28 novembre 2016

Les Suisses disent "Oui, mais" au nucléaire

Les résultats de la votation du 27 novembre sont sous toit: à une large majorité, les Suisses rejettent l'initiative "Pour la sortie programmée de l'énergie nucléaire (Initiative "Sortir du nucléaire")", évoquée ici.

Tout au long de la campagne, les médias donnèrent au projet une popularité bien plus importante que celle qui fut mesurée dimanche. Pourtant, l'échec de l'initiative était prévisible: brutale, dirigiste et enfermée dans l'idéologie, elle n'avait que bien peu de chances de réunir une majorité du peuple et des cantons. Cela n'empêcha pas les initiants d'y croire jusqu'à midi. Puis d'espérer avoir au moins la majorité du vote populaire. Puis d'espérer une "défaite honorable"... Avec 54,2% de Non, le contrat est-il rempli?

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La carte des résultats

Seuls six cantons approuvent l'initiative des Verts. 1,3 millions de personnes ont rejeté l'initiative contre 1 million qui l'ont acceptée. Selon le Matin,

La composition des camps est proche de celle qu'a connue la première initiative sur l'énergie nucléaire rejetée de justesse en 1979, avec 51% de non. La différence entre les régions était toutefois encore plus marquée lors du premier vote antinucléaire.

En 1984, les cantons latins et le Tessin, sauf Fribourg et le Valais, ont soutenu l'initiative  «pour un avenir sans nouvelles centrales nucléaires ». Dans la partie francophone, le oui ne l'a pas emporté auprès du peuple avec 49,9%, mais a fait tout de même mieux que la moyenne nationale de 45%.

En 2003, les positions exprimées par les deux régions de Suisse se sont rapprochées sur la prolongation du moratoire et « moratoire plus ». Avant de refaire le grand écart dimanche, avec une majorité entre 54 et 59% de oui, exprimés à Neuchâtel, Vaud, Jura et Genève.


On peut donc dire que le rejet du nucléaire est historiquement faible en Suisse - en dépit du nucléaire-bashing constamment servi sur les plateaux de télévision par les invités des rédactions. En outre, et les médias l'ont pour une fois relevé, les cantons qui disposent de centrales ont rejeté le texte plus massivement que la moyenne: Non à 60,5% pour Soleure ou à 56,2% pour Berne (1 réacteur dans chaque canton), Non à 63% en Argovie (3 réacteurs). Le sentiment d'insécurité abondamment distillé par les écologistes contre le nucléaire a non seulement échoué à prendre racine dans l'opinion, mais a été largement contrebalancé par les avantages économiques tirés par l'exploitation de l'atome.

"Je n'ai aucun doute que l'initiative arbitraire des écologistes sera rejetée. Toutefois, quelle que soit l'intensité de la gifle infligée par les urnes, la nouvelle débâcle sera présentée comme une victoire," écrivais-je il y a quelques semaines. Les premières analyses vont évidemment dans ce sens, car nombre de journalistes y ont immanquablement vu le signe d'un soutien de la Stratégie Énergétique 2050 - la prochaine bataille sur le thème de l'énergie.

Il faut bien le reconnaître, beaucoup de politiciens anti-nucléaires ont préféré combattre le texte des écologistes pour des raisons tactiques, préférant la sortie "progressive" du nucléaire de la Stratégie Énergétique 2050 à la sortie "brutale" prônée par les Verts. Mais la partie n'est pas jouée, car comme le font remarquer des élus de l'UDC, la Stratégie Énergétique 2050 porte sur bien davantage que l'arrêt progressif du nucléaire - un ensemble fiscal complexe de nouvelles taxes, de subventionnements et d'incitations visant à diminuer la consommation énergétique des ménages. Un vrai modèle de société!

Les prochaines échéances sur le nucléaire auront donc lieu dès 2017 si l'UDC parvient à convoquer un référendum. En attendant, je conseille aux déçus des résultats de ce week-end de souscrire à un contrat d'approvisionnement énergétique "vert" proposé par leur fournisseur si ce n'est pas déjà fait ; toutes les sociétés électriques suisses en proposent aujourd'hui. C'est un peu plus cher, peut-être, mais rien d'autre que la mise en pratique - à une échelle fort modeste - de ce qui était proposé ce week-end.

25 novembre 2016

Le canton de Vaud se préservera-t-il de l'intégrisme?

Cette semaine l'UDC Vaud part en campagne pour une initiative cantonale visant à rajouter à l'article 171 de la Constitution vaudoise du 14 avril 2003 un nouvel alinéa simple et aisément compréhensible par tous:

La reconnaissance comme institution d’intérêt public ne donne, aux communautés reconnues et à leurs membres, aucun droit à l’octroi de concessions ou de dérogations motivées ou encouragées par la croyance ou la pratique religieuse, telles que :

a) une prise en charge particulière dans le domaine des soins ;
b) des enseignements spécifiques ou des dispenses ;
c) des jours fériés ou des horaires particuliers ;
d) des régimes alimentaires spécifiques ;
e) des dérogations vestimentaires.


Il s'agit donc de dissocier la reconnaissance d'une communauté religieuse d'éventuelles revendications liées à cette reconnaissance. Une illustration du site de campagne résume élégamment le problème:

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Loi de Dieu ou loi des hommes?

Les médias relèvent naturellement l'opportunisme du lancement d'une pareille initiative dans le cycle de campagne des élections cantonales 2017, mais enfin, c'est de bonne guerre. Rien n'empêche d'autres partis de faire de même avec leurs propres projets. Les discussions sur le timing ne doivent pas éclipser les questions de fond: l'initiative contre l'intégrisme religieux entend lutter contre le communautarisme en mettant un terme aux exigences apparemment sans fin de la frange la plus revendicative de la communauté musulmane, car il faut bien appeler un chat un chat.

Problème, comme se plaisent à le relever tant la Conseillère d’État sortante Béatrice Métraux que l'éditorialiste Patrick Chuard dans les colonnes de 24 Heures, la reconnaissance comme institution d’intérêt public ne donne déjà aucun droit particulier aux communautés reconnues et à leurs membres. Il manque un fil pour boucler le circuit. L'initiative serait donc "un texte qui fait crac et qui fait pschitt", se réjouit par anticipation M. Chuard.

Ce n'est hélas pas si simple. La loi pour la reconnaissance des communautés religieuse élaborée en 2007 (LRCR) a été autant travaillée par le Grand Conseil que le Conseil d’État avec pour objectif de permettre à terme la reconnaissance de l'islam comme communauté religieuse dans le canton de Vaud. À cet effet, les contraintes imposées à la communauté candidate n'en sont quasiment pas: elles ont été autant que possibles assouplies pour les rendre "islamo-compatibles". On notera par exemple qu'il n'est pas question de reconnaître l'égalité de droit entre les hommes et les femmes, mais simplement d'interdire "toute forme de discrimination" entre eux, ce qui n'est pas vraiment la même chose. De même, il n'existe aucun paragraphe invitant au respect de la possibilité de devenir athée ou de changer de religion - des crimes punis de mort selon la loi islamique, dès lors qu'ils concernent des musulmans.

La fameuse LRCR a donc été conçue à dessein pour donner l'illusion d'une protection de l'ordre juridique suisse, mais le défend en réalité du bout des lèvres. Malgré tout, les diverses communautés musulmanes du canton n'ont jamais souhaité se lancer dans le processus de reconnaissance car quelques aspects de cette loi light posent encore des problèmes inattendus, comme le rejet du prosélytisme ou l'exigence de transparence financière.

Mais pourquoi s'imposer ces contraintes, en fin de compte? Pour l'heure, comme le montrent assez régulièrement des exemples relevés dans la presse, le communautarisme musulman a le vent en poupe sans même qu'il soit besoin de le revendiquer d'une "communauté religieuse reconnue d'intérêt public". On peut imaginer qu'en cas de reconnaissance les exigences passeraient assez vite à la vitesse supérieure tant en quantité qu'en intensité - horaires aménagés pour le ramadan, non-mixité des cours, services médicaux différenciés selon le sexe du patient, la liste est infinie.

L'initiative de l'UDC vise donc à briser cette dynamique avant qu'elle ne survienne. L'habileté du texte consiste à laisser telle quelle la LRCR, mais à en limiter les conséquences de façon préventive.

Car la loi des hommes change, et souvent. Les maigres exigences de la LRCR pourraient s'affaiblir à travers une révision, ou les conséquences d'une reconnaissance se voir renforcées. En définissant ses limites au niveau de la Constitution cantonale, l'initiative de l'UDC trace des lignes claires: la reconnaissance religieuse n'est pas la Corne d'Abondance des exigences communautaires.

Si le texte vient à être accepté, la clarification de cet aspect des choses sera salutaire sur le long terme. Un plébiscite enverrait même un signal fort à des autorités toujours trop pressées de céder aux revendications de minorités parfois aussi bruyantes que peu intégrées - et ouvrirait même la porte à une version fédérale du texte.

Mais tout cela n'est que de la musique d'avenir. Pour se concrétiser, l'initiative devra commencer par récolter 12'000 signatures d'ici à mai 2017. Nous verrons déjà largement ce qu'en pensent les Vaudois.

20 novembre 2016

Comment ruiner un pays en quelques jours

Comment détruire les maigres économies de centaines de millions de personnes parmi les plus vulnérables et saboter à long terme la prospérité de son pays d'un trait de plume? Ce "double exploit" vient d'être accompli en Inde grâce à son Premier Ministre Narendra Modi il y a deux semaines, prenant une décision dont la portée historique pourra se mesurer au travers de la crise que traverse désormais le pays.

Fait du prince et guerre contre le cash

inde,narendra modi,monnaie,criseLe 8 novembre, le Premier Ministre Modi annonce à la surprise générale que quatre heures plus tard, l'essentiel du cash de la septième économie mondiale deviendra sans valeur. Qualifiant la manœuvre de "démonétisation", il déclare que les devises les plus utilisées dans le pays, les coupures de 500 et 1'000 roupies (7 et 14 euros environ) sont retirées. Ces billets avec la dénomination la plus élevée représentent 86% de la monnaie en circulation.

Les Indiens sont dès lors "invités" à échanger leurs devises dans les banques jusqu'à la fin décembre contre de nouvelles devises de 500 et de 2'000 roupies - mais seulement à concurrence de 4'500 roupies, soit environ 62 euros. Il n'y a pas de limite au montant qu'il est possible de déposer sur des comptes bancaires mais le gouvernement a averti les autorités fiscales qu'il lancerait une enquête contre tous les dépôts de plus 250'000 roupies (soit 3'460 euros). Dépasser ce montant oblige le dépositaire à apporter la preuve que les taxes ont été convenablement payées, au risque de se les voir infliger à nouveau assorties d'une amende de 200% de leur montant. Dans la plupart des cas, cela revient à l'intégralité de la somme déposée.

M. Modi indiqua qu'il ne faisait que concrétiser sa promesse de campagne de "s'attaquer à la corruption et à l'évasion fiscale". Certains journalistes occidentaux applaudirent une démarche "volontariste" et "courageuse", mais les couches les plus pauvres de la population indienne frappées de plein fouet par cette décision, qui avaient voté pour Modi en croyant que leur situation s'améliorerait, ne sont peut-être pas du même avis.

Le désastre en pratique

Il ne fallut pas longtemps pour que la décision surprise du Premier Ministre ne jette le pays dans la confusion. De longues files se formèrent devant les banques et perdurent encore aujourd'hui. Pour les centaines de millions d'Indiens touchés, entre se rendre à son travail de boulanger ou de livreur ou renoncer pour faire la queue et essayer de sauver son épargne, le choix fut vite fait - paralysant l'entier de l'économie.

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Les veinards réussissant à atteindre le guichet d'une banque purent donc découvrir qu'il n'y avait pas une queue, mais trois. La première permet d'obtenir un formulaire où l'individu doit indiquer son nom et son adresse, les détails de sa carte d'identité, son numéro de téléphone portable éventuel et les numéros de série de tous les billets qu'il souhaite échanger.

Muni de son formulaire rempli et d'une photocopie de sa carte d'identité, il peut alors se présenter au deuxième guichet où un tampon officiel est apposé sur le document après vérification. Le document tamponné permet de se rendre à un troisième guichet où les billets indiqués sont enfin échangés. La bureaucratie dans toute sa splendeur. Hors de toute file d'attente le processus prend difficilement moins de deux heures.

Il faut quelques chiffres pour comprendre l'ampleur de la réforme lancée par Modi sans préparation ni calcul. La moitié des citoyens indiens ne dispose pas d'un compte bancaire, et un quart d'entre eux n'a même pas de carte d'identité. 38% des adultes ne savent pas lire. Ces gens-là, les plus pauvres que compte le pays, sont frappés de plein fouet par cette réforme. Ils ne disposent d'aucun moyen de convertir leur argent, pas plus que tous ceux qui sont âgés, handicapés, malades ou incapables de se déplacer - la démarche de conversion des billets impliquant de venir en personne.

Les nouvelles devises sont évidemment en nombre insuffisant. Comme peu de gens les ont vus, de faux billets de 2'000 roupies ont rapidement fait leur apparition. Les nouvelles coupures ne sont pas plus sécurisées que celles qui sont retirées et restent donc très faciles à contrefaire. Des enfants des rues et des gangs proposent déjà de "convertir" l'argent déprécié avec une grosse décote - ressuscitant d'un geste le crime organisé et la fraude que la réforme entendait combattre, au travers de billets d'une qualité douteuse.

Le secret de la réforme a été bien gardé ; il a été d'autant mieux accepté de l'administration indienne qu'elle disposait de réserves spéciales de nouvelles coupures pour convertir ses propres économies sans le moindre contrôle. En guise de lutte contre la fraude fiscale et l'argent sale, le Premier Ministre a donc fermé les yeux et permis de perpétuer les agissements d'un des principaux groupes responsables de la corruption en Inde, les bureaucrates du secteur public.

Ruine à long terme

Selon les chiffres du gouvernement Modi, seul 1% de la population s'acquitta d'un quelconque impôt sur le revenu en 2013. Mais est-ce parce que les gens fraudent, ou parce qu'ils sont pauvres?

97% de l'économie indienne est basée sur le cash. Certaines familles ont, c'est vrai, l'habitude de se servir d'argent liquide pour les dots dans les mariages, pour payer une partie des transactions immobilières et échapper ainsi à certaines taxes. Est-il préférable de laisser subsister une économie souterraine et les millions de gens qui en dépendent, ou vaut-il mieux stériliser le tout au nom de la lutte contre la fraude? M. Modi a clairement fait son choix.

Utilisant des comptes bancaires et s'acquittant de ses taxes, la classe moyenne semble pour l'instant suivre le Premier Ministre - moins par suivisme que par mépris des classes inférieures, considérées comme quantité négligeable, voire avec autant de mépris que des insectes. Mais sa posture de supériorité morale ne durera que tant qu'elle reste à l'abri de l'agitation. Sans nouveaux billets, impossible d'acheter, de vendre, de payer ses employés. L'économie est paralysée et les effets de la crise pourraient rapidement se propager aux couches supérieures de la société.

À plus long terme, la réforme surprise du Premier Ministre Narendra Modi vient d'avoir un effet simple - briser toute confiance dans la roupie - alors que la confiance est la caractéristique la plus essentielle de toute monnaie-papier. Ceux qui le peuvent ont déjà commencé à convertir leurs économies en métal, le goût de l'or étant profondément ancré dans la culture indienne, mais aussi en devises étrangères comme le dollar ou le franc suisse qui ont l'avantage d'avoir meilleure réputation et d'être plus facilement convertibles.

Après le désastre de la "démonétisation" et la paralysie de l'économie, on peut donc s'attendre à un effondrement de la valeur de la roupie et une nouvelle vague de politiques volontaristes du gouvernement indien, comme le contrôle des devises étrangères et des achats de métaux précieux, qui finiront de jeter le pays dans le chaos.

16 novembre 2016

Recomposition médiatique en vue

L'élection de Donald Trump pourrait bien avoir un effet inattendu sur la composition du paysage médiatique, de ce côté de l'Atlantique.

Aux États-Unis, les médias mainstream n'en finissent pas de s'excuser de ne pas avoir vu venir la victoire du milliardaire républicain. Si une image vaut mille mots, une petite vidéo vaut un album photo entier.

Malgré tout, leurs excuses sonnent faux: aucun journaliste n'a démissionné ou été licencié suite aux résultats électoraux. Les éditorialistes en place continuent de vomir sur le Président Trump alors qu'il n'est même pas encore entré en fonction. Nous assistons à la même dérive sur le Vieux Continent, qui, à sa décharge, se contente souvent de reprendre les reportages tournés par les collègues. Le suivisme est tel que c'en est à se demander à quoi servent tous ces "envoyés spéciaux" sillonnant le pays à grands frais.

Les reportages mettent donc l'accent sur la déception des Démocrates, les émeutes - largement artificielles - de ceux qui rejettent les résultats de l'élection, les dangers du programme de Trump pour la survie de l'humanité, et allouent le reste de leur temps d'antenne à la tournée d'adieu que s'offre le Président Obama avec l'argent du contribuable. On a déjà vu remise en cause plus sincère.

BB-logo-highres.jpgIl n'y a donc pas vraiment de changement de cap à attendre de la part de ces médias, ce qui ne surprendra personne. Mais le paysage médiatique lui-même change. Comme l'avait décelé Charles Gave, "le système de l’information aux USA, le fameux quatrième pouvoir est en train de se scinder en deux groupes violemment hostiles." Côté Clinton, la presse officielle ; côté Trump, les nouveaux acteurs comme Zero Hedge, Breitbart ou des réseaux comme Reddit. "Et nous assistons à une véritable guerre à mort entre les deux systèmes, qui continuera bien après que l’élection présidentielle ait eu lieu."

La guerre continue mais pourrait bien s'achever tantôt avec la victoire de Trump, infligeant une grave blessure de crédibilité aux médias périmés. Leur incapacité à se remettre en question ne fera que hâter leur disparition. Aux États-Unis, c'est un fait. Mais désormais, les nouveaux médias se tournent vers l'Europe, et les vieux médias du Vieux Continent glapissent de terreur.

Que peuvent faire les médias habituels, sachant que toute remise en cause est exclue? La même tactique que d'habitude, essayer de salir les nouveaux venus de façon préventive. L'idée est que le grand public soit préparé à les haïr dès leur arrivée, afin qu'ils soient plus méprisés que regardés.

Reconnaissons que la tactique avait bien fonctionné depuis une dizaine d'années avec Fox News. La première chaîne d'information américaine de Rupert Murdoch avait gagné des parts de marché en proposant des nouvelles "équilibrées" au grand public, en demandant par exemple leurs commentaires tant à des invités démocrates que républicains sur un point de l'actualité. Le slogan de la chaîne - fair and balanced - impliquait un équilibre loin du parti-pris ouvertement démocrate adopté par ses concurrentes. Quelle nouveauté dans le paysage télévisuel! Cela n'empêcha pas Fox News d'être anti-Trump dans sa couverture des élections présidentielles 2016, notamment par le biais de sa présentatrice vedette Megyn Kelly. Et cela n'empêcha pas les journalistes européens de continuer à la présenter comme "conservatrice", voire "ultra-conservatrice"...

Aujourd'hui encore, l'opinion d'un individu sur la chaîne est un puissant marqueur de connaissance sur les médias américains. L'épithète "conservateur" accolé à Fox News est révélateur de quelqu'un qui ne fait que répéter ce qu'on lui a mis dans la tête.

Mais ces péripéties dans la désinformation amènent les journalistes à un autre problème, la surenchère. Si une chaîne neutre voire consensuelle comme Fox News leur paraît déjà "ultra-conservatrice", comment qualifier un site corrosif comme Breitbart News? Méga-conservateur? Ultra-ultra-conservateur? Les rédactions travaillent d'arrache-pied sur cette épineuse question de vocabulaire. En attendant qu'un nouvel adjectif émerge, on présente Breitbart comme "le bras médiatique de Trump", "un site réac et raciste", "la machine de propagande de Trump"...

Certes Breitbart News a un style tabloïd et l'assume complètement, mais c'est aussi un site extrêmement populaire. L'Express est bien obligé de l'admettre:

Depuis son lancement, Breitbart News réussit à plusieurs reprises à embarrasser les démocrates: lorsque le site dévoile, en 2009, la vidéo d'une fonctionnaire noire, Shirley Sherrod, dans laquelle elle tient des propos anti-blanc. Quand, en 2011, Andrew Breitbart, un an avant sa mort, joue un rôle majeur dans la publication des sextos d'Anthony Weiner, démocrate élu à la chambre des représentants et pressenti pour devenir maire de New York.  

Des coups d'éclat qui lui ont permis d'acquérir un véritable succès d'audience: avec ses 37 millions de visiteurs uniques par mois, Breitbart News a aujourd'hui les moyens de ses ambitions. Bannon se vante, lors d'une interview donnée à Bloomberg, de pouvoir laisser ses journalistes enquêter durant plusieurs mois, tandis que les autres rédactions traditionnelles ne le peuvent plus. 

 
Steve Bannon, le directeur exécutif de Breitbart News, a été récemment nommé directeur de la stratégie et conseiller du Président Trump par ce dernier. Pas possible donc de défausser le site comme le travail de ploucs illuminés sortis de nulle part.

Breitbart News a bien l'intention de partir à la conquête de l'Europe. Une version anglaise a servi à plaider pour le Brexit, et une version française est à l'étude, présageant notamment d'une collaboration avec Marion Maréchal-Le Pen.

Ce n'est pas la première fois que des médias venus d'outre-Atlantique s'implantent en Europe ; pensons au Huffington Post ou au très gauchiste Slate. Les sites de Réinformation ont aussi le vent en poupe, qu'ils soient qualifiés de "droite pamphlétaire", de "réacosphère" voire de "fachosphère". Mais c'est la première fois que des acteurs majeurs à la fois politiquement incorrects et dotés d'une réelle force de frappe financière s'apprêtent à entrer sur le marché médiatique européen.

Le succès sera-t-il au rendez-vous? On peut imaginer que oui. Ces gens n'ont rien de philanthropes. S'ils veulent désormais tant s'implanter en Europe, c'est parce qu'il y a une demande. Environ la moitié de l'électorat est méprisée, dénigrée et tancée par les médias traditionnels à force de ne pas comprendre comme il faut, de ne pas voter comme il faut.

C'est un énorme marché.

Sur ce dossier, la Suisse est à la croisée des chemins ; tant que dure la redevance obligatoire, la RTS et ses affidés sont à l'abri de toute remise en question. Mais il n'en sera pas de même de la presse régionale et, naturellement, des médias en ligne. On peut donc s'attendre à de gros changements de ton dans les publications qui veulent survivre ; à défaut, les Suisses continueront à se tourner, toujours plus nombreux, vers les sites de Réinformation.

13 novembre 2016

La Suisse complice dans la corruption d'Hillary?

"La Direction du développement et de la coopération (DDC), soit l’organe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en charge de la coopération internationale, a versé en 2011 près de 500'000 francs à la Fondation Clinton, l'organisation caritative de Hillary Clinton, du temps où elle était alors secrétaire d'Etat", rapporte la Tribune de Genève en relayant des informations du journal Schweiz am Sonntag paru ce dimanche.

Influence à louer

En qualifiant "d'organisation caritative" la fondation de la politicienne démocrate, la Tribune de Genève aligne quelques mots-clés pour préserver de la tempête qui se prépare l'ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, responsable dans ce dossier. Mais la Fondation Clinton n'a rien d'une organisation caritative. Et c'est parce qu'elle l'est si peu tout en prétendant l'être qu'elle est aujourd'hui sous enquête du FBI. Différents scandales touchent la fondation, liés essentiellement à des versements pour des postes et des interventions politiques, à des détournements de fonds au profit des époux Clinton, et, dans le cas qui nous intéresse, à des donations reçues de pays étrangers.

hillary clinton,corruption,usaPendant des années la Fondation Clinton bénéficia de la très favorable législation américaine sur les organisations caritatives en matière de transparence et de fiscalité, mais resta bien plus réservée sur l'aspect "caritatif" de sa mission. En 2013 par exemple, elle reçut 140 millions de dollars en dons et en promesses de don mais ne dépensa que 9 millions de dollars sur le terrain. D'autres années révèlent un ratio d'environ 10% de caritatif réel.

En fait, il semble relativement clair aujourd'hui que Hillary Clinton a utilisé une fondation pour collecter et blanchir plus facilement les innombrables pots-de-vin versés par les différents lobbys et pays étrangers avec lesquels elle était en contact en tant que Secrétaire d'État, puis plus tard comme candidate à l'élection présidentielle américaine - sous le regard bienveillant de la justice de part sa proximité avec l'Administration Obama.

Le versement de la DDC à la Fondation Clinton s'inscrit directement dans cette stratégie d'une "offrande pour apaiser les puissants" - à l'instar d'autres pays.

Quand la RTS fait (un peu) de journalisme

L'affaire donna lieu à un rare moment de journalisme sur les ondes de la RTS dimanche (au journal de 12h45, n'exagérons rien) lorsque Pierre Nebel - oui, Pierre Nebel! - finit par admettre qu'il y avait effectivement anguille sous roche. Voilà la transcription de cet échange:

Pierre-Olivier Volet - [...Et cette enquête de la Schweitz Am Sonntag] qui nous apprend que la Suisse a versé un demi-million de francs à la Fondation Clinton, et cela, Pierre Nebel, dans un contexte très particulier, où on était à l'époque en pleine crise du secret bancaire.

Pierre Nebel - Oui, souvenez-vous à l'époque, le Crédit Suisse est en pleine tourmente, il a aidé des clients américains à frauder le fisc et il est sous pression maximum de la justice américaine qui commence à sortir ses instruments de torture. Quatre banquiers ont été inculpés, on craint une procédure pénale contre la banque elle-même, ce qui aurait des conséquences cataclysmiques sur le système financier suisse, et mondial... C'est dans ce contexte que les autorités suisses cherchent désespérément le contact avec les plus hautes sphères de l'administration Obama pour essayer de trouver une solution politique. Mais ce n'est pas facile et c'est là qu'intervient ce paiement (sic) de la DDC à la Fondation Clinton à partir de septembre 2011. Bien sûr il n'y a aucune preuve qu'il y a un lien formel avec l'affaire Crédit Suisse, mais il y a des coïncidences. En septembre 2011 Micheline Calmy-Rey rencontre la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton à New York, et un mois plus tard, le 26 octobre, le Conseil Fédéral ouvre des négociations pour régler la crise fiscale avec les États-Unis.

Pierre-Olivier Volet - Alors, Pierre, cette révélation intervient à un moment aussi assez important puisque c'est le moment où les Démocrates sont chassés de la Maison Blanche... Est-ce que cette affaire pourrait rattraper la Suisse aujourd'hui?

Pierre Nebel - Je pense que cette affaire pourrait surtout rattraper Hillary Clinton. Sa fondation familiale est toujours sous enquête du FBI, il est clair que ce versement pourrait entretenir le soupçon que les donateurs de la fondation, sous couvert d'œuvres caritatives, ont en réalité cherché à s'acheter de l'influence au sommet de l'État américain. Alors est-ce que cela pourrait avoir des conséquences pour les relations de la Suisse avec un futur président Trump, honnêtement, aujourd'hui, c'est très, très difficile à dire.


A en croire le journaliste, Mme Calmy-Rey aurait courageusement décidé de sauver la place financière helvétique, et le monde par la même occasion. Un si noble objectif vaut bien de piétiner quelques principes, n'est-ce pas?

Micheline Calmy-Rey dans les coulisses des puissants

Une porte-parole de la DDC démentit rapidement - trop, peut-être - toute implication discutable. "La Suisse n'a pas d'agenda caché et n'instrumentalise pas la coopération au développement à des fins politiques", précisa-t-elle dans les colonnes de la Schweiz am Sonntag. Le don de 484'000 francs suisses soutenait officiellement un programme humanitaire au Liberia entre 2011 et 2013, visant à réduire la mortalité des mères et des enfants.

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Malheureusement, l'explication de la DDC ne tient pas cinq minutes. Même la RTS n'y croit pas, c'est dire. Pourquoi passer par la Fondation Clinton pour soutenir des engagements en Afrique? Et il sera facile, le cas échéant, de vérifier combien de cet argent a atteint le Liberia. Gageons que les parlementaires suisses vont s'emparer de l'affaire et qu'il sera de plus en plus difficile d'en cacher les détails.

En réalité, chacun tente de maintenir les apparences mais personne ne semble y croire vraiment. Le scénario qui se dessine est des plus simples: Micheline Calmy-Rey à la tête du DDC, a graissé la patte de Hillary Clinton, Secrétaire d’État en exercice, par le biais de sa Fondation, pour essayer d'obtenir une issue plus "bienveillante" aux différends qui opposaient alors les États-Unis et la Suisse sur les comportements de certaines banques.

"Croyez-moi, [un lien direct avec Hillary Clinton] aide quand par exemple, les banques suisses aux USA sont sous pression." - Micheline Calmy-Rey, lors d'un spectacle à Soleure à l'été 2011


On comprend un peu mieux le soutien sans réserve de la socialiste genevoise à la démocrate américaine: au-delà de la simple idéologie, une complicité unit les deux femmes dans tous les sens du terme...

L'intégrité, cette inconnue

Selon les commentaires des articles de presse, les Suisses découvrant cette affaire semblent assez vindicatifs envers l'ancienne Conseillère Fédérale. Il s'agit, après tout, d'argent des contribuables finissant dans les poches d'une politicienne parmi les plus corrompues de son époque. D'autres critiques se font entendre du milieu diplomatique, engageant cette fois-ci la neutralité du pays. Paul Widmer, diplomate helvétique, trace un parallèle:

"Imaginez que la DDC ait fait un don à une Fondation de la famille Bush... ça aurait fait un énorme tollé."


Tollé purement hypothétique. Micheline Calmy-Rey aurait-elle pris la décision de verser de l'argent à un Secrétaire d'État corrompu s'il avait été républicain? Chacun aura sa propre opinion.

À ce stade, de nombreuses questions restent à éclaircir. Micheline Calmy-Rey a-t-elle agi de sa propre initiative ou disposait-elle de l'aval du Conseil Fédéral de l'époque? Ce versement est-il seul dans son genre? Quel était exactement le deal avec Hillary? Comment Hillary pensait-elle agir sur le fonctionnement du Département de la Justice américain?

Certains cyniques souriront peut-être face à une approche non-conventionnelle de résolution des problèmes, ou défausseront l'affaire d'un haussement d'épaule en expliquant que pareilles pratiques relèvent de la plus grande banalité dans les hautes sphères. Aucune de ces excuses n'est satisfaisante.

Ce n'est pas un hasard si les pays les plus pauvres du monde sont aussi les plus corrompus. La corruption détruit la justice, les mécanismes de décision, et en fin de compte la démocratie elle-même. Le pouvoir ne s'exerce plus que depuis les coulisses, contre de l'argent.

Dans leurs discours, les socialistes prétendent haïr la corruption, le lobbyisme économique, les remises en cause de l'indépendance de la justice et en général toutes les tractations occultes. Il y a quelque chose de profondément troublant à constater qu'une Conseillère Fédérale socialiste a si facilement choisi la trajectoire diamétralement opposée simplement parce qu'elle se croyait à l'abri des regards.

Contrairement à ce que pense Pierre Nebel, je crois que nous n'en sommes qu'au début de cette affaire. Elle pourrait s'avérer très lourde de conséquences pour la Suisse. S'il s'avère que Hillary Clinton a effectivement eu une influence sur le fonctionnement de la justice américaine dans le traitement des dossiers UBS et Crédit Suisse suite au versement de la DDC à la Fondation Clinton, les conséquences pourraient aller jusqu'à une remise en cause intégrale des affaires en question, montant des amendes infligées y compris. Il faudra bien sûr établir l'ensemble des complicités, ce qui risque de prendre un certain temps.

Si la pauvreté est la fille de la corruption, l'incertitude l'accompagne.

09 novembre 2016

Make America Great Again - Trump est élu

Les résultats des élections américaines sont sous toit. Trump est élu - avec une marge confortable.

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Les électeurs ont parlé.

La légendaire campagne d'Hillary Clinton

Dire que l'élite de l'Amérique roulait pour Hillary Clinton serait en-deçà de la vérité, et ceux qui ont suivi cette campagne de près s'en souviendront toute leur vie. La mémoire d'Internet sera là pour rappeler éternellement aux donneurs de leçons leur manque de crédibilité. S'il y a bien une chose à laquelle que je n'imaginais pas assister de mon vivant, c'était à une unanimité et un manque d'esprit critique plus grands encore que lors des deux élections de Barack Obama. Les records sont faits pour être battus...

Démocrates, médias américains et étrangers, Silicon Valley, vedettes de la musique ou du sport, Wall Street, Hollywood, Google, Facebook, tous soutenaient à bout de bras une présidence Clinton. Même des Républicains de haut rang!

Remportant ses débats aux dires des journalistes, volant de victoire en victoire en engrangeant les soutiens selon les journaux télévisés, rien ne semblait plus en mesure d'arrêter Hillary Clinton jusqu'à son plébiscite le 8 novembre. En termes médiatiques américains, on appelle cela un "narrative", une façon de raconter l'information. Les faits sont continuellement filtrés, mis en valeur ou passés sous silence selon la façon dont ils s'intègrent dans la légende en cours d'écriture. Le flot de l'actualité est tellement canalisé que sa force entière ne sert plus qu'à mouvoir le moulin de la propagande.

La révélation de "propos de vestiaire" sexistes de Trump, enregistrés à son insu onze ans plus tôt, devaient être le dernier clou du cercueil de sa candidature. Il est de coutume de livrer des informations salaces sur un candidat au beau milieu de la campagne présidentielle ; là encore, les journalistes amis (c'est un pléonasme) jouèrent leur partition à fond. Le grand public fut abreuvé jusqu'à la nausée de propos indignés tournant en boucle, de protestations, de femmes exprimant leur dégoût, avant que ne sorte du bois de nouvelles victimes affirmant de façon très artificielle la façon dont Trump les avait pelotées ou draguées jusqu'à trente ans plus tôt.

Certains sondages donnèrent jusqu'à douze points d'avance à Hillary Clinton. On en aurait presque oublié qu'ils étaient tous plus faisandés les uns que les autres!

L'ascension de Trump

En face du camp démocrate, Donald J. Trump, n'était pourtant pas exactement le genre d'individu à prendre à la légère.

Les commentateurs abasourdis sont bien forcés de le constater aujourd'hui, M. Trump avait quelques qualités. Au départ, il n'avait pour lui que sa répartie d'ancienne vedette de télé-réalité et un portefeuille garni, qui lui évitait cette course aux levées de fonds, flirtant avec la corruption, à laquelle se soumettent habituellement les candidats.

Il triompha d'innombrables obstacles méthodiquement, les uns après les autres. Le premier d'entre eux fut d'attirer sur lui l'électorat républicain. Celui-ci avait le choix - il y avait seize autres candidats aux primaires républicaines. Cette époque correspond aussi à la courte lune de miel entre Trump et les médias. Trump générait de l'audience, choquait par son franc-parler, ses répliques assassines, ses tweets. À cette époque la presse l'adorait, mais - car il faut le souligner - seulement pour mieux se moquer de lui. Il fut qualifié tour-à-tour de clown, de bouffon et d'autres termes plus méprisants encore. Les Démocrates ne furent pas plus perspicaces ; pendant longtemps l'état-major du Parti de l'Âne regarda avec bienveillance l'ascension de Trump car il était jugé plus facile à battre par Hillary!

La popularité de Trump fut pourtant assez vite démontrée, résistant au dénigrement continuel dont il faisait l'objet. N'étant pas politicien de carrière, il partait en campagne sans le moindre réseau politique. La faiblesse du lien entre Trump et la classe politique se révélait finalement une force, car il cristallisait sur sa candidature les innombrables déçus des années Obama et d'une Amérique en panne, convaincue de la corruption galopante de Washington - de nombreux Américains qui n'étaient ni Républicains, ni Démocrates. Le camp démocrate subit le même vent de protestation à travers la candidature de Bernie Sanders, mais Hillary, incarnant le statu-quo et la continuité, remporta l'investiture. Les "rebelles" (dont des supporters de M. Sanders!) n'eurent donc plus que Trump vers qui se tourner.

Bizarrement, l'analyse la plus juste du tremblement de terre en préparation vint selon moi de Michael Moore. Le réalisateur de faux documentaires engagés, hypocrite au possible quant à ses valeurs, se démarqua de l'enthousiasme artificiel du camp démocrate en livrant deux semaines avant les élections une confession dangereusement proche d'un retournement de veste. Dans une vidéo, il exprima ce qui constituait selon lui la quintessence du vote Trump, la protestation.

[Que Trump pense ce qu'il dise ou non] est une question non pertinente parce qu'il parle à ceux qui souffrent, et c'est pourquoi tous ces sans-nom, cette masse laborieuse oubliée qui faisait partie de ce qu'on appelait la classe moyenne, ces gens démolis, aiment Trump. Il incarne le cocktail Molotov qu'ils ont tant attendu, la grenade humaine qu'ils peuvent légalement balancer dans ce système qui a volé leur vie. Et le 8 Novembre, bien qu'ils aient perdu leur emploi, qu'ils aient été évincés par la banque, qu'à côté survienne ensuite le divorce et le départ de la femme et des enfants, que leur voiture ait été saisie, qu'ils n'ont pas eu de vraies vacances depuis des années, qu'ils soient coincés dans le plan "bronze" de cet Obamacare de merde où vous ne pouvez même pas obtenir un putain d'analgésique, ils ont essentiellement perdu tout ce qu'ils avaient, sauf une chose - la seule chose qui ne leur coûte pas un centime et qui leur soit garantie par la Constitution américaine: le droit de vote. (...)

Ils voient que l'élite qui a ruiné leur vie exècre Trump. L'Amérique corporatiste a Trump en horreur. Wall Street abhorre Trump. Les politiciens de carrière haïssent Trump. Les médias méprisent Trump, après l'avoir aimé et propulsé, et ensuite détesté. Merci les médias: l'ennemi de mon ennemi est celui pour qui je voterai le 8 novembre.


Le support permanent et inconditionnel de l'establishment en faveur de Clinton finissait par être une arme à double tranchant.

Quand le narrative déraille

Longtemps avant le scrutin, Donald Trump avait assimilé son accession au pouvoir au Brexit, la victoire surprise sur toutes les prédictions. Sur les îles britanniques, le Brexit fut rendu possible par une masse inégalée d'électeurs se rendant aux urnes pour faire entendre leur voix - des gens qui n'avaient jamais voté de leur vie auparavant. Les analyses de ce scrutin montreront sans doute que c'est aussi le cas ici.

Il y eut pourtant de nombreux signes avant-coureur d'un problème dans le camp démocrate. Les manipulations pour écarter l'unique challenger Bernie Sanders. L'affaire des e-mails puis son classement par le FBI, perçus par le grand public comme un abominable traitement de faveur vis-à-vis des lois. Près de 70% des Américains considéraient qu'Hillary Clinton était une menteuse indigne de confiance.

Le malaise de Clinton lors des cérémonies du 11 septembre renforça l'impression d'une femme affaiblie et fatiguée, tout en donnant lieu à une nouvelle salve de demi-vérités.

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Le coup de grâce vint de nombreuses fuites révélées par Wikileaks (bien que passées sous silence par les médias) ainsi que de la découverte de milliers d'e-mails cachés sur les portables d'aides de longue date d'Hillary Clinton, forçant James Comey, directeur du FBI, à rouvrir une enquête sur la candidate à quelques jours du scrutin. La presse ne pouvait pas ignorer pareils développements. Des membres haut placés de la Clinton Foundation se mirent à table. Le FBI trouva la preuve que les dizaines de milliers d'e-mails détruits par Hillary n'étaient de loin pas des messages anodins concertant "les cours de yoga de sa fille". Barack Obama était lui aussi impliqué en ayant une parfaite connaissance du serveur mail privé de sa Secrétaire d’État, et en utilisait un lui-même.

Le directeur du FBI James Comey (dont on attend la démission désormais) eut beau céder une nouvelle fois aux exigences de la Ministre de la Justice Loretta Lynch, le grand public ne fut pas dupe de ces manœuvres. L'administration Obama avait abandonné depuis longtemps toute forme d'équité pour se tourner entièrement au service de la candidate démocrate.

Aujourd'hui, plusieurs enquêtes subsistent contre Hillary Clinton, à commencer par la fondation du même nom. Avec cet échec électoral la Maison Clinton est enfin tombée, emportant dans sa chute d'innombrables complices dont nous apprendrons beaucoup ces prochains mois. De nombreux politiciens corrompus finiront sans doute en prison, ce qui s'avère une perspective réjouissante. Le dernier slogan de campagne de Trump était Drain the swamp, "assécher le marais", évoquant la puanteur et la pourriture imprégnant les élites de Washington, mais aussi l'ampleur de la tâche à accomplir.

Sondage Contre Vote

Comme pour le Brexit, les mensonges répétés dans les sondages jour après jour, heure après heure, n'ont pas suffi. Les citoyens américains se sont mobilisés en masse pour soutenir Donald Trump, et la vérité ne se trouve qu'au fond des urnes.

Il est possible qu'une partie de la propagande pro-Clinton ait découragé certains de ses partisans de se déplacer ; mais en réalité, la victoire vient bien davantage de la mobilisation des pro-Trump. Pour le comprendre, un autre témoignage nous vient de Scott Adams, le créateur du célèbre Dilbert. Commentant et analysant avec beaucoup de recul les "performances" des deux candidats à la présidence, il en vint à se rapprocher de Trump en toute rationalité. Jusqu'à en être menacé à titre personnel. Mais cela ne l'amena pas à fuir, bien au contraire, et comprendre sa démarche revient à comprendre la mentalité de nombreux électeurs républicains lors de cette élection.

J'ai essayé de comprendre le trait d'union qui relie ensemble les supporters de Clinton. Autant que je puisse en juger, la volonté d'intimider autrui sous toutes ses formes en est la caractéristique dominante.

  • Si vous avez une pancarte Trump sur votre pelouse, ils vous la voleront.
  • Si vous avez un autocollant Trump sur votre voiture, ils vous la rayeront.
  • Si vous évoquez Trump au boulot, vous risquez de vous faire virer.
  • Sur les réseaux sociaux, presque chaque message que je reçois d'un défenseur de Clinton est une intimidation sous une forme ou une autre. Ils vous insultent. Ils essaient de vous faire honte. Ils vous étiquettent. (...)

L'équipe d'Hillary Clinton a réussi à perpétrer une des pires vilenies auxquelles j'ai pu assister dans ma vie. Sa campagne a présenté les partisans de Trump - une bonne moitié de l'électorat - comme des nazis, des gens sexistes, homophobes, racistes, et autres termes dégradants (...) [Le] portrait de Trump par Clinton offre une parfaite justification morale pour tout acte d'intimidation en ligne ou en personne. Nul ne peut être méchant en s'opposant à Hitler, pas vrai?


Résultat, la campagne de Clinton a divisé l'Amérique comme jamais auparavant. Clinton, et seulement Clinton.

Oui, oui, je me rends compte que des partisans de Trump ont eux aussi eu des mots très durs pour les supporters de Clinton. Je ne prends pas la défense des pommes pourries de chaque panier ; je signale simplement que Trump avait pour message d'unir tous les Américains sous une seule bannière. Le message de Clinton était, lui, que certains Américains étaient de "bonnes personnes" et que les autres, 40% à l'époque, étaient des gens "déplorables", digne d'être pointés du doigt, vandalisés, punis par la fiscalité et la violence. Elle a littéralement tourné les Américains les uns contre les autres. Il est difficile pour moi d'imaginer un candidat à l'élection présidentielle faire quelque chose de pire.

Je vais le répéter.

Autant que je puisse en juger, la pire chose qu'un candidat à l'élection présidentielle puisse faire est de jeter les Américains les uns contre les autres. Hillary Clinton a fait exactement cela.

Intentionnellement.


Les Américains se sont rebellés - lassés des insultes, des intimidations, d'être tancés par des gens prétendant parler en leur nom, lassés d'être accusés de tous les maux de l'Amérique alors que les responsabilités en étaient dans le camp d'en face. Les Américains n'aiment pas les bullies, les brutes qui cherchent à dominer par l'intimidation.

Aujourd'hui, comme Trump l'annonça dans son discours d'investiture, l'heure est à la réconciliation. Et pour de nombreux Américains, à un authentique espoir.

Donald J. Trump, 45e président des États-Unis

L'élection du 8 novembre ne concernait pas seulement le Président des Etats-Unis, mais aussi la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Comme on pouvait s'en douter, les électeurs qui ont fait l'effort de voter pour Trump n'avaient pas spécialement envie de lui lier les mains et choisirent donc de mettre au pouvoir de nombreux élus républicains.

Loin des sondages, une fois de plus, les résultats sont là: les deux chambres sont désormais sous le contrôle des Républicains. Les Démocrates étaient coutumiers du fait, notamment en 2008 avec Obama, mais pour les Républicains il faut remonter à 1924 pour retrouver pareille configuration.

usa,donald trump,hillary clinton,électionsDans les faits, cela signifie que le Président Trump dispose des majorités nécessaires pour instaurer son programme de campagne. De nombreuses réformes désastreuses et socialisantes instaurées par Obama, comme l'Obamacare, seront probablement annulées.

En outre, le Président Trump sera en mesure de nommer les prochains juges de la Cour Suprême - un des neuf sièges est à pourvoir immédiatement, et jusqu'à quatre d'entre eux devraient être nommés ces prochaines années.

Enfin, on peut s'attendre à ce que l'horizon se dégage sur nombre de dossiers internationaux, notamment la guerre en Syrie, le nucléaire iranien et les relations avec la Russie.

Donald Trump n'a jamais caché son scepticisme quant au controversé Réchauffement Climatique d'Origine Humaine, et pourra mettre en œuvre sa vision de l'immigration - et démontrer aux autres nations ce qu'il est possible de faire en la matière.

Nos gauchistes de service ne devraient pas trop désespérer: il est probable que le fameux TIPP dont ils se méfient tant vienne de dérailler sous leurs yeux. Wall Street et tout le big money soutenant Clinton-la-corrompue viennent de se prendre une veste. Les temps sont mûrs pour reconstruire un parti démocrate sur des bases plus saines.

Après le Brexit libérant le Royaume-Uni, les Américains viennent aussi de se libérer du joug de leurs élites. L'avenir se montre à nouveau riche de promesses.