06 novembre 2016

Sortir du nucléaire, n'importe comment

Le 27 novembre, les Suisses se prononceront sur l'initiative écologiste "Pour la sortie programmée de l'énergie nucléaire (Initiative "Sortir du nucléaire")".

L'initiative demande l'interdiction de la construction de nouvelles centrales et de limiter à 45 ans la durée d'exploitation légale de celles déjà en service. Bien entendu, tout cela est enrobé d'un "souhait" exprimé à la Confédération - ça ne mange pas de pain - en matière de limitation de consommation d'énergie, d'efficacité énergétique, de promotion des énergies renouvelables et de chant des petits oiseaux.

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Centrale de Mühleberg

Le titre de l'initiative est malheureusement mensonger ; en cas d'approbation, il ne s'agirait pas d'une sortie programmée du nucléaire, mais d'une sortie décrétée du nucléaire, la plus grande part étant laissée à l'improvisation. Trois des cinq réacteurs nucléaires helvétiques devraient fermer avant l'hiver 2017 (Beznau 1 et 2 et Mühleberg). Ni l'efficacité énergétique, ni les énergies renouvelables ne seraient évidemment en mesure de compenser le trou dans la production à si brève échéance. En l'occurrence, et quitte à espérer que les écologistes n'ont pas la pénurie en tête, le choix serait donc entre dépendre du nucléaire français ou du charbon allemand - au prix qu'il plaira à nos nouveaux maîtres.

Les entreprises semi-publiques propriétaires de ces centrales, soudainement victimes d'un gigantesque manque à gagner, pourraient se retourner contre la Confédération pour combler cette perte et exiger des compensations en milliards, d'autant plus qu'elles devraient alors y ajouter des coûts de démantèlement. L'addition sera évidemment pour le contribuable, le consommateur, ou plus vraisemblablement les deux. Elle sera salée.

Les campagnes de votation sur l'énergie mettent toujours l'accent sur le citoyen, puisqu'il faut le convaincre, et en grand nombre. On voit donc surgir les simplifications les plus échevelées destinées à frapper les esprits. Par exemple, substituer une source d'énergie par une autre comme dans un jeu de bonneteau - hop le nucléaire, hop le solaire, hop les éoliennes! - comme si chacune était rigoureusement équivalente. Comme si les 36% de part de marché du nucléaire dans l'approvisionnement énergétique suisse pouvaient être remplacés du jour au lendemain par les 6% péniblement atteints par les énergies thermiques, éoliennes, solaires et de biomasse combinées. Comme si l'érection de la moindre éolienne sur le précieux sol du pays n'était pas un chemin de croix face à l'opposition résolue et compréhensible des défenseurs du paysage. Comme si la construction d'éoliennes ne devait pas s'accompagner de celle de coûteuses et polluantes centrales à gaz pour suppléer à leur rendement déficient lorsque le vent ne souffle pas, ou pas assez.

Le citoyen suisse moyen n'aime peut-être pas le nucléaire, mais il a tout de même une vague idée du prix exorbitant qu'il dépense déjà en énergie taxée et n'a certainement pas envie de doubler ou de tripler la mise pour faire plaisir à une coterie d'extrémistes très loin de vivre selon leurs préceptes.

Malgré tout, le débat centré sur la facture énergétique des foyers occulte l'essentiel - car l'énergie se consomme dans bien d'autres domaines que l'éclairage domestique et la télévision. Les CFF sont d'énormes consommateurs d'énergie. Les entreprises industrielles tout autant. Pour ces acteurs-là, l'initiative des écologistes bouleverserait leurs coûts. Les CFF n'auraient sans doute guère de scrupules à infliger une nouvelle hausse de tarif à leurs clients asservis, mais d'autres n'auraient le choix qu'entre délocaliser ou mettre la clef sous la porte, avec la casse sociale que l'on imagine.

Aussi, je n'ose même pas évoquer la suite de l'histoire jusqu'en 2050 tant cette fable n'a pas de sens - sauf à essayer de se figurer comment une Suisse ruinée et en crise pourrait essayer de s'infliger quelques impôts supplémentaires pour subventionner des entreprises d'isolation ou du courant "durable" hors de prix et intermittent.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, je ne suis pas un apôtre du nucléaire - mais j'abhorre l'irrationalité dans le discours énergétique (ainsi que dans la plupart des discours, je le concède). Une politique énergétique intelligente ouvre un espace où coexistent différentes sources d'approvisionnement, non parce qu'elles correspondent aux lubies changeantes des individus au pouvoir, mais parce qu'elles ont chacune leurs propres mérites. Elles s'imposent ou s'effacent non par décret mais selon les évolutions technologiques, les disponibilités et les coûts.

Il n'y a aucune justification à l'arrêt immédiat de centrales nucléaires après 45 ans, pas plus que pour n'importe quelle autre source d'énergie. Proposerait-on la même chose pour un barrage?

Les équipements vieillissent, mais peuvent être convenablement entretenus et remplacés ; les technologies de détection et de prévention évoluent sans cesse ; et si d'aventure le réacteur d'une centrale devait finalement être jugé trop cher à réparer, alors son emplacement constituerait certainement le lieu le plus approprié pour bâtir son successeur de la génération suivante.

Le nucléaire n'est pas une technologie dépassée, il évolue constamment - à l'inverse du discours ranci des écologistes à son encontre. Aujourd'hui, le nucléaire a le vent en poupe. Plus de 70 réacteurs sont en construction dans le monde. Les rares pays à suivre l'exemple de l'Allemagne s'en mordent les doigts. Le Japon a remis ses centrales en marche. Même "l'esprit Fukushima" constamment invoqué ici n'a pas réussi à persister là-bas. Les Japonais ont bien compris que leur prospérité venait aussi d'une énergie bon marché, fiable et abondante.

Je n'ai aucun doute que l'initiative arbitraire des écologistes sera rejetée. Toutefois, quelle que soit l'intensité de la gifle infligée par les urnes, la nouvelle débâcle sera présentée comme une victoire. Ainsi va la vie médiatico-politique en Helvétie.

Commentaires

"Comme si la construction d'éoliennes ne devait pas s'accompagner de celle de coûteuses et polluantes centrales à gaz pour suppléer à leur rendement déficient lorsque le vent ne souffle pas, ou pas assez"

Les centrales à charbon sont surtout efficaces en fonction à régime constant; on va construire surtout des centrales à gaz, et notamment des turbines à gaz en circuit ouvert (des turboréacteurs bas de gamme en réalité), qui changent très vite de régime (assez peu d'énergie interne accumulée).

Et le gaz, il provient de...

Écrit par : simple-touriste | 07 novembre 2016

j'espère comme vous que cette initiative sera rejetée bien qu'on essaie de nous faire croire qu'elle ne le sera pas. Je n'arrive pas à comprendre comment le peuple suisse que je pensais réaliste et raisonnable peut envisager de couper son propre approvisionnement énergétique. Je pense en outre que compter sur l'énergie produite ailleurs est le signe d'une grande hypocrisie, à d'autres les "dangers" du nucléaire et la pollution due aux centrales à gaz ou au charbon. En Suisse on restera "propre" ! Difficilement acceptable. Les écolos ont bien plus en vue la destruction de nos sociétés prospères que la protection de la planète qui d'ailleurs s'en fiche.

Écrit par : Zendog | 07 novembre 2016

Quelques réalités, qui devraient faire réfléchir les gens:
Actuellement, 50% de notre capacité de production nucléaire est à l'arrêt, pour des raisons de sécurité et de maintenance. Sans effet aucun, ni pour les industriels, ni pour les ménages. L'initiative propose de diminuer la production nucléaire de 33% environ. Moins de diminution qu'actuellement.
Les prix de l'électricité sont très bas, car il y a surproduction.
La suisse dépend à 68% des énergies étrangères actuellement, toutes confondues.
Le nucléaire n'est pas rentable actuellement, les centrales coûtent donc de l'argent aux producteurs, donc aux citoyens contribuables, qui sont indirectement actionnaires des producteurs, et clients des mêmes. Il faudrait, pour qu'ils se remettent à gagner de l'argent avec elles, que le prix du kWh approche des 9 ou 10 cts. Ces derniers temps, le coût est de 3-4 cts.
Si le kWh nucléaire était estimé rentable, c'est parce que les producteurs ne tiennent pas compte dans leur calcul des coûts réels de stockage des déchets et du
démontage des centrales. Le fond censé servir à cela est sous-alimenté et ne servira même pas au démantèlement d'une centrale. On paie déjà pour faire vivre les centrales, on perd de l'argent en étant actionnaire de groupe non rentable et on paiera les démantèlements de toutes manières. S'arrêter le plus tôt coûtera au final moins cher.
La suisse fait de toutes manières venir son uranium de l'étranger, elle est donc dépendante de cet approvisionnement également. Et, comme pour le pétrole, la majorité des mines ne sont pas dans pays stables.
Autre fait peu mis en avant par les tenants du nucléaire:
La consommation journalière est de toutes manières assurées par le charbon allemand et le nucléaire français, car moins cher. Les fournisseurs l'achètent donc pour fournir leurs consommateurs. Il y a bien des chances que l'électricité consommée par la lumière du bureau de M. Montabert, et de son pc, soit allemande et non suisse. C'est triste, mais c'est comme cela. Quand tu produits à 7 cts et que tu peux acheter l'électricité à 3, ben tu l'achètes. Ca te revient moins cher. C'est ce qui se passe actuellement.

Je ne crains pas tellement les accidents majeurs en suisse, mais il faut tout de même être conscient que si cela venait à arriver, ce serait alors nous, les réfugiés "climatiques" et "économiques", car notre pays serait ruiné.

Voilà la réalité, elle ne tient ni à une ruine des entreprises, ni à un blackout par manque de production.
Elle est en partie idéologique, c'est vrai, car fermer les centrales ici ne nous mettrait pas à l'abri, vu qu'il y en a chez nos voisins et que nous serions touchés également en cas d'accident. Mais la Suisse peut le faire, sans trop de soucis.
Personne ne prétend que le solaire remplacera l'entier des besoins, surtout pas les besoins industriels. Mais cela peut assurer une bonne partie de la consommation ménagère, c'est largement démontré. Nous savons le faire. Et suffisamment de projets sont en attente pour remplacer une ou deux centrales. Pour les besoins industriels, l'hydraulique et le nucléaire restant suffisent largement.

Je suis néanmoins contre l'arrêt de la recherche dans le domaine, car si l'on savait traiter les déchets, ou que l'on trouvait une technique plus efficace et propre, il n'y aurait aucune raison particulière de ne pas s'y intéresser.

Écrit par : lefredo | 07 novembre 2016

La Suisse ne veut pas non plus des centrales ailleurs :

"Le canton suisse de Genève, frontalier avec la France, a porté plainte contre X concernant la centrale nucléaire française du Bugey..."

Corinne Lepage étant l'avocate de cette action, ça donne une idée assez précise de la rigueur de la démarche, des chances des plaignants, et du but réel de la démarche soi-disant "judiciaire".

Écrit par : simple-touriste | 07 novembre 2016

@Zendog je suis entièrement d'accord avec vous !les écolos sont des illuminés qui rêvent 'un monde parfait qui lui n'a jamais existé et qui le sera encore moins si on les écoute
Ce sont des Hippies nouveau genre associés à des Bobos !
Souvezez vous de l'expulsion de nombreux locataires dont des personnes âgées qui ont dû quitter l'endroit que tous habitaient depuis très longtemps pour laisser les Bobos de l'époque les remplacer après réfection il va de soi!
Quand on veut soit disant sauver la planète on respecte déjà les anciens avant les technologies qui pour la plupart sont trop farfelues pour le simple péquet
Au sujet du nucléaire ce qui est marrant tout de même c'est de voir à quel point ils ont l'air de se soucier de la vie de leurs semblables mais n'ont rien à fiche des personnes âgées
Zut j'oublais, c'est vrai que nous ne sommes plus rentables et très couteux .Aussi après être sortis du nucléaire qui sera sollicité pour entretenir les personnes âgées de plus en plus nombreuses et considérées comme em,,,,par certains ? hum des ordis,des natels ?
Quel monde d'utopistes

Écrit par : lovejoie | 07 novembre 2016

@lefredo: quitte à demander aux gens de réfléchir, vous ne pouvez pas comparer des circonstances temporaires et en tracer des généralités sur des décennies.

Aujourd'hui, le kWh est à 3-4 cts parce que l'Europe est inondée d'électricité renouvelable subventionnée par le contribuable allemand pour être compétitive. Grâce en soient rendues aux écolos d'outre-Rhin, les Allemands se ruinent littéralement pour nous revendre leur surplus d'électricité pendant la haute saison, si bien que non seulement les centrales nucléaires ne sont pas "compétitives", mais les barrages hydro-électriques ne le sont pas non plus. Devrions-nous nous débarrasser des uns et des autres? Bien sûr que non, parce que chacun sait que cette distorsion ne saurait être que temporaire.

Quelques infos sur le sujet:
http://lesobservateurs.ch/2016/04/01/lhydraulique-cest-plus-qualpiq-comprendre-agir/

De la même façon que les écologistes demandent (et obtiennent) sans arrêt des taxes supplémentaires pour subventionner des sources d'énergie inefficaces et leur donner l'illusion de la compétitivité, ils réclament sans cesse de nouvelles provisions à l'encontre des sources d'énergies contre lesquelles ils sont idéologiquement engagés afin d'en grever les coûts et les rendre moins compétitives. Mais si vous entendez un écologiste parler de "coût caché" du nucléaire, vous ne les entendrez jamais parler du réseau de distribution électrique allemand qui doit être intégralement repensé et reconstruit à coup de milliards pour s'adapter aux pics erratiques de la production électrique éolienne.

Les deux axes ont pour effet de "lisser" la différence entre les sources d'énergie pour les uniformiser, à un prix artificiellement élevé pour le consommateur.

La dépendance énergétique de la Suisse envers l'étranger est un fait, aggravée par l'immigration de masse. Que nous dépendions de "pays instables" pour leur uranium directement avec nos centrales ou indirectement parce que nous importons de l'électricité nucléaire française revient au même. Mais une chose est sûre, la dépendance énergétique de la Suisse envers l'étranger ne va pas diminuer en sabotant un tiers de la production énergétique indigène. Il faudra des décennies rien que pour la remplacer.

> "Je ne crains pas tellement les accidents majeurs en suisse, mais il faut tout de même être conscient que si cela venait à arriver, ce serait alors nous, les réfugiés "climatiques" et "économiques", car notre pays serait ruiné."

Pour votre information, je vous rappelle que le tsunami qui a mené à la catastrophe de Fukishima a aussi provoqué la rupture de plusieurs barrages (l'un a détruit 1800 maisons). On n'entend pas beaucoup les écologistes sur ces aspects-là d'un tremblement de terre.

Vous admettez que le désir d'arrêter les réacteurs nucléaires est idéologique, je vous remercie de votre sincérité. Le fait est que si le nucléaire est aussi mauvais que ce que vous prétendez, il n'y a nul besoin de légiférer pour son élimination puisqu'il disparaîtra de lui-même.

Écrit par : Stéphane Montabert | 07 novembre 2016

"Et, comme pour le pétrole, la majorité des mines ne sont pas dans pays stables."

Hihi, pas stable comme ... l'Australie? C'est vrai que si les Aborigènes tentent une insurrection, ça va saigner.

Ce que vous ne comprenez pas, c'est que l'origine n'a pas d'importance, seule la sécurité d'approvisionnement c'est à dire le fait d'avoir suffisamment de fournisseurs possibles, quite à payer un peu plus cher. Vous n'avez sans doute pas noté, parce que vous ne voyez rien et que vous ne comprenez rien à rien que le cours de l'uranium est au plus bas. Vous avez entendu parler des petits problèmes économiques d'Areva? (qui sont ridiculement exagérés dans la presse, mais Areva n'est pas du tout dans l'état épouvantable dans lequel se trouvent d'autres grandes sociétés gérées par l'Etat) Les problèmes viennent principalement de la faible demande, qui est conjoncturelle. On voit bien que le nucléaire est une énergie d'avenir. Mais là tout de suite c'est la misère, à cause d'un certain évènement à Fukushima.

Et quand on dit un peu plus cher, le nucléaire a ceci de particulier : on peut payer deux fois plus cher la matière première sans que le consommateur final distingue la différence, tellement les importations pèsent peu dans la balance!

Voilà pourquoi on parle d'indépendance énergique de la France alors que tout l'uranium est importé. Le nucléaire est excellent pour éviter de déséquilibrer la balance commerciale.

Je pense que vous raisonnez à partir de concepts inutiles comme "énergie", "secteur de l'énergie", "importation d'énergie". La seule énergie "pure" est le photon, celui qui est apporté par EDF "nous vous devons plus que la lumière" = EDF vend de la lumière. Sur un camion, un train, un navire, dans un pipeline, vous ne transportez pas de l'énergie, vous transportez des produits chimiques utiles parce que leur énergie potentielle est récupérable avec les technologies actuelles.

Mais au final on importe des matières premières (et parfois des produits finis, comme des bares d'uranium prêtes à l'emploi). Il faut considérer le stock ainsi que les variations de cours prévisibles à moyen terme.

Il faut cesser de parler d'énergie, de consommation d'énergie, d'énergie finale, qui sont des niaiseries pour occuper les offices de statistiques.

Écrit par : simple-touriste | 08 novembre 2016

La consommation doit être repensée (et c'est ce qui est en train de ce passer justement) pour être individuelle et locale: renouvelable pour l'énergie d'une maison ou d'un quartier, produite et consommée localement.
C'est là que le petit éolien et le solaire ont leur utilité.
Les allemands font comme ils veulent. Ils peuvent très bien produire leur électricité dans leurs fermes en mer baltique ou du nord et le transférer si cela leur chante. Leur réseau n'a pas été conçu pour et il leur faudra évidemment du temps et de l'argent pour l'adapter. Est ce que c'est une solution viable? Je n'en suis effectivement pas convaincu, mais ils ne sont pas totalement stupides et s'ils le font, c'est qu'ils l'estiment intéressant aussi. Je ne crois pas que l'on puisse soupçonner les allemands d'être de grands naïfs ayant oubliés le pragmatisme.

Votre exemple des barrages qui cèdent est un peu hors sujet. On a des immeubles qui tombent aussi, on entend pas trop les PLR parler de ce danger dû à l'immobilier dans leurs discours. (si on veut de l'absurde, on en trouve toujours).

Mais d'une manière générale, j'ai un peu de peine à comprendre pourquoi vous craignez tant l'arrêt des centrales. L'importation étrangère est une réalité, tant pour palier à nos manques que pour gagner de l'argent. Parce que vous n'allez pas prétendre que les vendeurs de courant ne préfèrent pas l'acheter à l'étranger pas cher et le revendre ici, plutôt que de faire turbiner les barrages qui leur coûtent plus cher (pratique les barrages, on peut les arrêter quand on veut).
D'ailleurs, il est également facile de ne les faire turbiner que lors des pics de consommation, afin de la revendre sur le circuit quand elle est au top du prix.
C'est économiquement intelligent (pourquoi ils s'en priveraient), mais écologiquement pas top. Mais ils se vantent pas trop de pratiquer cela.
Petite question: Alors que l'électricité n'a jamais été moins cher, avez vous vu une baisse des tarifs? Moi non, je constate surtout une augmentation des abonnements et des frais d'acheminement.

Les UDC devraient être les premiers à se dire que si on produit réellement local, sans dépendre de l'extérieur, c'est mieux pour l'indépendance du pays. Techniquement, on peut et sait le faire. Les maisons individuelles ou les immeubles qui sont indépendants, voire producteurs d'énergie il en existe de plus en plus. Il y a, en plus, un marché énorme.
Mais non, ils prônent le tout pétrole et nucléaire. Si on avait du charbon, ils souhaiteraient du charbon d'ailleurs. Je ne comprends pas tellement pourquoi, tant c'est en opposition avec votre dogme habituel. C'est con, mais en Suisse, tant qu'on n'aura pas trouvé mieux, si on veut de l'indépendance et du local, c'est bois, barrage, soleil, vent et géothermie.
Là on aurait de la vraie indépendance. Mais cela demande un peu d'effort, d'avoir du courage politique et de la fermeté. Trop difficile?

Écrit par : lefredo | 08 novembre 2016

"Autre fait peu mis en avant par les tenants du nucléaire:
La consommation journalière est de toutes manières assurées par le charbon allemand et le nucléaire français, car moins cher"

Moins cher que quoi?

Que le coût de production à partir du nucléaire Suisse? Que le coût marginal correspond à la décision d'utiliser une centrale maintenue prête à fonctionner? Vous n'avez pas l'air très calé en économie. Il y a un prix en dessous duquel vous ne gagner pas d'argent mais où vous avez intérêt à continuer à vendre. (Dans certains cas, ce prix peut être négatif.)

Sur les centrales actuelles, et grace à l'opposition sans relâche des écolos, les protocoles pour la maintenance sont ridiculement précautionneux, notamment pour éviter des doses triviales de radiation aux intervenants (un jour il faudra se demander si cet évitement d'un non-risque radioactif n'est pas un facteur aggravant d'autres risques).

Le coût de fonctionnement au quotidien d'un réacteur nucléaire est faible par rapport au coût de construction amorti et aux gros travaux. Si un réacteur est prêt à fonctionner, il va fonctionner si il y a de la demande.

Dire que le charbon arrive à évincer économie la production nucléaire est parfaitement ridicule. Je n'ai pas besoin de vérifier pour savoir que c'est faux.

Construire une centrale à charbon bien évidemment est moins cher que construire une centrale nucléaire (même si l'écart est moins grand quand on demande au charbon de limiter un peu ses rejets nocifs, alors qu'on demande au nucléaire de les maintenir à un niveau infime).

Écrit par : simple-touriste | 08 novembre 2016

"si on produit réellement local, sans dépendre de l'extérieur, c'est mieux pour l'indépendance du pays"

Mais on ne peut PAS, en Suisse ou ailleurs.

Déjà, on ne sait PAS stocker massivement l'énergie produite (à l'échelle de la consommation d'un pays sur une longue période). Et il n'y a AUCUN espoir pour que cela soit faisable bientôt.

Mais on peut en stocker un peu, et le stockage est une spécialité suisse : ce pays a été doté de gradients de potentiel gravitationnel, plus couramment appelés "montagnes" ou "reliefs". Cela occasionne des dépenses monstrueuses en infrastructures de transport (tunnels, trains à crémaillère ou lieu d'un train conventionnel moins cher) mais cela permet de stocker des masses considérables avec un haut potentiel gravitationnel (plus couramment appelées lacs de montagne).

Un élève de collège peut (ou doit pouvoir, s'il fait autre chose que du présentéisme) calculer l'énergie correspondant à ces masses d'eau en fonction du potentiel gravitationnel, énergie stockée dans des "barrages hydroélectriques" et déstockées dans des turbines.

La Suisse a un rôle considérable dans la production électrique européenne, pour fournir le tampon, la réserve d'énergie qui équilibre les périodes de faibles demandes (nuit, été), et les périodes de forte demande (froidures). Les échanges d'énergie changent régulièrement de sens en fonction de sens entre la Suisse et les pays qui n'ont pas tant de relief.

La variation de besoin de puissance dans le temps a fait la richesse des retenues d'eau notamment en Suisse. (Certains politiciens français trouvent ça indécent, parce qu'ils sont politiciens, parce qu'ils n'aiment pas l'idée qu'un business puisse faire autre chose que perdre de l'argent.)

Mais la nature n'a donné qu'un nombre limité de sites permettant de stoker des masses en hauteur.

N'oublions pas qu'en France, la moitié de la production hydroélectrique est dans la vallée du Rhone. Les ressources dites "renouvelables" ne sont PAS DU TOUT également réparties sur le territoire, contrairement à ce que racontent les "verts".

En dehors de ça, personne n'a de proposition crédible pour convertir massivement l'énergie électrique en forme stockable sans :

- des pertes monstrueuses
- des infrastructure ridiculement chères

En particulier, la production d'hydrogène se fait avec des pertes énormes, et l'hydrogène n'est pas stockable à grande échelle et présente des risques ingérables, il faut le convertir en méthane (méthanation), qu'on sait stocker. Non seulement la conversion électricité => méthane est inefficace, mais surtout le bilan entropique est pitoyable, puisque l'énergie électrique est littérale de l'énergie motrice, puisqu'il s'agit de mouvement des électrons (poussés par les photons), et que l'énergie du méthane est chimique, et qu'elle est utilisée sous forme thermique, donc une forme ayant une entropie bien plus grande, et dont la conversion en retour en énergie motrice se fait avec un rendement forcément médiocre, puisque limité par la température relativement élevée du milieu extérieure.

Écrit par : simple-touriste | 10 novembre 2016

Surtout, SURTOUT, ne manquez pas de lire le dernier commentaire de van Singer sur l'initiative des Verts sur son blog ! Et il a fermé les commentaires après. Comme aveu d'impuissance aussi immédiat, c'est du rarement vu...
1. Ses théories sur la difficulté de dépôt avec ses géophysiciens impuissants, c'est du n'importe quoi. Des solutions, il y en a autant qu'on veut. Mais la propagande des verts a fait son effet désastreux. Cela ne démontre qu'une chose, c'est qu'il y a des bureaux privés ou des fonctionnaires qui rongent un os sans fin parce que cela leur fait des couilles en or. C'est le peuple qui paie, pourquoi se gêner...
J'ai constaté le même cas sur les décharges chimiques de Ciba à Monthey.

2. Il prétend qu'il y a d'autres possibilités de production en bande, me traite d'ignare MAIS N'INDIQUE PAS LESQUELLES !

Écrit par : Géo | 10 novembre 2016

La dialectique de Monsieur van Singer repose sur l'approche marxiste de la lutte des classes; en l'espèce, celle des bons protecteurs de la planète contre les vilains réactionnaires, aussi fossilisés que leurs énergies non renouvelables. Ceci explique pourquoi les verts et les rouges font si bon ménage: ce sont des activistes avant d'être des penseurs.

Écrit par : rabbit | 10 novembre 2016

"ce sont des activistes avant d'être des penseurs." J'en connais qui dénoncent beaucoup le populisme ces temps. Mais jamais le populisme des Verts. Étonnant, non ? Comme l'effroyable gaspillage de fric de la coopération au développement et son marigot de soi-disant humanistes, de pseudo-experts mais vrais escrocs. Pas un journaliste qui met son nez dans ces tripatouillages nauséabonds (utilisons-le, ce mot fétiche de nos "élites", mais à bon escient : contre eux) depuis le temps qu'on dépense pour rien, si ce n'est pour leur permettre de faire des guerres...
Je ne le répèterai jamais assez : la revue "Un seul monde", l'organe de la DDC (Direction pour le développement et la coopération suisse) de mars 2008 dans l'éditorial "Périscope" indiquait:
"Entre 1990 et 2005, les guerres ont coûté à l'Afrique l'équivalent de quelque 353 milliards de francs. Ce montant comprend les coûts directs des conflits (...)
Il correspond à peu près au volume de l'aide internationale attribuée au continent noir durant cette même période."

Écrit par : Géo | 10 novembre 2016

Si je ne pouvais toucher qu'un tout petit pour-cent de cette somme, elle servirait enfin une cause digne d'intérêt: la mienne. C'est bien ce que vous donnez à entendre, puisque l'hypocritement correct est désormais proscrit du discours politique, grâce à Monsieur Trump ?

Écrit par : rabbit | 10 novembre 2016

Je ne vois pas très bien comment cela pourrait servir mes intérêts mais la coopération a un rôle néfaste que la plupart des gens qui en parlent ignorent : l'aide au développement ne s'adresse qu'aux mauvais acteurs de développement, à part la corruption des "élites" (tu parles d'élites...). Cela se passe comme avec le tourisme. Quand vous visitez un pays exotique, vous êtes entourés d'une nuée de gens spécialisés dans la meilleure manière d'arnaquer les touristes et vous ne voyez quasiment pas les vraies gens. Quand vous faites du développement, cette nuée de profiteurs spécialisés s'appelle ONGs. Plusieurs centaines par capitale africaine, la très grande majorité parfaitement bidon et ne servant qu'à capter l'argent de ces idiots de Blancs...
Le rôle du filet dans le Rhône à la Jonction pour les paillettes d'or, en quelque sorte...

Écrit par : Géo | 11 novembre 2016

Mon observation avait pour but de rappeler l'oeuvre de Ayn Rand et, dans le cas du gaspillage que vous évoquez, de son essai "La vertu d'égoïsme" (traduction maladroite du titre "The Virtue of Selfishness: A New Concept of Egoism").

Écrit par : rabbit | 12 novembre 2016

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