28 septembre 2016

La presse romande découvre la causalité

Panique dans les rédactions: 24Heures et la Tribune de Genève (qui partagent des "synergies" depuis plusieurs années déjà) devraient avoir à se séparer de 24 collaborateurs dans un avenir proche.

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Le logo de l'entreprise Tamedia barré d'une bande noire, action des manifestants

Le sujet, qui ne susciterait qu'un entrefilet dans la rubrique économique s'il concernait n'importe quel autre secteur d'activité, est traité comme le point essentiel de l'actualité. Biais corporatiste, pourrait-on dire. Les médias s'inquiètent du destin de leurs confrères. Alors tout le monde s'étend sur l'horrible nouvelle, que ce soit dans les colonnes de 24Heures et de la Tribune évidemment, mais aussi dans celles de 20 minutes, de La Liberté ou du Temps, et j'en oublie, souvent à travers plusieurs articles.

Même la RTS évoque le sujet, quoi qu’avec la distance propre à un organisme protégé de pareilles déconvenues par la sanctuarisation de la redevance, car, en filigrane, c'est bien de cela dont il s'agit. Stéphane Montangero, président du PS vaudois, fait dans la paraphrase de Voltaire mais avec un sens tout différent:

C'est une question de qualité de l'information. Je ne suis pas toujours d'accord avec tout ce qui s'écrit mais je me battrai pour que les journalistes puissent continuer à l'écrire.


Comment comprendre cette déclaration dans un monde où l'information, comme n'importe quelle activité économique, est soumise à concurrence? Contre quoi faudrait-il se battre exactement, si ce n'est la désaffection pour la prétendue "qualité de l'information" délivrée au grand public par ces titres? Envisage-t-on de forcer les gens à lire? De subventionner les journalistes afin qu'ils reçoivent de l'argent sans que personne ne se donne même plus la peine d'acheter leurs journaux?

Presse en crise cherche maquereau

La presse écrite cherche des sous, résume avec une clarté rare le médiateur de Tamedia. Il commence lui aussi par un état des lieux sur une presse qui serait, à son plus grand regret, un secteur économique comme les autres:

[La presse écrite quotidienne] ne reçoit certes pas de fonds publics, bien que l’information semble être considérée encore comme un bien commun en démocratie (sic). Depuis bientôt deux siècles, elle tire ses ressources de ses ventes et de ses recettes publicitaires. Mais son modèle économique est atteint d’anémie. (...) La presse écrite quotidienne subit deux migrations massives: celle des lecteurs, et d’abord des plus jeunes, celle d’annonceurs autrefois très présents sur le marché de l’automobile, de l’emploi, de l’immobilier, des petites annonces.


Et de conclure: "Tout le monde se retrouve désormais sur le Net." Le vilain Internet, voilà l'ennemi. Mais il est invincible, alors que faire? De son point de vue, trouver de "nouveaux sponsors" - des organismes privés qui paieraient directement tout ou partie des reportages publiés, au lieu de simplement faire de la publicité comme au siècle dernier. Mais même ce passage généralisé au publi-reportage ne va pas sans poser des questions éthiques:

Sans ouvrir de procès d’intention ni agiter des théories du complot, à quoi sont aussitôt portés certains esprits, des questions se posent. Quel sera le traitement réservé par une rédaction à tel ou tel parrain prodigue qui rencontrerait des difficultés d’ordre économique, voire judiciaire, qui s’exposerait à une controverse publique?


On se demande, en effet. Et si les apports de fonds requièrent l’application de règles, que penser de l'indépendance relative des médias face à des groupes politiques avec lesquels ils entretiennent tant de rapports de sympathie?

Les lecteurs seront nombreux à se détourner d'un article trop dithyrambique pour être sincère sur tel ou tel dernier modèle de smartphone, mais combien seront tout aussi révulsés par une de ces interviews complaisantes où un politicien se fait aimablement servir la soupe par un journaliste en totale connivence idéologique?

Le publi-reportage économique repousse le lecteur, mais son pendant politique provoque la même réaction - et il est bien plus fréquent. Ce débat déontologique-là est soigneusement évité.

En quête de valeur ajoutée

"Partout dans le monde, les tirages des journaux s’érodent, même parmi les plus grands. Partout, les volumes publicitaires se ratatinent" se lamente le médiateur de Tamedia.

Mais ce n'est pas vrai. Outre-Sarine, la Weltwoche se porte comme un charme. Le quotidien gratuit 20 minutes triomphe avec son modèle économique basé sur la gratuité. Un site de réinformation comme Lesobservateurs.ch parvient à devenir un des sites web francophones les plus populaires malgré un budget dérisoire.

Le journalisme n'est pas mort. Mieux que cela, il ne s'est jamais aussi bien porté. Mais en achetant un quotidien les gens sont à la recherche de valeur ajoutée, de vérité, de synthèses, d'esprit critique. Ils ne sont pas demandeurs d'une presse obséquieuse avec les puissants, superficielle, moralisatrice et insultante, et qui en voudrait d'ailleurs? Les lecteurs veulent de l'information pertinente - pas des prêches, ni des copiés-collés de dépêches de la veille.

La presse romande est en crise. Il n'appartient qu'à elle de changer de ton, de ligne éditoriale, de retrouver son esprit critique et, peut-être, son public. Au moins peut-on espérer que les rédactions concernées comprennent qu'il en va désormais de leur survie.

Commentaires

A nos journalistes qui se demandent pourquoi on ne les lit plus, on ne les écoute plus, on ne les regarde plus, visionnez ce entretien avec Eric Zemmour (impeccable à son habitude)...

http://www.fdesouche.com/776113-eric-zemmour-veut-faire-taire-veut-mabattre

... oui, à considérer ce "journaliste", on hésite entre l'hypothèse de la débilité crasse (répéter 20 fois la même question sans manifestement comprendre ce que répond l'interlocuteur) ou celle de la servilité la plus gluante (agir en procureur "pressetitué" au service des dogmes mondialistes).

Vous comprenez maintenant pourquoi on ne veut plus payer pour votre travail qui est soit nul soit malhonnête ou les deux.

Quant aux journalistes-fonctionnaires vivant grassement du racket d'état de la redevance, tels de gros rats replets sur un fromage que l'on est obligé de vous payer, on ne vous oublie pas, ça ne durera pas toujours !

Écrit par : Paul Bär | 09 octobre 2016

On peut changer ! Le Quotidien du Peuple (人民日报), organe du Comité central du Parti communiste chinois est entré en bourse en 2012.
Evénement salué en ces termes par le Figaro, dans sa rubrique économique :«Le quotidien fondé en 1948 et devenu un organe du Parti dès la création de la République populaire de Chine, s'en remet aujourd'hui aux moyens de la finance modernes pour faire son entrée dans le XXIe siècle. La Chine manie l'art d'adapter les vieux reliquats de l'époque maoïste à l'économie de marché».
Le promoteur immobilier Ren Zhiqiang, célèbre pour ses attaques contre régime par blog interposé sur Weibo, a critiqué le fait que ce média est soutenu par les finances publiques et non par le Parti: «Cessez d’utiliser l’argent des contribuables pour des choses qui ne leur fournissent aucun service».
Y a-t-il un Ren Zhiqiang en Suisse pour attaquer la taxe radio-TV ?

Écrit par : rabbit | 10 octobre 2016

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