21 mai 2016

Un bébé OGM, vraiment?

Il est beau, joufflu, l'air étonné, et ne pousse ni dans les choux ni dans les roses mais sur les surfaces d'affichage: c'est le bébé-OGM, emballé dans son épi de maïs transgénique.

bebe-maïs-ogm.jpgL'image portée par un comité inter-parti est indéniablement efficace, mais parfaitement mensongère. La révision du diagnostic préimplantatoire (DPI) tel qu'il est prévu n'ouvre absolument pas la porte à une modification du génome humain.

Contre quoi s'élèvent donc les adversaires de la révision de la loi?

Il y a un an, le peuple suisse adoptait par 61,9% des voix une modification constitutionnelle permettant le diagnostic préimplantatoire. Le diagnostic préimplantatoire, comme son nom l'indique, vise à sélectionner les embryons implantés dans l'utérus de leur mère. Le but est simplement d'épargner aux uns et aux autres le traumatisme d'un avortement s'il s'avère que l'enfant est porteur de malformations génétiques. En un mot, et autant que le permet la science dans le contexte d'une procréation médicalement assistée, mieux vaut sélectionner des bébés sains que des bébés mal-formés.

Le processus, impliquant la congélation ou la destruction d'embryons surnuméraires, sembla inadmissible aux yeux d'une partie des milieux religieux. Ils combattirent le diagnostic préimplantatoire dès son inscription dans la Constitution. Le lendemain de leur défaite devant le peuple, ils annoncèrent qu'ils lanceraient un référendum lorsque la modification constitutionnelle serait traduite en loi.

Un an plus tard, c'est chose faite. Ils ont été rejoints pour l'occasion par une coalition plus vaste. Un comité d'élus allant de l'UDC au PS s'associe désormais à cette opposition. Quelles sont leurs raisons?

  • Une interprétation "large" de l'article constitutionnel. Là où les discussions préliminaires envisageaient l'utilisation de cette technique seulement pour des risques de maladies génétiques graves comme la mucovicidose, la loi la rend possible pour pratiquement tous les couples qui auraient recours à la procréation médicalement assistée.
  • La destruction des embryons sur-numéraires qui ne seront pas implantés. La modification de la loi autorise jusqu'à douze embryons là où la loi actuelle n'en prévoit que trois.
  • Enfin, ils s'insurgent contre un risque "d'eugénisme", lié notamment à l'élimination d'un embryon viable mais porteur d'une maladie génétique comme la trisomie 21.

Ces arguments sont valides, mais s'opposent à un autre aspect éthique tout aussi fondamental, le droit de chacun de disposer de ses méthodes de procréation. Tous les couples ayant accès à la procréation médicalement assistée n'utiliseront pas l'entier des moyens que permet la loi, mais ces choix leur appartiennent.

Certains seront choqués de la destruction d'embryons fécondés in-vitro, considérant qu'un amas d'une douzaine de cellules humaines est un être en devenir. Pour ma part, je trouve l'argument spécieux. La graine n'est pas l'arbre. Ici, elle l'est d'autant moins qu'elle n'existe que dans une éprouvette, loin du terreau fertile et naturel d'un utérus humain.

Dans la vie réelle, hors du laboratoire, chaque année, des millions d'ovocytes fécondés n'arrivent pas à terme et disparaissent sans laisser de trace - parfois sans même que la mère ne s'en rende compte. Personne n'aurait l'idée saugrenue d'en fait un scandale.

L'indignation contre les méthodes disponibles reste de toute façon symbolique: les couples suisses disposent déjà de la possibilité de voyager en Belgique ou aux Pays-Bas pour en profiter. Bonne chance pour l'empêcher - sauf à considérer que seuls les plus pauvres, ceux qui n'ont pas les moyens de voyager, doivent subir les contraintes de la loi. Une éthique humaniste mérite-t-elle encore son nom lorsqu'elle est à deux vitesses?

Dernier point, l'inévitable accusation "d'eugénisme", le Point Godwin de tout débat sur la procréation. L'odieuse sélection des êtres. Comme si choisir son partenaire de reproduction n'était pas, déjà, une sélection des êtres. Comme si choisir un mode de contraception n'était pas, déjà, une sélection des êtres. Comme si toutes les possibilités d'avortement offertes par la loi, y compris pour des fœtus parfaitement sains, n'étaient pas, déjà, une sélection des êtres. Quelle hypocrisie!

Sur ce dernier sujet, les adversaires de la loi sont rejoints par des milieux de défense des handicapés. Ont-ils peur de manquer de travail? Sommes-nous tombés si bas que nous percevions désormais une possible diminution du nombre de handicapés comme quelque chose de négatif?

Que ces gens se rassurent, puisqu'ils s'en inquiètent, il restera bien des enfants handicapés de naissance. Entre les diagnostics erronés, les refus d'analyse, les refus d'avortement en cas de maladie génétique, l'immigration depuis des pays où pareilles techniques relèvent de la science-fiction, les accidents, les effets secondaires de médicaments, les maladies et la simple ignorance, de nombreux bébés naîtront encore avec de lourds handicaps obligeant leurs parents et la société à les prendre en charge toute leur vie. Chouette alors!

Les peurs des adversaires du texte relèvent parfois carrément du fantasme: "Nous ne voulons pas d'enfants améliorés génétiquement", déclare par exemple la conseillère nationale Christine Häsler (Verts/BE), là où il est simplement question de choisir un embryon sain pour obtenir un bébé en bonne santé... Aussi consternante soit la déclaration de la politicienne, il ne faut pas blâmer les adversaires du diagnostic préimplantatoire: chacun a parfaitement le droit de cultiver des peurs irrationnelles. Mais de là à les imposer aux autres, non.

Personne n'en voudra à Mme Häsler de ne pas recourir au diagnostic préimplantatoire, si d'aventure elle souhaitait un enfant à l'aide de procréation médicalement assistée. C'est un choix personnel, intime. Et c'est parce que c'est un choix personnel et intime qu'il faut laisser à chacun le maximum de liberté en soutenant la révision de la loi.

Commentaires

Les hurlements à l'encontre de l'eugénisme sont irrationnels. Il s'agit d'un amalgame de mauvaise foi avec les pratiques nazies d'assassinat des handicapés. Cela n'a évidemment rien à voir.

S'il existe des moyens scientifiques d'améliorer la race en faisant que les individus à naître soient plus beaux, plus forts, plus intelligents et en meilleure santé, on voit vraiment mal pourquoi il faudrait s'en priver.

Écrit par : Robert Marchenoir | 21 mai 2016

Robert Marchenoir @ Vous signez dans "les Observateurs" des textes traitant exit de criminels allant contre la volonté divine, puisque notre vie pour vous et les vôtres appartient à notreseigneurjesuschrist. Je me trompe ?
Espérons que le 2ème degré de votre dernier paragraphe n'échappera pas aux lecteurs...

Écrit par : Géo | 21 mai 2016

@ Montabert,

Merci pour ce billet plein de bon sens.

D.J

Écrit par : D.J | 21 mai 2016

Pour une fois que nous sommes d'accord, je dois avoir juste l'honneteté de vous le dire ;)

Écrit par : lefredo | 23 mai 2016

Monsieur Montabert les avis sont tellement contradictoires qu'on ne peut qu'espérer que les jeunes de demain soient aussi résistants que leurs anciens dont nous sommes encore
Je pense aux produits Monsanto qui sont peut-être la seule solution pour encore nourrir les gens privés de nourriture dont les plans sont dépourvus de produits les protégeant contre la grêle
Et 2016 sera une année à grêle
Sans doute avez vous aussi entendu que si les insectes disparaissaient c'était à cause d'une surpopulation de chats qui bien qu'errant doivent faire des envieux car jamais n'a t'on vu autant d'animaux nourris avec amour même par des gens n'en possédant pas
les théoriciens ont changé les produits auxquels tous les insectes s'étaient habitués et tout changer pour les remplacer par des moins toxiques ceci pour être plus e accord avec la nature qui elle même peut faire preuve de cruauté tout ceci aura peut-être stoppé des cycles de reproduction
La terre est comme l'organisme féminin ne supportant pas les traitements hormonaux qui ont favorisé pour certaines de grosses déprimes alors que ce devait être l'inverse
N'est-ce Einstein lui même qui disait, dans le domaine des sciences rien n'est exact

Écrit par : lovejoie | 28 mai 2016

Géo,

Je n'ai signé aucun texte sur Les Observateurs. Auriez-vous un lien ?

Mon second paragraphe n'est pas au second degré, pas plus que le premier.

Il n'y a aucun rapport entre le suicide assisté et l'eugénisme. Si vous avez des arguments en défaveur de l'eugénisme, n'hésitez pas à nous les présenter. Je serais curieux de les connaître.

Écrit par : Robert Marchenoir | 28 mai 2016

"Il n'y a aucun rapport entre le suicide assisté et l'eugénisme." Oh que oui : le catholicisme l'interdit. Pour ce que je vous en ai écrit : notre vie ne nous appartient pas, selon eux. Il y a parmi les gens qui écrivent dans les Observateurs toute une frange d'hyper-réactionnaires cathos. J'avais cru voir votre nom parmi eux. Mes excuses si ce n'est pas le cas...
Votre dernier paragraphe n'en apparaît pas moins très provocateur. Il ne s'agit en l'occurrence pas de sélectionner les plus beaux, les plus forts ou quoi que ce soit, ce qui serait de l'eugénisme, mais bien de déceler à l'avance des maladies qui rendent la vie très dure pour ceux qui en sont affligés ainsi que pour leurs proches. Je pensais que vous en étiez conscient et que vous cherchiez à dévaloriser le diagnostic pré-implantatoire en le faisant passer pour de l'eugénisme, qui renvoie en effet aux délires nazis...

Écrit par : Géo | 28 mai 2016

Géo,

Il faut rendre leur sens aux mots. J'ai bien pris soin d'expliquer (où faut-il qu'on en soit rendus pour que ce soit nécessaire...) que je n'approuvais pas l'assassinat des handicapés par les nazis.

Eugénisme ne signifie pas : pratiques criminelles des savants fous nazis.

Eugénisme signifie simplement : efforts, tentatives, pratiques, techniques pour tenter d'améliorer l'espèce humaine. Encore une fois : qu'on me donne une bon argument, un seul, pour démontrer qu'une telle recherche est un mal.

Les catholiques sont contre n'est pas un argument. Je ne reconnais pas l'autorité des "catholiques". D'ailleurs cela m'étonnerait beaucoup que l'Eglise condamne l'eugénisme.

L'Eglise condamne-t-elle le fait, pour un homme, de chercher à épouser la plus belle femme possible ? Condamne-t-elle, pour une femme, le fait de chercher à épouser l'homme le plus fort, le plus beau et le plus intelligent possible ? Si c'est le cas, merci de m'indiquer à quel endroit cela se trouve dans le catéchisme. Eh bien, cela, c'est de l'eugénisme.

Ce n'est pas parce que les communistes ont passé un siècle à dynamiter le langage et à le retourner comme une crêpe qu'il faut se rendre à leurs diktats. Les mots ont un sens, et la plupart du temps ce n'est pas celui que leur prête la "sagesse populaire", qui, lorsqu'il est question de sujets "controversés" (nom de code pour dire : sujets sur lesquels il est interdit d'être en désaccord avec la gauche), pervertit la plupart du temps leur signification réelle.

Écrit par : Robert Marchenoir | 29 mai 2016

Vous parlez de respecter le sens des mots ? Alors pourquoi parler de l'église catholique lorsque je parle de cathos hyper-réactionnaires ? Jamais entendu parler de Ecône et de Mgr Lefebvre, ou de ces curés qui enseignent l'art de la mitraillette à leurs jeunes ouailles dans les bosquets de Basse-Bretagne en vue de la future croisade ?
De plus, les nazis avaient créé des centres de création (naturelle...) de beaux aryens en sélectionnant les plus beaux étalons et les plus belles femelles de la race (oui, parce que vous avez aussi parlé d'amélioration de la race, soit dit en passant...) et donc, eugénisme chez les nazis ne signifie pas seulement élimination des handicapés.

Écrit par : Géo | 29 mai 2016

Je laisse tomber, Géo. Vous avez décidément l'art de refuser d'entendre ce qu'on vous dit. Où voulez-vous en venir, exactement ? Qu'essayez-vous de démontrer ?

Je vous ai dit que je n'étais pas catholique, vous me renvoyez l'Eglise dans la figure. Oui, j'ai entendu parler de Monseigneur Lefebvre, et alors ? Non, je n'ai jamais entendu parler de curés enseignant l'art de la mitraillette en Bretagne, je pense que vous lisez trop de romans d'aventures, mais quand bien même ? A quel moment ai-je proposé d'enseigner l'art de la mitraillette aux enfants du catéchisme ? Quel rapport avec la choucroute ?

Oui, en effet, les nazis encourageaient les relations sexuelles passagères dans des centres spécialisés, et alors ? Je vous ai dit deux fois que je n'appelais pas de mes voeux le rétablissement du nazisme en Suisse (ou en Laponie), qu'est-ce qu'il vous faut de plus ? Vous voulez un certificat d'anti-nazisme signé de ma cellule locale du parti communiste ?

Qu'est-ce qui vous ferait plaisir, Géo ? Quelles sont ces mauvaises querelles que vous me cherchez ?

Écrit par : Robert Marchenoir | 29 mai 2016

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