05 septembre 2016

Test négatif pour Angela

En Allemagne, le renouvellement des autorités du Land du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (nord-est) a eu lieu ce week-end. La Chancelière Angela Merkel en ressort durablement affaiblie. Mais elle n'est de loin pas la seule.

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La débandade était annoncée depuis longtemps. Il y a quelques jours encore 24Heures se faisait l'écho de la préoccupation allemande dans un article dont le chapeau ressemblait à un exercice d'aveuglement volontaire:

Un an après l’arrivée d’un million de réfugiés, Angela Merkel affronte une flambée populiste, prête à se manifester dans les urnes.


Oui, on se demande bien quelle mouche a piqué les électeurs... D'autant plus que le scrutin tombait quasiment le jour de l'anniversaire du tristement célèbre "Wir schaffen das!" de la Chancelière, son invitation hallucinante à laisser l'Allemagne se faire envahir par des migrants économiques revendicatifs et illettrés - avec l'arrière-pensée totalement absurde qu'ils sauveraient le modèle social-démocrate allemand.

A la place, les Allemands sont atterrés par les attentats islamistes sur leur sol - dont un kamikaze, une première sur sol germanique - et l'explosion des violences faites aux femmes, dont la presse a le plus grand mal à cacher l'ampleur. Et la plupart de tous ces braves gens ne sont là que depuis un an! On se demande quel visage aura l'Allemagne dans une génération, et ce qu'il restera de la paix civile qui part déjà en lambeaux aujourd'hui.

Stupidité? Incompétence? En tout cas, faute politique gravissime. Le "On va y arriver" de Mme Merkel se transforma rapidement en "On va arriver à la virer" chez les citoyens, et ceux-ci pourraient avoir plus de chance de succès que celle-là.

Invités à analyser le résultat du scrutin, les journalistes sont nombreux à se faire l'écho d'experts perdus devant le résultat:

Malgré le taux d’étrangers le plus bas du pays (1,5%) et seulement quelques milliers de réfugiés [sic], les gens du Mecklembourg ont été séduits par la campagne populiste et xénophobe de l’AfD. Or, l’extrême droite n’a pas dénoncé la fermeture d’écoles ou de quelques lignes de bus mais bien la politique migratoire de la chancelière. «Nous nous battons pour que l’Allemagne reste aux Allemands et pour que l’Europe ne devienne pas un califat», a répété la tête de liste, Leif-Erik Holm.

Les électeurs de cette région côtière sur la Baltique, où la densité démographique est la plus faible d’Allemagne, n’avaient aucune raison de sanctionner leur gouvernement sortant, une alliance entre conservateurs de la CDU et sociaux-démocrates du SPD. En dix ans, le chômage a été divisé par deux et le tourisme est en plein développement.


Inexplicable, vous dis-je! Apparemment, avoir peu d'étrangers sur place et une économie tournant à peu près rond devrait rendre l'électeur apathique et aveugle à toute forme de projection dans l'avenir. Combien d'années d'études faut-il avoir au compteur pour ne pas parvenir à comprendre que les électeurs ont voté pour garder ce qu'ils avaient? Qu'ils se satisfaisaient grandement de leur existence avec un emploi décent, une faible densité de population, peu de criminalité et une composition ethnique viable? Qu'ils réalisaient très bien qu'il faudra dire adieu à tout cela, leur cadre de vie s'écroulant comme un château de cartes grâce à la généreuse politique d'accueil que Mme Merkel lança aux frais du contribuable allemand?

Dans quelques années, les Allemands de Bavière et d'autres régions exposée - en tout cas, ceux qui n'auront pas réussi à déménager - envieront avec amertume la vie paisible dont disposent aujourd'hui encore leurs concitoyens de Poméranie occidentale.

Le revirement de l'électorat est absolument colossal. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a gagné 21% des suffrages en étant parti de rien en 2011 - le parti n'existait même pas. L'érosion de toutes les autres formations politiques donne un aperçu tout à fait lisible de l'électorat votant désormais pour l'AfD:

  • -5,2% pour le SPD ;
  • -3,6% pour la CDU d'Angela "On va y arriver!" Merkel ;
  • -6,3% pour l'extrême-gauche Die Linke ;
  • -3,7% pour les écologistes, qui évitent leur élimination d'un cheveu ;
  • -3% pour les néo-nazis du NPD, qui, eux, sont éjectés du parlement du Land.

La somme fait 21,8%, soit à peu près le score de l'AfD (21,4%).

Les analystes sont nombreux à pointer du doigt "l'humiliation" d'Angela Merkel, non seulement parce que la CDU passe en troisième position, mais aussi parce que ces résultats sont obtenus dans un fief historique de la Chancelière, là où elle commença sa carrière politique.

L'histoire est belle, le symbole fort, mais le portrait simpliste: la CDU d'Angela Merkel est le parti qui a quasiment le mieux résisté à l'ascension de l'AfD. Pratiquement tous les partis ont perdu davantage de plumes, et si on représente ces variations en proportion de leur base électorale de 2011, l'effet est encore plus marqué: deux écologistes sur cinq ont viré de bord pour l'AfD, un extrémiste de gauche sur trois, et 14% des socialistes ; en face, 15% des chrétiens démocrates. Bien entendu, il s'agit d'une approximation, en particulier parce que la participation a été 10% plus élevée que lors du scrutin précédent, mais il serait absurde de supposer que cette variation justifie à elle seule la percée de l'AfD.

L'effet est d'autant plus spectaculaire qu'il affecte de petits partis ; on pourrait ainsi dire qu'un sympathisant du NPD sur deux a aussi voté pour l'AfD, et cette affirmation est sans doute correcte, mais sans pertinence pour expliquer le score de l'AfD dans sa globalité. Au vu du nombre d'électeurs concernés, la source du succès de l'AfD se trouve clairement dans une population qui votait à gauche en 2011.

L'AfD se construit sur les ruines de la gauche. Cela n'a rien de surprenant, considérant la façon dont elle a délaissé son électorat traditionnel en faveur de celui des immigrés musulmans, jugés plus prometteurs ; de là découlent d'ailleurs les innombrables compromissions de la gauche avec les migrants et leurs revendications (louvoiements auxquels nous assistons également en Suisse).

Sachant d'où viennent les électeurs de l'AfD, les dirigeants politiques allemands de gauche feraient bien de se livrer à un peu d'introspection au lieu de traiter "d'extrémistes de droite" et autres noms d'oiseaux des gens qui sont, selon toute vraisemblance, leur électorat historique.

Commentaires

47% ~ pour le SPD, Die Grunen et Die Linke. C'est pas si mal, ne l'oubliez pas. Et Madame Merkel saura se tourner vers eux. Pas mon intention d'ignorer le choc. Mais quel est le massage ? "Ça suffit"? D'accord mais derrière... que des propositions négatives.

Écrit par : Luis Tobler | 07 septembre 2016

@Luis Tobler: Oui, ce n'est pas si mal en effet, mais ils perdent la majorité absolue dont ils disposaient en 2011. De plus, et les médias ne le disent pas, le SPD local a tourné casaque - tardivement - sur la question des migrants. Est-ce un revirement politique salutaire ou simplement une manœuvre de dernière minute visant à limiter la casse? Il faudra voir l'évolution de ce phénomène dans la durée.

La percée de l'AfD ne chamboule pas encore l'équilibre des forces, mais gagner un électeur sur cinq en trois ans ne peut pas être ignoré. Cette progression anéantit toute tentative de minimisation sur le thème du "vote utile": clairement, les électeurs de l'AfD sont déjà suffisamment nombreux pour pouvoir emporter des scrutins locaux.

L'AfD propose un positionnement original, dont une sortie de l'UE et la fin des renflouements bancaires avec l'argent public - mais "ça suffit" pour les migrants peut être un très bon message si c'est ce que veulent les électeurs.

Écrit par : Stéphane Montabert | 07 septembre 2016

Mêmes causes, mêmes effets !
L'immigration de masse en Europe – moins qq petits pays anciennement parties du bloc de l'Est qui ont déjà donné au totalitarisme –, une conséquence directe de la mondialisation et de la guerre au Moyen-Orient menée sciemment par les US et leurs supplétifs européens, cette immigration, disais-je, induit une résistance de plus en plus forte des populations concernées. Populations qui ne sont, dans leur grande majorité, pas d’accord, et qui n’ont même jamais été directement consultées sur le sujet, seulement trompées avec un bel ensemble par ceux qu’elles ont élus, mandat après mandat.
Cette résistance, qui n’est que la conséquence, en politique, de la loi de l'action et de la réaction, s'exprime par la montée des partis dits "populistes", terme péjoratif inventé par la caste politico-médiatique pour tenter de dévaloriser leurs adversaires.
Les échéances approchent : mai 2017 en France, et automne de la même année pour les élections fédérales en Allemagne. Si l’on en croit les sondages actuels et leurs projections, il est malheureusement peu probable que ces partis “populistes” puissent l'emporter lors de ces prochaines consultations.
Ce à quoi nous assistons, impuissants, c'est à une dramatique course de vitesse entre l'évolution des esprits des électeurs et la montée de la vague migratoire, que renforcera encore, à moyen terme, la démographie.
Aux échéances suivantes, dans 4 ou 5 ans d’ici, il sera peut-être trop tard. Le pouvoir des partis xénophiles ne pourra alors plus être contesté par les urnes, les patriotes s’étant raréfiés, en nombre relatif. Et le processus enclenché : l’islamisation de l’Europe, deviendra irréversible.
Pour une fois, les US sont en retard sur nous, qui n’ont que 1% de musulmans contre 10% en France, 5% en Allemagne. C’est l’hispanisation des États du Sud qui les guette, bien avant l’islamisation.
La suite est prévisible, j’en ai parlé dans un post sur le fil précédent.

Écrit par : AP34 | 07 septembre 2016

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