05 décembre 2016

Difficile week-end électoral pour l'Europe

L'Union Européenne a mal à ses élections. L'Autriche s'arc-boute pour rester temporairement dans les bornes du politiquement convenable. L'Italie, troisième puissance économique de la zone euro, en sort bruyamment.

Les murailles de Vienne

italie,autriche,électionsLe week-end avait pourtant bien commencé avec l'élection d'Alexander Van der Bellen au poste de président en Autriche. Six mois après un premier scrutin invalidé suite à d'inavouables fraudes, l'écologiste "indépendant" rassembla finalement 53% des suffrages - moins d'un pourcent de plus qu'à la tentative précédente, bien qu'ayant bénéficié d'un matraquage continuel de l'opinion publique en sa faveur.

Selon une technique éprouvée, M. Van der Bellen fut soutenu par absolument toute la classe politique, les médias, les people, les intellectuels et le reste. Mais Norbert Hofer n'est pas Trump, pas plus que les Autrichiens ne sont des Américains. Les vieilles recettes du passé fonctionnèrent donc encore - une dernière fois sans doute. Car la victoire à la Pyrrhus du nouveau président et de ses alliés augure d'un sombre avenir pour le camp victorieux. Seul contre tous, le Parti de la Liberté (FPÖ) atteint 46% à l'échelle nationale. Il réunit jusqu'à 40% d'intentions de vote à Vienne, la terre censée lui être la plus hostile. Les prochaines élections seront donc délicates. Heureusement, M. Van der Bellen, amoureux de la démocratie, déclara que "lui vivant" jamais il ne nommerait un chancelier issu du FPÖ même si ce parti devait remporter les élections...

La maigre victoire autrichienne suffit aux élites européennes, qui purent crânement se réjouir que la coque tienne. Elle céda le même jour, quelques heures plus tard, en Italie.

Renzi logiquement poussé vers la sortie

Matteo Renzi n'eut pas pour lui les six mois de délais que s'octroyèrent les autorités autrichiennes face à des enveloppes de vote mal collées. Il n'eut droit qu'à un essai, et échoua lamentablement. Toutefois, à l'inverse de la situation autrichienne où M. Hofer mena pendant longtemps dans les sondages avant une surprise finale, l'effondrement du gouvernement italien était prévisible depuis longtemps, comme le démontrent des scores sans appel: plus de 59% des votants opposés au texte, avec une participation de plus de 65%.

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La première erreur de M. Renzi est d'avoir confondu nomination et légitimité. Cela arrive souvent lorsqu'on obtient un mandat sans passer par des élections générales. Une fois l'insupportable Berlusconi débarqué quasiment par décret d'Angela Merkel, Matteo Renzi se retrouva secrétaire général du Parti démocrate en faisant tomber son prédécesseur Enrico Letta, puis à la tête de l'Italie. Incarnant une gauche moderne et volontariste, adoubé par les plus hautes élites européennes, comment pouvait-il s'embarrasser de ce que pensait de lui la plèbe italienne?

La deuxième erreur de M. Renzi est d'avoir oublié le peuple. Alors que le peu de légitimité de son accès au pouvoir aurait dû susciter la modestie, M. Renzi fit exactement le contraire en redoublant de suffisance. Utilisant sa fonction comme une tribune pour distiller ses bonnes leçons aux Italiens, qualifié d'Obama à l'italienne pour son allure décontractée, il devint le chouchou des média italiens, jusqu'à une couverture de Vanity Fair où il posa comme une vedette de cinéma. Mais où était le peuple? Les signaux contraires, électoraux notamment, s’amoncelèrent - jusqu'à des municipales qui virent l'échec historique du Parti démocrate à Rome et à Turin face au Mouvement Cinq Étoiles.

La dernière erreur de M. Renzi est d'avoir personnalisé le scrutin. L'histoire retiendra l'ironie d'un Président du Conseil éjecté par sa tentative de mise en place d'une nouvelle organisation "plus stable" de l'État... Quels que soient les mérites de sa réforme - et elle en avait quelques-uns - il la condamna à l'échec en la présentant comme un vote de confiance sur sa personne. Matteo Renzi pensait sans doute réitérer le succès de son début de mandat où il parvint à damer le pion à ses concurrents à gauche, mais les Italiens eurent le temps de jauger sa politique et son style - agréable mais porteur de peu de substance.

Bien que coqueluche des médias et aimé hors des frontières de la Péninsule (les Italiens de Suisse votèrent à 64% en faveur de son texte, un score aligné avec l'ensemble des Italiens de l'étranger) les Italiens d'Italie virent dans le scrutin une occasion unique d'éliminer un dandy de gauche agréable mais décevant, dont les principales réformes ne cernaient certainement pas l'essentiel.

Prochaines étapes

Par un score sans appel, Matteo Renzi a donc été poussé assez brusquement vers la sortie. Son élimination politique ouvre une période d'incertitude pour l'Italie, le Mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo menant la danse. On ne sait même pas selon quelle loi électorale auront lieu les prochaines élections. De plus, l'Italie reste un pays en crise, étranglé entre les vagues de migrants et un secteur bancaire à l'agonie. Sur quel obstacle trébuchera-t-elle en premier?

Aujourd'hui, les médias s'émeuvent de plusieurs images montrant un sommet où participaient Angela Merkel, François Hollande, Matteo Renzi, David Cameron et Barack Obama. Des cinq, quatre ont été évincés ou sont sur le départ.

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Le visage de l'Occident change rapidement.

Les prochaines étapes électorales sont:

  • Le 15 mars, des élections générales au Pays-Bas (Geert Wilders)
  • Le 23 avril et le 7 mai, les élections présidentielles françaises (un probable duel Le Pen / Fillon)
  • En octobre, les élections générales en Allemagne, le destin d'Angela Merkel étant dans la balance.

Mais hors du cadre démocratique de nombreuses échéances surviendront, avec des restructurations de dette grecque, les menaces de la Turquie quant au flux de migrants, l'activation du Brexit par le Royaume-Uni, ou une ou deux faillites bancaires d'importance systémique...

L'année 2017 s'annonce sportive.

Commentaires

Monsieur Montabert,

Vous disiez dans un récent blog sur le nucléaire que quelle que soit l'issue du scrutin, les anti-nucléaires la présenterait comme une victoire. Et bien, nous y sommes, vous faites exactement la même chose. Lhistoire de Caliméro (tout le monde est contre le gentil peuple....) ne prend pas dans le cas autrichien: les Autrichiens ont eu toute l'année pour réfléchir s'ils voulaient rester dans l'Europe ou non. Finalement, le recours de l'extrême droite aura été une excellente chose. Il a permis de valider dans les urnes l'attachement de l'Autriche à l'UE, ce que le score étroit du premier scrutin ne permettait évidemment pas (comme le score du 9 février 2014, tout aussi étriqué, ne permet aucune vanité à un camp ou un autre en Suisse, mais c'est une autre histoire).
L'Autriche a choisi en connaissance de cause. Comme les Américains d'ailleurs, qui ont élu démocratiquement Hillary Clinton (2,3 millions de voix d'avance). Mais pour ce dernier cas, je vous l'accorde, on accepte les règles qui prévalaient au 19e siècle! Ou bien on les conteste avant (ce qui n'a jamais été fait et ne l'est toujours pas).
Excellente journée

Écrit par : R. Affoltern | 06 décembre 2016

@R. Affoltern: en Suisse le scrutin sur le nucléaire était une initiative. Les gens qui ont choisi de voter pour ou contre le nucléaire l'ont fait sans traduire un engagement politique auprès du parti écologiste - faute de quoi l'initiative n'aurait pas atteint 10%, soit la popularité de ce parti dans les élections générales.

En Autriche en revanche nous assistions à un scrutin présidentiel, c'est-à-dire une élection de personne, les candidats étant dûment identifiés par leur couleur politique. Il s'agissait donc d'un vote d'adhésion envers un parti et son candidat, ou un vote de refus contre son adversaire. En l'occurrence nous assistions à une coalition contre un unique parti.

Beaucoup d'électeurs ont voté M. Van der Bellen pour "barrer la route" à M. Hofer, mais la réciproque n'est pas vraie ; j'en déduis donc que le FPÖ est largement devenu le premier parti politique d'Autriche, comme les sondages l'affirment, et les prochaines élections générales le prouveront peut-être. Il me semble que cet enseignement est plus important que le résultat proprement dit, qui n'est qu'une péripétie dans un phénomène plus vaste.

Je regrette que vous ne sembliez pas saisir la différence entre ces deux scrutins. Bonne journée à vous aussi.

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 décembre 2016

@Stéphane Montabert
Etre le premier parti ne veut rien dire dans une vrai démocratie.
Un premier parti, minoritaire en soi, par rapport à la population totale, qui impose ses "loi" à tous, n'a rien de démocratique.

La France, dont un gouvernement peut imposer à tous sa politique est presque un ersatz de démocratie, une fois les élections faîtes.

Si certain système adopte ce système majoritaire, c'est parce que les partis n'ont pas assez de maturité pour voter dans l'intérêt de la nation, et préfèrent voter par contestation ou par idéologie, même si cela est contraire à l'intérêt du pays. Ce qui bloque la démocratie.

La démocratie, ce n'est pas favoriser une partie du peuple, mais c'est tenir compte de tous les courants qui traversent le peuple.

Certaines questions ne peut être données que par un oui ou par un non, tel le Brexit, et dans d'autre cas, tel l'immigration, il s'agit de trouver l'équilibre, le compromis, à l'image de la société.

Le tout communisme et le tout libéralisme ont montré que les idéologies sont "l'ennemi" des peuples.
L'avenir se prépare, non pas en se réfugiant dans une idéologie, mais d'abord en ne répétant pas les erreur du passé, tout en s'adaptant régulièrement à l'environnement changeant.

Les idéologies sclérosent les sociétés qui finissent par perdre leur équilibre.

Les idéologies extrêmes droite et gauche ont toujours amené à la division de la société, puis à une longue agonie, parce l'extrémisme ne s'occupe pas du peuple mais que de l'idéologie.

Il est louable d'avoir un cap, il est dangereux d'avoir une idéologie traité comme une religion.

Écrit par : motus | 06 décembre 2016

@motus: intéressant comme vous et M. Affoltern occultez complètement ce qui s'est aussi passé en Italie ce week-end.

Certes, à moins de disposer à lui seul de la majorité absolue, un parti ne peut pas dicter ses conditions à l'ensemble d'un gouvernement - avec réserve, car tout dépend du système électoral en place.

Je ne suis pas entièrement d'accord avec votre éloge du centrisme, qui ne peut se définir que relativement à quelque chose d'autre. Vous vous retranchiez derrière le qualificatif "d'extrémisme" comme un alibi, sans préciser quel est le sens de ce terme - en particulier lorsqu'il est décerné par des tiers pour s'éviter le débat.

Nous sommes dressés depuis l'enfance à ne penser l'extrémisme que comme quelque chose de négatif mais j'ai remis en doute ce postulat suite à une citation de Barry Goldwater: "l'extrémisme dans la défense de la liberté n'est pas un vice, et la modération dans la recherche de la justice n'est pas une vertu." Tout dépend du contexte en somme...

Quant au rôle démocratique proprement dit, il doit être selon moi tempéré par les droits _inaliénables_ de l'individu, ce que les "démocrates" oublient souvent. J'avais déjà traité cette question ici:

http://stephanemontabert.blog.24heures.ch/archive/2013/08/08/le-grand-malentendu-democratique.html

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 décembre 2016

" Le tout communisme et le tout libéralisme ont montré que les idéologies sont "l'ennemi" des peuples. "

Ha bon? vous avez des exemples d'une société totalement libérale? J'ai beau chercher je trouve pas. Tout comme je ne vois comment jouir de ses droits naturelles c'est à dire jouir de ses libertés individuelles comme le droit de s'habiller selon ses propre goûts ou de pouvoir circuler librement en pleine nature pouvaient être de l'idéologie.

D.J

Écrit par : D.J | 06 décembre 2016

Il n'y a que dans les tabloïds lémaniques, que l'on attribue à l'extrême droite tout texte qui n'est pas dans la vulgate socialiste. Du point de vue académique, le panorama est simple à comprendre: tout à gauche, c'est beaucoup d'Etat, alors qu'il y en a peu tout à droite. En déplaçant le curseur de gauche à droite, on a la dose d'Etat que l'on désire. Par conséquent, les fascistes et les nazis sont des socialistes qui ont mal tourné, et qui vont manquer d'Etat pour exercer leur pouvoir totalitaire une fois déplacés à droite.

Écrit par : rabbit | 06 décembre 2016

Affoltern écrit :
"Comme les Américains d'ailleurs, qui ont élu démocratiquement Hillary Clinton (2,3 millions de voix d'avance). Mais pour ce dernier cas, je vous l'accorde, on accepte les règles qui prévalaient au 19e siècle!"
Il semble qu'Affoltern vienne juste de se réveiller.
Il semble aussi que ses connaissances sur le système électoral américain soient plus que lacunaires.
Les USA ne sont pas un État, mais une fédération d'États. C'est la raison pour laquelle l'élection présidentielle n'est pas directe, comme en France par exemple, mais indirecte, via des Grands électeurs dans chaque État.
Si l'élection était directe, alors il suffirait aux candidats de faire campagne dans les 5 ou 6 États les plus peuplés, en particulier la Californie, le Texas et l'État de New York, pour remporter la mise. Les petits États peu peuplés seraient alors laissés pour compte.
Ce qui est évidemment impensable. Si tel était les cas, la Fédération aurait éclaté depuis longtemps.

Il est évident que, dans l'hypothèse d'un scrutin direct, Trump aurait fait une campagne très différente, se concentrant, comme je le dis plus haut, sur ces États les plus peuplés.
Ce n'est pas ce qu'il a fait, bien au contraire. Il me semble même qu'il a complètement ignoré la Californie et ses 40 millions d'habitants à elle seule, qui était acquise démocrate au départ.

Enfin, last but not least, il y a eu plusieurs millions de votes d'immigrés hispaniques illégaux.
Il est inutile, je crois, de préciser pour qui ils ont voté.
Ce que les Démocrates bien sûr nient farouchement.
Pour se faire une idée de la réalité des choses, il suffit de savoir que les Républicains demandent depuis des années des contrôles stricts de l'identité des votants, ce à quoi les Démocrates se sont toujours refusés.
Là non plus, il n’est guère besoin d’expliciter la raison d’un tel refus.
En enlevant, comme il se doit, ces votes à H. Clinton, eh bien il très probable que Trump a également gagné le vote démocratique.
Affoltern, dans ses jugements hâtifs et à l’emporte-pièce, a donc tout faux !
Mais il n’est jamais trop tard pour apprendre et comprendre.

Écrit par : AP34 | 06 décembre 2016

@motus:"Etre le premier parti ne veut rien dire dans une vrai démocratie.
Un premier parti, minoritaire en soi, par rapport à la population totale, qui impose ses "loi" à tous, n'a rien de démocratique."

La "dictature de la majorité" est bien plus démocratique qu'un agrégat majoritaire de minorités, pour la simple raison qu'il y a bien plus de diversité entre les individus du plus grand groupe, qui se sont réunies sur des thèmes communs, que dans des minorités d'individus réunis par des intérêts particuliers partagés.
Ce qui est donc bon pour le groupe majoritaire a plus de chance de satisfaire l'ensemble, comparé à l'exigence insatiable de minorités en concurrence.

Écrit par : amike | 07 décembre 2016

Cette théorie basée sur la loi gaussienne ne va rassurer personne sur la légitimité de la démocratie. Elle n'est même plus crédible en économie.

Écrit par : rabbit | 07 décembre 2016

@AP34
Magnifique vision de la démocratie: celui qui perd gagne. 2,3 millions de voix en moins pour le gagnant: ça vaut bien votre salade explicative... qui ne peut pas convaincre un démocrate.
La démocratie, c'est un citoyen une voix. Point barre.

Écrit par : R. Affoltern | 08 décembre 2016

@R. Affoltern: il ne s'agit pas d'une "vision de la démocratie" mais de vous expliquer le mode de fonctionnement de l'élection américaine, où le Président est élu par les États fédéraux et non directement par les citoyens, comme en France par exemple.

Il ne sert à rien de ramener l'argument du vote populaire à posteriori puisque ce ne sont pas les règles du jeu. Eussent-elles été ainsi d'ailleurs que tant Clinton que Trump auraient fait campagne différemment pour séduire les principaux centres de population au lieu de se concentrer sur les "swing states". On ne peut donc pas réécrire l'histoire. Trop facile de regarder après-coup où est tombée la balle pour tracer une cible autour et ensuite prétendre qu'on a mis dans le mille...

Je vous rappelle d'ailleurs qu'en Suisse non plus le gouvernement n'est pas élu par le peuple, celui-ci refusant même récemment une initiative lui offrant cette responsabilité.

Je me réjouis de penser que vous auriez approuvé ce texte.

Écrit par : Stéphane Montabert | 08 décembre 2016

L'essentiel de la majorité en voix de Clinton ne vient que d'un seul état, la Californie :
http://www.investors.com/politics/commentary/its-official-clintons-popular-vote-win-came-entirely-from-california/

Voila bien qui renforce le choix du mode d'élection du President US !

Écrit par : amike | 18 décembre 2016

Si on va par là, il faut aussi demander la proportionnelle intégrale en France, le FN étant le premier parti avec la plus petite représentation à l'Assemblée, alors que le PCF est surreprésenté.

Non?

Aucune protestation des "progressistes" français?

Écrit par : simple-touriste | 18 décembre 2016

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