05 juin 2016

Votations du 5 juin, victoire de la classe politique

Cinq objets fédéraux étaient en lice en Suisse ce week-end, et donnèrent lieu à des résultats raisonnablement conformes à ce qui était prévu. Trois initiatives populaires sont nettement rejetées et deux référendums échouent.

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Les initiatives "Pro Service Public", "Pour un Revenu de Base Inconditionnel" et "Vache à lait" mordent la poussière, tandis que la réforme de l'asile et la loi sur la procréation assistée prônées par le gouvernement sont désormais validés par le souverain. Les questions n'ont malgré tout guère motivé les Suisses, qui n'ont été que 46% à prendre la peine de s'exprimer dans les urnes.

Réforme de la Loi sur l'Asile (évoquée ici): elle était combattue par référendum par l'UDC, qui s'opposait tant aux avocats gratuits dont disposeraient désormais les migrants illégaux - s'ajoutant au gîte, couvert, service hôtelier, soins médicaux, téléphone portable, argent de poche et cours de formation gratuits dont ils disposent déjà - qu'à l'introduction d'un privilège fédéral d'expropriation pour instaurer de nouveaux centres d'asile.

La partie était malgré tout mal engagée. Les reproches de l'UDC semblèrent fondés, mais secondaires face à une opinion publique qui ne demandait qu'à croire les annonces gouvernementales d'une rapidité accrue dans le traitement de ces immigrants économiques déguisés en demandeurs d'asile. Autrement dit, les citoyens de bonne foi étaient prêts à s'accommoder de ces entorse au Droit contre la promesse de Mme Sommaruga de régler le problème de l'asile - et ce bien que la question cruciale de l'expulsion des indésirables soit la grande absente de la campagne.

Parlant de campagne, l'UDC n'en fit aucune ; échaudée par son échec dans l'initiative de mise en œuvre du Renvoi des Criminels étrangers et par des sondages peu favorables, elle décida de ne pas s'impliquer financièrement. Résultat, une information quasiment inexistante et seulement 26,5% de citoyens opposés à la réforme de la loi, le plus mauvais résultat du jour après le rejet du Revenu de Base Inconditionnel. Le score est même inférieur à la base électorale de l'UDC.

Il faut espérer pour l'avenir du pays que le parti osera s'impliquer un peu plus sérieusement dans des référendums dont il est à l'origine. On verra aussi à l'usage de nombreux citoyens déchanter lorsque la Confédération procédera à ses premières expropriations. Quant à l'accélération des procédures, je pense évidemment qu'elle n'aura aucun effet sur la quantité de Non-Entrée-en-Matière (NEM) qui errent déjà dans la nature ; je pense que sur cette réforme de la loi, comme sur tout le reste du dossier de l'asile, demander des solutions à Mme Sommaruga revient à supplier un pyromane de jouer les pompiers.

Loi sur le Diagnostic Préimplantatoire (évoquée ici): combattue par des milieux religieux et des alliés politiques de circonstance, la nouvelle loi permet, dans le contexte d'une procréation assistée, de sélectionner des embryons sains avant leur implantation dans l'utérus de leur mère. Aligné avec les pratiques d'autres pays européens, le DPI permet d'éviter certains avortements.

Invoquant le caractère sacré de l'existence dès la conception (qu'ils peuvent continuer de pratiquer au sein de leurs familles) et craignant une diminution du nombre de handicapés de naissance, les adversaires du texte réussirent à rassembler un joli 37,6% de l'électorat dans ce qui s'apparentait tout de même à un baroud d'honneur.

Initiative Pro Service Public (évoquée ici): le texte visait à clarifier la mission des services publics et à renoncer à ce mauvais mélange de "société privilégiée soumise à concurrence" que la Suisse expérimente depuis plusieurs années avec ses anciennes régies fédérales, faussant la guerre des prix et contribuant à faire de la Suisse un îlot de cherté.

L'initiative était combattue par absolument toute la classe politique, à l'exception d'une poignée d'individus dont M. Roger Köppel et votre humble serviteur. Autant dire que cela ne suffit pas! La sympathie dont bénéficiait le texte dans les premiers sondages ne résista pas au rouleau-compresseur politico-médiatique, l'idée de calmer un peu la gourmandise salariale illimitée des top-managers de ces fausses entreprises privées s'effaçant devant l'effrayante perspective de voir diminuer les rentrées fiscales de l’État, le spectre habituel brandi par la gauche (et peu importe que ces rentrées fiscales se soient faites sur le dos des citoyens par des prix surfaits!)

Au final, seuls 32,4% des citoyens soutinrent le texte - et montrèrent également une certaine indépendance d'esprit face à leur classe politique. Le contribuable helvétique continuera donc à subventionner les aventures de la Poste au Vietnam et de Swisscom en Italie...

Initiative pour un Revenu de Base Inconditionnel (évoquée ici): le rêve enfantin d'argent tombé du ciel faisait face à une défaite prévisible. Le texte fut effectivement repoussé par 76,9% des votants, ce qui en fait l'échec le plus cuisant de ce week-end de votation.

On peut malgré tout relever que 23,1% des citoyens helvétiques - des citoyens majeurs, vaccinés et en théorie responsables - ont prêté foi à l'utopie, ce qui reste tout de même inquiétant. D'autre part, le rejet du texte par des Suisses pour un temps épris de sagesse ne rend que plus amères les politiques d'apprenti-sorcier de création de monnaie menées par la BNS avec le Franc Suisse depuis plusieurs années, au côté desquelles le financement d'un RBI par la planche à billets fait figure d'aimable plaisanterie...

Initiative Vache à Lait: lancée par le lobby routier, l'initiative demandait que les taxes collectées par la route serve exclusivement à financer la route, un retour bienvenu de justice fiscale dans un secteur où, il faut bien le dire, l'automobiliste est avant tout considéré comme une vache à lait (d'où le surnom rapidement donné au texte.)

Il n'y eut pratiquement aucune campagne, sauf de la part des opposants. Les sondages ne donnèrent guère de chance à l'initiative de passer la rampe. La gauche se contenta de placarder sur les murs son unique argument, la crainte de voir diminuer les rentrées fiscales de l’État. Il fut pour le moins cocasse de découvrir sur les affiches que la perspective de voir l'argent pris à la route retourner à la route était présentée comme un vol... Mais pour des Suisses conditionnés depuis des décennies à associer l'usage de la voiture individuelle à une sorte de crime abominable, cela suffit à faire mouche.

Seuls 29,2% des votants acceptèrent l'initiative - soit un niveau à peine supérieur à celui du Revenu de Base Inconditionnel. On pourra penser que l'introduction du futur fonds pour les routes nationales et le trafic d'agglomération (FORTA) rééquilibrera quelque peu les transferts, réduisant l'injustice dénoncée par l'initiative ; ou penser, avec plus de pessimisme, que toute notion de justice fiscale dans le secteur des transports relève tout autant du domaine de l'utopie.

Au bout du compte, la classe politique sort renforcée de ce week-end. Le gouvernement l'a emporté sur toute la ligne. Non seulement les initiatives ont été rejetées et les lois acceptées, mais les scores sont sans appel.

 


 

Ce dimanche vit également quelques votations cantonales dont voici une sélection:

  • A Genève, le peuple approuve l'idée d'une grande traversée de la rade, ce qui présage peut-être d'une forme de contournement autoroutier de Genève à travers le Léman avant le prochain siècle (mais qui sera difficile à financer, les Genevois rejetant par ailleurs l'initiative fédérale "Vache à lait" à 75,6%... Cohérence quand tu nous tiens!) Les transports publics remportent une nouvelle bataille et seront désormais prioritaires au centre-ville.
  • Le projet d'Expo nationale en 2027 en Suisse orientale a été enterré par les cantons concernés.
  • Dans le canton de Zurich, les magistrats ne pourront plus être des citoyens sans formation juridique.

C'est donc à peu près tout pour ce week-end. La prochaine votation populaire à suivre n'aura pas lieu en Suisse, mais en Grande-Bretagne avec la décision de rester ou de sortir de l'Union Européenne!

Commentaires

"demander des solutions à Mme Sommaruga revient à supplier un pyromane de jouer les pompiers."

Notre nouvelle SS société sivile fait bien son boulot! Maintenant il faut juste attendre d'être tombé aux niveaux des Italiens (voir leurs élections du week-end) et les Français, voire les Danois, les Hollandais, et tous les autres états UE, avant que les Suisses, encore bien à l'abri grâce à l'UDC depuis plus de 20 ans, commencent à comprendre ce qu'il va leur arriver.

Pour ceux qui veulent anticiper, il faut faire le chemin inverse des migrants de la première heure! Si vous avez un peu d'argent mettez-le en commun dans l'acquisition d'un biens à l'étranger et vous aurez ainsi une porte de sortie, au moment venu!

Écrit par : Corélande | 06 juin 2016

@Corélande: je partage votre pessimisme ; je suis toujours atterré par la confiance aveugle des citoyens dans leurs autorités et les médias, proche de la soumission ; et sur le dossier particulier de l'asile, nous jouons dangereusement avec le feu. Lorsque des centaines de milliers de faux requérants d'asile se seront invités dans le pays il sera trop tard.

"On est toujours plus intelligent après" est un dicton courant sous nos latitudes ; encore faut-il aussi, après, avoir encore une marge de manœuvre.

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 juin 2016

Je viens de lire le résumé de la session parlementaire de la première semaine.
Je me dis qu'il serait intéressant que vous les publiez sur votre blog, car ce n'est en tout cas pas la presse qui fait correctement son boulot d'information.
Ce qui me choque c'est spécialement cet argument des socialos qui a été développé tout au long de la campagne qui affirmait que l'UDC vote contre l'aide au développement et après ils veulent -encore- limiter l'asile; se serait donc antagoniste.....(j'ai à nouveau entendu cela dans la bouche du petit, très petit socialiste VS de Savièse (son nom m'échappe et je n'ai aucune envie de me donner la peine de le rechercher, hier soir sur canal 9)!!!
Actuellement la manipulation verbale est tout aussi active que la manipulation intellectuelle. Mais si les gens veulent se laisser berner c'est leur affaire et qu'ils soient les premiers à s'en prendre plein la g....!

M. Blocher nous avait dit à Dorénaz en 2009 qu'il espérait vivement pouvoir agir AVANT, plutôt que de voir le pays s'enfoncer dans la mer.... et alors seulement dans la possibilité de réagir! Une fois encore il avait raison et les évènements actuels nous le démontrent parfaitement.

Écrit par : Corélande | 06 juin 2016

Un titre de 24heures qui devrait vous énerver:

«Les Suisses ont dit «halte aux abus» de l'UDC»

Et le chapeau également:

«Votations: La presse relève la cinglante défaite de l'UDC sur l'asile, au lendemain du soutien des Suisses, à plus de 66%, à la réforme de Simonetta Sommaruga.»

À votre place j'aurais titré:

«Votations du 5 juin, victoire de la presse helvétique»

Reconnaissons tout de même que quand on leur distribue les verges...

Écrit par : petard | 06 juin 2016

@pétard: l'UDC étant la cible principale des élites politico-médiatiques, il ne fait aucun doute que tout compte-rendu de la journée de votation du 5 juin ne pouvait qu'attaquer l'UDC. Haro donc sur l'UDC qui a soutenu l'initiative vache à lait et combattu la réforme de la loi sur l'asile.

On reprochera peu aux Verts leur monumentale déculottée en soutenant le Revenu de Base Inconditionnel par exemple, pas plus qu'on ne comptera l'UDC dans le camp des vainqueurs pour s'être opposée avec succès à l'initiative Pro Service Public ou avoir soutenu le DPI.

Rien de nouveau sous le soleil.

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 juin 2016

Pour info puisque les journaleux ne trient que ce que bon leur semble:

Décisions au parlement la semaine dernière.

L'accès des étrangers à l'AVS, à l'AI et aux prestations complémentaires ne sera pas restreint. Le Conseil national a clairement rejeté trois initiatives parlementaires du groupe UDC (14.426, 14.427, 14.429) qui demandaient que les ressortissants étrangers satisfassent à des exigences supplémentaires pour accéder aux prestations des assurances sociales suisses. Seuls l'UDC et quelques représentants du PLR ont soutenu ces propositions. Cette affaire est donc classée.

Le Conseil national a approuvé à de fortes majorités le compte d'Etat 2015 (16.003) et les crédits additionnels au budget en cours (16.007). Les coûts supplémentaires provoqués par le secteur de l'asile ont suscité plusieurs interventions. Sur le montant global de 397 millions de francs des 22 crédits additionnels, 90% reviennent à l'asile en raison de la forte progression du nombre de demandes d'asile. Seul le groupe UDC a rejeté unanimement ces rallonges au budget 2016.

Une initiative parlementaire (15.421) de Luzi Stamm (UDC) qui demandait une modification de la Constitution fédérale afin que les requérants d'asile et les réfugiés n'aient plus droit à un séjour garanti en Suisse. Une proposition du groupe UDC (15.431) qui visait à priver de l'aide d'urgence les personnes séjournant illégalement en Suisse n'a pas trouvé grâce non plus. Enfin, le Conseil national s'est opposé à une augmentation des allocations pour enfants en rejetant à une forte majorité une intervention parlementaire (15.405) dans ce sens.

Et pour les socialos menteurs tels que mathias reynard:

Conformément à la proposition du Conseil fédéral, le Conseil national entend dépenser au total 11,11 milliards de francs pour l'aide au développement (16.022) durant les années 2017 - 2020. Le projet n'a cependant passé que de justesse la rampe du National, soit par 98 voix contre 93 et 1 abstention. La Suisse met ainsi en moyenne 0,48% de son revenu national brut (RNB) à disposition de l'aide au développement. Une proposition issue des rangs du PLR de réduire de 430 millions de francs au total cette aide pour la ramener à 0,45 du RNB a également été rejetée de justesse. La demande de l'UDC et de la Commission des finances de couper 1,6 milliard de francs dans ce crédit pour le réduire à 0,4% du RNB a aussi échoué par 101 voix contre 83 en raison de la défection de plusieurs élus libéraux-radicaux. Les interventions des Verts et du PS en faveur d'une augmentation de l'aide au développement ont été clairement refusées. Avec un écart de quatre de voix seulement l a demande de l'UDC de lier l'aide au développement à la coopération en matière de politique de migration a été rejetée.

Le Conseil fédéral ne pourra étendre la libre circulation des personnes à la Croatie que s'il trouve une solution constitutionnellement satisfaisante avec l'UE pour régler le problème de l'immigration. Le Conseil des Etats a décidé d'imposer explicitement cette condition à la ratification du protocole concernant la Croatie (16.028) et il l'a introduite dans sa décision afin que la constitutionnalité d'une solution soit garantie. On ne sait pas comment cette solution devrait se présenter et quand cette condition serait considérée comme satisfaite.

Grand bien vous fasse!

Écrit par : Corélande | 06 juin 2016

Un autre très joli titre qui fait "plaisir":

«Large soutien à la politique d’asile de Simonetta Sommaruga»

Et ça donne envie de quoi……?

Allez, on va lui donner un bec… et une boîte de Frigor… pour qu'elle continue à nous jouer *Ein grosser Nachtmoustique" !!!

Écrit par : petard | 07 juin 2016

«Large soutien à la politique d’asile de Simonetta Sommaruga» et le lendemain lundi les 2 chefs du PLR et PDC reviennent sur leurs grands chevaux avec les arguments -UDC- qu'ils n'ont pas voulu soutenir pendant la campagne.
Alors dire que ces deux partis se foutent de leurs Electeurs, c'est vraiment peu dire!

Et ce matin on entend maintenant que Bruxelles propose de lier l'aide financière au développement avec une coopération des pays qui envoient leurs migrants. (Les erythréens que l'on veut nous faire garder, justement)

Après on dira que l'UDC a tout faux, ou comment se voiler la face en toute connaissance de cause et malhonnêteté par des parlementaires nationaux et autres conseillères fédérales qui sont de vrais "vendus"!

Écrit par : Corélande | 08 juin 2016

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