16 novembre 2016

Recomposition médiatique en vue

L'élection de Donald Trump pourrait bien avoir un effet inattendu sur la composition du paysage médiatique, de ce côté de l'Atlantique.

Aux États-Unis, les médias mainstream n'en finissent pas de s'excuser de ne pas avoir vu venir la victoire du milliardaire républicain. Si une image vaut mille mots, une petite vidéo vaut un album photo entier.

Malgré tout, leurs excuses sonnent faux: aucun journaliste n'a démissionné ou été licencié suite aux résultats électoraux. Les éditorialistes en place continuent de vomir sur le Président Trump alors qu'il n'est même pas encore entré en fonction. Nous assistons à la même dérive sur le Vieux Continent, qui, à sa décharge, se contente souvent de reprendre les reportages tournés par les collègues. Le suivisme est tel que c'en est à se demander à quoi servent tous ces "envoyés spéciaux" sillonnant le pays à grands frais.

Les reportages mettent donc l'accent sur la déception des Démocrates, les émeutes - largement artificielles - de ceux qui rejettent les résultats de l'élection, les dangers du programme de Trump pour la survie de l'humanité, et allouent le reste de leur temps d'antenne à la tournée d'adieu que s'offre le Président Obama avec l'argent du contribuable. On a déjà vu remise en cause plus sincère.

BB-logo-highres.jpgIl n'y a donc pas vraiment de changement de cap à attendre de la part de ces médias, ce qui ne surprendra personne. Mais le paysage médiatique lui-même change. Comme l'avait décelé Charles Gave, "le système de l’information aux USA, le fameux quatrième pouvoir est en train de se scinder en deux groupes violemment hostiles." Côté Clinton, la presse officielle ; côté Trump, les nouveaux acteurs comme Zero Hedge, Breitbart ou des réseaux comme Reddit. "Et nous assistons à une véritable guerre à mort entre les deux systèmes, qui continuera bien après que l’élection présidentielle ait eu lieu."

La guerre continue mais pourrait bien s'achever tantôt avec la victoire de Trump, infligeant une grave blessure de crédibilité aux médias périmés. Leur incapacité à se remettre en question ne fera que hâter leur disparition. Aux États-Unis, c'est un fait. Mais désormais, les nouveaux médias se tournent vers l'Europe, et les vieux médias du Vieux Continent glapissent de terreur.

Que peuvent faire les médias habituels, sachant que toute remise en cause est exclue? La même tactique que d'habitude, essayer de salir les nouveaux venus de façon préventive. L'idée est que le grand public soit préparé à les haïr dès leur arrivée, afin qu'ils soient plus méprisés que regardés.

Reconnaissons que la tactique avait bien fonctionné depuis une dizaine d'années avec Fox News. La première chaîne d'information américaine de Rupert Murdoch avait gagné des parts de marché en proposant des nouvelles "équilibrées" au grand public, en demandant par exemple leurs commentaires tant à des invités démocrates que républicains sur un point de l'actualité. Le slogan de la chaîne - fair and balanced - impliquait un équilibre loin du parti-pris ouvertement démocrate adopté par ses concurrentes. Quelle nouveauté dans le paysage télévisuel! Cela n'empêcha pas Fox News d'être anti-Trump dans sa couverture des élections présidentielles 2016, notamment par le biais de sa présentatrice vedette Megyn Kelly. Et cela n'empêcha pas les journalistes européens de continuer à la présenter comme "conservatrice", voire "ultra-conservatrice"...

Aujourd'hui encore, l'opinion d'un individu sur la chaîne est un puissant marqueur de connaissance sur les médias américains. L'épithète "conservateur" accolé à Fox News est révélateur de quelqu'un qui ne fait que répéter ce qu'on lui a mis dans la tête.

Mais ces péripéties dans la désinformation amènent les journalistes à un autre problème, la surenchère. Si une chaîne neutre voire consensuelle comme Fox News leur paraît déjà "ultra-conservatrice", comment qualifier un site corrosif comme Breitbart News? Méga-conservateur? Ultra-ultra-conservateur? Les rédactions travaillent d'arrache-pied sur cette épineuse question de vocabulaire. En attendant qu'un nouvel adjectif émerge, on présente Breitbart comme "le bras médiatique de Trump", "un site réac et raciste", "la machine de propagande de Trump"...

Certes Breitbart News a un style tabloïd et l'assume complètement, mais c'est aussi un site extrêmement populaire. L'Express est bien obligé de l'admettre:

Depuis son lancement, Breitbart News réussit à plusieurs reprises à embarrasser les démocrates: lorsque le site dévoile, en 2009, la vidéo d'une fonctionnaire noire, Shirley Sherrod, dans laquelle elle tient des propos anti-blanc. Quand, en 2011, Andrew Breitbart, un an avant sa mort, joue un rôle majeur dans la publication des sextos d'Anthony Weiner, démocrate élu à la chambre des représentants et pressenti pour devenir maire de New York.  

Des coups d'éclat qui lui ont permis d'acquérir un véritable succès d'audience: avec ses 37 millions de visiteurs uniques par mois, Breitbart News a aujourd'hui les moyens de ses ambitions. Bannon se vante, lors d'une interview donnée à Bloomberg, de pouvoir laisser ses journalistes enquêter durant plusieurs mois, tandis que les autres rédactions traditionnelles ne le peuvent plus. 

 
Steve Bannon, le directeur exécutif de Breitbart News, a été récemment nommé directeur de la stratégie et conseiller du Président Trump par ce dernier. Pas possible donc de défausser le site comme le travail de ploucs illuminés sortis de nulle part.

Breitbart News a bien l'intention de partir à la conquête de l'Europe. Une version anglaise a servi à plaider pour le Brexit, et une version française est à l'étude, présageant notamment d'une collaboration avec Marion Maréchal-Le Pen.

Ce n'est pas la première fois que des médias venus d'outre-Atlantique s'implantent en Europe ; pensons au Huffington Post ou au très gauchiste Slate. Les sites de Réinformation ont aussi le vent en poupe, qu'ils soient qualifiés de "droite pamphlétaire", de "réacosphère" voire de "fachosphère". Mais c'est la première fois que des acteurs majeurs à la fois politiquement incorrects et dotés d'une réelle force de frappe financière s'apprêtent à entrer sur le marché médiatique européen.

Le succès sera-t-il au rendez-vous? On peut imaginer que oui. Ces gens n'ont rien de philanthropes. S'ils veulent désormais tant s'implanter en Europe, c'est parce qu'il y a une demande. Environ la moitié de l'électorat est méprisée, dénigrée et tancée par les médias traditionnels à force de ne pas comprendre comme il faut, de ne pas voter comme il faut.

C'est un énorme marché.

Sur ce dossier, la Suisse est à la croisée des chemins ; tant que dure la redevance obligatoire, la RTS et ses affidés sont à l'abri de toute remise en question. Mais il n'en sera pas de même de la presse régionale et, naturellement, des médias en ligne. On peut donc s'attendre à de gros changements de ton dans les publications qui veulent survivre ; à défaut, les Suisses continueront à se tourner, toujours plus nombreux, vers les sites de Réinformation.

Commentaires

Très très fort comme billet. Et excellente contribution au "redressement" de l'information. Bravo !

Écrit par : petard | 17 novembre 2016

"Et cela n'empêcha pas les journalistes européens de continuer à la présenter comme "conservatrice", voire "ultra-conservatrice"..."

Notre presse de masse en Suisse n'a jamais réussi à comprendre ou voulu expliquer, si elle l'avait comprise, la différence entre conservateurs (le plus souvent des "cuckservatives", centristes de droite molle), néo-conservateurs (globalistes et interventionnistes, progressistes quant aux valeurs sociétales) et paléo-conservateurs (patriotes et isolationnistes, traditionalistes sur les valeurs).
Ne parlons même pas des "alt-conservateurs" à la Bannon (1) qui échappent totalement au radar bien dépassé de nos journalistes de masse. Ils n'ont par exemple rien vu venir du phénomène "Pepe the Frog" qui fait qu'auprès des jeunes la position conservatrice est désormais devenue "cool" et les "social justice warriors" encore plus ridicules.
Il y a là quelque chose que nous devons comprendre, dans notre camp, c'est que le rire et la "coolitude" doivent être désormais aussi nos armes.



(1) ça doit terrifier nos journaleux et autres donneurs de leçons sociétales que Trump sache s'entourer de "mavericks" talentueux et intelligents qui sauront comment s'attaquer aux forteresses conformistes où ils se croyaient bien à l'abri. Un gars qui a travaillé à la production du film "Indian Runner" (film magnifique) ne peut être que talentueux et dangereux, pour les systémistes, puisque comprenant forcément les ressorts vitaux de l'Amérique profonde.

Écrit par : Paul Bär | 17 novembre 2016

La promenade, c'est bon pour la santé, mais il ne faut pas que ça reste au niveau contemplatif. Rousseau en est sorti tout ramolli.

Écrit par : rabbit | 17 novembre 2016

"S'ils veulent désormais tant s'implanter en Europe, c'est parce qu'il y a une demande."

Exact.
On peut aussi voter avec son argent.
Je dois m'acheter de nouvelles baskets.
Ce sera des New Balance:

https://www.opnminded.com/2016/11/15/societe-brule-new-balance-election-trump.html

http://fortune.com/2016/11/11/new-balance-sneakers-donald-trump/



http://www.breitbart.com/2016-presidential-race/2016/11/11/people-burning-new-balance-sneakers-protest-support-trump/

" swan007 • 6 days ago

NB sale skyrocket as people buy them to burn. LOL Trump wins yet again.

Trump working for WE THE PEOPLE."


http://forward.com/news/national/354641/alt-right-proclaims-new-balance-official-shoes-of-white-people-after-brand/?utm_source=rss&utm_medium=feed&utm_campaign=Main

Écrit par : Paul Bär | 17 novembre 2016

" Mais il n'en sera pas de même de la presse régionale..."

Un ami me disait récemment avoir discuté de cela avec sa femme, sur le ton de la plaisanterie: "si je devais devenir veuf, la première chose que je ferais après ton décès serait de me désabonner du Nouvelliste." ;-)

En effet, même si le Nouvelliste est toujours un très beau journal d'un point de vue graphique, ses articles politiques et ses éditoriaux sont devenus insupportables à lire, confits dans le gauchisme et le systémisme le plus poisseux.

Un quotidien romand de droite qui incorporerait dans ses pages des rubriques régionales délocalisées bien faites ferait un malheur.

Écrit par : Paul Bär | 17 novembre 2016

L'endroit où sont fabriquées les New Balance n'est indiqué sur aucun texte de la marque. J'ai acheté les miennes à Shanghai et je suis fortement enclin à penser qu'elles n'ont pas fait un long voyage pour arriver au magasin. Tout comme l'ensemble de la concurrence d'ailleurs. Pensez-vous que Monsieur Trump va se résoudre à frapper ses baskets préférées d'un impôt abusif sous prétexte qu'elles sont fabriquées en Chine ?

Écrit par : rabbit | 17 novembre 2016

Un nom : GamerGate - rajoutez un croisillon (souvent, mais incorrectement appelé "dièse") si ça vous amuse.

Une affaire de pouvoir et lutte des classes très simple à comprendre et que les grands journaux ont compris exactement à l'envers.

Le monde se divise entre
- ceux capable de comprendre le GamerGate,
- et ceux qui prennent pour argent comptant l'explication de la presse soi-disant "progressiste" mais en fait juste corrompue, des SJW (social justice warriors), des "féministes" (3ème vague, c'est à dire une idéologie qui prétend qu'une femme doit être prise en sérieux mais peut néanmoins se comporter comme un enfant).

La presse "mainstream" a été incapable de rendre compte d'un scandale aussi évident et ne nécessitant aucune compétence scientifique. Cela en dit long.

Écrit par : simple-touriste | 18 novembre 2016

"Comment ruiner un pays en quelques jours"
Parlons de "Comment ruiner un parti en quelques années".
1° A part vous, Stéphane Montabert, personne de l'UDC sur cette plateforme. Il y avait Claude Voiblet. Bon, parlons d'autre chose.
Il y avait Kevin Grangier : il mettait toute son énergie à répondre poliment à l'éternel crétin qui signe encore et toujours "Staline" ou "Beria". Kevin a beaucoup de qualités - enfin, je dis ça mais je n'en sais rien...- mais il ne fait pas le poids à ce jeu-là. Donc il a arrêté sur cette plateforme. Si ça se trouve, il est sur FB. Mais les gens comme moi et ceux qui votent UDC ne vont jamais sur FB, par définition. FB, c'est le royaume des lapins crétins qui font l'uni à Lausanne ou à Genève et qui veulent faire de la politique, c-à-d faire entrer le maximum de musulmans en Suisse pour faire ch.er papa-maman.
2° On apprend sur cette RTS qu'on n'aime guère que l'UDC vaudoise va lancer une initiative pour modifier la constitution vaudoise sur la reconnaissance des religions, pour éviter que les ennemis de l'Europe adeptes du prophète de la Mecque puissent obtenir un statut officiel. Pourquoi n'en avez-vous pas encore parlé ? Pourquoi ne pas donner des adresses de contact pour signer cette initiative ?

C'est difficile à comprendre, vu de l'extérieur. L'UDC vaudoise, c'est des branleurs. Et à propos, sur le Kosovo, Perlimpinpin a déjà commencé à merder. Ce qui ne nous étonne pas.

Écrit par : Géo | 24 novembre 2016

@Géo: Un blog est une démarche personnelle. Tant MM. Voiblet et Grangier ont leurs raisons - l'un n'est plus à l'UDC (ce qui n'a strictement rien à voir avec le fait de faire vivre son blog d'ailleurs) et l'autre a décidé de communiquer différemment, peut-être s'étant lassé en effet.

Il est effectivement sur FB à travers la page officielle de l'UDC Vaud, ainsi que d'autres membres de l'UDC, dont moi. C'est une autre façon de communiquer, avec d'autres gens. Que vous n'aimiez pas FB ou refusiez de vous y rendre ne rend pas ce canal impraticable pour d'autres.

Quant à votre remarque sur l'initiative pour modifier la constitution vaudoise sur la reconnaissance des religions, c'est un sujet que je n'ai pas encore eu le temps d'aborder comme il le mérite, mais j'espère l'avoir avant l'échéance de la récolte de signature.

En attendant, vous pouvez aussi signer le référendum contre la nouvelle loi sur l'énergie ( www.loi-energie-non.ch )

Écrit par : Stéphane Montabert | 24 novembre 2016

Les commentaires sont fermés.