24 juin 2016

23 juin, jour de libération du Royaume-Uni

Le Brexit n'est plus une vue de l'esprit. Les sujets de Sa Majesté viennent de lui donner corps à 51,9%, selon les derniers dépouillements.

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Le succès du référendum pour sortir de l'Union Européenne jette rétrospectivement le trouble les sondages qui émaillèrent la campagne. Depuis des mois le camp du Remain était censé être en tête et ce n'était que récemment que le Brexit avait refait son retard jusqu'à passer devant de très peu. Assistions-nous a un réel renversement de tendance, ou les instituts de sondages n'avaient-ils finalement pas d'autre choix que de coller progressivement à la réalité alors que la date fatidique approchait?

La mort brutale de la députée Jo Cox fut l'occasion de nouvelles manipulations, redonnant là encore un prétendu "coup de fouet" au camp Remain. La mauvaise foi fut maintenue jusque dans les tous derniers instants, avec deux camps prétendument au coude-à-coude, et des instituts refusant de se livrer au classique "sondage sorti des urnes".

D'autres manipulations eurent lieu au niveau des bookmakers, considérés jusqu'à présent comme des outils de prédiction plus fiables que les sondages lorsque l'issue est disputée. Des agents du camp Remain engagèrent tout simplement de grosses sommes pour faire changer les cotes en faveur du résultat espéré. La distorsion amena le pari Remain moyen à atteindre 450 £, contre 75 £ pour un pari Brexit. Les Remain gageaient que la perspective d'un échec démobiliserait les partisans du camp donné perdant.

Mais de toute évidence, et malgré les moyens employés, les Anglais avaient compris que les enjeux dépassaient un simple calcul d'intérêt. Il y avait des principes à la clef, et je pense que bien peu des citoyens britanniques changèrent d'avis comme des girouettes, à l'inverse de ce que toutes ces variations au fil du temps laissent imaginer.

Le Royaume-Uni demande donc le divorce d'avec l'Union Européenne. David Cameron, le Premier Ministre hypocrite qui demanda un référendum à reculons, n'a plus d'autre choix que d'annoncer sa démission. L'histoire gardera de lui un portrait peu reluisant. Ses compromissions pour garder - du bout des lèvres - l’Écosse europhile dans le Royaume-Uni risquent de provoquer l'éclatement de celui-ci à relativement court terme. La gestion catastrophique du royaume par M. Cameron laissera de profondes cicatrices.

Le projet de construction d'un Super-État européen sur le socle du Marché Unique ne vient pas de ralentir, mais bien de dérailler complètement. La renégociation de centaines de traités croisés entre les membres restants de l'UE et le Royaume-Uni occupera les bureaucrates bruxellois pendant des mois. Le prochain Premier Ministre anglais, qu'on imagine réellement eurosceptique, défendra pour une fois sincèrement les intérêts de son pays. Ne subsisteront donc que les accords diplomatiques avantageux pour le Royaume-Uni.

Ce "détricotage sélectif" annonce évidemment un effondrement encore plus rapide de l'UE. Les peuples restants comprennent bien désormais qu'un pays qui divorce peut garder les meilleurs morceaux alors qu'eux-mêmes doivent subir l'entier du joug de Bruxelles. Ils demanderont des aménagements ou probablement un référendum de sortie à leur tour - comme Geert Wilders vient d'en faire la requête au nom des Pays-Bas. Et qui pourrait refuser pareil référendum et prétendre ensuite que l'UE est encore un ensemble démocratique?

Le fameux traité de Lisbonne, la Constitution de l'UE, admettait qu'un pays sorte de l'Union - bien que sur un plan strictement théorique. Aujourd'hui il est nécessaire de mettre ces textes à l'épreuve de la pratique, mais ce n'était de toute façon qu'une question de temps. Par deux fois les Eurocrates sentirent le vent du boulet: lorsque les Grecs votèrent contre l'austérité mais furent finalement trahis par leur gouvernement, permettant à la Grèce de rester dans l'UE ; et lorsque les Autrichiens faillirent élire le mauvais président mais furent sauvés in extremis par les fameux votes par correspondance. On pourrait aussi citer l'impasse helvétique et la sortie de crise choisie par la classe politique en violant la Constitution. Devant les coups de boutoirs financiers, institutionnels ou démocratiques, l'utopie européenne devait un jour ou l'autre finir par se fracasser sur la réalité.

C'est désormais chose faite et le message vient d'un pays respectable, respecté, membre ancien de l'Union Européenne, riche et doté d'une longue tradition démocratique. Impossible de l'ignorer.

Les peuples osent encore, parfois, faire preuve de courage. Saluons les Anglais d'avoir osé ce dont rêvent tant de populations soumises, ailleurs sur le continent, et parions que grâce à cela ils s'en porteront bien mieux. A l'Union Européenne, la cinquième puissance économique préfère le Monde.

Commentaires

J'attends avec délice l'Hebdo de jeudi (que je lirai au bistrot, je ne vais quand même pas payer pour de la presse Bilderberg), avec sa couverture barrée de noir et toute sa rédaction mobilisée dans une vertueuse indignation globaliste.

Ah, ah, quand la grosse presse nous montrait ceci...

https://lut.im/lZrcG3t5mg/FtEup0ROAwaAX1ey.png
https://lut.im/wHbVFnVS1H/hIcKGkO6UTd4BNfk.png

... ils croyaient vraiment, dirait-on, que nous ne nous doutions pas de cela :-)

https://lut.im/zyy54Tg6v8/gDiQz8V58wsPQODH.png
https://lut.im/crqVvS55VV/hYsAWuJfCUkRxK3d.png

Écrit par : Paul Bär | 24 juin 2016

Le Financial Times aussi est en deuil; pourtant, c'est un bon journal. Mais, depuis qu'il a été racheté par les Japonais, son coeur est peut-être ailleurs. The Economist est déboussolé: il possède 39% des parts de la société d'édition, alors que le reste est en mains de la famille Agnelli: des Européens !

Écrit par : rabbit | 24 juin 2016

Pourquoi réécrire ce qui est déjà dit haut et clair ?
Donc, ce que je pense de la grosse presse, très bien dit ici:

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Post30

La morgue de ces gens, leur suffisance de petits marquis, leur certitudes de parvenus, cette facilité avec laquelle ils étalent la conviction de leur supériorité intellectuelle et morale, leurs leçons, leur fric, leurs chemises, leurs lunettes, leurs gueules….comment ne se rendent t’ils pas compte à quel point ils se rendent insupportable? C’est de crocs de bouchers dont nous avons besoin.
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http://www.fdesouche.com/742749-brexit-quand-le-nouvel-obs-fustige-les-britanniques-des-campagnes-craintives-et-des-anciens-bastions-industriels-desesperes

Écrit par : Paul Bär | 24 juin 2016

PS: "Crocs de bouchers" étant évidemment une expression métaphorique, mais qui illustre bien la terrible violence sociale qu'exercent aujourd'hui les "mercuriens" contre les "jupitériens", les "planétaristes" contre les "territoriens". Il s'agit d'une dialectique qui dépasse désormais largement les clivages classiques droite/gauche. Pour illustrer ce nouveau paradigme, il suffisait de voir à Infrarouge dans le débat sur le Brexit, assis gentiment côte à côte et alliés de fait, le planétariste de droite Couchepin et le planétariste de gauche Levrat.

Écrit par : Paul Bär | 25 juin 2016

Et ça, c’est-il pas joli, comme prise de parole dans le sac ?

Une présentatrice TV reconnait manipuler l'opinion…

www.youtube.com/watch?v=00olVuFtISA

Écrit par : petard | 25 juin 2016

Mon adjudant, je vous suis volontiers dans cette analyse de la situation. Mais pour paraître plus crédible au yeux de l'estimé public de Monsieur Montabert, il conviendrait d'user d'un vocabulaire un tantinet plus acceptable que celui des ennemis de son parti.

Écrit par : rabbit | 25 juin 2016

C'est quand-même embêtant ce Brexit... surtout pour Bertrand Piccard, empêché de se faire polir son melon comme il se doit...

(mais qu'est-ce que j'ai une sale langue... tss !)

Écrit par : petard | 25 juin 2016

Au vu de ce qui se passe actuellement dans cette partie du monde devenue folle, Bertrand P. est désormais contraint de rentrer par où il est venu et suivre la route des Balkans comme tout migrant économique. Mais, s'il pouvait éviter de faire des discours en anglais, mes oreilles seraient charmées. Pour résumer le tout, à l'instar de Mao Zedong: «革命不是请客吃饭» (la révolution n'est pas un dîner de gala).

Écrit par : rabbit | 25 juin 2016

C’est franchement impossible de finir peinard sa bouteille de roteux pour fêter ça… quand on est constamment dérangé par des nouvelles agaçantes:

Le franc a bien résisté, à 1,0765962397451735248356274162543963541328396537486253 pour 1 euro, grâce au pédalage de la BNS…

A la bourse, UBS a chuté de 11,2%, Credit Suisse de 13,9%, Julius Bär de 9,00%, Zurich Insurance 5,7%, Swiss Re 5,0%, Adecco 11,2%, LafargeHolcim 8,6%, Dufry 6,2%, ABB 5,0%, Richemont 6,7%, Swatch 4,6%, Nestlé 1,2%, Novartis 1,6%, Roche 2,2%…

C’est quand-mê pas juste, même chez les gros on est pas à la même enseigne.
Remarquez, que si les pharmas et le café se portent bien, c’est à cause des prochaines migraines et des nuits blanches de nos enfumeurs.

…Et me revient souvent cette réflexion:
Parmi tous ces petits génies solitaires gavés au BigMac, qui ont laissé leur pucelage derrière les consoles de jeux ou des vidéos cochonnes de série C, devrait bien s’en trouver un ou deux, capables de rendre muettes durablement les bécanes de WallStreet, ou celles de Zurich City, où les securitas ne font que des rondes de nuit pour vérifier que les boîtes à capsules nespresso sont bien remplies en prévision de la ruée matinale…

Écrit par : petard | 25 juin 2016

«Mais, s'il pouvait éviter de faire des discours en anglais»

... Ah que, les langues !

et notre président de la Confe, s'il pouvait éviter les discours en français... et les blagues, surtout les blagues... ou carrément s'engager pour une tournée chez Knie avec Marie-Thérèse Porchet.

Écrit par : petard | 25 juin 2016

Ce nombre premier est de toute beauté, ô petard noster. Je me demande si, après la 32e décimale, les séries 625, 635 et 653 n'auraient pas tendance à revenir plus régulièrement. Vous pouvez faire quelques tests à ce sujet?
Mais, il ne faut pas raconter des craques à propos de la bourse, vous allez paniquer un public que le Brexit a déjà rendu catatonique. Au plus fort de la crise des subprimes, en février 2009, le SMI était tombé à 4690.70; alors qu'il affichait 7747.17 à la clôture hier.
Morale de l'histoire: seuls les véritables investisseurs sont dignes de gagner le Paradis et «Vouloir éviter l'inévitable, n'est-ce pas augmenter sa douleur ?», comme dit si bien Zhuangzi.

Écrit par : rabbit | 25 juin 2016

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