13 mars 2017

Marche Turque

La campagne du Président Erdogan en Europe révèle les failles et les contradictions du Vieux Continent, en plus de faire tomber les masques du régime aujourd'hui à la tête de la Turquie. Une remise à plat salutaire.

turquie,diplomatie,pays-bas,allemagne,liberté d'expressionContinuation logique de la purge entamée depuis le coup d'état manqué de juillet 2016, Recep Tayyip Erdogan souhaite réformer la Constitution turque pour renforcer encore son pouvoir. Le référendum "vise à faire du président un dictateur légal afin d'adapter la loi à la pratique", résume avec malice Yvan Perrin avant d'enfoncer le clou:

"Erdogan réclame la liberté de parole pour lui chez les autres alors qu'il interdit la liberté de parole chez lui pour les autres."


L'islamiste modéré est donc en campagne, et par les hasards de l'immigration de masse se retrouve à courtiser la gigantesque diaspora turque installée sur le Vieux Continent. Le référendum sera en effet très disputé et toutes les voix comptent. En Europe, les réactions des autorités sont contrastées, comme le rapporte Le Monde.

En Allemagne où résident désormais près de trois millions de Turcs (sans compter les réfugiés et autres migrants aux nationalités approximatives) le Ministre de l'intérieur allemand Thomas de Maizière a affirmé qu'une "campagne électorale turque n'a rien à faire ici, en Allemagne." Joignant le geste à la parole,

[Plusieurs] meetings ont été annulés début mars dans plusieurs villes. Le ministre turc de la justice a annulé un déplacement dans le pays et le président s'est emporté jusqu'à évoquer des « pratiques nazies » de la part de Berlin. Angela Merkel a répliqué en expliquant qu'en Allemagne la décision d’autoriser ou non ces meetings ne relevait pas de l'État fédéral, mais des compétences des communes.


Une façon comme une autre de botter en touche avec hypocrisie: je ne veux pas de vous chez moi, mais l'interdiction ne vient pas de moi. Mais en rappelant une fois de plus le péché originel allemand, le président turc ne s'est pas fait que des amis.

Aux Pays-Bas, un avion transportant le ministre turc des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu venu pour un meeting de soutien dut faire demi-tour alors qu’il allait se poser à Rotterdam. La ministre de la famille Fatma Betül Sayan Kaya subit le même affront par voie de terre en se voyant reconduire en voiture d'où elle était venue, en Allemagne. Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, invoqua pour l'occasion un risque à l’ordre public et déclara que "ces rassemblements ne doivent pas contribuer à des tensions dans notre société."

Mais le raidissement soudain de M. Rutte pourrait ne pas être totalement sincère. En proie à une campagne électorale délicate dans son propre pays, il risque de voir triompher le parti anti-islam de Geert Wilders pas plus tard que ce mercredi 15 mars. Une crise avec la Turquie était bien la dernière chose à espérer au beau milieu de la dernière ligne droite, mais au pied du mur Mark Rutte choisit finalement de s'aligner sur son concurrent, au risque de perturber les électeurs. Un journal belge le révèle, il y a désormais le bon et le mauvais populisme - comme les chasseurs.

Bien que les Pays-Bas ne comportent "que" 400'000 citoyens turcs enregistrés, l'affront ne pouvait pas rester impuni: pour un dictateur, il n'est de pire crime que celui de lèse-majesté. Les Néerlandais eurent donc eux aussi droit au "heures les plus sombres", M. Erdogan les accusant d'être des "fascistes" influencés par les "vestiges du nazisme"...

Si ces deux pays sont les plus souvent évoqués dans les médias ils ne sont pas les seuls: l'Autriche et la Suède ont aussi annulé des meetings de campagne turcs. La France en a accepté plusieurs, s'attirant les foudres des candidats de droite à la campagne présidentielle (française celle-ci), le gouvernement sortant se justifiant quant à lui par l'absence de troubles à l'ordre public.

Enfin, la Suisse se retrouve l'arrière-train entre deux chaises, ne sachant ni s'il faut interdire la campagne référendaire de la Turquie au nom de troubles de l'ordre public, ni s'il faut la permettre au nom de la liberté d'expression. Mais en réalité la Suisse n'a que faire de l'un comme de l'autre, elle cherche comme d'habitude à ne fâcher personne.

Cafouillage généralisé

Le référendum turc et la campagne qui l'accompagnent sont salutaires, car ils permettent de faire tomber bien des masques.

En Europe, comme d'habitude, la cacophonie et la confusion règnent. La Turquie est membre de l'OTAN et un pays "allié" de l'Europe, envers lequel on fait miroiter depuis des décennies la perspective d'une adhésion tout en sachant très bien qu'elle n'aura jamais lieu. Et comme les Turcs le savent aussi, on les amadoue à coup de milliards de subventions. Celles-ci ont reçu une sérieuse rallonge depuis que les Européens tentent maladroitement de déléguer la gestion des frontières extérieures de l'Union au pays tiers par lequel transitent les principales hordes de migrants, tout en critiquant la dérive autoritaire du président et en l'empêchant de faire campagne. Comment un tel plan pourrait échouer?

Au sein des populations européennes, la campagne du président Erdogan montre la véritable cinquième colonne que représentent les Turcs installés sur le continent depuis plusieurs décennies: ce ne sont que manifestations de force, avalanche de drapeaux turcs, fierté communautariste et pogroms contre les minorités haïes (Kurdes, partisans désignés de l'ennemi Fethullah Gülen...) Et on nous parle encore d'intégration?

En Turquie, le référendum montre la crispation du pouvoir et la fin de course du prétendu islamisme modéré d'un président bien décidé à renverser tout ce qu'il reste de l'héritage laïque de Mustafa Kemal Atatürk, et à massacrer les minorités divergentes. Mais l'ironie de la situation est de voir venir le pouvoir autoritaire turc courtiser sa propre diaspora dans l'espoir de mieux transformer en enfer le pays qu'ils ont quitté (mais auquel ils vouent encore visiblement leur allégeance).

Rarement une campagne référendaire sera mieux tombée, alors que des élections générales se profilent en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. Si l'on peut bien remercier M. Erdogan pour une chose, c'est pour son sens du timing.

Commentaires

Pouah! Depuis quand les Pays-Bas s'illustrent dans la résistance à l'islamofascisme?

Le timing est bon pour permettre à leur gouvernement de montrer sa "fermeté" et au nôtre sa faiblesse. Pour interdire le spectacle de "Dieudo" (classé à droite puisque proche de Soral qui a fait un tour coté FN), il y avait du monde. Pour réagir à la "part d'ombre" d'un ex-journaliste du Bondy Blog, à des immondices camouflées grotesquement sous la plume un personnage inventé de français d'extrême droite qui casse du PD et du Juif mais jamais de l'immigré arabo-musulman, très crédible pour une caricature d'abruti raciste, fasciste, intolérant, extremdrouat...

http://www.fdesouche.com/824617-le-bondy-blog-etait-au-courant-des-tweets-haineux-de-mehdi-meklat

Ce serait un film, on verrait des "tumbleweed" voler!

Écrit par : simple-touriste | 14 mars 2017

Hum, hum ! Monsieur Rutte est membre du parti libéral VVD. Selon ce que feu mon beau-père (20 ans député du VVD à la deuxième chambre) m'en a dit, ils ont longtemps été les seuls à faire de la résistance face à une trop grande tolérance du politique vis-à-vis des instances islamiques. Un exemple: fin des années 1970, ces derniers exigeait la séparation des filles et des garçons dans les écoles aux Pays-Bas. Et pour comprendre le contexte, n'oubliez pas les assassinats de Pim Fortuyn et de Théo van Gogh.

Écrit par : rabbit | 14 mars 2017

A propos du bondy blog : ne pas oublier que c'était une création de l'Hebdo...
Merci l'Hebdo ! Et adieu ! Bon débarras !

Écrit par : Géo | 14 mars 2017

« Raconter la France de la diversité ethnique et être la voix des quartiers sensibles ? », mais il n'y a que ça dans les médias hexagonaux. Sauf aux infos régionales de FR3, où l'on évoque des endroits exotiques comme la Creuse ou la Corrèze.

Écrit par : rabbit | 14 mars 2017

"où l'on évoque des endroits exotiques comme la Creuse ou la Corrèze."
Vous tombez mal, rabbit. La journaliste RTS -quelle gaillarde ! - se trouvait ce matin à Brive. Et découvrait que oui, il y a même dans les plus petites villes de France des quartiers "sensibles" (en français dans le texte : musulman, où la loi française n'a pas cours...)et que c'est "compliqué" (autre mot français pour dire que c'est musulman...).

Écrit par : Géo | 14 mars 2017

Wiki à propos de Brive : « Signe d'une influence communiste importante dans la région, l'actuelle avenue de Paris, artère principale remontant du Pont Cardinal jusqu'au bas de la rue Toulzac, dans le prolongement de la Collégiale Saint-Martin, a un temps porté le nom d'avenue de Stalingrad ». On dit ça, on dit rien, mais ceci explique cela...

Écrit par : rabbit | 14 mars 2017

Halte aux faux semblants concernant Mehdi Meklat.

On a concentré l'attention sur un personnage abject soi-disant inventé, un personnage de fiction FN, homophobe, antisémite, sexiste, qui ne dit rien sur les Arabes, qui ne dit rien sur les musulmans... (*) mais l'auteur ne s'est pas exprimé uniquement via un compte twitter sous pseudo que certains pouvaient prétendre ignorer.

Point de camouflage des immondices sous sa "plume"!

http://www.europe-israel.org/2017/03/quand-la-presse-encensait-mehdi-meklat-pour-son-roman-antisemite-et-misogyne/

Donc complicité active de l'intelligentsia qui ne s'est pas seulement abstenu d'aller chercher l'information, ils avaient TOUT sous les yeux.

Si un cadre FN écrivait le trentième de cela, il serait dénoncé par les médias à la botte comme le retour des heures sombres.

Si écrivait le quart, il serait en prison.

(*) Je précise qu'il est très difficile de commenter sur l'article du Figolo ( http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/02/19/01016-20170219ARTFIG00157-d-anciens-tweets-injurieux-d-un-chroniqueur-du-bondy-blog-provoquent-un-tolle.php ) qui en parle, la moitié de mes commentaires assez soft ont été bloqués

Écrit par : simple-touriste | 16 mars 2017

"Complètement toqué ce mec-là", comme chantait Pierre Vassiliu. Pourtant, moins de deux mois avant le décès de l'artiste, Manu Valls évoquait la chance qu'avait la France de compter Mehdi Meklat parmi ses enfants: « Lors du repas de rupture du jeûne du mois sacré de ramadan, j’adresserai aux musulmans de France un message de confiance. Un message qui souligne combien la France est une terre de liberté qui respecte les croyances de chacun et qui considère que le fait que l’Islam est la deuxième religion de France est une chance pour la France ».

Écrit par : rabbit | 18 mars 2017

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