03 février 2017

RIE III, la tentation de la colère

La campagne pour RIE III est mal engagée. Un dernier sondage gfs.bern donne le Oui en tête à 45% contre 44% pour le Non, avec -5% et +9% respectivement depuis la précédente enquête. L'opposition a donc le vent en poupe. Elle appelle à la mobilisation pour passer l'épaule.

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Le sondage montre que les partis de gauche sont très mobilisés. À droite et au centre-droit, seul le PLR convainc ses partisans ; l'UDC et le PDC peinent à rassembler leurs sympathisants. Le duel est donc bien plus équilibré que prévu.

De façon empirique, le rejet envers RIE III semble relever d'une certaine colère ; il suffit de lire les commentaires de mon premier billet en rapport sur Lesobservateurs.ch. La révolte gronde - contre les élites, contre ces multinationales qui exigent et obtiennent des faveurs, contre Économie Suisse, contre ces Conseillers d’État de divers cantons qui viennent pleurnicher, la larme à l’œil, que des magouilles comme les intérêts notionnels sont la bonne solution. Ils tiennent le haut du pavé en matière d'autorité et de moyens, mais leur matraquage continuel finit par être contre-productif. Les gens détestent qu'on leur force la main.

En face, les socialistes et leurs alliés font une campagne efficace. Ils crient contre la baisse des rentrées fiscales, attisent la jalousie, réclament que les riches payent leur écot. Ils passent sous silence que RIE III est le résultat de leurs propres efforts auprès de l'OCDE pour empêcher les pays de disposer de régimes fiscaux spéciaux.

Le pivot de cette campagne tient précisément à cet aspect: avec ou sans RIE III, une réforme fiscale est inévitable. Les socialistes le taisent volontairement et les partisans de RIE III ne parviennent pas à l'expliquer.

Le vote sur RIE III est ambigu car il laisse croire que les Suisses choisissent entre RIE III et rien du tout, ce qui est erroné. En réalité, ils votent pour RIE III et, s'ils refusent, une future RIE IV.

RIE III ne séduit pas, même parmi ceux qui l'acceptent. Mais refuser RIE III ne permettra pas de revenir dans le confortable monde d'avant. Il appartient à un passé révolu, comme les dinosaures. Les règles de l'OCDE ont changé. Refuser cet état de fait revient à mettre la Suisse sur tout un tas de listes noires et à lui faire subir autant de mesures de rétorsion de la part des 34 autres pays membres représentant 80% du PIB mondial.

La question n'est donc pas de voter pour RIE III ou pour le statu-quo, mais de voter pour RIE III ou de sauter dans l'inconnu.

Personne ne sait de quoi sera fait cet inconnu, mais différentes études montrent clairement qu'entre l'incertitude légale et le risque d'une double-imposition, les multinationales quitteront la Suisse en masse et à une vitesse surprenante. Le vieux fantasme de la gauche de saigner les riches entreprises internationales avec le même taux que subissent les PME helvétiques captives ne se concrétisera pas. Elles s'enfuiront avant de passer à la moulinette fiscale.

Une RIE IV aura beau intervenir plus tard, dans la panique, il n'y aura probablement plus grand-chose à sauver. En attendant, les recettes fiscales s'effondreront bien davantage qu'avec l'adoption de RIE III (on parle d'un facteur de x10). Les naïfs qui rejetèrent RIE III pour "maintenir les prestations sociales" risquent de déchanter. Ils seront les premiers à écarquiller les yeux, stupéfaits, mais il sera trop tard.

Vous en doutez? L'explication est pourtant sous nos yeux - dans RIE III elle-même. D'où sortent les intérêts notionnels, la patent box ou la déclaration des réserves latentes tant décriés par la gauche? Ces techniques ne viennent pas de l'imagination fertile des experts fiscaux de l'administration. Le Conseil Fédéral a tout simplement mis dans la "boîte à outil" des pratiques qui ont lieu, telles quelles, dans d'autres pays de l'OCDE.

Il n'y a aucune mesure inventée par la Suisse dans RIE III - juste un modeste échantillon des techniques employées par des pays concurrents de la Suisse pour attirer des multinationales. Lorsque le CEO d'une multinationale décide de déplacer le siège de son entreprise, il n'a que l'embarras du choix.

Mais qui a besoin de multinationales, me direz-vous? Chassons-les et logeons des migrants syriens dans leurs locaux désaffectés, voilà comment nous assurerons notre prospérité! Nous voilà sortis d'affaire! Les Suisses n'auront pas tué la poule aux œufs d'or, ils l'auront chassée.

Les Suisses sont-ils devenus naïfs au point de penser qu'une victoire de la gauche unie contre la droite unie donnera un résultat économiquement favorable à la Suisse? Au vu des sondages, par esprit de révolte, lassitude et rancœur, certains semblent prêts à tenter ce pari insensé.

Comme dans certaines scènes de ménage, fracasser la vaisselle est peut-être libérateur sur le moment, mais ne laisse qu'un triste champ de verre brisé le lendemain.

Commentaires

Colère aussi contre "l'hystérie politique et médiatique" (Mme Hidalgo dixit) entourant ces détails de mécanique fiscale que l'on demande à la populace de régler, alors que celle-ci paie des personnes qualifiées au sein de l'administration publique pour faire tourner la machine helvétique. La sophistique électorale est-elle la meilleure image de la démocratie ou un vulgaire simulacre ?

Écrit par : rabbit | 04 février 2017

Les théories, c'est bien, mais la réalité est que le manque à gagner va retomber sur les mêmes. Personne n'est capable de donner des chiffres.
La RIE II, c'était 100 million de pertes de prévu, et 7 milliards dans la réalité.

Je rappelle que dans un pays, la répartition de la richesse est un des facteurs qui participe à une bonne économie.
Les pertes probablement titanesques vont pousser à augmenter les impôts sur les classes moyennes, ce qui aura une répercussion sur l'économie intérieur et indirectement provoquera une certaine montée du chômage.

Au vu des dernier trucs ajoutés, il est à parier que les multinationales payeront moins d'impôts qu'actuellement.

La RIE III est un projet idéologique.
Aucune entreprise sérieuse ne se lancerait dans ce genre de projet nébuleux, où personne n'est capable de déterminer les conséquences réelles.

Ils ont menti pour la RIE II, et le flou de la RIE III donne l'impression qu'ils nous cachent quelque chose ou que ce sont des amateurs. Dans les 2 cas, c'est 2 raisons pour le retourner au CF.

Si toutes les pertes fiscales étaient supporter uniquement par les classes supérieurs, alors cette RIE III passerait comme une lettre à la poste.

Écrit par : motus | 05 février 2017

@motus: RIE III est tout le contraire d'un projet idéologique. C'est un alignement avec les normes internationales actuelles.

Reprenons votre description: "le manque à gagner va retomber sur les mêmes. (...) Les pertes probablement titanesques vont pousser à augmenter les impôts sur les classes moyennes, ce qui aura une répercussion sur l'économie intérieur et indirectement provoquera une certaine montée du chômage."

Avec RIE III, la Suisse s'inflige une perte fiscale modérée et certaine ; sans RIE III, la Suisse risque une perte fiscale énorme.

Les Suisses semblent joueurs sur ce coup.

Pour ma part, je n'aime pas trop jouer les milliards à la roulette, et encore moins lorsque les socialistes poussent au jeu en disant que tout va bien se passer.

Écrit par : Stéphane Montabert | 05 février 2017

Ce qui me surprend c'est que partout on entend que la gauche serait morte ou en phase terminale. Il faudrait peut être définir la gauche ? Pour ma part elle se reconnait à l'idéologie progressiste dont elle se réclame, et ceci est planétaire.
Sur ce constat, il apparaît que la "gauche" n'a jamais été aussi puissante, aussi manœuvrière, aussi globale.
En conclusion, il ne fera pas très bon dans un avenir proche d'être riche, et en France, un François Hollande avait défini le seuil à 2500€/mensuel. C'est dire si nous sommes mal barrés !

Écrit par : Phil Asp | 06 février 2017

Tant qu'il y aura des pommes...

Écrit par : rabbit | 07 février 2017

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