06 juillet 2016

Le FBI pardonne à Hillary

comey_0.jpgDans une présentation attendue, le directeur du FBI James Comey a enfin donné le point de vue des autorités sur l'affaire des emails qui empoisonne la campagne présidentielle d'Hillary Clinton. Le FBI recommande au ministère de la Justice de n'entreprendre "aucune poursuite judiciaire" à l'encontre de l'ancienne secrétaire d'État.

Le texte intégral de l'intervention de James Comey se trouve en ligne sur le site du FBI.

La déclaration de M. Comey clôt des mois d'enquête et d'examens. André Archimbaud donne un résumé du contexte et des enjeux sur Boulevard Voltaire. Tout démarre avec l'attaque de Benghazi, où un ambassadeur américain réclamant en vain des renforts se fait assassiner par des commandos islamistes bien préparés. Après ce fiasco, l'opinion publique est abreuvée d'une fable rocambolesque où l'attentat n'aurait été qu'une "simple manifestation dégénérant en émeute", elle-même consécutive à la présence sur YouTube de la bande-annonce d'un film américain islamophobe. La mort du fonctionnaire entraîne la création de deux commissions d'enquête qui vont révéler bien des choses:

Le 11 août 2014, la seconde commission d'enquête découvre, après injonction, que seuls dix courriels sur Benghazi sont produits par le ministère... parce que l'ancienne secrétaire d'État utilisait un serveur privé pour les affaires d'État. Suspicion supplémentaire : au lieu de remettre le serveur aux enquêteurs, Hillary les inonde de dizaines de milliers de pages de photocopies... en spécifiant royalement que 30'000 courriels ont été détruits du fait de leur nature "privée". Intervention du FBI, qui exige poliment la remise du serveur... déjà effacé. On saisit alors le serveur de sauvegarde installé dans la salle de bains d'une micro-société de consultants, avant de passer à l'archéologie numérique : 100 employés du FBI sont sur le pont... sachant que le respect d'une multitude de lois et règlements fédéraux est en jeu, en particulier sur les secrets d'État.


L'affaire se termine donc, apparemment, en queue de poisson:

Le FBI a tranché: Hillary Clinton a fait preuve d'une "négligence extrême" en utilisant inconsidérément sa messagerie personnelle, via un serveur privé, lors de son passage à la tête du Département d'État, de 2009 à 2013, mais elle n'avait "pas l'intention de violer la loi".


Les partisans pro-Clinton seront aux anges, mais ils seront bien vulnérables face à des accusations de partialité de la justice. Rappelons juste quelques éléments contextuels:

  • La loi américaine exige l'utilisation d'une infrastructure spécifique pour les communications électroniques conduites dans le cadre d'un mandat officiel, pour des raisons de transparence, d'archivage, et de contrôle, et punit la destruction de preuves.
  • Par une heureuse coïncidence, le nom de domaine clintonmail.com utilisé pour les échanges de mail "privés" des Clinton fut enregistré le 13 janvier 2009, soit exactement huit jours avant que Mme Clinton ne soit officiellement nommée secrétaire d'État de l'administration Obama.
  • Mme Clinton a utilisé de grands moyens pour effacer ses archives, et a en partie réussi: de nombreux trous de plusieurs mois subsistent dans sa correspondance, notamment autour d'un voyage de Mme Clinton en Libye en 2011. Nous savons que ces lacunes existent parce que des traces d'e-mails envoyés durant ces périodes se retrouvent dans des conversations avec des tiers.
  • Malgré le nettoyage opéré par Mme Clinton, certains de ses mails montrent encore des échanges d'informations top-secrètes, et qui l'étaient déjà au moment de la conversation électronique. Les traces de 110 e-mails "classifiés" ont ainsi été retrouvées alors qu'elle avait affirmé la main sur le cœur qu'il n'y en avait aucun. La transmission d'informations classifiées est un crime fédéral.
  • La semaine dernière, Bill Clinton rencontra "par hasard" la ministre de la Justice Loretta Lynch (en charge du FBI) sur l'aéroport de Phoenix. Pendant les trente minutes d'un entretien informel, ils ne discutèrent que "de golf et de leurs enfants et petits-enfants", affirment-ils.
  • Le Président Obama est tout autant impliqué comme témoin ou complice, ayant entretenu des conversations électroniques avec Mme Clinton sur cet e-mail privé et étant donc parfaitement au courant de son existence.
  • En 2012 un ambassadeur fut sévèrement réprimandé par Mme Clinton, et ensuite licencié, pour avoir utilisé une adresse e-mail privée dans le cadre d'affaires professionnelles. Hillary Clinton signa elle-même, en 2011, un message enjoignant tous les ambassadeurs à ne pas utiliser des adresses privées dans le cadre de leurs activités professionnelles. Peut-on parler d'hypocrisie?

En résumé, Mme Clinton mit en place un serveur mail privé pour déroger délibérément aux obligations de transparence liées à son rôle officiel, s'en servit avec abandon et, une fois découverte, chercha à effacer toute trace compromettante.

usa,hillary clinton,james comey,justiceOn peut s'interroger sur ce qu'Hillary Clinton avait à cacher. Sa responsabilité dans le fiasco de Benghazi et le scénario échafaudé ensuite pour l'excuser, certainement. Mais aussi, sans doute, un mélange des genres assumé entre son rôle de secrétaire d'État, la fondation Clinton - qui n’a distribué "humanitairement" que 10% des fonds levés depuis sa fondation en 2001 - et la caisse politique des Clinton en vue, notamment, de la campagne d'Hillary pour l'élection présidentielle. Autrement dit, les e-mails manquants portent certainement la marque des innombrables trafics d'influence auxquels s'adonne le couple présidentiel le plus célèbre du monde.

Jamais la législation américaine n'a prévu que quelqu'un ne devrait pas être inculpé pour avoir violé la loi sans le savoir, sans même considérer la légèreté de l'excuse dans ce cas précis. Compte tenu d'autres affaires où les accusés n'ont pas bénéficié de la même mansuétude, il est évident que Mme Clinton a bénéficié d'un traitement de faveur.

La non-entrée en matière du FBI n'est donc pas surprenante. Malgré les dénégations de son directeur, c'est évidemment un verdict politique, le seul qui puisse épargner la candidate démocrate dans sa campagne électorale. Mais Hillary Clinton n'en sort pas indemne. Le grand public américain est bien plus au courant des tentants et aboutissants de cette affaire, et la décision du FBI suscite une indignation légitime.

Beaucoup de gens ont le sentiment qu'il y a une justice pour le bas peuple et une autre justice, infiniment bienveillante, pour les puissants ; difficile de les contredire. Lorsque Donald Trump qualifie continuellement Clinton de "crooked Hillary" (crooked pour malhonnête, véreuse, tordue...) sur Twitter, il n'est que l'écho du sentiment de nombreux Américains. Mme Clinton s'en sort peut-être indemne légalement, mais elle aura fort à faire jusqu'aux élections pour changer son image de politicienne corrompue, hypocrite et au-dessus des lois.

Commentaires

Pour en avoir le cœur net, le Ministère de la Justice US devrait demander à l’Armée Populaire de Libération (donc chinoise) copie des messages détruits par Madame Clinton. En 2012, le gouvernement de cette dernière, appuyé par un sous-traitant spécialisé dans le matériel de traque aux espions, avait fait un tapage médiatique planétaire au sujet d’un éventuel service de ladite APL, situé à Shanghai et doté d’une technologie de pointe capable d’intercepter tous les potins circulant à Washington. Si cette accusation était avérée, le matériel pour servir de preuve est donc actuellement à disposition.

Écrit par : rabbit | 06 juillet 2016

Dommage que la NSA ait espionné tout le monde sauf les personnes les plus dangereuses pour l'Amérique... à moins qu'elle l'ait fait et qu'elle ait des sauvegardes de ces emails.

Écrit par : simple-touriste | 06 juillet 2016

Oui, il est probable que les services secrets étrangers aient eu accès à certains messages et aux secrets qu'ils contiennent. Mais qui peut sérieusement penser que les USA entameraient une démarche aussi humiliante que de les leur demander?

D'ailleurs, à quoi cela servirait-il? Trouver encore plus de messages classifiés ou secret défense? Les enquêteurs en ont déjà dans les 30'000 pages de courrier aimablement fournis par Mme Clinton, et n'en ont pas conclu que cela valait inculpation.

S'il reste quelque chose dans les pages manquantes, ce sont des liens de corruption si évidents qu'il vaudrait mieux alors les taire et s'en servir plus tard comme moyen de chantage contre Hillary Clinton si elle devient présidente. C'est, à mon avis, leur stratégie.

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 juillet 2016

Le site incriminé par la NSA n'avait rien d'une base secrète du SMERSH, comme on l'imagine dans les films de James Bond, ni l'infrastructure d'un club de geeks cyberdépendants. Je suis allé sur place pour un visuel et faire retomber l'intox qui commençait à prendre dans quelques publications ouvertes à tout ce qui va de travers en Chine. Un mois après, les articles avaient disparu des écrans. En ce qui concerne Hillary, son acharnement à se maintenir au hit parade, au lieu de couler une retraite méritée en Floride, aurait de quoi intriguer un spécialiste du comportement et inquiéter les autres locataires contraints de passer quatre ans sous le même toit. Il serait opportun de réfléchir à ce que pourrait être le cadre juridique, éthique et moral de l'élection d'un robot (voir Asimov sur le sujet).

Écrit par : rabbit | 07 juillet 2016

"C'est, à mon avis, leur stratégie." Qui a déjà largement fait ses preuves...J-F Kennedy a toujours l'image d'un jeune président moderne, séduisant et sympathique et les casseroles de son père qui l'a fait élire ne sont connues que de ceux qui s'intéressent à l'Histoire...

Écrit par : Géo | 07 juillet 2016

Monsieur Géo, vous ne pensez tout de même pas, comme Hegel et Marx, que l'Histoire à un sens? Surtout parvenu à un âge aussi avancé. A part ça, attendez-vous ces prochains jours à des bouleversement inattendus dans la politique fiscale de certains pays européens, à la suite du Brexit. De belles bagarres en perspective au sein du mouvement surréaliste.

Écrit par : rabbit | 07 juillet 2016

Il y a sans doute une raison supplémentaire à cette surprenante indulgence : tous les gouvernements précédents ont été coupables de cette légèreté sécuritaire. Le Département d'Etat a toujours été excessivement désinvolte quant à la sécurité des mails, et des prédécesseurs d'Hillary Clinton avaient des pratiques aussi risquées qu'elle sinon plus. De mémoire, un précédent secrétaire d'Etat utilisait un compte AOL pour ses mails professionnels, exactement comme Madame Michu.

Les règles officielles sont très strictes (et apparemment bien faites), mais il y avait, jusqu'à présent, une tradition de non-respect au Département d'Etat, renforcée par le fait que l'informatique maison (celle qu'il était, fort raisonnablement, obligatoire d'utiliser) datait un peu de la marine à voile.

Il faut espérer que ce scandale conduira les Etats-Unis à renforcer leurs défenses électroniques. Il est certain que les pratiques d'Hillary Clinton en matière de sécurité des communications ont été catastrophiques, et relèvent du sabotage de la sûreté nationale. Je ne serais pas étonné d'apprendre que mon système de communication personnel est mieux protégé que ne l'a été celui de Clinton à certaines époques.

Écrit par : Robert Marchenoir | 09 juillet 2016

On voit encore une fois le problème de cohérence épistémologique et l'absence de boussole morale des "liberals".

Le Climategate n'aboutit à aucune condamnation et les enquêtes ou "investigations" disent qu'il ne s'est rien passé (en fait elles ne concluent pas du tout que tout va pour le mieux mais passons) => ceux qui critiquent les méthodes d'une certaines communauté de scientifiques sont des négateurs ou négationnistes! Vous ne pouvez pas remettre en cause 10 investigations (faites par les accusés et sans aucune méthodologie)! (ce qui est un argument d'une crétinerie rare, pourquoi 10 et pas 100 enquêtes? Pourquoi 10 d'ailleurs? Si chacune était sérieuse et crédible, une seule suffirait. Si les 9 premières enquêtes n'ont pas suffit, la 10ème ne suffira pas forcément. L'abondance d'arguments n'a jamais été une preuve.)

Un noir est tué lors par un policier alors qu'il essayait (apparemment) de lui prendre son arme? Le grand jury ne prononce pas de "indictment"? Le système est contre les noirs! Il est impensable que les faits aient été exposés correctement à des personnes honnêtes qui les ont évalué objectivement. (Je ne sais pas si c'est le cas, je n'ai aucun avis à ce sujet.)

Des policiers blancs (en fait 3 blancs et 3 pas très blancs) "maltraitent" (prétendument) un grand gaillard noir opéré de la colonne vertébrale la veille (ce qu'ils ne pouvaient pas deviner)? Un procès (là tout chaque parti peut présenter ses arguments selon des règles précises) a lieu? S'il n'y a pas de condamnation pour meurtre c'est que le système est biaisé!

Hillary Clinton n'est pas poursuivie? C'est la preuve qu'il n'y a rien à lui reprocher, même si le rapport final dit précisément qu'elle a commis des fautes!

Un blanc tue une élue pro-UE? C'est un fait de la campagne brexit, le mouvement brexit a entretenu la haine.

Un noir tue 6 policiers? C'est un individu isolé. Les twittos qui appelaient depuis des années à tuer les policiers au nom de blacklivesmatter n'ont rien à voir avec ça. Le mouvement blacklivesmatter est pacifiste.

D'ailleurs cela souligne le problème des armes aux USA : il a utilisé une "arme de guerre", quoi que cela puisse vouloir dire (les films de la seconde mondiale montrent bien que tous les officiers ont un flingue à la ceinture, est-ce que le flingue est une arme de guerre? et le poignard, arme de guerre aussi? les films de guerre sont plein de mecs qui égorgent les sentinelles ennemies).

Les médias sont hyper-biaisés, et ça commence à trop se voir. Le résultat est à l'avenant :
- référendum sur la constitution européenne en France : média pour, résultat négatif
- brexit : la plupart des journaux "sérieux" contre, résultat pour

Écrit par : simple-touriste | 09 juillet 2016

"Je ne serais pas étonné d'apprendre que mon système de communication personnel est mieux protégé que ne l'a été celui de Clinton à certaines époques."

J'ai trouvé ceci :

"These certificates were obtained validly and enabled web-based encryption for applications. Based on TrustNet analyst, Venafi can conclude clintonemail.com was enabled for browser, smartphone, and tablet encryption since 2009 and can operate using encryption through at least 2018. However, for the first 3 months of Secretary Clinton’s term, access to the server was not encrypted or authenticated with a digital certificate. During this time, Secretary Clinton travelled to China, Egypt, Israel, South Korea and other locations outside of the U.S.
(...)
As reported elsewhere, the server also appears to have run an SSL VPN – an authenticated and encrypted tunnel through which other web pages on other servers could be accessed. TrustNet found the sslvpn.clintonemail.com certificate. It was issued in 2012 and expired in 2013. Venafi could not confirm the continued operation of an SSL VPN or the sites to which it may have gated access."

https://www.venafi.com/blog/post/what-venafi-trustnet-tells-us-about-the-clinton-email-server

Avec ça plus la dissimulation et le double discours concernant l'attaque de l'ambassade, plus la destruction de milliers d'emails, plus le serveur de sauvegarde dans la salle de bain reconvertie, si c'était un candidat républicain il serait non pas cuit mais vaporisé!

Et pendant ce temps on amuse la galerie avec une prétendue étoile de David (deux triangles équilatéraux, comme sur un badge de shérif) signe d'antisémitisme du plouc milliardaire! Pour en arriver là faut-il être désespéré de trouver un moyen efficace de salir Trump!

Écrit par : simple-touriste | 09 juillet 2016

Voilà qui paraît solidement étayé. On serait pourtant enclin à penser, d’un pays plongeant ses racines dans les garages où sont nés Apple et Microsoft, et dont le budget militaire en 2009 atteignait 4,7% du PIB (Wiki), soit le double de celui de la Chine, qu’il porte autant d’attention à sa sécurité informatique intérieure qu’il en met pour espionner les autres.

Écrit par : rabbit | 09 juillet 2016

C'est marrant le nombre de morts étranges dans le sillage des Clinton.

http://lesobservateurs.ch/2016/07/13/roumain-a-pirate-h-clinton-retrouve-mort/

C'est le deuxième décès "opportun" depuis trois semaines !

Écrit par : Paul Bär | 13 juillet 2016

L'autre cadavre du mois dans le sillage des Clinton:

http://pagesix.com/2016/06/26/disgraced-ex-un-officials-death-conveniently-timed/

Écrit par : Paul Bär | 13 juillet 2016

La mort du pirate roumain pourrait être un hoax.

http://www.snopes.com/guccifer-missing-from-jail-cell/

Écrit par : Stéphane Montabert | 14 juillet 2016

Les services comme le FBI ou la CIA outrepassent leur rôle.

Aux USA, comme dans de nombreux pays, ces services émettent des synthèses selon les aspirations du politique. Cela s'est vu dans l'affaire des armes de destructions massives en Irak, dans celle de l'Iran nucléaire, dans l'actuel problème des compromissions de Mme Clinton, par exemple. Ils sont donc perçu comme un instrument politisé.

Le résultat en est la perte de confiance du pays dans ses propres institutions, sans oublier la perte de confiance de pays amis en leurs dire.

Les services ne devraient pas sortir du cadre. Ils sont là pour rassembler les faits, en faire la synthèse, en évaluer les conséquences probables et proposer des voies pour maîtriser lesdites conséquences. De façon indépendante, le politique décide.

Écrit par : Archi-bald | 15 juillet 2016

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