29 décembre 2016

Obama fait feu de tout bois

Les derniers jours de la présidence Obama correspondent aux manœuvres les plus effrénées du président sortant pour nuire à son successeur.

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Peu de temps après l'élection, chacun devinait que la période entre le 8 novembre et le 20 janvier serait celle de tous les dangers. Barack Obama utiliserait-il ses dernières semaines de pouvoir exécutif pour faire un maximum de dégâts avant d'abandonner son poste à un adversaire politique?

Certains purent souffler de soulagement en découvrant l'apparente bonne entente affichée par les deux présidents à l'issue de leur premier entretien, voire se rassurer avec la signature d'un "mémorandum de transition douce" entre l'administration Obama et l'administration Trump. Nous savons aujourd'hui que cela n'était qu'un écran de fumée. Barack Obama n'a jamais eu de cesse que de savonner la planche à son successeur.

Un héritage bâti sur du sable

Bien que regrettable, cette attitude n'a rien de surprenant. Commentant des affaires judiciaires pendant leur instruction, court-circuitant les Chambres législatives à la moindre contrariété, abandonnant jusqu'à la neutralité de sa fonction pour faire campagne auprès d'Hillary Clinton, Barack Obama démontra à de nombreuses reprises son esprit partisan, passant outre les institutions américaines dès qu'elles faisaient obstacle à sa volonté de remodeler l'Amérique.

Obama réussit à aller assez loin, signant quelques 260 décrets présidentiels (executive orders ou memorandums) pour imposer ses vues dans le domaine du travail, du climat ou des réformes de l'immigration. Mais il construisit sur du sable. Chaque décret est susceptible d'être annulé par un autre président et le sera sans doute par Donald Trump - ce qui fit dire à Newt Gingrich que l'essentiel de l'héritage Obama disparaîtrait en moins d'une année.

Rien de tout cela ne serait évidemment arrivé si le peuple américain avait suivi le script prévu en élisant Hillary Clinton. Sous sa férule, la modification progressive du corps électoral à travers la régularisation puis la naturalisation de millions d'immigrés clandestins ou la nomination de juges "progressistes" à la Cour Suprême auraient fini par accorder aux Démocrates un pouvoir impossible à remettre en question. Les réformes mises en place par Obama auraient été sanctuarisées simplement parce qu'aucun président républicain n'aurait plus accédé au pouvoir.

Obama et Clinton furent à deux doigts de réussir. Ils échouèrent contre toute attente face à un OVNI politique dont bien peu saisirent le potentiel lorsqu'il se lança dans la course.

Bétonnage d'urgence

Depuis le 8 novembre, Barack Obama travaille donc d'arrache-pied à fortifier son héritage avant de le léguer à Donald Trump. Mais sa marge de manœuvre est réduite à cause de son manque de préparation d'une part, et parce que les Républicains tiennent le Congrès d'autre part.

Il reste malgré tout des possibilités. Le cas du forage offshore est un exemple symptomatique. Barack Obama avait interdit tout nouveau forage en mer par simple décret présidentiel, mais annonça le 20 décembre la sanctuarisation de 50 millions d'hectares dans l'Arctique à l'aide d'une construction juridique s'appuyant à la fois sur une obscure loi "Outer Continental Shelf Lands Act" de 1953 et la décision conjointe du Canada - toujours en esquivant Sénat et Chambres des Représentants. Le démontage de cette construction légale impliquera sans doute les tribunaux et de nombreux mois de procédure.

Depuis, les décisions présidentielles se suivent et se ressemblent. Obama supprime un système de surveillance des musulmans avant l'arrivée de Trump - système instauré par l'administration Bush, traçant les entrées et sorties sur le territoire américain des ressortissants de 25 pays suspectés de terrorisme. Obama gracie un nombre record de condamnés: 1'176 criminels sont libérés ou voient leur peine commuée, soit plus que la somme des grâces accordées par les 11 précédents présidents.

Jusqu'à la dernière seconde, Barack Obama continue à pousser son agenda pour l'avortement, le contrôle des armes ou les quotas de minorités dans l'administration. Mais si ces manœuvres tardives seront contrecarrées avec plus ou moins de difficultés par l'administration Trump, Obama garde un réel pouvoir là où ses fonctions de Président sont les plus étendues, dans le domaine de la politique étrangère.

Coup de poignard contre Israël

Si Vladimir Poutine semble irrité par les diatribes anti-russes régulièrement lancées sans la moindre preuve par l'administration Obama, le président russe paraît aussi avoir assez de recul pour attendre, le 20 janvier, un président américain qui ne soit plus obnubilé par une nouvelle guerre froide.

Mais Obama travailla également avec les Palestiniens pour faire voter une résolution réclamant l’arrêt de la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens - à laquelle les États-Unis n'opposèrent pas leur veto.

Au sein de l'assemblée de l'ONU, en vertu de la règle selon laquelle un pays égale une voix, les nations arabes sont surreprésentées comparé à leur influence économique et démographique. Les résolutions anti-israéliennes sont monnaie courante ; rien que cette année, il y en eut 40, contre 4 pour le reste du monde (incluant la Syrie en désintégration et la crise en Ukraine). Pendant des décennies, les Américains étaient la seule voix du Conseil de Sécurité disposant du droit de veto et l'utilisant pour protéger la seule démocratie du Moyen-Orient contre ses ennemis. Cela changea il y a quelques jours alors que la diplomate américaine à l'ONU s'abstint de rejeter la résolution, entraînant la validation de celle-ci.

Ce simple texte a un impact énorme, comme le montre la vidéo d'une sérieuse dispute sur le plateau de CNN au sujet du vote de cette résolution:

Alan Dershowitz de la Faculté de droit de Harvard expliqua que le président Obama agissait de façon non démocratique, puis développa:

[Obama] peut changer de politique, il peut faire des discours. Mais il ne devrait pas changer 40 ans de politique américaine aux Nations Unies. Si la résolution du Conseil de sécurité est adoptée, elle lie complètement les mains d'un nouveau président. Vous ne pouvez pas annuler une résolution du Conseil de sécurité. Vous ne pouvez pas ramener le droit de veto. Cette résolution du Conseil de sécurité est une invitation donnée à la Cour Pénale Internationale de poursuivre Israël. C'est une invitation donnée au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions de commencer à sanctionner Israël. C'est une très, très mauvaise résolution. (...)

[Donald Trump] a dit au président, faites ce que vous voulez dans les derniers jours de votre administration, mais ne me liez pas les mains. En fait, j'ai même écrit un article à ce sujet avant les élections, exhortant le président à ne pas lier les mains de celle que nous pension alors voir comme nouvelle présidente, Hillary Clinton. Je suis persuadé, soit dit en passant, que si Hillary Clinton avait été élue, elle aurait elle aussi appelé le président pour lui demander de ne pas lui lier les mains. Ce président [Obama] agit de manière non démocratique. Quatre-vingt-huit sénateurs se sont opposés [à l'abstention américaine sur ce vote de l'ONU], la grande majorité du Congrès, la grande majorité du peuple américain. C'est le coup bas d'un président frustré... (...)"


Les effets sont malgré tout bien réels. Bien entendu, dans une Europe biberonnée à l'antisémitisme, on se réjouit de cette résolution. Les colonies israéliennes n'ont pourtant rien à voir avec la paix.

En abandonnant aux Palestiniens toutes leurs colonies de la Bande de Gaza en 2005, les Israéliens virent par eux-mêmes que leurs concessions ne leur apportèrent rien d'autre que des tirs de roquettes en retour. Lorsque le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu cédait à la pression américaine en déclarant un "gel des colonies", les Palestiniens ne revinrent même pas à la table des négociations. La résolution de l'ONU n'encouragera pas une solution à deux États ; elle ne fera que conforter les Palestiniens dans l'idée qu'ils peuvent vaincre Israël et jeter tous les juifs à la mer, ce qu'ils ont toujours voulu en refusant de reconnaître jusqu'au droit d'Israël à exister.

Une histoire d'argent

Le coup porté aux relations israélo-américaines par Obama ne restera pas sans conséquences. Même les juifs les plus bornés des États-Unis ne peuvent s'empêcher de constater aujourd'hui que le parti démocrate a fait son coming-out anti-Israélien, ce qui aura des conséquences sur les orientations électorales de cette population dans les scrutins futurs. Donald Trump aura lui aussi l'occasion de répliquer - il en a l'intention, et pourra influer dès le 20 janvier sur la contribution américaine à l'ONU, qui représente 22% du budget annuel de l'institution.

L'argent est le nerf de la guerre ; mais c'est aussi par cet aspect, peu présenté par les médias, que Barack Obama pèsera le plus sur la présidence Trump et toutes celles qui lui succéderont. Car pendant les huit ans de sa présence à la Maison-Blanche, Obama creusa la dette de l'État américain de 7'917 milliards de dollars - 2,7 milliards de dollars par jour, plus que tous les autres présidents américains réunis.

C'est donc avec un véritable boulet économique au pied que le prochain président entamera son mandat. La façon dont il évitera ou non cet écueil façonnera sa trajectoire à la Maison Blanche, et laissera dans l'histoire une trace bien plus profonde que la manière dont il détricotera les décrets abusifs semés par Obama.

Commentaires

"Même les juifs les plus bornés des États-Unis ne peuvent s'empêcher de constater aujourd'hui que le parti démocrate a fait son coming-out anti-Israélien..."



"An overwhelming majority of American Jews - 73 percent - describe themselves as moderate or liberal..."

http://www.jcpa.org/jl/vp509.htm

Un boomerang qui vous revient dans la tronche, ce n'est jamais agréable.

Écrit par : Paul Bär | 29 décembre 2016

USA: Grosse bisbille ou au pire, scission en vue chez les Républicains ?

Alors que les critiques du camp républicain fusent contre Obama pour son attitude vis-à-vis d’Israël, voici que la ligne néo-conservatrice applaudit aujourd’hui les mesures de rétorsion contre la Russie.

Pour semer la discorde dans le camp adverse, Barak Obama entendait bien profiter du fait que beaucoup de responsables républicains ne partagent pas le lyrisme de Donald Trump envers Poutine et sont favorables à des actions musclées contre Moscou.

En effet, la ligne néo-conservatrice (faucons) emmenée par Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants et les sénateurs John McCain et Lindsey Graham, s’éatient aouvertement déclarés en faveur de Hillary Clinton.

Est-ce que dans ces circonstances «d’affaiblissement», après avoir de surcroît «lâché» les services de renseignements, va-t-il se rallier à la ligne républicaine la plus radicale ?

Pas sûr, s’îl garde à l’esprit que son élection est contestée par des félons de son propre camp. Ou, osera-t-il trahir la «populace» qui l’a élu ?

À suivre…

Écrit par : petard | 30 décembre 2016

M'est avis que la clique Paul Ryan, John McCain et Lindsey Graham va se faire remettre sur les rails vite fait. Trump a compris autre chose qu'eux à propos de la Russie...
La politique d'Obama pour la fin de son mandat est aberrante. Il détruit ce qui lui restait de crédibilité...

Écrit par : Géo | 30 décembre 2016

Les "néo-conservateurs", ceux qui étaient de gauche quand l'URSS n'était pas du côté arabe et qui, comme par magie, dont devenus de droite quand l'URSS a changé ses alliances. Des gens qui ont l'intérêt des USA comme première préoccupation, oui, on y croit vraiment :-)

Écrit par : Paul Bär | 30 décembre 2016

https://twitter.com/RussianEmbassy/status/814564127230271489

Obama expulse des "espions russes". Tous les gens autorisés qui s'autorisent à penser des trucs (et surtout à partager leurs pensées), disent qu'automatiquement Poutine va faire de même.

Poutine réagit en invitant les enfants des diplomates au Kremlin.

Écrit par : simple-touriste | 30 décembre 2016

"...disent qu'automatiquement Poutine va faire de même" Et bien en voilà une bonne démonstration des distorsions des journaleux. Une journée entière on nous a fait croire cela, alors qu'il s'agissait simplement d'une proposition du Ministre Lavrov à soumettre au Président Russe.

L'intelligence salvatrice de Poutine est inestimable face à cet imbécile américain bourré d'orgueil et de suffisance. Et dire qu'il y a de nos parlementaires (ada marra notamment) qui ont vénéré ce type!

La manipulation verbale des journaleux est vraiment condamnable et il faut maintenant rétablir la censure, car cela devient carrément une arme de guerre entre les mains de personnes insensées et totalement irrespectueuses de leur devoir d'information. (les renvois des Ambassadeurs ont toujours été dans le passé, les "premières salves" allumées avant la guerre).

Écrit par : Corélande | 31 décembre 2016

Les bois dont Obama se chauffe sont, pour l'instant, de deux essences principales :
1) Son absence de veto à la résolution de l'ONU contre les implantations israéliennes et sur Jérusalem comme capitale du nouvel état palestinien.
Venant d'un crypto-musulman que l'on a dit à tort converti au christianisme – quand on naît musulman, on le reste, l'apostasie est un crime dans l'islam –, ce qui est étonnant est qu'il ait attendu aussi longtemps pour rompre avec cette tradition américaine bien établie d'opposer un véto systématique aux innombrables résolutions de cet organisme contre l'État juif.
D'un autre côté, sachant que les Juifs américains, qui votent toujours démocrate en grande majorité, ont fait l'élection d'Obama en 2008 et 2012, on peut espérer qu'ils vont à l'avenir réviser leur jugement. Ce qui, finalement, ne peut être qu'une excellente chose pour les Républicains.
2) Ses accusations, pour l'instant sans preuves, contre les Russes d'avoir été les pourvoyeurs des fameux emails divulgués par Wikileaks, et l'expulsion de 35 de leurs diplomates.
La réponse de Poutine : absence de représailles, et le tweet d'appréciation de Trump sur l'intelligence du susdit, représentent un magistral camouflet à Obama. En ce sens qu'il est ainsi, ostensiblement, mis sur la touche.
Ces accusations d'Obama ressemblent assez à un écran de fumée destiné à faire oublier le contenu de ces emails, tout à fait infamant pour les Clinton et les Démocrates.
Car enfin, si ces emails ont contribué à ouvrir les yeux des Américains sur leur duplicité, toute personne de bonne foi et éprise de vérité devrait s’en féliciter, peu importent les voies que ces vérités ont empruntées pour éclater au grand jour.
Ces accusations d’Obama sont aussi, et évidemment, dans la continuité de l'hostilité traditionnelle des Américains pour la Russie en général, et plus spécialement de celle des Démocrates pour la Russie de Poutine.
On peut d'ailleurs s'interroger sur la raison de cette hostilité systématique des gauches pour Poutine.
Guillaume Faye, dans son dernier article, l'attribue principalement à l'idéologie : Poutine est nationaliste et patriote, il œuvre pour la grandeur de son pays, tout le contraire des mondialistes immigrationnistes qui nous dirigent, des deux côtés de l’Atlantique.
En complète opposition, les peuples, eux, voient plutôt Poutine avec sympathie et apprécient sa démarche.
Une illustration de plus de la coupure entre eux et les “élites”.
Les peuples ont commencé de s’exprimer (Brexit, élimination de Clinton outre-Atlantique, de Juppé et de Sarkozy de notre côté), et il est permis d’espérer qu’ils ne vont pas s’arrêter là, en si bon chemin.

Écrit par : AP34 | 31 décembre 2016

Obama n’est pas forcément plébiscité par les Américains, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire de ce côté-ci de l’Atlantique.
Voici le commentaire (traduit par mes soins) d’un lecteur de American Thinker, un blog conservateur de haute tenue.

Voici le lien :
http://www.americanthinker.com/articles/2016/12/obama_administrations_attack_on_russia_comments.html#disqus_thread

Les crochets […] sont de moi.
« Jack
Obama, vous êtes l’homme le plus répugnant que l’Amérique ait jamais eu à subir.
Je ne vous souhaite pas le meilleur [pour cette nouvelle année]. Sachez que l’Amérique est plus grande que votre haine pour elle.
Vos tentatives [pour la détruire] échoueront. Sachez que vous avez déjà votre place dans l’Histoire, ce sera celle du pire et du plus pervers Américain qui ait jamais servi notre peuple.
Vous êtes la plus grande menace pour notre façon de vivre…
Vous haïssez les Américains, la Constitution, le marché libre. Vous détruisez notre économie avec votre Obamacare et votre amnistie pour les clandestins. L’Obamacare n’est rien moins qu’une arnaque. Ma couverture santé a augmenté de 450 dollars/mois. Comparer cette augmentation aux 25 dollars/mois de mon assurance automobile InsurancePanda [c’est le nom d’une compagnie d’assurance], ou aux 10 dollars/mois de ma Renters Insurance [similaire à l’assurance Raqvam de la Maif : pour les Risques Autres Que les Véhicules À Moteur], les deux des entreprises privées. Bas les pattes de notre portefeuille !
Vous avez mis ma foi à rude épreuve, jusqu’à présent j’essayais de pardonner à mes ennemis. Mais avec vous je n’y réussis pas, pour moi vous êtes l’incarnation du diable en personne.
Vous voir échouer, et finalement écarté des affaires sera le meilleur remède et la plus grande bénédiction que l’Amérique peut espérer. »

Écrit par : AP34 | 01 janvier 2017

« Obama creusa la dette de l'État américain de 7'917 milliards de dollars - 2,7 milliards de dollars par jour » -> La Chine doit actuellement posséder autour de 25% de cette dette: si elle se décidait à en vendre une grande part, cela inciterait les autres détenteurs de titres à faire de même et déstabiliserait l'économie américaine.

Écrit par : rabbit | 01 janvier 2017

"cela inciterait les autres détenteurs de titres à faire de même et déstabiliserait l'économie américaine."

et plus concrètement?

Écrit par : simple-touriste | 02 janvier 2017

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