08 juin 2016

Brexit: piètre débat du siècle...

A deux semaines du vote crucial de la Grande-Bretagne pour le maintien ou la sortie du pays de l'Union Européenne, la chaîne ITV organisa mardi soir un débat entre les champions des deux camps - James Cameron, Premier Ministre en exercice, contre Nigel Farage, leader du UKIP (Parti pour l'Indépendance du Royaume-Uni).

L'émission, bien que courte d'une petite heure, promettait de beaux échanges entre deux orateurs habiles, et peut-être de quoi convaincre les 15% d'indécis, selon les derniers sondages, qui feront pencher la balance alors que les intentions de vote sont au coude-à-coude.

Hélas, le débat ne tint pas ses promesses, puisqu'il fut totalement inexistant. Le format de l'émission fut finalement modifié, apparemment sous les demandes du camp Cameron, pour devenir deux séquences d'une demi-heure où chaque invité devait répondre aux questions des spectateurs, 200 personnes visiblement pas sélectionnées au hasard. La formule finalement choisie avantagea outrageusement le Premier Ministre qui put reprendre et démolir les arguments de son prédécesseur sans risquer la moindre réplique.

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Photomontage de deux invités qui ne se croisèrent jamais, pas même au maquillage.

M. Farage tint une prestation honnête face à des intervenants franchement vindicatifs et l'attaquant personnellement (avec d'inévitables accusations de "racisme", puisque vouloir contrôler l'immigration est forcément raciste...) plutôt que de débattre du fond, l'indépendance du pays face à une hégémonie européenne anti-démocratique, bureaucratique, dirigiste et, disons-le franchement, mourante. L'activisme de ses interlocuteurs - qui parlèrent souvent plus que lui! - ne lui permit guère de développer ses arguments, et je ne crois pas une seconde que ces individus aient été de simples "citoyens lambda" seulement à la recherche de réponses.

Le contraste n'en fut que plus fort avec la prestation de M. Cameron, qui non seulement revint confortablement et à plusieurs reprises sur les propos tenus par M. Farage pour mieux les démolir, comme prévu, mais sembla vraiment faire face à des gens normaux, lui demandant poliment des précisions sur ses nombreuses contradictions dans sa propre attitude de Premier Ministre vis-à-vis de l'UE, ou exprimant leurs inquiétudes et le laissant discourir.

Un résumé du "débat" est présent sur plusieurs sites, dont celui de l'International Business Times. Nigel Farage fut malmené et gêné, Cameron confortable mais peu convaincant. Cette émission influera-t-elle sur le résultat du scrutin? Les instituts de sondages se chargeront de vérifier son impact les prochains jours.

Au bout du compte, le Brexit se ramène à un seul argument: la peur. D'un côté, la certitude rassurante du misérabilisme et d'une irritante insatisfaction en restant dans l'UE de M. Junker, de l'autre la voie de l'indépendance, exposée aux menaces et aux chantages, mais garante d'un retour de la démocratie dans une Grande-Bretagne tournée vers le monde.

Mais la peur n'est pas qu'une menace brandie en direction des partisans du divorce. Elle imprègne aussi très concrètement le camp pro-UE, au point qu'une campagne à la régulière le terrifie. Indépendamment des propos tenus par les deux invités sur ITV, les gens normaux ne pourront qu'être interpellés par le manque de fair-play dans cette campagne - une campagne où le Premier Ministre impose le silence aux membres pro-Brexit de son gouvernement, ou des consignes accompagnant le matériel de vote indiquant clairement de cocher la case "Rester dans l'UE"...

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La démocratie sauce UE n'a rien de très compliqué.

Je ne fais pas mystère de mes préférences: une relation qui ne tient plus que sur la peur de l'inconnu n'est plus une relation saine. Comme le dit un interlocuteur de M. Cameron en déclenchant une salve d'applaudissements:

Je suis désolé de le dire mais votre phrase de conclusion la semaine dernière était que "si nous quittons l'UE, nous jouons l'avenir de nos enfants aux dés". Je pense tout à fait le contraire, et qu'en nous disant de rester, vous avez déjà lancé ces dés.


Nigel Farage le rappela, "s'il y a jamais eu dans votre vie un vote qui puisse faire la différence, c'est celui-ci" - et David Cameron aurait sans doute acquiescé. Le vote sur le Brexit est probablement le scrutin le plus important depuis des décennies, non pour la Grande-Bretagne, mais pour l'Union Européenne toute entière, et la direction qu'elle prit depuis le milieu des années 80 où les socialo-communistes d'Europe décidèrent de transformer une zone économique de libre-échange en super-État bureaucratique pour lui donner, selon les termes de M. Mitterrand, "une âme".

Le scrutin du 23 juin sera forcément historique. Mais quel que soit le résultat, on peut surtout s'inquiéter des velléités changeantes d'une opinion publique divisée comme jamais, chaque sondage donnant l'avantage à l'un ou l'autre camp.

L'avenir de l'Union Européenne se jouera vraisemblablement sur une poignée de voix. Les fameux dés sont déjà en train de rouler.

Commentaires

Read your instructions carefully, then complete your ballot paper :

1/ Don't leave the EU
2/ Stay in the EU

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That's EU democracy!!!

Écrit par : Pierre Henri | 10 juin 2016

Messieurs les anglais tirez-vous les premiers vous êtes le boulet de l'Europe et les larbins des States.

Messieurs les Écossais et les Gallois vous êtes les bienvenus dans cette Europe qui sans les roastbeef commencera enfin à être moins libérale et inhumaine.

Écrit par : Vive l'Europe | 10 juin 2016

Voilà, le système a décidé qu'il fallait sacrifier un pion:

https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Bourse-Londres-le-Footsie-en-hausse-les-craintes-d-une-Brexit-s-apaisent--22538709/

Oui, je suis "complotiste" et je l'assume.

Écrit par : Paul Bär | 17 juin 2016

«La Bourse de Londres évoluait en nette hausse vendredi matin, les craintes d'un Brexit s'apaisant quelque peu après le meurtre d'une députée pro-européenne qui a choqué le Royaume-Uni.»

voilà comme ça fonctionne dans le monde merveilleux des connards !

Écrit par : bedons | 17 juin 2016

"Voilà, le système a décidé qu'il fallait sacrifier un pion" Il semble que vous ayez raison : les européistes se frottent littéralement les mains, cet assassinat est une chance extraordinaire pour eux et ils ne s'en cachent pas ! Dans C dans l'air, on les sent prêts à sabrer le champagne...

Écrit par : Géo | 17 juin 2016

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