02 décembre 2016

Retraite en Hollande

Jugée par certains comme la meilleure décision de son quinquennat, François Hollande vient d'annoncer qu'il ne se représenterait pas en 2017. La gauche française est-elle sauvée pour autant? Peut-être pas, car le Président a commis des ravages au sein de son camp ; mais malgré tout, la clarification est bienvenue et pourra peut-être sauver le premier tour des présidentielles.

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Une relation difficile avec la réalité

Dire que l'annonce de François Hollande était attendue serait un euphémisme. Sur Euronews, les programmes habituels furent interrompus pour laisser le Président s'exprimer en direct.

Dans un cadre solennel, le tout ne pris que dix petites minutes - huit pour présenter et défendre son bilan, deux pour enfin lâcher le morceau. Même là François Hollande aura réussi à surprendre. Il commence par annoncer que les choses s'arrangent, que la courbe du chômage s'inverse enfin, que la dette publique est "maîtrisée", évoque rapidement la déchéance de nationalité comme sa "seule erreur"... Et finalement annonce qu'il renonce à se lancer en 2017, de crainte de ne pas "assez rassembler" autour de lui.

Depuis, ces éléments de langage sont abondamment disséqués par les médias et tous relèvent la contradiction: Hollande annonce que tout va mieux, mais n'est pas candidat à sa réélection. En réalité bien sûr, tout ne va pas si bien, et tous les Français vous le confirmeront - même les socialistes. Les déficits de l'État français continuent à être abyssaux, les engagements du traité de Maastricht ne sont prétendument tenus qu'au prix des plus grandes incertitudes, le choc fiscal a laissé nombre d'entreprises et de foyers sur le carreau, la croissance est anémique, 600'000 personnes sont venues grossir les rangs des chômeurs depuis le début du quinquennat...

Énième illustration du fil rouge de sa présidence, François Hollande semble avoir une perception de la réalité très différente de la réalité - ou du moins de la perception de cette même réalité par le reste de la population française. Les attentes des Français étaient immenses, et sur tous les chantiers en souffrance - santé, rôle de l'État, compétitivité, logement, sécurité, citoyenneté, finances, droit du travail - les réformes ont été médiocres ou inexistantes. La popularité historiquement basse du Président ne vient pas de nulle part.

Ensemble à gauche

On peut tout de même accorder à François Hollande le mérite d'avoir fait son effet. Face à l'indécision affichée par le politicien, la pression devenait absolument intenable, non seulement pour lui, mais même pour son gouvernement et ses proches. L'histoire du "candidat naturel du PS" a vécu. Quelques jours plus tôt le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis annonçait encore que oui, François Hollande serait "évidemment" candidat à la primaire socialiste. A-t-il été dépassé par ses propres convictions? Le Président a-t-il changé d'avis entre-temps? Nul ne le sait.

Outre le "courage" et "l'audace" aujourd'hui prêtés à François Hollande, sa décision a le mérite de clarifier enfin la situation à gauche. La longue liste des appétits présidentiels se libère. Manuel Valls et Arnaud Montebourg s'affronteront probablement dans les primaires de la gauche. Seront-ils rejoints par tous les ambitieux, d'Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon, voire François Bayrou, qui se sentent aujourd'hui pousser des ailes? Ce n'est pas certain. Il en va pourtant de la crédibilité d'une gauche qui, entre divisions et éclatement, aura été transformée en champ de ruines par ce quinquennat.

Paradoxalement, une gauche unie (à défaut d'être victorieuse) est importante pour les présidentielle françaises. Il en va de la santé du débat public. Une gauche pléthorique et inaudible disparaîtra trop vite des écrans radar, laissant un boulevard aux probables finalistes François Fillon et Marine Le Pen, et les amenant tous deux à gauchir leur discours pour pêcher cet électorat. Est-il dans l'intérêt de la politique que les positions des principaux candidats se diluent dans un gruau indistinct pour rassembler tous azimuts? Pour l'éviter durant la plus grande partie de la campagne, jusqu'au soir du premier tour des présidentielles, il est donc important que la gauche française parvienne à se doter d'un nouveau meneur, et, rêvons, qu'elle se modernise enfin.

On le devine, le chantier est immense, et le calendrier serré. A défaut de réussir cette fois, il faudra attendre une élimination humiliante l'année prochaine pour espérer enfin une forme de cohérence à l'aube des élections de 2021. Que de temps perdu!

La solitude du chef

Pourquoi François Hollande a-t-il tant attendu? Pourquoi a-t-il finalement pris le contre-pied de ses propres confidences où il annonçait qu'il déclarerait ses intentions le 10 décembre? Certains évoquent les effets du livre "un président ne devrait pas dire ça" qui auraient rendu impossible la relation de travail avec Manuel Valls. D'autres le sursaut de réalisme d'un homme croyant toujours pouvoir revenir de tout - une foi chevillée au corps qui lui permit en effet, alliée aux circonstances, d'accéder à la présidence de la République.

Le retrait de François Hollande pourrait être finalement une simple question de fierté. Ne pas accéder au second tour aurait été un affront, mais échouer à la primaire socialiste, un camouflet. Même à cette étape, ses chances semblaient désormais compromises. La pilule reste amère: François Hollande sait qu'il n'est plus qu'un président en sursis, un lame duck, un canard boiteux selon l'expression américaine. Le peu d'influence qu'il gardait encore vient de s'évaporer. Qui l'écoutera encore d'ici au mois de mai, si ce n'est par politesse? Du fond de son impopularité, au terme d'un mandat terne et mené en vain, il disparaîtra dans les brumes de l'histoire.

Par son étroitesse de vue, ses manœuvres, son manque d'envergure, le quinquennat de Hollande n'aura finalement été que du temps perdu.

Commentaires

Il ne faut pas se leurrer : ce que la gauche reproche le plus bruyamment à Hollande est qu’il n’a pas tenu les promesses de sa campagne de 2012.
C’est pour cela que sa cote de popularité a baissé très vite, que sa gauche a éclaté en morceaux : les écolos, les sociaux-démocrates, les frondeurs, Mélanchon etc.
Rappelez-vous : il était l’ennemi de la finance, il était contre l’austérité, il allait faire plier Merkel etc.
Évidemment, ses promesses étaient totalement irréalistes.
Le savait-il ? Ou bien n’avait-il tenu ce discours “à gauche toute” que pour se faire élire ?
La question se pose.
Toujours est-il que le parallèle avec Mitterrand est frappant.
Lui aussi s’était fait élire en 1981 sur un programme commun “à gauche toute” absolument intenable. Il en a donc changé après deux ans, quand il a congédié Pierre Mauroy (rappelez-vous, on l’appelait plaisamment le Rougeot de Lille).
Même chose, donc, avec Hollande, qui lui a été forcé de tourner le dos à son programme après moins d’un an, en passant de Ayrault à Walls.
Cela prouve qu’un programme “à gauche toute” est farfelu et complètement inapplicable.
Et pourtant, “le peuple de gauche”, comme on l’appelle, existe, non seulement il y croit toujours, mais il en redemande.
Pour preuve : la cote élevée dans les sondages de Mélenchon, qui vient d’obtenir l’aval des communistes pour sa campagne 2017 (Le Parti communiste français est le dernier de la planète, après les Nord-coréens et les Cubains).
Autre preuve : la cote, également élevée, des frondeurs : Montebourg et Hamon.
Mais revenons à Hollande :
S’il avait tenu son programme, la situation économique de la France serait encore bien pire.
Il a donc, dans l’absolu, bien fait de s’en écarter avec Walls, de réduire les impôts des entreprises, ou de promulguer la loi travail, avec les facilités de licenciement etc.
Mais ce faisant, il ne pouvait que mécontenter sa gauche.
Même si la droite (le Medef, les patrons) a pu voir ces mesures économiques d’un bon œil, le peuple de droite, lui, n’a jamais vraiment accepté le coup de force du début du quinquennat : son mariage pour tous, que je considère comme son péché originel.
Le laxisme judiciaire institutionnalisé par Taubira n’a pas aidé non plus de ce côté-là.
Idem pour ses augmentations d’impôts et de taxes sur les particuliers.
Et pourtant, la redistribution accrue vers les classes défavorisées aurait dû plaire à la gauche. Il faut croire que la redistribution n’a pas été suffisante.
De même, ses mesures pour faciliter l’immigration extra-européenne et l’installation à demeure de ses ressortissants, amis traditionnels de la gauche nécessairement immigrationniste.
À nouveau, peine perdue ! Remarquons en passant que ces derniers n'ont clairement pas encore l’esprit civique suffisamment développé pour peser dans les sondages et dans les votes. Et peut-être ne sont-ils pas encore assez nombreux ?
Toutes ces mesures sociétales n’ont finalement pas aidé la gauche à avaler la pilule économique néo-libérale, qui lui est restée en travers de la gorge.
Je vois Hollande et son gouvernement comme un train sur des rails : il ne pouvait avancer que tout droit, et ce faisant, il était condamné à mécontenter tout le monde, à la fois à droite et à gauche.
Permettez-moi maintenant de revenir au fameux livre tant décrié par la classe politico-médiatique : “Un président ne devrait pas dire ça” :
Notez qu’aucun des journalistes, qui ont pourtant détaillé à longueur d’émissions les moindres propos de Hollande dans ce livre, n’a jamais fait état de ses confessions les plus intéressantes et les plus importantes : à savoir que pour lui, Hollande, l’islam est un problème, qu’il y a trop d’immigration, et que ça risque de finir en une partition du pays.
Non : motus et bouche cousue, sur ce sujet, le silence a été de plomb.
Je serais dans les chaussures de Hollande, maintenant qu’il ne brigue plus aucun mandat, j’amplifierais et je développerais le sujet, je dénoncerais le complot mondial des élites pour nous imposer de force ce vivre-ensemble unanimement rejeté par les peuples.
Et là, il serait assuré de laisser sa trace dans l’Histoire, comme sauveur – pourquoi pas ? – de l’Europe.
J’espère que quelqu’un finira par attirer son attention sur cette suggestion.

Écrit par : AP34 | 02 décembre 2016

"il était l’ennemi de la finance, il était contre l’austérité, il allait faire plier Merkel etc.
Évidemment, ses promesses étaient totalement irréalistes."
Ce n'est pas du tout cela : il faisait semblant d'être d'extrême-gauche, un vrai anti-capitaliste. Il y a deux corps dans le PS et il serait temps de cesser cette schizophrénie. Que je sache, c'est aussi valable pour le PS suisse, à ce que j'entends de leur congrès de ce w-e...

Écrit par : Géo | 03 décembre 2016

Geo, comme d'habitude, est très pointu dans ses analyses.
Il dit : "Ce n'est pas du tout cela"
Je regrette, mais si, c'était précisément cela. C'est ce que les gens ont retenu, et moi avec eux, de son fameux discours du Bourget du 22 janvier 2012 ! On le trouve dans son intégralité sur Youtube. 1h33 ! pas tout à fait du Fidel Castro (paix à son âme), mais presque.
Maintenant, que lui le premier ne croyait pas un mot de ses rodomontades, c'est possible, voire probable. En tout cas, c'est sur ces faux espoirs de voir la haute finance en cendres, Merkel à genoux, et l'austérité mise à bas – hausse générale des salaires –, que beaucoup de … appelez-les comme vous voudrez, ont voté pour lui.

Écrit par : AP34 | 03 décembre 2016

"Je regrette, mais si, c'était précisément cela" Deux ans après, Hollande reconnaît être social-démocrate. Mais comme vous êtes français, vous ne savez probablement pas ce que cela veut dire...

Écrit par : Géo | 04 décembre 2016

Idem sans doute pour Mitterand, pendant ses premières deux années de mandat et de programme commun de la gauche avec Mauroy.
Vous semblez dire que si leur politique de gauche (à lui et hollande) n'a pas réussi, c'est qu'ils n'étaient pas sincèrement de gauche, mais qu'ils étaient des crypto-sociaux-démocrates.
L'idée que vous ne supportez pas c'est qu'une politique de "gauche toute" n'a jamais fonctionné, et ne fonctionnera jamais, et ceci quels que soient l'époque et le pays où elle s'exerce
Tout simplement parce qu'elle est contraire à la nature même de l'homme (homo).
Enlevez une bonne fois vos oeillères, et abandonnez vos illusions !
Je sais, c'est dur !

Écrit par : AP34 | 04 décembre 2016

Une relecture de «La Grande Parade», de Jean-François Revel (Plon, 2000), est essentielle pour compléter la charge de la brigade légère amorcée sur ces page au sujet de "la survie de l'utopie socialiste" et, particulièrement, de l'acharnement thérapeutique pratiqué en France. Face au fantôme qui n'en a pas fini de parcourir l'Europe, je suis définitivement convaincu que la fuite est l'attitude la plus courageuse. Faire toute la lumière sur cette supercherie n'a jusqu'ici servi à rien. Il ne s'agit plus de politique, mais de combattre un fanatisme pseudo-religieux.

Écrit par : rabbit | 04 décembre 2016

"L'idée que vous ne supportez pas c'est qu'une politique de "gauche toute" n'a jamais fonctionné" C'est là que vous restez bloqué dans vos schémas. Je pense exactement la même chose que vous du "socialisme". Sauf que moi, j'en vois deux, de socialisme : celui de Montebourg (resp. Hamon,Mélenchon,etc,etc...) que je qualifierais de crypto-communisme (pas si crypto que ça, soit dit entre nous...), anti-capitaliste, lutte des classes e tutti quanti, et le socialisme dit social-démocrate, aménageur du capital. Le capitalisme à but social, en quelque sorte. Tendance Valls, Macron, etc, etc...
Hollande a eu l'extrême malhonnêteté de se faire élire en mentant comme un arracheur de dents ("j'ai un ennemi, la phynance...") en draguant à sa gauche. S'il ne l'avait pas fait, il n'aurait pas été élu, je pense que vous en conviendrez. Après deux ans, nécessité faisant loi, il a timidement essayé de redresser la barre, se mettant tout le monde à dos, sa gauche comme la droite qui trouvait (à juste titre) que ses réformes étaient bidon.

rabbit@ Vous avez tort de fuir, le vent tourne et cela devient moins désespérant. Cela se voit déjà dans les commentaires de ces grands opportunistes qui causent dans le poste...

Écrit par : Géo | 04 décembre 2016

à Geo:
Ce qui me frappe dans vos commentaires est que vous faites l'impasse totale sur Mitterand, en fait vous ignorez tout à son sujet.
Sinon, vous verriez les similitudes frappantes entre leurs deux politiques, la sienne et celle de Hollande, et vous en tireriez les conclusions qui s'imposent.
J'en déduis que, tout en n'étant pas un perdreau de l'année 2016, vous l'étiez probablement en 1981, ou peut-être même n'étiez-vous pas encore né.
Croyez-moi, rien ne vaut l'expérience vécue.

Écrit par : AP34 | 04 décembre 2016

Mais quel est l'intérêt de ramener Mitterrand ici ? Il y a peut-être des similitudes puisque la bipolarité du PS existait évidemment déjà, mais après cela ? Quoi qu'il en soit, l'intérêt des socialistes serait d'avoir une ligne politique claire et pas deux qui s'entremêlent. Mais l'intérêt des socialistes n'est pas le mien et si, en Suisse, les fundis l'emportent sur les realos, j'en suis bien aise : rien de tel pour couler leur parti...

Écrit par : Géo | 05 décembre 2016

Pour compléter mon propos, je dirais que si Hollande a effectivement mécontenté à droite et à gauche, ce fut pour des raisons différentes et même, souvent, diamétralement opposées.
Cependant, s'il avait réussi à faire repartir l'économie – principalement diminuer le chômage –, alors évidemment tout le monde se serait rallié à lui, gauche et droite confondues. Personne ne dédaigne de voler au secours de la victoire.
Si Hollande a pris, à bon escient, le tournant libéral avec Valls et tout particulièrement Macron, il n'est jamais allé assez vite, assez loin, ni assez fort. À noter : Macron a explicitement dit avoir été bridé, ce fut là la raison principale pour sa démission.
Les réformes souffrent toujours des demi-mesures, qui, en ne satisfaisant personne, mécontentent tout le monde. Idem, en d'autres temps, avec Sarkozy.
Quitte à être impopulaire, autant y aller carrément !
Après sa victoire par KO technique sur ses principaux adversaires : Sarkozy et Juppé, lors de la primaire, c'est précisément ce que semble vouloir faire Fillon. Il refuse, malgré les invites de tous bords, d'amender son programme, en particulier son projet de réduction drastique du nombre de fonctionnaires.
Je suis d'ailleurs surpris de constater que son programme semble faire tout doucement son petit bonhomme de chemin dans le monde politico-médiatique. Pourvu que ça dure !

Écrit par : AP34 | 05 décembre 2016

Tout comme le Phénix, Géo renaît perpétuellement de ses cendres.

Écrit par : rabbit | 05 décembre 2016

"Je suis d'ailleurs surpris de constater que son programme semble faire tout doucement son petit bonhomme de chemin dans le monde politico-médiatique. Pourvu que ça dure !"
C'est une manière d'éliminer MLP du second tour. Valls ne s'y trompe pas qui s'y voit déjà face à Fillon...
Si les gens de gauche retrouvent un brin d'intelligence du jeu d'échec français, ce n'est pas complétement improbable. Il leur suffit de se souvenir de Jospin...

Écrit par : Géo | 06 décembre 2016

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