11 mars 2017

Les Accords de Paris en ligne de mire

Le nouveau responsable de l'EPA américaine ne croit pas à l'influence prépondérante du CO2 dans le réchauffement climatique. En arrière-plan se profile une rude bataille pour la survie des Accords de Paris, et à travers eux la politique climatique mondiale.

La RTS s'indigne

Quiconque n'a jamais pensé voir des journalistes helvétiques s'étrangler pourra regarder le reportage de la RTS sur l'interview de Scott Pruitt le 10 mars.

"Les émissions de CO2 ne sont pas un facteur déterminant dans le changement climatique" - c'est du moins l'opinion du nouveau patron de l'agence américaine de l'environnement Scott Pruitt, climato-sceptique assumé vous l'aurez compris. Invité hier sur une chaîne de télévision américaine il a précisé qu'il fallait "analyser encore l'impact réel du CO2."


Analyser encore l'impact réel du CO2? Et puis quoi encore! Claudio Zamperini, grand mufti de la RTS sur la question, manque de s'étouffer. Le journaliste a au moins l'honnêteté de mentionner la réplique par qui le scandale arrive:

"Je pense que mesurer l'impact de l'activité humaine sur le climat est quelque chose de très difficile et il existe un immense désaccord sur le degré d'impact, donc non, je ne suis pas d'accord pour dire [du CO2] qu'il s'agit d'un contributeur important au réchauffement climatique. En tout cas pas pour le moment."


Mais ensuite, avec en toile de fond un kaléidoscope d'images tirées des innombrables plaidoiries de la RTS sur ce thème, il déroule le credo avec la subtilité d'un commissaire au peuple:

"[les propos de Scott Pruitt sont une] façon de mettre en doute ce que la science a pourtant démontré (sic). La combustion de dérivés du pétrole, du charbon et du gaz naturel contribue largement à l'augmentation des températures."


Démontré? Ah, comme tout est simple pour l'esprit imperméable au doute! Dommage que les démonstrations avancées par le journaliste n'existent que dans son esprit enfiévré, et c'est bien là le problème. L'activisme pro-réchauffiste pollue largement l'étude d'un climat bien plus complexe que ce que les scientifiques engagés, les militants écologistes et leurs alliés politiques en disent. Pas un seul modèle climatique n'a réussi l'épreuve de la prédiction sur quelques années seulement, alors de là à les laisser imaginer la température en 2050...

réchauffement climatique,manoeuvres politiquesRétrospectivement, les propos de Scott Pruitt semblent bien plus mesurés et raisonnables que les réactions qu'ils suscitent dans les médias!

Scott Pruitt, le croquemitaine

Mais pour quiconque ne s'embarrasse pas du doute inhérent à la démarche scientifique, la nomination de Scott Pruitt relève effectivement de la mauvaise nouvelle.

L'ancien Procureur Général de l'Oklahoma a beaucoup lutté contre l'Agence de protection de l'environnement lorsque celle-ci était entre les mains de l'Administration Obama. Il s'éleva notamment contre le Clean Power Plan décrété par la Maison Blanche d'alors pour imposer aux États-Unis d'ici 2030 une réduction de 32% des prétendues émissions de gaz à effet de serre des centrales électriques au charbon. Son opposition n'avait rien d'un combat solitaire ; la démarche engagea à ses côtés 28 États fédéraux.

L'affaire n'a pas encore été jugée et pourrait remonter jusqu'à la Cour Suprême - en théorie, car faute de bases légales le Clean Power Plan pourrait disparaître bien avant qu'elle ne statue. Ni le Clean Power Plan ni les Accords de Paris adoptés par Barack Obama n'ont été validés par le Congrès, et pour cause. La page Wikipédia de ces Accords, mentionnant que les États-Unis les ont "ratifiés", est mensongère. Leur manque de légitimité est le principal reproche que formule M. Pruitt à leur encontre. L'un comme l'autre sont de simples décisions de l'exécutif, susceptibles d'être annulées du jour au lendemain par le nouveau Président.

Danger pour les Accords de Paris

Avec son slogan America First, le Président Trump a bien l'intention de remettre l'EPA à sa place. La production d'une énergie abondante et bon marché est une de ses priorités. La nomination de Scott Pruitt à sa tête s'inscrit parfaitement dans ce contexte, alors que ce dernier avait lancé pas moins de 14 procédures contre l'EPA sous la présidence Obama.

Cependant, M. Pruitt exprime non seulement ses doutes sur le rôle du CO2, mais aussi sur les Accords de Paris:

Dans la même journée, Scott Pruitt est également revenu sur l'accord sur le climat signé à Paris le 12 décembre 2015. Pour lui, il s'agit d'un "mauvais accord" étant donné que les formes n'ont, à ses yeux, pas été au rendez-vous : "L'accord de Paris aurait dû être géré comme un traité, il aurait dû passer par une validation au Sénat. C'est inquiétant".


On admirera les éléments de langage du journaliste: "revenu sur un accord signé...", "les formes...", "à ses yeux..." Disons-le, Scott Pruitt pinaille! Il n'a jamais été que Procureur Général, après tout. Que connaît-il au Droit?

Les tournures désobligeantes ne suffiront pas à masquer l'inquiétude. L'EPA sera réalignée, le Clean Power Plan semble déjà faire partie de l'histoire ancienne et la participation des États-Unis aux Accords de Paris est compromise. Or, il se trouve que cette participation est absolument vitale aux Accords de Paris eux-mêmes.

Il ne s'agit pas d'une participation symbolique. L'Accord de Paris sur le climat est un grand mélange de vœux pieux, d'appels solennels et de demandes de réduction d'émissions sans le moindre mécanisme de contrôle contraignant, mais au milieu de tout ce fatras souvent contradictoire une finalité économique n'a pas échappé à ses promoteurs: les "pays du Nord" doivent verser aux "pays du Sud" 100 milliards de dollars annuels d'ici 2020 pour "faire face aux impacts du dérèglement climatique" - ce montant étant un minimum. On comprend mieux l'empressement de tant de pays du Sud à ratifier leur participation!

Malheureusement pour tous ces régimes assoiffés de subventions, l'argent convoité n'arrivera jamais. Les États-Unis étaient bien évidemment censés prodiguer la part du lion de cette somme ; s'ils refusent, et tout indique qu'ils refuseront, aucun pays ni groupe de pays n'aura les reins assez solides pour les remplacer. La manne ne sera pas au rendez-vous. Ce n'est pas tout: la Chine, premier pollueur mondial, a conditionné sa participation aux Accords à celle des États-Unis. Elle s'en retirera donc également. Sans l'argent promis, refusant d'être les dindons de la farce des contraintes climatiques face à leurs concurrents, d'autres pays signataires se retireront à leur tour. De proche en proche, tout le fragile édifice diplomatique s'écroulera comme un château de cartes.

Tout cela porte bien sûr très au-delà de la petite Suisse, toujours bonne élève avec ses médias profondément engagés et de ses innombrables taxes goulûment avalées par une population maintenue dans l'hébétude. Mais la nomination de Scott Pruitt à la tête de l'EPA aura suffi à démontrer, avec une simple interview, que le roi climatique est nu.

Commentaires

"les "pays du Nord" doivent verser aux "pays du Sud" 100 milliards de dollars annuels d'ici 2020"
Voilà, c'est dit, c'est exactement cela le but de la COP 21, des socialistes français et autres : faire cracher le capitalisme au bassinet et l'assécher au profit des populaces extra-européennes, dont c'est la seule et unique qualité.
On ne le répétera jamais assez :
La revue "Un seul monde", l'organe de la DDC (Direction pour le développement et la coopération suisse)de mars 2008 dans l'éditorial "Périscope" indiquait:
"Entre 1990 et 2005, les guerres ont coûté à l'Afrique l'équivalent de quelque 353 milliards de francs. Ce montant comprend les coûts directs des conflits (...)
Il correspond à peu près au volume de l'aide internationale attribuée au continent noir durant cette même période."
Moralité : COP 21 et Amnesty international veulent subventionner les guerres dans le Tiers-Monde. Par bêtise ou par cynisme ?

Écrit par : Géo | 11 mars 2017

Si l'on a l'honnêteté de pondérer la pollution de la Chine au nombre de ses habitants, le résultat devient inférieur à celui de plusieurs pays européens calculé sur le même principe. Ce qui l'empêche pas de faire de très gros efforts visibles pour améliorer la situation.

Écrit par : rabbit | 11 mars 2017

Les 100 milliards de dollars par an versés aux pays du Sud d'une part, et l'immigration des ressortissants de ces mêmes pays en Europe et aux US d'autre part, devraient être mutuellement exclusifs.
C'est l'un ou l'autre, mais pas les deux !

Écrit par : AP34 | 11 mars 2017

@Rabbit: si on prend les émissions de CO2 ramenées par habitant (aucun rapport avec la pollution puisque le CO2 n'est pas un polluant, mais passons) le pays le plus émetteur du monde est l'Australie. Les Etats-Unis viennent en deuxième position, ex-aequo avec... L'Arabie Saoudite.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_%C3%A9missions_de_dioxyde_de_carbone

A noter aussi que l'Union Européenne émet moins de CO2 que la Chine, même ramené par habitant.

Écrit par : Stéphane Montabert | 12 mars 2017

"Si l'on a l'honnêteté de pondérer la pollution de la Chine au nombre de ses habitants, le résultat devient inférieur à celui de plusieurs pays européens calculé sur le même principe"

Foutaise!

La Chine est le seul pays presque entièrement recouvert d'un "excès" (par rapport à a moyenne de l'air "bien brassé") de CO2 (qui n'a pas l'air naturel du tout) sur les images satellites - CO2 que vous appelez certainement "pollution". Mais c'est surtout le seul pays assez grand recouverts de POLLUTION de l'air véritable, le seul grand pays où les gens mettent un masque toute l'années et pas pendant les fêtes...

Par ailleurs, même si c'est très "humaniste" de diviser par le nombre de têtes de pipe, à un moment il faut reconnaître que la notion de bio-capacité a parfois un sens (même elle est souvent bidonnée), et qu'un territoire peut raisonnablement supporter une certaine activité (humaine ou animale) avant d'avoir quelques soucis écologiques.

Les territoires qui sont les plus "au taquet" pour la bio-capacité sont sans doute les archipels coralliens qui se maintiennent tout juste au niveau de la mer (qui monte très lentement). Toute activité qui surexploite les ressources souterraines peut affaisser le récif et toute activité polluante risque d'empoisonner le corail, qui ne peut plus renforcer le récif. Ces îlots ne peuvent supporter qu'une très faible activité humaine : peu de gens, vivants assez "simplement". (C'est un cas qui me semble unique sur la Terre.)

Concernant l'Egypte, il y a la vallée du Nil qui est fertile et un immense désert. C'est un pays qui ne peut pas être auto-suffisant pour son alimentation si la population n'est pas très, très limitée. (L'auto-suffisance n'est pas forcément un but à atteindre, mais il l'est d'après les enviros.)

Si une nation laisse sa population croître largement au delà de la bio-capacité, il faut accepter d'être totalement dépendant des importations pour les besoins élémentaires, donc des transports, donc du pétrole. Pas pour avoir un haut niveau de vie, juste pour survivre. Il ne faut pas venir chouiner parce que le prix du pétrole augmente.

Si la population augmente, il faut accepter de recourir intensivement aux technologies et à l'agriculture intensive.

La population de la France était sans doute à un niveau raisonnable pour la bio-capacité en terme de chauffage par biomasse (en langage normal : chauffage au bois). Ce n'est plus le cas depuis longtemps. Il faut donc mettre de coté l'idée qu'une majorité des Français puissent se chauffer au bois, sans épuiser rapidement la ressource ou sans dépendre des importations, donc sans dépendre massivement du pétrole, puisque le bois de chauffage est un produit du pétrole si vous n'allez pas le chercher dans votre champs et le couper à la hache, ce que peu de gens font.

Ce n'est pas un mal ou un bien, c'est une réalité objective. Il n'y a rien de soutenable ni de renouvelable à vouloir convertir un pays comme la France à la "biomasse", et ça ne fait pas économiser le pétrole. En fait toutes ces "stratégies" de "conversion écologiques" ne sont qu'un moyen d'accélérer l'épuisement des ressources de pétroles dites "conventionnelles" c'est à dire les plus facilement accessibles, dans le jargon baroque des enviros.

Cette politique du sinistère de l'escrologie n'est qu'une façon subtile de epsilon-subventionner les exportateurs de pétrole - non ce n'est pas mesurable empiriquement, oui c'est facile démontrable mathématiquement (quand vous pissez dans le lac de Genève, vous voyez le niveau monter? vous pensez qu'il monte?).

Le fait qu'une subvention au "renouvelable" n'est qu'une subvention au "non renouvelable" est une évidence mathématique, aussi évident que le fait qu'il est incongru d'attendre longtemps avant les contrôles de sécurité dans une gare avec un trafic gigantesque comme Roissy (de l'ordre d'un départ de véhicule par minute, donc l'attente doit être du même ordre).

Tout cela est élémentaire et à portée d'un élève de collège, mais hors de porté des élites bac+8 qui nous cornaquent. (De même que la vacuité du discours officiel sur la vaccination, qui est évident pour tout gosse de 8 ans qui n'est pas totalement abruti.)

Quand j'écris des choses en sachant qu'au collège j'aurais tenu rigoureusement le même discours, c'est un peu déprimant... (enfin au collège j'aurais fait des dizaines de fautes d'orthographe et de grammaire, donc j'ai vaguement progressé...)

Écrit par : simple-touriste | 12 mars 2017

La bonne nouvelle, c'est que personne ne pollue. Beaucoup de bruit pour rien.

Écrit par : rabbit | 13 mars 2017

@rabbit: je ne sais pas où vous êtes allés chercher ça, car évidemment la pollution existe. Seul problème, les apôtres du réchauffisme nous font considérer comme de la pollution ce qui n'en est pas, comme le CO2, et font passer au second plan la qualité de l'air, de l'eau et des sols.

Écrit par : Stéphane Montabert | 13 mars 2017

C'est vrai, je fais peu confiance aux données scientifiques, à moins de soumettre la méthode à un interrogatoire musclé: la logique, c'est du solide !

Écrit par : rabbit | 13 mars 2017

La pollution existe. La "biomasse" pollue énormément. Le fait de brûler des végétaux plus ou moins secs nécessiterait des équipements de dépollution qui ne sont pas souvent disponibles.

Les foyers causent souvent une pollution de l'air intérieur.

Les polluants sont notamment : oxydes d'azote, monoxide de carbone, oxydes de souffre, Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP), dioxines, particules fines... une liste à faire peur! Et soyons clairs, les écolos ne cachent rien de tout ça.

Mais il est d'usage de diaboliser les "[végétaux] fossiles" et non les végétaux contemporains! Mais il n'y a rien de pire que des végétaux trop récents et encore humides.

Et encore une fois, personne n'a jamais dit que la Chine n'était pas polluée. On peut même y admirer l'efficacité de la gestion des autorisations de construction et de fonctionnement des usines par le parti communiste chinois.

Écrit par : simple-touriste | 13 mars 2017

Rabbit@ On vous a dégoté ce type-là qui pense un peu comme vous :

http://www.dailymotion.com/video/x1mnuq_amoureux-de-paname_music

Ecoutez-moi, vous les ringards
Ecologistes du samedi soir
Cette chanson-là vaut pas un clou
Mais je la chante rien que pour vous
Vous qui voulez du beau gazon
Des belles pelouses, des petits moutons
Des feuilles de vigne et des petites fleurs
Faudrait remettre vos montres à l'heure

[Refrain]
Moi, je suis amoureux de Paname
Du béton et du macadam
Sous les pavés, ouais, c'est la plage
Mais le bitume, c'est mon paysage
Le bitume, c'est mon paysage

[Couplet 2]
Ecoutez-moi, vous les ringards
Ecologistes des boulevards
Vos beaux discours, y en a plein le dos
Y a du soleil dans les ruisseaux
La Tour Montparnasse, elle est belle
Et moi j'adore la Tour Eiffel
Y a plein d'amour dans les ruelles
Et de poésie dans les gratte-ciels

[Refrain]

[Couplet 3]
Ecoutez-moi, vous les ringards
Ecologistes des grands soirs
La pollution n'est pas dans l'air
Elle est sur vos visages blêmes
Moi j'aime encore les pissottières
J'aime encore l'odeur des poubelles
Je me parfume pas à l'oxygène
Le gaz carbonique, c'est mon hygiène

Écrit par : Géo | 13 mars 2017

« la logique, c'est du solide !»

Vous avez une boîte fermée hermétiquement...

Comment faites-vous pour polluer le contenu, sans faire un trou dans la boîte ?

Écrit par : petard | 13 mars 2017

Oubliez le parti communiste chinois, Monsieur Montabert, il est mois virulent que la police du stationnement dans les rues de Lausanne, et il ne fait plus que remplacer l'ancienne structure sociale confucéenne.

Écrit par : rabbit | 13 mars 2017

Oooooops !
Comme on dit chez nous. J'ai pris le commentaire de "simple touriste" pour celui de Stéphane Montabert, en raison d'une inhabituelle clarté du raisonnement. Donc rendons à ST ce qui appartient à SM et vive le parti communiste chinois.
Monsieur Géo, je suis stupéfait de vous voir pirater l'accès à un compartiment secret de ma complexe personnalité. En effet, je vis en fonction de « papillonnements d’instant à instant, chaque instant devant être vécu comme une expérience intense », comme cela est si bien décrit dans l'analyse de l'oeuvre de Kierkegaard.
Monsieur Petard, en fonction de ce que je viens de signaler supra, aucune pollution mentale ne peut entrer dans un boîte en constante mutation.
Et la chambre des Lords vient d'approuver le Brexit. On avance !

Écrit par : rabbit | 13 mars 2017

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