de se dissimuler le visage" lancée par le comité d'Egerkingen, proche de l'UDC et à l'origine du texte contre les minarets. Tourments suffisamment sévères pour être repris dans Le Temps du lendemain...

Sur la forme, toutes ces femmes de gauche affirment leur soutien aux droits des femmes et se positionnent comme des adversaires "déterminées" du port de la burqa. Toutes ne soutiendront pourtant pas le texte de l'initiative, car pour certaines d'entre elles, l'intérêt des femmes face au voile s'efface devant l'odieuse perspective d'offrir une victoire à un adversaire politique.

L'inénarrable Ada Marra alluma la mèche en début de semaine dernière sur les réseaux sociaux, expliquant à grand-peine qu'elle était contre la burqa mais qu'il n'était pas question pour elle de voter en faveur de l'interdiction de se dissimuler le visage.

socialisme,initiative,islamSoutenant sa consœur, Géraldine Savary se lança dans une autre laborieuse explication ce week-end. La conseillère aux États affirma qu'il faut "clairement condamner la burqa, manifester notre solidarité avec celles qui sont opprimées" mais qu'il n'était pas question pour elle de voter le texte!

Pour justifier son incohérence, quatre arguments "revinrent en boucle" dans son discours, pour reprendre les termes du journaliste, et seront probablement au cœur de la campagne politique des opposants à l'initiative:

  • "C'est de la récupération et de l'instrumentalisation politique pour stigmatiser la communauté musulmane". Les musulmanes non voilées apprécieront. Mme Savary tombe une fois de plus dans le piège islamiste visant à présenter les musulmanes voilées comme seules véritables pratiquantes de leur religion.
  • "Avec à peine un peu plus d'une centaine de cas, la burqa n'est pas un problème en Suisse." Donc, il faudrait attendre pour agir que la burqa "soit un problème" en Suisse? Laisser pourrir la situation? Attendre que le problème soit hors de contrôle? Quelle stratégie audacieuse!
  • "Une approche par le dialogue est préférable". On attend avec impatience un tel dialogue entre Mme Savary et une musulmane voilée "de son plein gré" ou son mari barbu, et ce qu'il en ressortira.
  • "Pas question de soutenir un texte lancé par des machos misogynes qui n'ont jamais soutenu un seul vote en faveur des femmes". En guise de machos misogynes, Mme Savary n'a sans doute pas encore rencontré les plus beaux spécimens de la communauté musulmane! Mais ce dernier argument illustre parfaitement l'intolérance forcenée de la gauche: la droite ne peut pas avoir raison, même ponctuellement, simplement parce que c'est la droite. Être de droite, c'est être en tort.

Mieux vaut avoir tort aux côtés de M. Ramadan que raison aux côtés de M. Freysinger, en quelque sorte...

Heureusement, toutes les femmes de gauche ne partagent pas le point de vue de nos fers de lance de la politique romande. On ne peut malgré tout s'empêcher de déceler une certaine forme d'amertume face à une lutte féministe finalement abandonnée à la droite. A qui la faute?

Depuis des décennies, les socialistes se proclament des gens ouverts à l'étranger et aux immigrés, prétendent que la réticence des autochtones vient de leur méconnaissance de l'Autre, un Autre qu'ils n'hésitent pas à idéaliser eux-mêmes. Ils ont donc posé les jalons d'un argumentaire qui leur revient aujourd'hui en pleine figure alors que le mythe du multiculturalisme paisible s'effondre partout en Europe. Comment ne pas avoir perçu depuis tout ce temps les prévisibles collisions entre l'islam et l'égalité hommes-femmes, la reconnaissance des homosexuels, la liberté de blasphémer, la tolérance entre toutes les religions?

Les atermoiements de nos élues romandes face au voile sont distrayants, mais assez représentatifs des débats qui attendent la gauche au tournant: une douloureuse confrontation avec le réel, qui ne fera que monter en puissance alors que les donneurs de leçons se retrouvent face à des contradictions aussi insolubles qu'inéluctables.

Commentaires

"Une centaine de burkas, ce n'est pas un problème", c'est très exactement ce qu'à pensé Jospin en 1989 lorsque trois gamines enfoulardées se sont présentées dans leur lycée à Creil, il n'a pas pris de décision. On a vu depuis ce qu'il en est advenu. La lâcheté, car c'est de cela qu'il s'agit, ne paie pas.
Les "féministes" d'aujourd'hui sont devenues incompréhensibles tant elles sont dans la contradiction, du coup elles perdent toute crédibilité.

Écrit par : Zendog | 30 mars 2016

Cette information est de la plus haute importance!
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Elle devrait être plus largement diffusée à l'usage des soutiens de la gauche qui ignorent que leur sympathique gauche organise à leur insu en abusant de leur confiance dans un suicide collectif, en rendant le pays ingouvernable alors qu'elle n'hésite pas à sacrifier des propositions qui auraient pu être faites par elle-même, si elle n'était pas aux mains d'indécrotables imbéciles, dont l'étroitesse d'esprit ne dépasse pas celui d'une cour d'école enfantine.
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On l'a bien vu avec l'aide aux femmes à la maison pour s'occuper de leurs enfants moyennant une rémunération.

Écrit par : Jacques M. | 30 mars 2016

peut-on dire que ces femmes n'ont plus de couilles dès que.. face à leur électorat / face à perte de leur job?

je la refais:
faut-il que ces hommes et femmes politiques aient des couilles ... pour tenir debout face à un consensus, cette adversité si imprévisible
en Suisse?

c'est beau, dit ainsi, non?

Écrit par : divergente | 30 mars 2016

Une forme de post-colonialisme: traiter l'autre comme un handicapé qu'il faut protéger de tout, même de la controverse: des enfants, comme l'étaient les noirs aux yeux des bon pères blancs d'autrefois.
C'est le syndrome de Taubira, selon qui refusait d'enseigner une vérité historique aux "opprimés" au motif qu'ils n'étaient pas capables de la recevoir sans se sentir encore plus opprimés.

Écrit par : Mère-Grand | 31 mars 2016

Pour prendre de la hauteur par rapport à ce débat, il est assez effrayant de constater qu'à chaque fois qu'on a à discuter de questions relevant de la sécurité en général (armée, services de renseignements, police, surveillance), on s'aperçoit que les commissions parlementaires ad hoc sont tenues par des gens aussi compétents et favorables à la sécurité que Hugo Fasel, extrémiste gauchiste à la tête de Caritas, Géraldine Savary, socialiste tendance couteau entre les dents, autrefois Veillon, UDC désireux de divulguer à tous vents les plans de construction des bombes atomiques, etc, etc...

Écrit par : Géo | 01 avril 2016

Mère-Grand, pas sûr du rôle post-colonialiste en milieux scolaires & communes suisses

- nombre d'enseignants/tes & élus ont versé dans l'identitaire communautaire, point commun avec le syndrome post-colonial à-la-Taubira, mais cela s'arrête là pour ceux non issus de pays colonisés

- par leurs décisions orientés pro-communautaires au détriment du collectif: d'un côté autoriser le port du voile en classes, la satisfaction de toutes demandes musulmanes dans l'organisation scolaire etc.
mais de l'autre limiter l'expression culturelle traditionnelle locale voire interdire tous signes culturels cathos (chemises suisses, crèches de noël interdites ou déplacées etc)


l'inquiétant dans nos collectivités est ce consensus de décisions appliquées avec lâcheté

dont font preuve bien trop de responsables (dont directeurs d'écoles et syndics de communes) face à des idéologiques de minorités musulmanes

cette population aux besoins religieux fondamentalistes imposés en milieux publics, en dehors des zones frontalières françaises, est surtout issue des Balkans

et vous avez raison: ce syndrome identitaire Taubira "nous victimes de la colonisation mais nous l'héritage de ceux qui ont construit la République"

noyaute l'image de soi de populations maghrébine & subsaharienne migrées en zones frontalières avec la France

ces syndromes identitaires entretenus et stigmatisés par ceux-là mêmes qui prétendent en être victimes

sont le fond de commerce de ceux qui en vivent: salariés du social et d'associations sociales financées par les collectivités, autant que de ces dangereux hâbleurs communautaristes

Écrit par : divergente | 01 avril 2016

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