20 mars 2017

Molière au secours des Français

En France, la nouvelle polémique du moment a trait à la "Clause Molière".

bandeau-clause-moliere.jpg

Qu'est-ce que la Clause Molière? D'après le site web qui la présente, il s'agit d'une mesure simplissime - demander la maîtrise du français sur les chantiers publics.

La "Clause Molière" impose aux ouvriers la connaissance du français sur l'ensemble des chantiers publics.
C'est un moyen simple et efficace de protection des ouvriers et de lutte contre le dumping social.
Inventée à Angoulême, cette clause a été mise en place dans 6 régions et de nombreux départements et villes en France.


L'objectif de protectionnisme est assumé. Il n'est pas question de pseudo-arguments comme la "bonne compréhension des instructions des machines" ou le "besoin de saisir les directives du chef de chantier". Aucune volonté de confusion, à l'inverse par exemple de celle soigneusement entretenue par nos légalistes à travers l'évocation de "signes religieux distinctifs" pour éviter de parler de burqa ou d'islam.

L'exigence du français n'est ni une question de sécurité, ni de qualité. C'est une riposte à la fameuse Directive Bolkestein visant à entériner la concurrence au niveau des services (en réalité, une sous-enchère salariale de la main d’œuvre) à l'échelle de l'Union Européenne. La Clause Molière vise en priorité les marchés publics, dont on attend qu'ils "contribuent à soutenir les PME [du territoire français]".

Forcément, l'Europe grogne contre cette attaque frontale contre la "concurrence de tous contre tous", valeur fondatrice de l'Union. Marianne Thyssen, Commissaire européenne à l'emploi, s'étrangle d'indignation: d'après elle la Clause Molière est une discrimination - ce qui veut tout dire. Mais Mme Thyssen parle dans le vide et elle le sait parfaitement: il n'est pas interdit de faire venir des travailleurs détachés - il suffit qu'ils parlent français, ou se fassent accompagner d'un interprète. Ces deux contraintes visent évidemment à briser l'avantage financier qui motive leur venue en premier lieu, mais ne sont pas, en soi, des discriminations.

La clause divise la classe politique:

Ce stratagème inventé par un élu d'Angoulême pour contourner la directive Bolkestein fait débat, notamment à droite où certains pressent François Fillon de l'adopter. Au centre et à gauche on dénonce le « racisme » et la « tentation du repli nationaliste ».


Ce sont là des discussions de campagne car l'idée progresse sur le terrain - et à travers le spectre politique. La Clause Molière est désormais soutenue par cinq régions de droite (Pays de la Loire, Hauts-de-France, Normandie, Auvergne-Rhône-Alpes et Île-de-France), une région de gauche (Centre Val-de-Loire), cinq départements et de nombreuses villes. Il est loin, le vieux clivage droite-gauche. Mieux encore, elle serait soutenue par une proportion massive de 80% des Français. 39% y seraient très favorables, 41% plutôt favorables.

En Suisse, rien à craindre ; aucun risque de voir apparaître l'équivalent d'une Clause Molière ou quoi que ce soit d'approchant. On se bat au contraire pour pousser la libre-circulation dans les derniers retranchements où pourraient encore se cacher quelques Helvètes, cette ethnie en voie d'extinction. La préférence à l'embauche donnée à des personnes de nationalité suisse est "strictement interdite", nous rappelle-t-on. Que les mondialistes se réjouissent, on continuera encore d'entendre de nombreux dialectes sur les chantiers publics du pays, en évitant surtout les langues nationales.

Alors que les médias invitent le grand public à fêter les 60 ans du Traité de Rome, pareil revirement devrait faire réfléchir. La résistance s'organise contre l'alignement par le bas des salaires que permet la Directive Bolkestein même dans un pays fondateur de l'Union Européenne.

Commentaires

Quand on fait faire des travaux, c'est pratique lors d'une inspection inopinée de voir que les plans ne sont pas respectés, que la peinture de la bonne couleur a été recouverte de la peinture d'une autre couleur, ou que des principes élémentaires de sécurité ne sont pas respectés (fils électriques qui traînent partout, multiprise juste à coté d'un bac d'eau, bouteilles de white spirit laissées ouvertes en position instable...) ... et que la plupart des ouvriers ne parlent que l'arabe.

Écrit par : simple-touriste | 21 mars 2017

Je connais d'autres manières d'échapper à la situation désespérante de l'emploi en France: les jeunes avec bac+5, qui ne trouvent pas un travail correspondant à leurs compétences dans le pays, débarquent en Chine et passent d'abord une année à plein temps pour apprendre la langue, sans que la question d'une Clause Confucius ne vienne troubler la diaspora hexagonale toujours croissante dans ce pays. Autre exemple: l'Alsace est aussi une région de droite, mais les très nombreux habitants qui vont travailler en Allemagne ont appris l'allemand à l'école, ou s'y mettront avec plus de dispositions qu'un Corse. D'une certaine façon, la France est en marche...

Écrit par : rabbit | 21 mars 2017

"Les auteurs de ces décisions s’exposeraient à des poursuites sur le plan pénal devant le tribunal correctionnel."

https://www.contrepoints.org/2017/03/24/284947-clause-moliere-chantiers-protectionnisme-discrimination-deguises

Écrit par : simple-touriste | 24 mars 2017

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.